Le drapeau de la France, drapeau tricolore bleu, blanc, rouge, également appelé « drapeau tricolore », ou simplement « drapeau français », est l'emblème et le drapeau national de la France sans interruption depuis 1830. Il a été adopté par les différents empires, monarchies et républiques françaises depuis 1848. Il est mentionné dans l'article 2 de la Constitution française de 1958. Ce drapeau aux proportions 2 : 3 (« deux tiers », deux pour la hauteur, trois pour la largeur) est composé de trois bandes verticales, bleue, blanche et rouge de hauteur et largeur identiques.
Sous la forme de pavillon de la Marine de guerre, il date du , mais ses origines sont plus anciennes et remontent aux trois couleurs de la liberté (). Le bleu et le rouge auraient pour origine les couleurs de la ville de Paris, celles de la Garde nationale, couleurs qui entouraient le blanc du royaume de France, donc identiques aux trois couleurs utilisées par les différents pavillons français d'Ancien Régime.
Le drapeau tricolore est le pavillon de marine officiel de la France depuis 1794 et le drapeau officiel des armées depuis 1812, à l'exception des périodes de Restauration : 1814-1815 et 1815-1830.
À partir du début de la présidence de Valéry Giscard d'Estaing en 1974, une version éclaircie a été utilisée pour les services protocolaires, avec un bleu semblable à celui du drapeau européen. Cette autre version, qui s'est entre-temps propagée en dehors de cet usage, a été abandonnée par le président Emmanuel Macron en 2020.
Utilisation des trois couleurs sous la royauté Le traitement ci-dessous des couleurs suit l'ordre chronologique de leurs apparitions.
Les emblèmes utilisés reflétaient les trois ordres traditionnels de la société, avec : une bannière religieuse qui fut d'abord l'oriflamme de l’abbaye de Saint-Denis, puis la bannière de Jeanne d'Arc ou de saint Michel ; un étendard royal ou seigneurial, en l'occurrence les fleurs de lys sur fond bleu, puis la cornette blanche (également adoptée par la flotte) ; un signe de reconnaissance pour les fantassins qui fut d'abord la croix rouge sur fond blanc, puis la croix blanche sur fond souvent bleu (comme pour le pavillon de la marine marchande).
Rouge vignette|upright=0.3|Oriflamme.
L'oriflamme de Saint-Denis La couleur rouge est la couleur de la bannière de l'abbaye de Saint-Denis élaborée en 1124 par l’abbé Suger. Ce rouge symbolise le martyre de saint Denis, premier évêque de Paris. Les comtes du Vexin la portaient à la guerre en tant qu'avoués de cette abbaye royale dont l’origine remonte au roi mérovingien . Quand, en 1077, intègre le Vexin français au domaine royal, le roi hérite de cette charge de porte-drapeau et de défenseur militaire de l'abbaye. Le gonfalon rouge, porté par le dapifer, est par la suite utilisé au côté de la bannière du royaume de France. Pendant la guerre de Cent Ans, le roi d’Angleterre Henri VI occupe Saint-Denis et utilise l’oriflamme ainsi que les regalias françaises, afin d’unir les deux couronnes. La bannière de Saint-Denis est ensuite abandonnée par au profit de l'étendard de saint MichelCf. Beaune, , livre II, chap. 6, ..
La bannière de Saint-Denis est appelée dès les alentours de 1170 « oriflamme », du nom de l'étendard que la Chanson de Roland attribue à Charlemagne. Plus qu'une légitimité à succéder aux carolingiens, l'oriflamme de Saint-Denis devient le signe de la mission divine du roi capétien. Une oraison funèbreManuscrit français de la Bibliothèque nationale de France n°B.N. FR 1371, fol. 10 v°. écrite en 1350, reprise par une Chronique universelle du début du , mentionne la légende que Clovis l'a reçue de Dieu..
