thumb|L'institut national supérieur du professorat et de l'éducation de Bordeaux. vignette|L'institut national supérieur du professorat et de l'éducation du 10 rue Molitor (Paris).
En France, un institut national supérieur du professorat et de l'éducation (INSPÉ) est une composante d'une université qui met en œuvre la formation des enseignants du primaire, du secondaire et des conseillers principaux d'éducation (CPE).
Les écoles supérieures du professorat et de l'éducation sont créées en 2013, succédant ainsi aux instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). En 2019, les changent de nom et sont renommés les .
Les étudiants y sont classiquement admis après une licence (trois années d'études après le baccalauréat).
Les enseignements, à la fois professionnels et disciplinaires permettent l'obtention du diplôme national de master (niveau bac+5). En parallèle, les étudiants passent les concours de l'enseignement non plus lors de la première année mais, depuis 2022, lors de la deuxième année du master : pour l'enseignement public, le concours de recrutement de professeur des écoles (CRPE) ou le certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré (CAPES), par exemple.
La formation continue des personnels de l’Éducation nationale fait également partie des missions qui incombent aux instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation.
Historique 1990 : instituts universitaires de formation des maîtres
Les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) sont créés en 1990 selon la loi d’orientation sur l'éducation du (ou « loi Jospin »), succédant notamment aux écoles normales primaires : ils remplacent et regroupent les écoles normales d’instituteurs (devenus professeurs des écoles), les centres pédagogiques régionaux (CPR) des professeurs du secondaire et les écoles normales nationales d'apprentissage (ENNA) de l'enseignement technique et professionnel, en les adjoignant aux universités. Ceci s'effectue dans le cadre du rapprochement entre tous les corps d'enseignants et notamment ceux des enseignants du premier et du second degrés, ou « Loi Jospin »..
Les doivent préparer les étudiants aux concours de recrutement de tous les enseignants à partir d'un niveau Bac + 3 (licence), assurer la formation initiale professionnelle des professeurs stagiaires, après leur réussite au concours, ainsi que la formation continue des instituteurs (devenus professeurs des écoles), des professeurs des lycées et collèges, des conseillers principaux d'éducation et des professeurs de l'enseignement technique et des lycées professionnels déjà en poste.
En 2005, ils sont complètement intégrés aux universités par la loi d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école du dite « loi Fillon » ou « Loi Fillon ». Ainsi, selon Sylvie Coppé, présidente de la CORFEM (des IREM : recherches sur la formation des enseignants de mathématiques), . .
2010 : « mastérisation » À partir de la rentrée 2010-2011 et la réforme dite de la « mastérisation » les concours de recrutement d'enseignants sont désormais accessibles seulement avec un master (bac+5) au lieu d’une licence (bac+3) auparavant. . C'est d'ailleurs un argument mis en avant par le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, pour défendre la réforme : ..
La France suit d'ailleurs en cela les recommandations d'harmonisation de l'Union européenne pour l'uniformisation des diplômes universitaires avec le « système LMD » (Licence, Master, Doctorat), système . .
Le recrutement par concours est en effet lié depuis au moins l'après-guerreLe concours de l'agrégation en France date de 1766. au statut de la fonction publique d'État, mais aussi de la fonction publique territoriale (quoiqu'avec plus d'exceptions et un rapport concours externe / concours interne différent). De fait, durant la quinzaine d'années qui suivra cette mastérisation, le concours de recrutement des enseignants changera plusieurs fois de contenu et de place : en fin de cinquième ou de quatrième ou après la troisième année d'études supérieures (comme précédemment pour l'IUFM) et/ou faisant suite à un dispositif de pré-recrutement ; ces changements successifs sont le marqueur de la difficulté à appliquer au contexte français le « système LMD » pour le recrutement des enseignants, notamment lorsque la formation au métier d'enseignant est découplée du recrutement. Voir aussi ce même article complet en accès libre ici : . .
Les candidats ont donc désormais suivi un master d’enseignement (comportant des stages en établissements) mais n’ont plus réellement de formation après le concours. Cette mesure a pour effet une diminution des emplois publics, et donc a aussi comme objectif, entre autres, de faire des économies, objectif assumé par les ministres de l'époque à l’Éducation nationale (Xavier Darcos puis Luc Chatel) et la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (Valérie Pécresse), dans le cadre de la réforme de la mastérisation ainsi que dans le contexte de la politique dite du « non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite », soit .
Ainsi, selon le journal Le Monde, .
La mise en œuvre de cette réforme a de fait connu des dysfonctionnements : enseignants stagiaires mal formés et découragés (formation minimum dispensée en surcroît pendant le temps de préparation de classe de son poste occupé à temps plein ) ; jeunes recrutés en responsabilité plénière d'une classe et placés seuls assez brusquement devant les élèves, sans formation professionnelle progressive : . Autre exemple, le tutorat lointain des jeunes professeurs de collège : ; réduction du nombre de candidats allant de pair avec une baisse accélérée des vocations et de l’attractivité du métier d’enseignant, ainsi qu'avec une image du métier de plus en plus dégradée ; situation problématique des étudiants ayant obtenu leur master mais pas leur concours. Par exemple, .
