Le massif du Jura ou Jura est une chaîne de montagnes située en Europe occidentale, principalement le long de la frontière entre la France et la Suisse, au nord-ouest des Alpes dont il constitue une zone d'avant-pays plissée, et au sud du massif des Vosges. Constituée de hauts plateaux, de chaînons, de plis resserrés et de cluses, cette chaîne est caractérisée par une forme de croissant s'étendant sur plus de entre Dielsdorf et Voreppe, suivant la courbure de l'arc alpin. Culminant au crêt de la Neige à d'altitude, le massif jurassien est caractérisé par un climat rude de type semi-continental à montagnard, malgré son altitude modeste et sa position géographique. Chaîne de moyenne montagne essentiellement calcaire, sa géologie complexe en fait un modèle de référence dans de nombreuses disciplines géologiques et son nom a été à l'origine de la dénomination de la période géologique du Jurassique.
Toponymie Attestations anciennes Le nom du massif est attesté sous les formes Monte Jura altissimo, qui est inter Sequanos et Helvetios « le Jura, haute montagne qui s'élève entre la Séquanie et l'Helvétie » au (Jules César, De bello gallico, 1, 2) ; Ἐν δὲ τοῖς Σηκοανοῖς ἐστι τὸ ὄρος ὁ Ἰουράσιος, διορίζει δ' Ἐλουηττίους καὶ Σηκοανούς « Le mont Juraise, situé dans le pays des Séquanes, sert de ligne de démarcation entre ce peuple et les Helvètes » au (Strabon, Géographie, IV, III, 4) ; Jures et Jura au (Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, IV, 31) ; Ἰουράσσος ὄρος « le mont Jurasse » au (Ptolémée, Géographie, II, 10) ; mons Jurassus, Jurum en 859 (M. R. XXIX) ; silvam quae vocatur Juris en 862 (donation de l’empereur) ; montem Juri, montem Jure en 1079 (Cart. Laus.) ; Jurim en 1150 (Cart. Oujon), montem de Jour en 1282 (M. G. VII, 342)Henri Jaccard, Essai de toponymie, G. Bridel & Cie, Lausanne,1906..
Étymologie L’étymologie de l'oronyme Jura ne fait pas l'unanimité chez les toponymistes et les linguistes. Si la piste ligure semble définitivement écartée, la plupart des toponymistes font remonter le radical Jur- à un hypothétique élément celtique (gaulois) *jorHenry Suter, Noms de lieux de la Suisse Romande, Savoie et Environs, henrysuter.ch.Hubert Bessat, Les noms du patrimoine alpin, 2004, .Pierre Chessex, « Noms de lieux forestiers », in revue La Forêt, Neuchâtel, Imprimerie Nouvelle L.-A. Monnier, 1950.. L'hypothèse gauloise initialement développée dans la Revue celtiqueFerdinand de Saussure et J. Loth in Revue celtique, XXVIII, 1907, . a d’abord été reprise dans le glossaire gaulois de Georges Dottin : iura, iuri-, thème de nom de montagne ; lémanique jour « forêt de sapins », moyen gallois ior « chef », peut-être anciennement « sommet »Georges Dottin, La langue gauloise, C. Klincksieck, Paris, 1920.. À leur suite, des toponymistes y ont vu un francoprovençal juris, du bas latin juria qui signifiait « forêt de montagne ». Lui-même serait issu du gaulois *jor, *jore qui signifierait « hauteur boisée » et qui a également donné son nom aux joux, vastes forêts de montagne, car ce massif en est recouvert depuis très longtemps.
Cependant aucune attestation ancienne ne permet de rattacher *iura- au protoceltique et le thème a disparu des glossaires celtiques modernesCeltic Lexicon, University of Wales, Centre for Advanced Welsh & Celtic Studies..
Appellation officielle en France En France, l'appellation administrative officielle reste « Massif du Jura », qui englobe des communes des départements du Territoire de Belfort, du Doubs, du Jura et de l'AinDécret du 16 janvier 2004 relatif à la délimitation des massifs.. Le périmètre a été fixé par décret (décret 2004-69 du relatif à la délimitation des massifs). L'appellation « Montagnes du Jura » est une marque créée par les départements de l'Ain, du Doubs et du Jura, les régions Franche-Comté et Rhône-Alpes et le commissariat de massif du Jura pour assurer la promotion touristique du massif, au travers de campagnes de communication, principalement sur Internet en lien avec les offices de tourisme et les « pays »Qui sommes-nous ? Montagnes du Jura.
