thumb|Paulhan atterrit en vainqueur du défi sur son biplan Farman III à Didsbury. La course aérienne de Londres à Manchester de 1910 oppose deux aviateurs, chacun essayant de gagner un défi aérien entre Londres et Manchester, avec un « plus lourd que l'air » motorisé. Ce défi est initialement proposé par le quotidien Daily Mail en 1906. Le Français Louis Paulhan gagne le prix de en .

Claude Grahame-White, un Anglais du Hampshire se lance dans la première tentative. Il décolle de Londres le , et effectue son premier arrêt, planifié, à Rugby. Son biplan connait ensuite des problèmes moteur, le forçant à atterrir à nouveau près de Lichfield. Par la suite, de forts vents lui rendent la poursuite de ce voyage impossible, et son aéroplane subit d'autres dommages au sol, lorsque le vent le retourne.

Pendant que l'avion de Grahame-White est en réparations à Londres, Paulhan décolle tard le , en direction de Lichfield. Quelques heures après, Grahame-White est avisé du départ de Paulhan et engage sa poursuite immédiatement. Le lendemain matin, après un décollage nocturne sans précédent, il a presque rattrapé Paulhan, mais son aéroplane est en surpoids et il est contraint de concéder la défaite. Paulhan atteint Manchester tôt le et gagne le défi. Les deux aviateurs célèbrent ensemble sa victoire par un déjeuner à l'hôtel Savoy de Londres.

L'événement constitue la première course d'aéroplanes à longue distance en Angleterre, et elle voit le premier décollage nocturne d'un plus lourd que l'air, ainsi que le premier vol motorisé pénétrant dans Manchester depuis l'extérieur de la ville. Paulhan répète ce voyage en , à l'occasion du du vol initial, mais cette fois-ci comme passager d'un chasseur à réaction britannique.

Histoire Le , le quotidien Daily Mail promet une prime de au premier aviateur qui couvrirait les 185 miles (environ ) entre Londres et Manchester, en moins de 24 heures et avec deux escales au maximum. Le défi stipulait également que les décollages et atterrissages devraient se dérouler dans des lieux distants au plus de 5 miles (environ ) des sièges du journal dans ces deux villes. Les vols d'appareils à moteur constituaient alors une invention relativement récente et les propriétaires du journal se passionnaient pour le développement de cette industrie. En 1908, ils avaient offert pour la première traversée de la Manche, gagnée le par l'aviateur français Louis Blériot. Ils avaient également promis au premier vol circulaire d'un mile de long effectué par un aviateur britannique, sur un aéroplane britannique, prix remporté le par l'aviateur anglais John Moore-Brabazon. En 1910, deux hommes relevèrent le défi du journal remontant à 1906 : un Anglais, Claude Grahame-White, et un Français, Louis Paulhan.

Claude Grahame-White, né en 1879 dans le Hampshire, Angleterre, fut élevé à l'école de Crondall House, à Farnham, puis au Lycée de Bedford. Apprenti d'une firme locale d'ingénierie, il travailla ultérieurement pour son oncle Francis Willey, Baron Barnby. Il lança sa propre affaire de véhicules à moteur à Bradford, avant de partir en Afrique du Sud pour chasser le gros gibier. En 1909, inspiré par la traversée aérienne historique la Manche de Louis Blériot, il alla en France pour apprendre à piloter et en janvier de l'année suivante, il devint l'un des premiers Anglais à obtenir en 1910 un certificat d'aviateur. Il lança également une école de pilotage à Pau.

Isidore Auguste Marie Louis Paulhan, plus connu sous le nom de Louis Paulhan, est né en 1883 à Pézenas, dans le sud-est de la France. Après une bref engagement sous les drapeaux, il travailla à l'usine Voisin à Paris où il gagna un concours de conception avec comme prix un biplan Farman. En 1909, il apprit seul à voler, et devint le premier Français à recevoir une licence de pilote. Paulhan n'était pas un étranger pour le public britannique ; récemment, en , il avait participé à une compétition dans une réunion aérienne à Blackpool, et peu après, avait réalisé un vol de démonstration au-dessus du circuit automobile de Brooklands. Paulhan avait pris part à de nombreuses démonstrations aériennes, dont plusieurs aux États-Unis, et à Douai, où en , il avait établi de nouveaux records d'altitude et de durée de vol.

Premier essai par Grahame-White thumb|upright|alt=Photographie noir et blanc de Claude Grahame-White en combinaison de vol et casque en cuir|Claude Grahame-White (non daté).

Claude Grahame-White fut le premier à tenter l'exploit. Il avait prévu de décoller à du matin, le , près de l'hôtel Plumes, dans la banlieue londonienne de Park Royal. Une foule de journalistes et de badauds s'y rassembla à partir de , d'autres arrivant encore en voiture : il y eut finalement jusqu'à 2 à 300 personnes. Le Times décrivit le ciel comme , et les conditions météo comme . Grahame-White arriva vers et commença de préparer son biplan Farman IIISelon le site , il s'agissait d'un modèle Farman III. Mais le Times indique seulement un Farman.. On amena l'aéroplane sur le terrain depuis le parc où il était stationné, et on démarra son moteur rotatif à 7 cylindres de 50 chevaux. Après l'avoir laissé chauffer, Grahame-White s'assit. Plusieurs personnes lui manifestèrent leurs vœux, dont sa sœur, sa mère et Henry Farman. Il amena le biplan à une cinquantaine de mètres, à travers la pelouse gelée, et décolla vers du matinLe magazine Flight estima l'heure à . Avant de modifier sa direction vers le point du début de la course, un gazomètre à Wormwood Scrubs, situé comme l'exigeait le règlement de la course dans un rayon de 5 miles du siège londonien du Daily Mail.

