Le Tour de France 1989 est la du Tour de France, course cycliste qui s'est déroulée du au sur pour . Le départ a lieu à Luxembourg ; l'arrivée se juge aux Champs-Élysées à Paris. C'est l'un des Tours les plus connus de l'histoireL'Equipe raconte , La Grande histoire du Tour de France, 1989-1990 Incroyable LeMond, Introduction : Huit secondes pour l'éternité, page 6, volume 28, éditions L'Equipe/Cobra, octobre 2011 . Il a été remporté le dernier jour de course, à l'issue d'un contre-la-montre resté célèbre. entre Versailles et Paris, par l'Américain Greg LeMond devant le Français Laurent Fignon pour huit secondes seulement, le plus petit écart de l'histoire de la Grande Boucle. L'Espagnol Pedro Delgado tenant du titre, complète le podium.

Déroulement de la course Généralités prennent le départ au Luxembourg. Seule la formation Reynolds-Banesto arrivera à Paris au complet. La formation Kelme ne verra pas les Champs-Élysées, tous éliminés. Lors de la dernière étape contre-la-montre (Versailles-Paris : ), LeMond roule à de moyenne. Dans l'étape contre-la-montre Dinard - Rennes, il expérimente un guidon de triathlète qui sera ensuite adopté par l'ensemble des coureurs. Delgado rate le départ du prologue et perd . À partir de la cinquième étape contre-la-montre Dinard-Rennes, la course se résume à un match Fignon-LeMond. La veille de l'arrivée, le Français possède d'avance sur l'Américain qui le domine dans la dernière étape contre-la-montre et gagne le Tour avec d'avance, le plus faible écart jamais enregistré. La vitesse moyenne du Tour est de .

Contexte Qualifié par la presse sportive de « Tour le plus fou »Titre du magazine mensuel Vélo Magazine d’août 1989, le Tour de France 1989 présente les ingrédients idéaux d'une dramaturgie sportive exceptionnelle : des acteurs de choix (quatre anciens vainqueurs du Tour étaient au départ : Laurent Fignon, Greg LeMond, Stephen Roche et Pedro Delgado), le retour de Greg LeMond, de nombreux rebondissements, un suspense intense et un dénouement inattendu.

Favoris Pedro Delgado, vainqueur du Tour de France 1988 et du Tour d'Espagne 1989 est le favori à sa propre succession.

Laurent Fignon, qui vient de s'adjuger le Tour d'Italie 1989, sa première victoire dans un grand tour depuis le Tour 84 après son doublé dans Milan-San Remo, est le challenger désigné de Delgado.

Le Français Charly Mottet a montré des qualités qui en font un outsider, son récent statut de numéro 1 mondial au classement FICP, depuis mai, à la suite de ses victoires aux Quatre Jours de Dunkerque et au Critérium du Dauphiné libéré, rend ses ambitions crédibles et légitimes.

Les autres prétendants sont : Steven Rooks, deuxième du Tour 1988 derrière Delgado, le prometteur Erik Breukink, l'Américain Andy Hampsten et, dans une moindre mesure, les Colombiens Fabio Parra (troisième du Tour 88 et deuxième de la Vuelta 89, derrière Delgado) et Luis Herrera, ainsi que l'Irlandais Stephen Roche qui peine à retrouver une condition physique digne de son palmarès.

Greg LeMond, vainqueur du Tour de France 1986, n'est pas cité dans les favoris au départ de ce Tour 89 en raison de son manque de références et de résultats depuis son retour à la compétition à la suite de son accident de chasse d'.

La course Le prologue Le Tour démarre dans la grisaille luxembourgeoise. L’Espagnol Pedro Delgado, par négligence« Selon son entourage, il avait mal lu l'heure sur sa montre-bracelet, celle-ci munie d'un cadran où n'apparaissaient pas les minutes. En plus, il avait mal interprété le geste par lequel son mécanicien l'invitait à gagner la plateforme du départ et, plutôt que de s'approcher en hâte, car le temps pressait, il avait tourné les talons ». Source : ., se présente avec de retard sur la rampe de départ et s’inflige un handicap au classement général. L'Américain Greg LeMond, qui revient sur l’épreuve après deux années d’absence à la suite de son accident de chasse d’, signe au prologue le deuxième temps ex aequo avec Laurent Fignon et l’Irlandais Sean Kelly derrière le vainqueur néerlandais Erik Breukink.thumb|Greg LeMond termine second lors du prologue au Luxembourg.