Géographie Situation left|thumb|alt=Carte topographique de la France métropolitaine montrant la délimitation des six massifs montagneux du pays.|Les six massifs montagneux de la France métropolitaine. Le Jura se situe dans le centre-est, entre les Vosges et les Alpes. thumb|alt=carte de la suisse montrant la division du territoire en trois régions géologiques, ces régions se répartissent en trois bandes parallèles et orientées du sud-ouest au nord-est|Les trois grandes régions suisses : Le massif du Jura forme une chaîne en forme de croissant longue de plus de (le long de sa crête principale, soit entre dans son arc interne et dans son arc externe) entre Dielsdorf (Zurich, Suisse) et Voreppe (Isère, France). Sa largeur varie de quelques kilomètres, à ses extrémités, pour atteindre un maximum de entre Besançon et Neuchâtel. Divisé par la frontière entre la France et la Suisse, le massif est traditionnellement séparé en deux entités, le « Jura français » et le « Jura suisse ». Sa superficie est estimée à environ , avec en France, où il est l'un des six massifs de montagne de la métropole, et en Suisse, où il constitue l'une des trois grandes régions.
Le massif du Jura est délimité par un ensemble de dépressions : la Bresse à l'ouest ; le Plateau suisse à l'est, qui le sépare des Alpes ; le fossé rhénan au nord, ainsi que la trouée de Belfort qui le sépare du massif des Vosges. Il est bordé au nord-ouest par un ensemble de bas-plateaux, rattachés au Bassin parisien, et par le petit massif de la Serre. Au sud, les reliefs du massif se confondent progressivement avec ceux de la Chartreuse et du Vercors. Sa limite géographique méridionale est considérée comme étant le saillant du Rhône, à la limite entre le Bugey et la Savoie. Cependant, les reliefs de l'avant-Pays savoyard, ainsi que le Salève, considérés géographiquement comme appartenant aux Préalpes, ont été identifiés par les géologues comme faisant partie intégrante du Jura, au vu de leurs caractéristiques lithologiques et structurales.. De même, le plateau calcaire de l'Isle Crémieu, situé en rive gauche du Rhône, au nord du département de l'Isère, relève géologiquement du massif du Jura, en dépit de sa faible altitude, inférieure à ..
Du point de vue administratif, le massif du Jura traverse, en France, trois régions et neuf départements : la Bourgogne-Franche-Comté (Doubs, Jura, Saône-et-Loire et Territoire de Belfort), Auvergne-Rhône-Alpes (Ain, Isère, Haute-Savoie et Savoie) et le Grand Est (Haut-Rhin). Du côté suisse, il traverse huit cantons : Argovie, Bâle-Campagne, Berne, Jura, Neuchâtel, Soleure, Vaud et Zurich.
Topographie vignette|center|upright=4.5|Carte topographique du Jura, montrant également la Bresse et une partie du Plateau suisse et des Alpes ; le nord est en haut à droite.
Le Jura est un relief plissé d'une longueur de environ et relativement jeune du point de vue géologique.
Le pli du Jura le plus au sud est l'anticlinal du Ratz (plateau du Grand-Ratz et dent de Moirans) qui commence à Voreppe (près de Grenoble), en France, sur l'Isère et qui se prolonge vers le nord-nord-est en suivant les montagnes préalpines de la Chartreuse. Cette chaîne est certes nettement plus basse que la Chartreuse, mais n'en est séparée que par une petite vallée.
Le deuxième pli du Jura, la chaîne de l'Épine, commence près des Échelles et se sépare des Alpes près de Chambéry, en Savoie, se prolongeant en direction du nord.
Plus on remonte vers le nord, plus nombreux sont ces plis qui forment un système de montagnes complet. Le Jura atteint déjà une largeur de à l'ouest de Genève. C'est ici qu'a lieu le changement de direction générale de la chaîne vers le nord-est. Le Jura atteint sa plus grande largeur sur la ligne Besançon - Yverdon-les-Bains où elle est de .
