LHistoire des Francs est un ouvrage historique de Grégoire de Tours (538-594), évêque de Tours à partir de 573, sous le règne des rois francs mérovingiens successeurs de Clovis.
Le titre originel de cet ouvrage écrit en latin est Decem libri historiarum (« Dix livres d’histoire »), mais par la suite il a été couramment nommé Historia ecclesiastica Francorum (« Histoire ecclésiastique des Francs ») ou même Historia Francorum.
Il s'agit d'une histoire universelle du monde et de l'Église catholique écrite dans une perspective eschatologique. Grégoire commence son récit avec la création du monde par Dieu et le poursuit jusqu'à l'année 591. La moitié de l'ouvrage est cependant consacrée à l'histoire des rois mérovingiens.
Aux dix livres d'histoire s'ajoutent un ensemble de vies de saints de Gaule, composées par Grégoire de 574 à sa mort et réunies sous le titre de Livre(s) des miracles.
L’Histoire des Francs a été poursuivie au cours des siècles suivants par des auteurs restés inconnus, nommés conventionnellement « Frédégaire » et « le Pseudo-Frédégaire ».
LHistoire des Francs a aussi inspiré des chroniqueurs ultérieurs, notamment Bède le Vénérable dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais (Historia ecclesiastica gentis Anglorum). C'est peut-être à cause du livre de Bède, un des plus populaires en Europe au cours du Moyen Âge, que celui de Grégoire a reçu en retour l'appellation d'Histoire ecclésiastique des Francs.
L'œuvre Place importante de l'histoire des Mérovingiens Le récit de Grégoire de Tours donne une grande place à la Gaule à l'époque mérovingienne, qu'il connaît mieux que le reste du monde : cinq des dix livres, ainsi que le Livre des miracles, concernent l'époque où il vit. L'auteur en donne une image plutôt sombre, mettant l'accent sur les conséquences désastreuses du comportement de certains rois, par opposition au comportement de leurs aïeux chrétiens, à commencer par Clovis.
C'est pour cette raison que l'œuvre a pu être ultérieurement rebaptisée Histoire des Francs (Historia Francorum) ou Geste des Francs (Gesta Francorum) ou plus simplement Chroniques (Chronicae). Elle fait de Grégoire de Tours le père d'une des Francs, le principal historien des rois mérovingiens et la source majeure dont nous disposons sur leurs règnes. C'est notamment à travers lHistoire des Francs que nous sont parvenus les récits de l'affaire du vase de Soissons et du baptême de Clovis.
La langue utilisée par Grégoire : un latin souvent familier L'œuvre de cet éducateur était destinée au peuple chrétien de son époque, afin d'améliorer sa connaissance de l'histoire au regard de la conversion d'un peuple encore païen, les Francs, à la foi chrétienne, notamment celle de Clovis.
C'est la raison pour laquelle Grégoire écrit non pas en latin classique, mais dans un latin mi-littéraire et mi-parléhttp://expositions.bnf.fr/carolingiens/antho/02.htm site officiel de la Bibliothèque nationale de France, dans le Trésor carolingien. Erich Auerbach écrit que Grégoire de Tours, L'histoire des rois Francs, traduction de J.J.E. Roy, Paris, Gallimard, coll. « L'aube des peuples », préface d'Erich Auerbach, 1990, . Dans cette optique, Grégoire de Tours cite un grand nombre de dialogues, de discours, de discussions (cette caractéristique est rendue visible dans la numérisation de François-Dominique Fournier, où les conversations sont indiquées en bleu).
Valeur de Grégoire de Tours en tant qu'historien À l'exception du début du Livre I, Grégoire de Tours utilise principalement un certain nombre de matériaux écrits. Donc, il pouvait profiter des archives ecclésiastiques au regard des histoires des églises alors que sa connaissance par rapport aux guerres n'était pas suffisante, faute de documents. Ainsi, concernant la vie de Clovis, il bénéficiait d'une biographie de saint Remi de Reims, écrite peu de temps après la mort de ce saint et meilleure que celle qui remplaça cette écriture sous le nom de l'évêque Venance Fortunat, mais sans valeur historique. . De plus, lorsque l'œuvre fut écrite, il pouvait profiter des témoins encore vivants, notamment ceux de l'ancienne reine Clotilde qui avait demeuré dans la ville de Tours, de laquelle Grégoire était évêque, plus précisément dans l'abbaye Saint-Martin.
