vignette|Les portraits Cobbe (1610), Chandos (début du ) et Droeshout (1622) : trois des plus notables des portraits présumés de William Shakespeare.
Dans les quarante ans qui ont suivi sa fondation en 1856, la National Portrait Gallery s'est vu offrir contre rémunération plus de 60 portraits censés représenter William ShakespeareSir Sidney Lee, A Life of William Shakespeare, Smith, Elder and Co., 1899, , n. 291c., mais en définitive, il n'y en a que deux qui sont reconnus pour être un portrait de William Shakespeare, et tous deux sont posthumes. L'un est la gravure qui figure sur la couverture du Premier Folio (1623), et l'autre est la sculpture qui orne son mémorial à Stratford-upon-Avon, qui est antérieur à 1623.
Il n'y a aucune preuve concrète que Shakespeare ait jamais commandé son portrait ni aucune description écrite de son apparence physique. On pense toutefois que des portraits du dramaturge circulaient bien de son vivant en raison d'une mention dans la pièce anonyme (vers 1601), où un personnage dit : (« Ô cher monsieur Shakespeare ! Je veux avoir son portrait dans mon cabinet à la cour. »)
Après la mort de Shakespeare, à mesure que la renommée du dramaturge s'étendit, des artistes créèrent des portraits et des peintures anecdotiques qui le représentaient et dont la plupart étaient inspirés d'images antérieures, mais dont certaines étaient purement des œuvres d'imagination. Le souvenir de Shakespeare fut aussi célébré de plus en plus dans les , d'abord en Grande-Bretagne, puis ailleurs dans le monde. En même temps, la demande de portraits authentiques alimenta le marché des faux et des erreurs d'identification.
Portraits reconnus pour être ceux de Shakespeare vignette|Le portrait de William Shakespeare par Droeshout, tiré du Premier Folio.
Il y a deux représentations de Shakespeare qui sont reconnues sans ambiguïté pour être celles du dramaturge, même si elles sont peut-être toutes les deux posthumes. Le Portrait Droeshout est une gravure de Martin Droeshout qui servit de frontispice au Premier Folio, recueil d'œuvres de Shakespeare imprimé en 1622 et publié en 1623. Le poème d'introduction de Ben Jonson qui se trouve dans ce recueil laisse entendre une très grande ressemblance du portrait To the Reader, poème de Jonson.. Le buste qui fait partie du qui se trouve dans le chœur de l'église de la Sainte-Trinité de Stratford-upon-Avon, est la seconde représentation. Il a dû être érigé dans les six ans qui ont suivi la mort de Shakespeare en 1616. Il passe pour avoir été commandé par le gendre du poète, le docteur , et avoir été réalisé par le sculpteur flamand . La veuve de Shakespeare, Anne Hathaway, a dû le voir.
Portraits possibles Il y a plusieurs portraits datés du dont on a prétendu qu'ils représentaient Shakespeare, mais leur identification à celui du dramaturge est contestable.