Selon Véronique Soulé pour le journal Libération : .
La Cour des comptes souligne et critique tous ces dysfonctionnements dans son Rapport public annuel 2012.
2013 : ESPÉ Lors de l'élection présidentielle de 2012, François Hollande s'engage pour la réforme de la formation des enseignants et en fait l'un des axes de la politique éducative de son quinquennat. Simultanément, le Conseil d'État, dans un arrêt du , annule d'ailleurs la réforme de la mastérisation pour vices de procédure. Les écoles supérieures du professorat et de l'éducation sont créées par la loi du d'orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République et les concours de l'enseignement sont accessibles avec une inscription en première année de master.
Les écoles ont été constituées avec plusieurs documents de référence : le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation et les modalités d'accréditation des écoles supérieures du professorat et de l'éducation.
En 2014, une mission d'information parlementaire établit que les nouvelles écoles répondent aux missions de formation des enseignants. Des ajustements restent nécessaires pour rendre les parcours à la fois plus professionnels et plus orientés vers la recherche. La question de la gouvernance se révèle compliquée dans certains établissements (mission d’information de la Commission de la Culture, de l'Éducation et de la Communication du Sénat). En 2018, la Cour des comptes recommande de (re)placer les épreuves d'admissibilité en fin de licence, afin d'améliorer la professionnalisation de la formation..
Cependant, plusieurs critiques ont pu être formulées par les professeurs-stagiaires à l'égard de ces écoles, critiques qui ont vu le jour dès la création des IUFM en 1990 : le reproche de l'infantilisation des stagiaires est, peut-être, le plus récurrent et trouve un certain écho dans certaines académies mais, en trente ans les formations de l'ESPÉ, puis de l'INSPÉ ont su évoluerCf. https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/formation-enseignants-ce-qui-va-changer-suite-adoption-loi-pour-ecole-confiance.html.
2019 : INSPÉ Selon la loi du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance, les ESPÉ sont renommées « instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation » (acronymé en « INSPÉ »)Articles 43 à 47 de la .
Organisation Les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation sont constitués au sein d’un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel. Ces instituts sont créés sur proposition du conseil d’administration de l'établissement public et accréditées par un arrêté conjoint des ministres chargés de l'enseignement supérieur et de l'éducation nationale, après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation exercent les missions suivantes : ils organisent et, avec les composantes établissements et autres partenaires, assurent les actions de formation initiale des étudiants se destinant aux métiers du professorat et de l’éducation et des personnels enseignants et d’éducation stagiaires, dans le cadre des orientations définies par l'État. Ces actions comportent des enseignements communs permettant l'acquisition d'une culture professionnelle partagée et des enseignements spécifiques en fonction des métiers, des disciplines et des niveaux d'enseignement. Elles fournissent des enseignements disciplinaires et didactiques mais aussi en pédagogie et en sciences de l'éducation. Les instituts organisent des formations de préparation aux concours de recrutement dans les métiers du professorat et de l’éducation ; ils organisent des actions de formation continue des personnels enseignants des premier et second degrés et des personnels d'éducation ; ils participent à la formation initiale et continue des personnels enseignants-chercheurs et enseignants de l'enseignement supérieur ; ils peuvent conduire des actions de formation aux autres métiers de la formation et de l'éducation ; ils participent à la recherche disciplinaire et pédagogique ; ils participent à des actions de coopération internationale.
Les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation sont administrées par un conseil et dirigés par un directeur. Ils comprennent également un conseil d'orientation scientifique et pédagogique. Les membres du conseil et du conseil d'orientation scientifique et pédagogique sont désignés, à parité de femmes et d'hommes, pour un mandat de cinq ans, à l'exception des représentants des usagers dont le mandat est de durée moindre.
Le conseil de l'institut, dont l'effectif ne peut dépasser trente membres, comprend des représentants des enseignants, des autres personnels et des usagers et au moins 30 % de personnalités extérieures, dont au moins un représentant des collectivités territoriales, le recteur d'académie désigne au moins cinq personnalités extérieures. Le président du conseil est élu parmi les personnalités extérieures désignées par l'autorité académique.
Le directeur de l'institut est nommé pour un mandat de cinq ans par arrêté conjoint des ministres chargés de l'enseignement supérieur et de l'éducation nationale.
Cette organisation est légèrement différente en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie et .
Formation initiale
Les INSPÉ forment à des diplômes de master « métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation » (MEEF) dans le cadre d'un cursus de deux ans d'études. Après une licence, les étudiants sont admis en INSPÉ. Ils choisissent une mention du master parmi : enseignement du premier degré ; enseignement du second degré ; encadrement éducatif ; pratiques et ingénierie de la formation.