Étant donné que la mentalité au était différente de celle de nos jours, il faut certes que soient scientifiquement vérifiés tous les renseignements dans cette œuvre. De plus, son édition doit être critique. À savoir, encore faut-il une ou des conditions suffisantes. Nonobstant, il s'agit de meilleurs documents ou témoignages de l'époque, grâce à Godefroid Kurth, Clovis, p. 538-543, Tallandier, Paris 2000 (première édition, 1896) ainsi qu'à sa haute fonction publique et à celle de sa famille. Par exemple, le roi de Bourgogne Gontran conservait son amitié avec cet auteur. .
Dans son livre Clovis (1896), Godefroid Kurth écrit : . Donc, il s'agit de l'une des meilleures sources du haut Moyen Âge qui nous donne de nombreuses conditions nécessaires. Cependant, si l'historien voit en Grégoire un chroniqueur consciencieux, il considère que sa volonté de produire des récits qui démontrent et confirment la foi chrétienne, rend son œuvre ..
Selon Rémi Brague, spécialiste de la pensée chrétienne médiévale (Université Paris I - Sorbonne), cette œuvre est l'une des plus difficiles qui soient à analyser par les étudiants débutants, car l'enchevêtrement de données historiques, métahistoriques, religieuses et personnelles rend l'usage d'un esprit historique critique absolument nécessaire, et donc requiert une formation d'Histoire et d'Archives importante.
Résumé des dix livres Livre I : résumé de l'histoire ancienne et universelle du monde, et jusqu'au décès de Saint Martin de Tours en 397p. xix Livre II : dès 397 jusqu'au trépas de Clovis en 511 Alors que l'empereur Valentinien II est enfermé à Vienne, les chefs francs Gennobaud, Marcomir et Sunnon envahissent la province romaine de Germanie, et sont repoussés par le général romain Arbogast. Son successeur l'empereur Eugène renouvelle l'alliance traditionnelle avec les Francs.
En 445, le roi franc Clodion le Chevelu conquiert la ville de Cambrai, puis un territoire s'étendant jusqu'à la Somme.
En 456, le roi franc Childéric Ier est chassé de son royaume pour conduite amorale. Rappelé au bout de 8 ans, il épouse Basine de Thuringe dont il a un fils : Clovis Ier. Il fait la guerre aux Orléanais, puis s'empare de la ville d'Angers en 469.
En 475, le roi wisigoth Euric arrive à Clermont ; son duc Victor embellit la basilique Saint-Julien de Brioude. Jusqu'à sa mort en 485, ce roi chrétien de confession arienne persécute en Gaule l'Église officielle nicéenne.
En 481, Clovis Ier succède à Childéric Ier. En 486, il défait le gouverneur romain Syagrius à la bataille de Soissons et conquiert ainsi le royaume de Soissons. Lors du partage du butin de guerre intervient l'épisode du vase de Soissons. Clovis, resté païen, épouse la princesse burgonde et chrétienne Clotilde. Leur premier enfant Ingomer meurt peu après son baptême, ce que Clovis reproche à Clotilde. Puis naît Clodomir qui survit à son baptême.
En 496, Clovis emporte difficilement la bataille de Tolbiac contre les Alamans, après avoir promis sa conversion en cas de victoire. Sur l'idée de Clotilde, Clovis est baptisé par l'évêque Remi de Reims. En 500, le roi burgonde Gondebaud est assiégé à Avignon par Clovis, après avoir été par lui défait à Dijon, à la suite d'une trahison de son frère, le prince burgonde Godégisile. Clovis renonçant au siège, Gondebaud tue son frère Godégisile.
Chassé par les Wisigoths ariens car il souhaitait la domination des Francs, l'évêque Quintien de Rodez est accueilli par l'évêque Euphraise de Clermont. En 507, Clovis emporte la bataille de Vouillé en tuant le roi wisigoth Alaric II. Après ces grandes victoires, il est nommé consul par l'empereur d'Orient Anastase Ier, et fait de Paris sa capitale.