Le contre-la-montre par équipes Dès le lendemain du prologue et après une demi-étape remportée par le Portugais Acácio da Silva qui prend du même coup le maillot jaune, Pedro Delgado est en déroute dans le contre-la-montre par équipe. Abattu moralement par son prologue, il est lâché puis attendu par ses équipiers de Reynolds-Banesto qui avaient pourtant les moyens de bien figurer, notamment grâce au jeune Miguel Indurain. Au classement général, il est pratiquement éliminé dans la lutte pour la victoire finale. Greg LeMond, au sein de sa modeste équipe belge ADR-Agrigel qui compte quelques coureurs valeureux tels que Johan Museeuw et Eddy Planckaert, ne peut faire mieux que limiter les dégâts face à Laurent Fignon dont la formation Super U s'adjuge la victoire d’étape.

Le contre-la-montre individuel de Rennes Sur les 73 kilomètres du parcours de la cinquième étape entre Dinard et Rennes, l’orage et la pluie menacent. Pedro Delgado, parti tôt en raison de son classement médiocre, réalise sur route sèche un meilleur temps provisoire qui peut s’avérer définitif car la pluie s’abat sur les concurrents qui partent en dernier, notamment Fignon et LeMond. Charly Mottet, spécialiste de l’effort individuel connaît un « jour sans » et ne peut menacer Delgado. Seuls Fignon et LeMond peuvent le battre. Greg LeMond réalise sous la pluie une performance exceptionnelle avec un équipement innovant, le guidon de triathlète, qui lui permet de bénéficier d’un troisième appui supérieur et d’un meilleur aérodynamisme. Il améliore le temps de Delgado de . Fignon accomplit la seconde moitié du parcours dans des conditions météorologiques pénalisantes et ne peut faire mieux que troisième derrière LeMond et Delgado. Trois ans après sa victoire sur les Champs-Élysées devant Bernard Hinault, LeMond retrouve le maillot jaune.

Estocade à Superbagnères La première étape pyrénéenne, la veille à Cauterets, a vu les favoris se neutraliser et arriver dans le même temps alors que Miguel Indurain s’est imposé en solitaire. L’étape menant à Superbagnères est longue et difficile. Fignon est en difficulté dans le Tourmalet mais retrouve ses moyens sur la fin du parcours. Dans la montée finale vers Superbagnères, et alors que Delgado est parti, comme la veille, pour combler petit à petit son retard au classement, LeMond est isolé et semble devoir s’employer pour avaler la pente. Fignon, pourtant émoussé, accélère. Ce n’est pas une attaque nette, Fignon n’en a plus les moyens, mais LeMond est décroché mètre après mètre. Pour la première fois depuis sa victoire dans le Tour de France 1984, Fignon revêt le maillot jaune. Il possède sept secondes d'avance sur LeMond.

Le chrono d’Orcières-Merlette Les étapes de transition entre les deux massifs montagneux des Pyrénées et des Alpes ont donné lieu à un épisode très animé le quand Fignon et Mottet se sont échappés, obligeant Delgado, LeMond et les Néerlandais Steven Rooks et Gert-Jan Theunisse à une poursuite, la victoire à Marseille revenant finalement à l’équipier de Fignon, le Français Vincent Barteau. L’entrée dans les Alpes est marquée par l’exercice particulier du contre-la-montre en côte entre Gap et Orcières-Merlette, théâtre de la quinzième étape de ce Tour. Steven Rooks remporte la course mais c’est le match pour le maillot jaune qui accapare l’attention. LeMond reprend son guidon de triathlète. Il n’est cependant pas en mesure de lutter pour la victoire d’étape et se classe cinquième. Fignon, parti en dernier et en jaune, ne parvient pas à trouver le bon rythme et termine au dixième rang derrière Rooks. LeMond récupère le maillot jaune.

