vignette|Le niqab, exemple de vêtement dissimulant le visage, ici pour des motifs religieux.
La loi n°2010-1192 du interdisant la dissimulation du visage dans l'espace publicLa Loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public. est une loi française ayant pour objet d'interdire le port d'une . Entrée en vigueur le , elle a été adoptée lors du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy dans un contexte marqué par un vif débat sur la place du voile intégral, et notamment du niqab, vêtement religieux islamique, dans l'espace public, notamment la rue et les établissements recevant du public.
La loi s'applique sur l'ensemble du territoire de la République française (article 6).
Historique
Historiquement, le fait de se dissimuler le visage est une pratique suffisamment peu répandue en France pour y être généralement perçue comme un moyen d'agir à la dérobée, c'est-à-dire de dissimuler son identité pour des motifs peu avouables tels que des vols. La dissimulation du visage est parfois permise dans certaines circonstances comme le bal masqué ou le carnaval.
Dans les décennies précédant cette loi, en France métropolitaine, l'usage pour la plupart des femmes est d'aller et venir à visage découvert sans chercher à se couvrir les cheveux ou le visage, sauf dans certaines circonstances particulières ; en même temps, un nombre limité de femmes envisagent de porter des tenues dissimulant tout ou partie des cheveux et/ou du visage, selon des us et coutumes importés ou inspirés d'ailleurs, pouvant notamment présenter une connotation religieuse.
Contexte socio-politique vignette|200px|Pays interdisant la burqa dans le monde (2025). vignette|200px|Pays interdisant la burqa en Europe (2025).
La loi interdisant la dissimulation du visage dans les lieux publics s'inscrit dans un contexte socio-politique où la laïcité et la sécurité suscitent un très vif débat. De nombreux incidents fortement médiatisés font polémique et ramènent la question du voile intégral sur le devant de la scène.
Un sondage mené par le journal Le Point sur un échantillon représentatif de la population française révèle que 57 % des Français sont favorables à l'interdiction du voile intégral dans les lieux publics..
Cette loi s'inscrit également dans un contexte où les attentats revendiqués par des groupes musulmans intégristes se multiplient dans le monde. Ces vagues d'attentat ont pour effet d'élever les dispositifs de sécurité et les contrôles d'identité. Dissimuler son visage pose donc un problème.
Application La promulgation de la loi n'entraîne pas dans la réalité la disparition de cette pratique, Constantin Languille remarquant, en 2015, que ..
D'après le ministère de l'Intérieur, il y a eu 332 verbalisations en 2012, 383 en 2013, 397 en 2014 et 200 sur les neuf premiers mois de 2015.. Entre et le , les services de police ont procédé à qui ont donné lieu à et ..
Toujours selon le ministère de l'Intérieur, de 2011 à 2017, ont été effectués sur la base de la loi de 2010. Ils ont concerné un millier de femmes, ont donné lieu à et ..
Le 3 octobre 2014 l'opéra Bastille a demandé à une spectatrice qui arborait un voile intégral de quitter les lieux en pleine représentation..
Législation Présentation de la loi L'article 1 de la Loi du dispose que .
Il est important de noter que est une notion juridiquement inédite.
L'article 2 précise que . L'article apporte également des nuances : . Le port du masque chirurgical, très utilisé lors de la pandémie de Covid-19, est ainsi autorisé par cette loi..
L'article 3 avertit que .
Le fait d'imposer à une ou plusieurs autres personnes de dissimuler son visage est puni d'un an d'emprisonnement et de d'amende, peine doublée s'il s'agit de mineurs...
Le Monde révèle que les renseignements intérieurs estimaient en 2009 que portaient le niqab ou la burqa en France..
Le Conseil d’État ayant affirmé, dans des avis au gouvernement, qu'elle n'aurait , la loi n'évoque aucunement la laïcité, ce principe ne s'appliquant qu’à l'État et à ses agents, à l’exception des élèves de l’éducation nationale, et non pas aux citoyens. La loi n'évoque aucun vêtement religieux, mais revendique la nécessité de découvrir son visage dans les rues et les lieux ouverts au public pour des raisons d’ordre public et de respect des .
Motivations de la loi La circulaire du relative à la mise en œuvre de la loi, la justifie par le fait que :
La loi a été publiée au Journal officiel du mardi et concerne donc l', notion juridiquement inédite définie par la loi comme comprenant les voies publiques ainsi que lieux ouverts au public (à l'exception des lieux de culte, précise une réserve du Conseil constitutionnel, qui contredit ainsi l'extension à ces lieux préconisée par le rapport Gerin-Raoult.) ou affectés à un service public.
Commentaires de la loi Les commentateurs de la loi rappellent donc son car la loi se base sur des valeurs implicites qui peuvent parfois ne pas être comprises par des personnes fraîchement immigrées en France.
Des arguments féministes ont fleuri, comme l'association des « Femmes sans voile », qui se réjouit de cette loi qui aidera les femmes qui portent le voile sous la contrainte de leur mari. D'un autre côté, certaines féministes soulèvent également que le fait d'imposer à une femme de retirer ses vêtements pourrait également être source d'une oppression, estimant que c'est à la femme, et elle seule, de choisir si elle souhaite ou non se voiler. Pour certains militants antiracistes, la loi, qui viserait principalement les femmes musulmanes, ne serait qu'une conséquence du passé colonial de la France, rappelant que plusieurs décennies plus tôt elle a notamment cherché à dévoiler les femmes d'Algérie.. Selon eux, cette loi ne serait donc qu'un instrument de domination des femmes musulmanes, sous couvert d'être présentée comme un outil de prévention pour la sécurité, d'égalité, et de liberté.. Cette affaire fait également ressortir les débats autour de la notion d'ordre public moral, dit immatériel.