Portraits datant probablement du vivant de Shakespeare
Le Portrait Chandos est attribué à John Taylor et daté d'environ 1610. En 2006, la National Portrait Gallery publia un rapport où Tarnya Cooper, conservatrice des collections du à la National Portrait Gallery, disait que c'était la seule peinture qui pouvait vraiment passer pour avoir été faite du vivant de Shakespeare. (Le portrait Cobbe n'avait pas encore été découvert, mais Cooper a confirmé son opinion depuis.) Le nom du portrait découle du fait qu'il a jadis appartenu au .. Ben Johnson et William Shakespeare jouant aux échecs attribué à Carel van Mander. En 1916, l'Allemand Paul Wislicenus y voit la représentation d'une partie d'échecs entre Ben Jonson et Shakespeare.. La plupart des spécialistes pensent que c'est une simple supposition, mais cette affirmation fut reprise en 2004 par Jeffrey Netto, selon qui le jeu d'échecs symbolisait « la rivalité professionnelle bien connue entre ces personnalités par une bataille des esprits.. »
Le Portrait Cobbe : En 2009, et le Shakespeare Birthplace Trust annoncèrent qu'ils croyaient que cette peinture, qui appartenait à la famille Cobbe depuis le début du , était un portrait de Shakespeare dessiné du vivant du dramaturge, vers 1610. Elle passe pour avoir appartenu à l'origine au mécène de Shakespeare, Henry Wriothesley, troisième comte de Southampton, et avoir été à l'origine de la copie appelée le portrait Janssen, qui était exposé à la bibliothèque Folger Shakespeare de Washington et dont on avait déjà affirmé qu'il représentait Shakespeare... Tarnya Cooper argue que les deux peintures représentent Thomas Overbury.. Le portrait Grafton d'un artiste inconnu est celui d'un homme qui avait 24 ans, tout comme Shakespeare, en 1588. À part ce fait et une certaine compatibilité avec les visages des principaux portraits en lice, il n'y a pas de raison de croire qu'il représente Shakespeare. Il appartient à la bibliothèque de l'université de Manchester et le portrait Grafton.. L'Homme serrant une main sortant d'un nuage de Nicholas Hilliard, daté de 1588. y voit Shakespeare dans son livre Shakespeare by Hilliard en 1977. Les spécialistes sceptiques jugent improbable qu'il s'agisse d'un portrait du dramaturge. Roy Strong pense que ce portrait représente Thomas Howard, de Suffolk. (National Portrait Gallery, Londres.) Le portrait Sanders porte une étiquette indiquant qu'il s'agit d'un portrait de Shakespeare peint en 1603. De nouveaux examens scientifiques de l'étiquette et du support en chêne portent à croire que le portrait remonte à l'époque de Shakespeare., ce qui en ferait vraisemblablement un portrait authentique de Shakespeare. Selon une tradition familiale, il est attribué à un certain John Sanders. On a douté de l'identification parce que le sujet paraît trop jeune pour être Shakespeare à 39 ans en 1603 et que la date de naissance du figurant sur l'étiquette correspond à la date usuelle adoptée au , qui n'est peut-être pas exacte Jonathan Bate a jugé que le passage « This likeness taken 1603 » (La présente ressemblance saisie en 1603) figurant sur l'étiquette n'était pas une formulation contemporaine du dramaturge.. Le portrait Zuccari, portrait ovale de grandeur nature peint sur un support en bois. Il appartenait à Richard Cosway, qui l'attribuait à Federico Zuccari, artiste contemporain de Shakespeare. Le portrait ne lui est plus attribué, et rien ne permet d'identifier le sujet à Shakespeare, bien que le portrait ait probablement été peint du vivant du dramaturge et qu'il puisse représenter un poète.
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Portraits peints dans les décennies suivant la mort de Shakespeare Dans les décennies qui ont suivi la mort de Shakespeare, plusieurs portraits ont été faits d'après des images existantes ou de mémoire. En voici les plus importants :
Le portrait Soest, peint probablement par Gerard Soest. Il a été décrit pour la première fois par George Vertue, qui l'attribuait à Peter Lely et déclarait que la peinture représentait un homme qu'on disait ressembler à ShakespeareTarnya Cooper (dir.), Searching for Shakespeare, National Portrait Gallery et Yale Center for British Art, Yale University Press, 2006, , 70.. Il appartenait à Thomas Wright, du Covent Garden, en 1725 lorsque John Simon en tira une gravure et que le portrait fut attribué à Soest. Il fut probablement peint à la fin des années 1660, après que la Restauration permit la réouverture des théâtres londoniens.
Le portrait Chesterfield, daté de 1660 à 1670, a peut-être été fait par le peintre hollandais , qui travailla en Angleterre dans la seconde moitié du Stanley Wells, A Dictionary of Shakespeare, Oxford University Press, 2005, p. 28.. Le portrait tient son nom de celui de l'un de ses propriétaires, le comte de Chesterfield. Il passe en général pour être inspiré du Chandos, ce qui prouve que ce dernier était reconnu pour être une représentation de Shakespeare par ceux qui avaient vu le dramaturge. Le portrait Marshall. En 1640, l'édition des poèmes de Shakespeare produite par comprenait une estampe du dramaturge créée par William Marshall. Il s'agit d'une version stylisée et inversée du Droeshout.