Après l'élimination du roi Sigebert le Boiteux et de son fils Clodéric, Clovis s'empare du royaume des francs rhénans. De la même façon, il tue et annexe les royaumes de ses cousins Ragnacaire et Cararic. Il meurt en 511, et est enterré dans la basilique des Saints-Apôtres qu'il avait fondée avec Clotilde à Paris. Livre III : dès 511 jusqu'au décès de Théodebert en 547 Après la mort de Clovis en 511, son royaume est partagé entre ses 4 fils Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire. En 515, le fils de Thierry Théodebert repousse l'attaque du roi danois Chlochilaïc.
En 522, le roi burgonde Sigismond fait tuer son fils Ségéric. Pris de remords, il se retire dans l'abbaye d'Agaune qu'il avait fondée. En 523, les 3 fils de Clotilde envahissent la Burgondie ; Sigismond, prisonnier de Clodomir, est tué par son ordre et jeté dans un puits près d'Orléans en 524. Son frère Godomar lui succède, et tue Clodomir la même année à la bataille de Vézeronce. À la mort de Clodomir, ses 3 fils sont recueillis par Clotilde ; à l'exception de Clodoald (saint Cloud), ils seront tués en 532 par Childebert et Clotaire qui se partageront leur royaume. Clotilde se retirera alors à Tours où elle mourra en 547, avant d'être enterrée à la basilique des Saints-Apôtres de Paris qu'elle avait fondée avec Clovis.
En 531, Thierry et Clotaire défont le roi thuringe Hermanfred près de la rivière Unstrut, et conquièrent son royaume. Radegonde, nièce d'Hermanfred, est faite prisonnière de Clotaire qu'elle épousera vers 539, avant de fonder l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers où elle se retirera. Hermanfred meurt en 534.
En 531 également, Childebert attaque l'Espagne wisigothique de son beau-frère le roi Amalaric, à l'appel de sa sœur battue Clotilde la Jeune. Amalaric est tué, et Clotilde la Jeune meurt pendant le retour vers Paris.
En 532, Childebert et Clotaire s'emparent de la ville burgonde d'Autun et mettent en fuite le roi Gondomar, fondant ainsi le royaume de Bourgogne. De son côté, Thierry lance une expédition punitive dans sa province d'Auvergne contre le sénateur rebelle Arcade et sa mère Placidina, et place à sa tête le gouverneur Sigewald ; puis en 534, il fait tuer Mundéric qui prétend au trône royal.
Vers cette époque l'évêque Grégoire de Langres (bisaïeul de Grégoire de Tours) résidait régulièrement au castrum de Dijon, dont suit une description.
En 533, Théodebert attaque la Septimanie, dernière région de Gaule encore sous domination wisigothe, et dans la ville de Cabrières, rencontre la matrone Deoteria qu'il épousera et dont il aura un fils, Thibaut. Puis il épargne son filleul Giwald que Thierry lui avait ordonné de tuer. Lorsque Thierry meurt en 534, Théodebert, qui vient d'assiéger Arles, hérite de son royaume.
En 542, Childebert et Clotaire assiègent la ville de Saragosse en Espagne, mais renoncent en voyant les assiégés porter la tunique de saint Vincent. De son côté, Théodebert envahit l'Italie et profite de la guerre que s'y livrent les Ostrogoths et l'Empire romain d'Orient pour faire du butin, puis meurt en 548, suivi de peu par son trésorier Parthénius lapidé par le peuple pour malversation. Livre IV : dès 547 jusqu'au trépas de Sigebert en 575 Le roi franc Thibaut succède à son père Théodebert en 548, et meurt en 555. Pendant son règne, il a épousé Vuldetrade, et a vu ses ambitions en Italie ruinées par les victoires du général Narsès, qui en 553 a rattaché l'Italie à l'Empire Byzantin. Thibaut étant mort sans héritier, le roi Clotaire s'empare de son royaume, marie sa veuve à Garibald, et place son propre fils Chramn à la tête de l'Auvergne.