La Vraie Croix portée par saint Georges vignette|Les Français arborent une croix rouge sur fond blanc pendant les croisades. En 1283, le drapeau est confisqué aux Gallois qui le portent également, puis arboré par les Anglais. Le , lors d'une entrevue à Gisors, l'archevêque latin de Tyr exhorte le roi de France , le roi d'Angleterre et le comte de Flandre Philippe à secourir la Terre sainte. Une nouvelle croisade est organisée. Il est convenu que les Français arboreront une croix rouge sur fond blanc, les Anglais une croix blanche sur fond rouge, et les Flamands une croix verte sur fond blancR. de Hoveden, Chronica..
vignette|Un denier de Gênes émis à partir de 1139. L'avers, comme sur le genovino, montre linsignia cruxata comunis Janue, qui figure à partir de 1218 en rouge sur le champ blanc du drapeau de la ville. Cependant, aucune de ces bannières ne véhicule alors de signification nationale. La croix rouge est un insigne du Christ et d'une mission que la tradition attache au souvenir du pape Gélase armant les cités contre l'envahisseur ostrogoth, l'arien ThéodoricG. Pagani, , , Enrico Reggiani impr., Milan, 1903.. La porter est un honneur auquel chaque militaire peut prétendre en formant un vœu. Identifiée à saint Georges combattant le dragon, elle avait déjà été brandie en pour encourager les troupes de Roger de Hauteville à la bataille de Cerami face aux Sarrasins de SicileGeoffroi Maleterre, De rebus gestis Rogerii Calabriae et Siciliae comitis et Roberti Guiscardi ducis fratris eius., II, 33, Mileto, 1099.. La bannière de saint Georges apparait de nouveau en à la bataille d'Alcoraz contre les Maures d'Al-Andalus, puis deux ans plus tard au siège d'Antioche.
Elle est adoptée par plusieurs des communes qui se développent dans la plaine cisalpineG. Bologna, Milano e il suo stemma, , Archives de l'histoire civile de la Bibliothèque trivulciane, Milan, 1989. comme signe de la légitimité de leur franchise face à l'empereur du Saint-Empire. Milan en fait une de ses bannières, son vexillum publicum, arboré au de 1160G. Bologna, Milano e il suo stemma, , Archives de l'histoire civile de la Bibliothèque trivulciane, Milan, 1989.. Quand, à Gisors, le pape la transmet au roi Philippe, l'intention du premier est donc clairement d'inscrire le second dans ce qui deviendra le parti guelfe. Être en faveur de la croisade, c'est aussi être pour le pape. Les navires génois, qui transportent les croisés, arborent la croix de saint Georges. En 1218, linsignia cruxata comunis Janue (enseigne à la croix de la commune de Gênes), est pavoisée dans la cité de Vintimille conquise et devient l'emblème de la république maritime.
C'est donc à quelle puissance reviendra l'honneur de porter l'étendard de saint Georges. Après avoir capturé le dans les tourbières du le dernier prince des Galles indépendantes, Dafydd ap Gruffudd, en fuite depuis la défaite du pont sur l'Irvon, puis l'avoir exécuté hanged, drawn and quartered à Shrewsbury le , le roi d'Angleterre Édouard organise pour lui et sa famille à Londres un triomphe qui se déroule en . Au cours des cérémonies, est exposée à Westminster, parmi les autres regalia du défunt prince gallois Llywelyn le Dernier que l'abbé de Cymer Huw ab Izhel avait remises deux ans plus tôt au vainqueur, la « couronne du roi Arthur » et la croix de Nuz, réputée être du bois de la Vraie Croix. C'est alors que la croix rouge, symbole de la Vraie Croix tout entière, est choisie par l'Angleterre à son tourW.G. Perrin, British Flags, , Cambridge, 1922.. L'ordre de la JarretièreJ. Bengston, Saint George and the formation of English Nationalism, in Journal of medieval and early modern Studies, t. XXVII, , 1997., créé le le jour de la saint Georges, la diffuse comme l'emblème de sa puissance étendue sur le pays de Galles et l'Écosse, assujettie en 1296 à la suite de la bataille de Dunbar et du transfert à Westminster de la pierre du destin.