Coup de force à l’Alpe d’Huez La première étape de montagne dans les Alpes, est marquée par une belle descente du col d'Izoard du duo Mottet-LeMond qui reprennent même à Laurent Fignon, dans la petite côte qui mêne à la citadelle de Briançon.. La vers L'Alpe d'Huez passe par le col du Galibier et le Col de la Croix-de-Fer. Profitant de la réserve de LeMond et Fignon à se dévoiler, Theunisse se lance dans une échappée solitaire pour la victoire. Les leaders se présentent groupés au pied de la montée de l’Alpe d’Huez. À mi-pente, le groupe est réduit à quelques unités, dont Fignon, LeMond, Delgado et son équipier Rondon. LeMond se contente de suivre pour défendre sa place et Fignon, très fatigué, sait que s’il n’attaque pas, il emmènera l’Américain dans sa roue au sommet. Cyrille Guimard, le directeur sportif de Fignon, qui connaît bien LeMond pour l’avoir dirigé chez Renault de 1981 à 1984, reconnaît chez l’Américain des signes de défaillance et conseille à Fignon de passer à l’attaqueD’après Fignon dans Nous étions jeunes et insouciants, Grasset, 2009. Fignon, lui-même éprouvé, n’y croit pas et refuse dans un premier temps d’obéir de peur de s’exposer à un contre. Mais Guimard, sûr de lui, lui ordonne d’accélérer. Fignon se dresse sur les pédales, livre toutes ses forces dans son attaque. Seul Delgado peut le suivre, LeMond craque. Fignon prend plus d’une minute à LeMond au sommet et retrouve le maillot jaune, avec d'avance.thumb|Laurent Fignon va perdre ce Tour à suspense pour huit petites secondes.

Fignon enfonce le clou Profitant de l’ascendant qu’il a pris sur LeMond, Fignon, en jaune, attaque à nouveau le lendemain sur la route de Villard-de-Lans. La prise de risque est payante pour Fignon qui, seul, tient en respect un groupe composé de tous ses suivants au classement général : LeMond, Delgado, Rooks, Theunisse, Kelly et Alcala. À l’arrivée, en plus de la victoire d’étape, il conforte sa place de leader en accroissant son avance de . Le lendemain, alors que le même groupe de sept se dispute la victoire de la à Aix-les-Bains, LeMond l’emporte au sprint, avec les félicitations de Fignon qui paraît ainsi assuré de sa victoire dans le Tour.

Les

vignette|droite|Greg LeMond s'élance de Versailles. Fignon souffre depuis l’arrivée à Aix-les-Bains d’une blessure à l’entrejambe, une irritation liée à l’échauffement par frottement entre la selle et son cuissard. La rumeur l’annonce diminué à la veille de disputer le contre-la-montre final sur les entre Versailles et Paris. Après le déroulement riche en rebondissements offert par ce Tour, le doute en la victoire promise est évoqué par la presse mais personne n’imagine raisonnablement que LeMond, face à un Fignon au sommet de sa forme, puisse reprendre les cinquante secondes qui le séparent de ce dernier. LeMond y croit et veut jouer sa chance jusqu’au dernier mètre. Il s’élance de Versailles comme pour un sprint et tient ensuite un rythme important, arqué sur son guidon de triathlète, refusant d’être renseigné sur les temps intermédiaires pour se concentrer sur son effort. Fignon, sur une machine plus traditionnelle, montre moins de puissance et de fluidité et les pointages en cours de parcours confirment l’impression. LeMond est l’auteur du meilleur temps sur les Champs-Élysées, avec une vitesse moyenne supérieure à , mais doit attendre l’arrivée de Fignon pour connaître le temps repris. Fignon, qui sait qu’il a régulièrement perdu du temps tout au long du parcours (il savait qu'il ne devait pas perdre deux secondes au kilomètre, mais fera ses premiers kilomètres en perdant régulièrement ce temps), livre un long sprint désespéré sur les pavés des Champs-Élysées et s’effondre à terre une fois la ligne passée. LeMond gagne le Tour de France pour , le plus petit écart jamais enregistré entre un vainqueur et son second dans le Tour de France. Il est souvent improprement écrit que Fignon a perdu le Tour pour . Si ces huit secondes représentent bien l'écart final, le Français a en réalité mis de trop. En cas d'égalité absolue, LeMond aurait tout de même gagné l'épreuve, justement parce qu'il aurait été le mieux classé sur la dernière étapeVidéo des derniers kilomètres.