À partir de Bienne, les plis se dirigent toujours plus vers l'est et le nombre de plis parallèles commence à décroître, le système montagneux devenant plus petit. Le pli le plus oriental, le Lägern, se trouve dans un axe ouest-est exact et se termine à Dielsdorf, dans le canton de Zurich, où les couches géologiques jurassiennes passent sous la molasse du Plateau suisse.
La chaîne se prolonge à Schaffhouse (Randen) et en Allemagne par deux plateaux calcaires d'altitude modeste, le Jura souabe, situé au Bade-Wurtemberg, et le Jura franconien, situé en Bavière.
Principaux sommets
Géologie
Le Jura a donné son nom à une période célèbre de notre planète, le Jurassique, deuxième système du Mésozoïque. C'est à cette époque que les sédiments allant former la chaîne du Jura se sont déposés. Pendant le Jurassique, la région était composée d'îlots coralliens avec des lagons peu profonds situés à la bordure de l'océan Téthys (Océan alpin), avec une profusion biologique comparable à l'actuelle Micronésie..
Au cours du Crétacé, le Jura va peu à peu émerger. Bien plus tard, à la fin de l'ère Tertiaire (Néogène), la poussée du massif alpin va entraîner la déformation des séries sédimentaires, qui vont se plisser et se failler. Le Jura va alors acquérir sa forme actuelle de « croissant », lequel contourne le nord-ouest du massif alpin.
Le Jura, composé de roches calcaires, donc généralement perméables, peine à retenir l'eau en son sein. Il en résulte un système karstique complexe où l'alternance de bancs calcaires et marneux conditionne la présence ou l’absence d’eau en surface. Les zones où le calcaire affleure sont en effet caractérisées par une infiltration des eaux météoriques vers un réseau hydrographique souterrain important, processus qui se traduit en surface par la présence des formes géomorphologiques caractéristiques des zones karstiques (dolines, lapiaz, gouffres…). Au contraire, les zones d’affleurement marneux (substrat imperméable argileux) se caractérisent par une restitution de l’eau au réseau hydrographique de surface (résurgences, fontaines, sources…) ou par la présence de zones de stagnation de l’eau (lacs, tourbières, marais…) qui ne peut s’infiltrer vers les aquifères calcaires. On trouve aussi dans le Jura de nombreux lacs d’origine glaciaire qui se situent au fond de combes où un substrat morainique datant des grandes glaciations quaternaires (Günz, Mindel, Riss, Würm) garantit l’imperméabilité du sous-sol.
Un bassin houiller est identifié en deux points du massif : un partiellement exploité pour son gaz autour de Lons-le-Saunier et un autre plus grand, partiellement exploité, situé au nord entre les massifs du Jura et des Vosges, qui englobe l'est de la Haute-Saône, le Territoire de Belfort et le sud du Haut-Rhin.
Hydrographie Le massif du Jura reçoit de très grandes quantités d'eau, entre et plus de par an sur les plus hauts sommets. Cela a pour conséquence de créer de nombreuses rivières puissantes comme l'Ain, le Doubs, la Loue, l'Areuse, l'Orbe ou encore l'Ill.
Le Jura comporte de nombreux lacs d'origine naturelle, ainsi que des retenues utilisées pour la production hydroélectrique, à l'instar des retenues situées sur le cours de l'Ain. Parmi les lacs naturels, on compte une importante concentration de ces plans d'eau au sein de la région des lacs du Jura, située en France. Cette région compte plus d'une dizaine de lacs d'origine glaciaire. En remontant dans le Haut-Jura, la vallée de Joux compte plusieurs lacs naturels dont le plus grand du massif, le lac de Joux. Dans la haute vallée du Doubs, se trouve aussi le lac de Saint-Point et d'autres petites étendues d'eau naturelles. Dans le sud du massif, d'autres lacs sont présents comme le lac de Nantua. À l'extrémité sud du massif, dans le département de la Savoie, le Jura compte un autre grand lac : le lac d'Aiguebelette. Le lac du Bourget, le deuxième plus grand lac naturel d'eau douce entièrement situé en France, est aussi considéré comme faisant partie du Jura, mais aussi des Préalpes.
Climat