Les élections fédérales allemandes de 2013 (en ) se sont tenues le dimanche , afin d'élire les de la dix-huitième législature du Bundestag. Du fait du mode de scrutin, un total de fédéraux a finalement été élu.

L'issue de ce scrutin s'avère être un triomphe personnel pour la présidente des Unions chrétiennes (CDU/CSU) et chancelière fédérale sortante, Angela Merkel, son parti manquant de peu la majorité absolue mais parvenant à conserver sa position de première force politique nationale. Cette situation lui permet, quelques mois plus tard, d'être réélue chancelière de la République fédérale d'Allemagne pour un troisième mandat consécutif, au sein d'une « grande coalition ».

Organisation

thumb|left|170px|Schéma illustrant le fonctionnement du système électoral allemand.

Système électoral Le Bundestag est élu pour une législature () de au scrutin majoritaire uninominal et proportionnel par compensation.

Conformément à la loi électorale fédérale, le Bundestag se compose de , dont au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans .

Le jour du scrutin, chaque électeur dispose de : la () lui permet de voter pour un candidat de sa circonscription () ; la () lui permet de voter pour une liste de candidats présentée dans le cadre de son État fédéré ().

À l'issue du dépouillement, l'intégralité des est répartie au scrutin proportionnel de Sainte-Lagüe sur la base des secondes voix entre les partis politiques totalisant plus de 5 % des suffrages exprimés au niveau national ou qui l'ont emporté dans au moins .

Une fois la répartition proportionnelle effectuée, les sièges alloués à chaque parti sont pourvus en priorité par les députés fédéraux élus au scrutin majoritaire. Les sièges non pourvus avec les sont ensuite comblés par les candidats présents sur les listes régionales.

Avec un tel mode de scrutin, il est possible pour un parti de remporter plus de sièges au scrutin majoritaire que ce que la répartition proportionnelle lui accorde. Ces mandats, qualifiés de supplémentaires () sont conservés et des mandats complémentaires () sont alors attribués aux autres partis afin de rétablir la proportionnalité de la représentation parlementaire. Le nombre total de députés fédéraux se trouve ainsi augmenté.

Législature La du Bundestag, issue des élections fédérales du , doit durer quatre ans, sauf si la Chambre devait être le sujet d'une dissolution, décidée par le président de la République fédérale.

Contexte Bundestag sortant left|thumb|La composition du Bundestag sortant. Aux élections fédérales du 27 septembre 2009, les Unions chrétiennes CDU/CSU, de la chancelière fédérale Angela Merkel, constituaient encore la première force politique fédérale avec 33,8 % des suffrages, un score quasiment stable.

Leur partenaire au sein de la grande coalition au pouvoir, le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) avait, pour sa part, lourdement chuté, jusqu'à 23 % des voix, son plus mauvais score depuis 1949 et la création de l'Allemagne fédérale. Le président du parti, Franz Müntefering, avait alors remis sa démission, laissant le candidat à la chancellerie, Frank-Walter Steinmeier, prendre la direction de l'opposition, en attendant l'élection de Sigmar Gabriel à la tête du parti.

L'effondrement du SPD avait profité, en premier lieu, au Parti libéral-démocrate (FDP) qui, avec 14,6 % des suffrages, réalisait le meilleur score de son histoire. C'est ainsi que les libéraux furent approchés par Angela Merkel, celle-ci ayant le dessein de former une coalition noire-jaune.

À gauche, le parti Die Linke, formation apparue au moment du scrutin de 2005, poursuit sa progression et prend la quatrième place des forces politiques fédérales, remportant 11,9 % des voix, devant l'Alliance 90 / Les Verts, qui réalise son meilleur résultat avec 10,7 % des suffrages.

Coalition noire-jaune La coalition sortante, issue des élections fédérales du 27 septembre 2009 et dirigée par la chancelière Angela Merkel, est soutenue par les conservateurs de la CDU/CSU et les libéraux du FDP. Forte du soutien de du Bundestag sur 622, soit 53,3 % des sièges, Angela Merkel, qui avait, précédemment dirigée une grande coalition CDU/CSU-SPD, est aisément réélue chancelière fédérale, le , par contre 285.

Possible reconduction de la coalition sortante left|thumb|La présidente de la CDU, Angela Merkel, chancelière fédérale sortante. Réélue chancelière fédérale par le Bundestag à l'issue du scrutin parlementaire de 2009, Angela Merkel s'est alliée aux libéraux du FDP pour pouvoir gouverner l'Allemagne.

Très populaire, la chancelière Merkel bénéficie d'un certain crédit pour s'être notamment occupée des questions européennes ; en première ligne, puisque dirigeant la première puissance économique de la zone euro, elle est ainsi intervenue pour la défense des intérêts de la monnaie unique, n'hésitant pas à fustiger la mauvaise gestion de la Grèce et promouvoir une certaine rigueur budgétaire, tant en Allemagne qu'en Europe.

Mais cette reste marquée par un recul du centre droit au niveau territorial, puisque trois des plus importants Länder du pays, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 2010, le Bade-Wurtemberg en 2011, la Basse-Saxe en 2013, sont passés sous le contrôle de coalitions liant le SPD aux Verts, offrant à la gauche une majorité absolue au Bundesrat. Au niveau politique, elle a été dominée par la crise de la dette dans la zone euro. En outre, à l'occasion des élections régionales tenues en 2011 et 2012, le Parti des pirates (Piraten) a fait une apparition remarquée sur la scène politique, obtenant des élus à Berlin, dans la Sarre, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et dans le Schleswig-Holstein. En outre, le FDP, qui, lors des élections de 2009, avait pourtant connu ses meilleurs résultats électoraux, rapidement déchanté, incapable de se réadapter après onze ans dans l'opposition. En 2011, la succession des échecs électoraux conduisent à la démission du président du parti, Guido Westerwelle, vice-chancelier et ministre fédéral des Affaires étrangères, par le ministre fédéral de la Santé, Philipp Rösler.