Bruyamment applaudi par les milliers de spectateurs ayant anticipé son arrivée, Grahame-White survola le point de départ et vira au nord-ouest vers Wembley. Juché sur la couverture du gazomètre, Harold Perrin, secrétaire du Royal Aero Club, agita un drapeau indiquant le départ de la tentative de Grahame-White. Vers , l'aviateur survolait Watford, et à , Leighton Buzzard. Des foules de spectateurs étaient là pour l'applaudir pendant son survol de la ligne de chemin de fer de la London and North Western Railway, à une centaine de mètres d'altitude. Pendant ce temps, Perrin et deux mécaniciens de Gnome et Rhône, le fournisseur du moteur du Farman III, embarquèrent dans une des automobiles et prirent la direction de Rugby. Sur le chemin, une voiture prit un raccourci à travers champs et percuta un talus. L'un des occupants fut sérieusement blessé.

Grahame-White effectua sa première escale à Rugby juste après du matin. Une des automobiles parties de Londres arriva à peu près dix minutes avant son atterrissage, et ses mécaniciens vérifièrent son aéroplane. Des nouvelles de son décollage de Londres étaient parvenues dans le voisinage, et une foule importante s'était rassemblée. Un groupe de scouts la tenait éloignée de l'aéroplane. Grahame-White fut emmené à la ferme voisine de Gellings Farm, où il put boire un café et manger des biscuits, et raconter son expédition à l'assistance. La vitesse de Grahame-White a été estimée aux alentours de . Quelques véhicules qui le suivaient depuis Londres n'arrivèrent pas avant qu'il fut posé depuis déjà longtemps.

Il redécolla vers du matin, mais ne put atteindre son étape suivante prévue à Crewe. À peu près 30 miles après sa sortie de Rugby, un problème sur les vannes d'admission du moteur l'obligèrent à atterrir dans un champ à Hademore, à quatre miles de Lichfield, à peu près au kilomètre 115 d'un parcours total de 185 kilomètres. À l'atterrissage, il endommagea un patin et il appela ses mécaniciens par télégraphe. Pendant qu'on procédait aux réparations nécessaires, Grahame White prit son déjeuner, et alla dormir quelques heures, veillé par sa mère arrivée en auto. Pendant ce temps, une foule importante de spectateurs intéressés s'était à nouveau rassemblée, et le fermier possédant le champ leur demanda un droit d'entrée. Des soldats d'une caserne voisine empêchaient le public de s'approcher trop près du biplan.

Avec le coucher du soleil, le vent forcit, et à , Grahame-White reconnut que les forts vents rendaient impossible toute amélioration. Il décida de recommencer à du matin, en espérant rallier Manchester, vers l'heure limite de , mais à , il abandonna sa tentative, en affirmant qu'il ferait le voyage jusqu'à Manchester pour un nouvel essai à partir de cette ville. Il donna l'ordre aux soldats d'arrimer l'aéroplane au sol, mais ces instructions furent ignorées. La nuit suivante, l'aéroplane fut renversé par de forts coups de vent, et il fut sévèrement endommagé.

Tentative de Paulhan right|upright|thumb|alt=photographie monochrome en contre-plongée de Louis Paulhan dans un avion|Louis Paulhan (1909)

Le biplan de Grahame-White fut ramené à Londres, et, le , était en cours de réparation à Wormwood Scrubs, dans le hangar du Daily Mail. Paulhan, arriva à Douvres en provenance de Californie où il avait réalisé des vols d'exhibition. Un autre concurrent, Émile Dubonnet entra également formellement en compétition, et devait faire une tentative quelques jours plus tard. Le , le biplan de Paulhan, un modèle plus récent que celui de Grahame-White fut amené à Hendon, sur le site devenu maintenant la branche londonienne du Musée de la Royal Air Force.

Il fut assemblé en moins de onze heures et à , ce jour-là, Paulhan décolla pour le cimetière de Hampstead, sa ligne de départ officielle. Il y arriva dix minutes plus tard, vola vers Harrow, et commença à suivre la route de la London and North Western Railway. La compagnie ferroviaire s'était préparée à l'évènement en peignant en blanc les traverses de la voie ferrée sur la ligne à suivre par les concurrents. Paulhan était suivi par un train spécial, à bord duquel se trouvait , son épouse, et Henry Farman. D'autres partisans suivaient en voiture.

Grahame-White avait tenté de faire un vol d'essai plus tôt dans la journée, mais l'importance de la foule avait entravé ses efforts, et il ne fut pas en mesure de décoller. Après deux jours passés à superviser la reconstruction de son aéroplane, il s'était retiré dans un hôtel voisin pour prendre un peu de repos. Vers , on le réveilla avec la nouvelle du début de tentative de Paulhan, et il décida de se lancer à sa poursuite. Cette fois-ci, il n'eut pas de mal trouver un passage au travers de la foule. Il démarra le moteur de son biplan et vers , il passait la ligne de départ. Près d'une heure après, il survola Leighton Buzzard, au moment même où Paulhan survolait Rugby. Comme la nuit approchait, Grahame-White posa son aéroplane dans un champ proche de la voie ferrée à Roade, dans le Northamptonshire. Quinze minutes plus tard, Paulhan atteignait Lichfield, où après un vol de près de , il n'avait plus de carburant. Il s'arrangea pour poser son biplan dans un champ près de la gare de la ligne Lichfield Trent Valley. L'aéroplane fut arrimé au sol, et Paulhan s'en alla avec ses amis pour passer la nuit dans un hôtel voisin. Pendant ce temps, Grahame-White était hébergé chez un certain Docteur Ryan. Les deux aviateurs avaient l'intention de repartir à le lendemain matin.