Les juristes favorables à la loi, notamment Guy Carcassonne., la justifient par la notion d'« ordre public ». Loi proposée par une partie minoritaire de la gauche, elle rencontre l'hostilité du Conseil d'État. et l'approbation du Conseil constitutionnel sous la réserve que les lieux de culte ouverts au public ne soient pas concernés..
Avis internationaux notables Cour européenne des droits de l'homme Le , une française musulmane se disant dépose une requête à la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH). La jeune femme indique qu'on n'exerce pas de pressions sur elle et qu'elle souhaite pouvoir s'habiller comme bon lui semble.. Défendue par un cabinet d'avocats britannique et identifiée sous ses initiales de S.A.S, elle invoque trois articles de la convention européenne des droits de l'Homme : l'article 8, le droit au respect de la vie privée et familiale ; l'article 9, le droit à la liberté de pensée et de religion ; et l'article 14, l'interdiction des discriminations.
Le , la CEDH se refuse à une très large majorité à condamner la France à la suite de cette demande. Pour autant, elle ne valide pas cette loi, mais estime qu'il faut laisser aux États une . Elle précise que ..
Le journal Le Monde rajoute : .
Une souplesse qui rend perplexe l'ONG Human Rights Watch : ..
Comité des droits de l'homme Dans ses constatations rendues le , le Comité des droits de l'homme des Nations unies estime que la loi de 2010 la liberté de religion telle que la définit le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il demande au gouvernement français de l’informer, dans les six mois, des mesures prises pour tirer les conséquences de ses observations, .
Espace public La loi édicte l'interdiction de la dissimulation du visage dans l'espace public. Or l'utilisation de cette notion d' est une première dans la législation française., et n'est pas définie dans la loi française. L'article 2 de la loi précise donc que . Si la définition de n'appelle pas de commentaire, les sont encore insuffisamment définis. Afin de lever les ambiguïtés, la circulaire du , relative à la mise en œuvre de la loi, précise donc cette notion :
Le , le journal Le Monde définit l'espace public ainsi : . D'après le journal, la burqa serait donc interdite dans les entreprises.
A contrario, dans un dossier consacré à ce sujet sur France Info, Philippe Duport déclare que le sujet de la burqa en entreprise semble plus complexe. En effet, pour les entreprises, l'espace public est celui où les employés peuvent éventuellement être en contact avec la clientèle : par exemple, les points de vente, les halls d’entrée. L'intérieur de l'entreprise n’est donc pas dans l' et on pourrait croire que le voile intégral y est autorisé, ou, a minima, que le cas n’est pas tranché..
Et même si cela se produisait, l’espace non public de l’entreprise est soumis au règlement intérieur. Ce dernier est lui-même limité en matière de restriction religieuse par l’article 9 (2) de la Convention européenne des droits de l'homme . En pratique le port d’une tenue religieuse ne peut être interdite que si elle contredit un des six critères rendant impossible la poursuite du travail.
Or justement, le critère 2 : « les règles de sécurité », peut être évoqué ici. En effet, le chef d’entreprise se doit de garantir la sécurité de son personnel. Et pour cela, ne doit pas permettre l’accès aux locaux à « des personnes non autorisées ». Ce chef d’entreprise et les personnes à qui il a donné délégation, doivent pouvoir contrôler à tout moment l’identité de chaque personne présente dans les locaux.
Fatima Achouri, consultante spécialisée sur le fait religieux musulman en entreprise, auteure d'un livre dédié au sujet Le Voile au travail Le Voile au travail – 20 juillet 2015 de Fatima Achouri. conclut : gestion du fait religieux, islam au travail, laïcité..
Explication des origines de cette loi par la notion de valeur implicite Le constitutionnaliste Guy Carcassonne explique qu'il y a deux types d'interdit dans un pays. Les interdictions explicites, les lois, et les interdictions implicites, les valeurs. Ces dernières pourraient se définir par . On voit que cette définition peut poser des problèmes à des populations fraîchement arrivées sur un territoire qu'elles ne connaissent pas. Aussi les associations militantes qui défendent ces populations comme le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) par exemple sont plus binaires. Marwan Muhammad, son porte-parole, déclare : .
Il est difficile donc pour les chefs d'entreprise comme pour la grande majorité des Français d'. D'après Constantin Languille, le pseudonyme de l'auteur du livre La Possibilité du cosmopolitisme. Burqa, droits de l'homme et vivre-ensembleLa Possibilité du cosmopolitisme. Burqa, droits de l'homme et vivre-ensemble, de Constantin Languille, Gallimard, 210 p., ., cette loi et ces règlements sont la .
Guy Carcassonne rajoute qu'il est malaisé juridiquement de transformer ainsi une interdiction implicite, une valeur, en interdiction explicite, une loi. La jurisprudence doit alors sans cesse préciser les limites.
Bibliographie Constantin Languille, La Possibilité du cosmopolitisme. Burqa, droits de l'homme et vivre-ensemble, Gallimard, 210 p., 2015. Agnès De Féo, Derrière le niqab, 10 ans d'enquête sur les femmes qui ont porté et enlevé le voile intégral, préface d'Olivier Roy, Armand Colin, 248 p., 2020.
Notes et références
Annexes Articles connexes Loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises Affaires du voile islamique Voile islamique dans les écoles en France Religion en France Voile intégral Niqab Burqa Tchadri
Liens externes Lire le texte de la loi sur Légifrance Décision du Conseil constitutionnel déclare la loi conforme à la Constitution, sous certaines réserves