De même, Angela Merkel dut assumer une situation difficile, née de la démission, le , du président de la République fédérale, Horst Köhler, celui-ci n'ayant pas accepté la polémique née du propos présidentiel portant, quelques jours auparavant, sur la guerre d'Afghanistan. La chancelière propose le nom du ministre-président de Basse-Saxe, Christian Wulff, considéré comme un éventuel rival interne de Merkel, pour la présidence ; or, celui-ci, qui semblait certain de sa victoire puisque la coalition gouvernementale disposait largement d'une majorité suffisante à son élection dès le premier tour de scrutin, n'est finalement élu qu'à l'issue du troisième tour de ce scrutin présidentiel fort disputé. Cette élection difficile, considérée comme un camouflet pour la chancelière qui n'a pas su convaincre sa majorité de son choix, se voit contrariée en , puisque le chef de l'État démissionne, impliquée dans un scandale financier et soupçonné d'avoir menacé la presse. C'est finalement l'ancien Commissaire fédéral pour les Archives de la Stasi, Joachim Gauck, que la chancelière propose pour la succession de Wulff, et qui, fort du soutien de l'ensemble des forces parlementaires, mise à part la formation de gauche Die Linke, se voit élu président de la République fédérale par une large majorité.

Le programme de la CDU/CSU, qui fut présenté par Angela Merkel le , exclut toute hausse d'impôt. Il a en effet pour dessein la hausse des allocations familiales et des retraites des mères de famille, ainsi qu'une facilité d'impôt favorisant les familles. Un programme, jugé généreux, qui fut raillé par l'opposition social-démocrate, qui n’a vu dans ces propositions qu'un semblant de « conte de fées », voire une « escroquerie »« Angela Merkel, raillée pour ses promesses électorales », Euronews, . et surnomme Angela Merkel la « papesse de la dette ». En réalité, la chancelière a pioché dans le programme du SPD et des Verts plusieurs propositions (plafonnement des loyers, modernisation des infrastructures, hausse des allocations enfants, augmentation du complément de retraite pour certaines catégories sociales, etc.), provoquant un flou idéologique entre les partis permettant de lui assurer la victoireOdile Benyahia-Kouider, L’Allemagne paiera, éditions Fayard, 2013, page 257..

Créditée d'un large résultat, avoisinant les 40 % d'intentions de vote, la CDU/CSU semble être la grande favorite de ce scrutin législatif. Une position favorable au parti qui serait due à la popularité de Merkel, très respectée. Si la chancelière, en revanche, semble quasi-certaine de conserver sa qualité de chancelière, nul ne sait ce que saurait être sa marge de manœuvre, ses partenaires de la coalition sortante, les libéraux du FDP, n'étant crédités que d'un faible résultat, une grande coalition pourrait naître de ce scrutin, si les résultats devaient imposer une telle situation.

Campagne difficile des sociaux-démocrates left|thumb|Peer Steinbrück, le candidat des sociaux-démocrates à la chancellerie, en campagne. Le , le nom de l'ancien ministre fédéral des Finances, Peer Steinbrück, grand argentier de l'Allemagne au sein de la grande coalition CDU/CSU-SPD, est proposé par le président du Parti social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, qui ne souhaitait pas affronter la chancelière fédérale, Angela Merkel. Il est officiellement intronisé le 9 décembre, lors d'un grand congrès, son nom ayant été approuvé par 93,5 % des grands électeurs internes au parti, à Hanovre.

Considéré comme étant un homme de compétences, tant sur les questions économiques et financières, salué pour son passage au ministère fédéral des Finances, Steinbrück est considéré, dans un premier temps comme un candidat sérieux pour la chancellerie, et un rival de poids pour Angela Merkel. D'autre part, il figure parmi les personnalités politiques les plus appréciées des Allemands ; un classement cependant dominé par la chancelière« Allemagne: duel Merkel-Steinbrück pour les législatives en 2013 », Euronews, ..

Dans son discours d'intronisation, il reconnaît que le pays est en bonne santé économique mais dénonce la précarité du monde du travail, les inégalités toujours croissantes, rappelant son soutien au mécanisme de « frein à la dette » et annonçant des augmentations d'impôt pour les plus aisés et la recréation d'un impôt sur la fortune« Le SPD lance sa campagne », Le Monde, .. De même, il déclare avoir l'intention de former un gouvernement de coalition SPD-Les Verts, récuse fermement l'idée d'une éventuelle grande coalition et ne renie pas les réformes importantes à l'Agenda 2010, décidé par l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, qui, selon Steinbrück, ne peut pas profiter qu'à la chancelière sortante.

Mais la campagne des sociaux-démocrates se trouve être ternie par la personnalité de leur propre candidat : bien qu'étant considéré comme un homme d'expérience, puisqu'ayant été ministre des Finances, Steinbrück reste néanmoins réputé, lors de cette campagne, pour de nombreuses maladresses : il estime ainsi que le chancelier fédéral n'est guère assez bien payé et qu'Angela Merkel, parce qu'elle est une femme, serait plus avantagée que tout autre candidat à la chancellerie. D'autre part, il doit clarifier le fait qu'il ait été fort bien rémunéré pour quelques conférences économiques.

Dans son programme, le SPD propose, notamment, l'instauration d'un salaire minimum, celui-ci actant ainsi « un fort refus de l'égoïsme pour une plus grande équité »« Steinbrück lance sa campagne contre Merkel », Euronews, ..

Avenir flou des libéraux thumb|Rainer Brüderle, chef de file des libéraux du FDP.