Œuvres ultérieures, erreurs d'identification et faux Plusieurs autres copies ou adaptations du Chandos et du Droeshout furent produites à la fin du et au début du , telles que le frontispice (dû à William Faithorne) de l'édition de 1655 du Viol de Lucrèce et la copie du Chandos que Louis François Roubillac fit en prévision de sa sculpture de Shakespeare. Les portraits du dramaturge s'étaient multipliés à la fin du et au début du ; on y compte une adaptation du Droeshout réalisée par William Blake vers 1800. et des estampes de John Goldar, de Richard Austin Artlett et d'autres.
Le portrait Stratford remonte probablement à cette époque. Il doit son nom au fait qu'il se trouve à Stratford-upon-Avon. Il a appartenu à un secrétaire municipal de cette ville. Il a été une fois considéré comme le modèle de la sculpture du mémorial de Stratford, à laquelle il ressemble beaucoup, mais il passe maintenant pour avoir été créé au d'après la sculpture.
Le premier usage commercial connu d'un portrait de Shakespeare dans un contexte public est celui d'une enseigne représentant le dramaturge par le libraire anglais Jacob Tonson au . On ne sait pas sur quelle image elle reposait, mais c'était peut-être l'une des peintures subsistantes fondées sur le Chandos.
Au milieu du , la demande de portraits de Shakespeare amena plusieurs prétentions concernant des peintures subsistantes du , dont certaines furent modifiées pour qu'elles correspondent plus aux traits de Shakespeare. Le portrait Janssen fut repeint pour faire reculer la naissance des cheveux et ajouter l'inscription d'un âge et d'une date adaptés à la vie de Shakespeare. Ce repeint fut antérieur à 1770, ce qui en fait le « premier exemple avéré d'un portrait réel modifié pour ressembler à Shakespeare ».. En 1792, une peinture qu'on allait appeler le portrait Felton fut mise à l'encan ; elle portait le nom de Shakespeare au dos et les initiales R.B., qui passèrent pour être celles de Richard Burbage. Au , le spécialiste de Shakespeare George Steevens défendit l'authenticité de l'œuvre, qui ressemble à la gravure du DroeshoutMalcolm Salaman, Shakespeare in Pictorial Art, Kessinger Publishing, 2005, ..
Une peinture appelée le , qui fut présentée comme un portrait de Shakespeare en 1847, orne actuellement la bibliothèque Folger Shakespeare. Au milieu du , G.F. Storm la reproduisit sous forme d'un mezzotinto intitulé William Shakespeare.. En 1940, Charles Wisner Barrell examina le portrait aux rayons X et à l'infrarouge, ainsi que la peinture cachée à la hauteur de l'anneau de pouce du personnage, et en conclut qu'il s'agissait d'un portrait retouché d'Édouard de Vere peint par Cornelis Ketel.. En 1979, la restauration de la peinture a dévoilé des armoiries qui identifiaient le modèle à . Elle a révélé qu'on avait retouché le portrait pour dégarnir le front, reculer d'un an la date de la peinture et recouvrir les armoiries de Hamersley.. Cependant, quelques partisans de l'attribution des œuvres de Shakespeare à Édouard de Vere continuent d'appuyer l'identification de de Vere en soutenant que la mode affichée par le modèle permet de dater la peinture d'environ 1580, année où Hamersley n'avait que 15 ans..
Le , appelé du nom de son propriétaire, Sir Desmond Flower, qui en fit don au Shakespeare Museum en 1911, est un autre exemple de faux. On a jadis pensé que c'était la première peinture représentant Shakespeare et qu'elle avait servi de modèle à la gravure du Droeshout. Par une investigation, la National Portrait Gallery révéla en 2005 qu'il s'agissait d'un faux du inspiré de cette gravure. Le portrait de Shakespeare recouvrait une peinture authentique du représentant une Vierge à l'enfant..