Or ces deux pays vont devenir des pièces dans le jeu politique de la France en lutte contre son « ennemi héréditaire ». En 1326, le roi de France Charles le Bel, qui avait pourtant participé deux ans plus tôt à une expédition contre l'Écosse, conclut avec elle le traité de Corbeil qui renouvelle l'Auld Alliance. En 1335, son successeur Philippe de Valois envoie à son alliée une armée commandée par Raoul de Brienne. En vertu du traité de 1213 signé entre Philippe Auguste et Léolin le Grand, le roi de France Charles le Sage soutient de 1372 à 1378 les prétentions d'Owain Lawgoch sur le principauté de Galles. Dès le début de la guerre de Cent Ans, les villes gasconnes se ralliant au Prince Noir arborent la croix de Saint Georges. Quand quatre-vingt-deux ans plus tard, le , les Anglais s'emparent de Paris, de Saint-Denis et de son oriflamme, le rouge de la croix de Saint Georges, que portaient les Français deux siècles et demi plus tôt, est fixé définitivement comme la couleur de l'ennemi des fidèles au Dauphin. Repliés à Bourges, ceux-ci choisissent alors d'arborer une croix blanche et de se donner pour patron Saint Michel.
Les galères Le rouge fleurdelysé d'or a été choisi comme étendard des galères royales alors que les vaisseaux royaux arboraient le blanc ou parfois le blanc fleurdelysé d'or.
Bleu vignette|100px|Sainte Vierge endeuillée dans son manteau cendré - Spolète, fin du . vignette|190px|La même recouvrant les fidèles de son manteau désormais bleu. La tunique est traditionnellement rouge.Memmi, Orvieto, mi .
Le pallium chrétien Dès l'Antiquité, le rejet de la toge pour le pallium (« a togā ad pallium ») signe le vœu de se retirer du monde. TertullienDe Pallio. instaure cette coutume dans la tradition chrétienne. À partir du , apparaissent de nouveaux pigments, le pastel pour les vêtements, l'outremer véritable pour la peinture, dont l'emploi est un signe de richesse tant sa fabrication est coûteuse. Ce n'est qu'alors que le bleu cosmique est associé au manteau des saints, peut être par opposition à la couleur pourpre de la toge impériale. L'azur devient un symbole de grandeur spirituelle.
C'est la couleur du manteau de la Vierge, qui abandonne ses vêtements de deuil sombres peints jusqu'alors en noir ou gris foncé. C'est également celle qui est désormais attribuée à la chape de saint Martin.
À l'époque carolingienne, la tradition est déjà établie que cette relique, dont aucune source directe antérieure au ne précise la teinteGrégoire de Tours, décrivant les événements qui précèdent la bataille de Vouillé, dit bien que Clovis s'est rendu à la basilique Saint-Martin de Tours pour y recevoir un signe, mais ne parle pas de la chape. En revanche, il indique que le roi franc reçoit de l'empereur Anastase la pourpre (manteau carmin-violet) de consul impérial (Histoire des Francs, livre II)., est utilisée comme palladium par ClovisNotamment le gendarme Étienne-Claude Bénéton de Moranges, dans son Traité des Enseignes militaires (1750), cité par ).. Si elle a été portée par les rois mérovingiens dans la guerre quasiment comme un artifice magiqueCf. Chroniques de Saint-Gall : (Chron. Lib. II, de rebus Caroli Magni) ; Walafrid Strabon : (capit. ultimo de exordiis et incrementis rerum ecclesiasticarum) ; Honoré d'Autun : . (In speculo ecclesiæ; sermone de Marino episcopo). Ces trois citations sont tirées de ., elle le sera par les Capétiens au moment du sacre. C'est la raison pour laquelle ils portent un manteau à fond bleu au cours de cette cérémonie.
Le bleu de France C'est donc au début du règne des Capétiens que la chape de saint Martin se colore en bleu. Le bleu est ainsi intimement associé aux rois de France et figure très tôt dans leurs armoiries fleurdeliséesCf. Beaune, op. cit., livre II, chap. 8, ., dont l'usage militaire apparait au Cf. Beaune, op. cit., livre II, chap. 8, .. Revêtir la chape de saint Martin est le symbole de la légitimité que confère l'Église au roi, en particulier au moment du sacre, et réciproquement, de la politique de la France capétienne, « fille aînée de l’Église », s'appuyant sur les évêques et le pape.
La couleur d'azur est en particulier celle des armes des branches cadettes de la famille royale, par exemple celles de Raoul de Vermandois, « échiqueté d'or et d'azur »., entre 1135 et 1145.
Blanc