Tipû Sâhib, également connu sous le nom de Tipû Sultân, né le Les sources ne s'accordent pas sur la date de naissance. La notice de la Bibliothèque nationale de France retient par exemple le 10 novembre 1750. La notice de la Bibliothèque du Congrès indique elle une naissance en 1753. à Devanahalli et mort le à Srirangapatna, fut sultan de Mysore à partir de 1782 et l'un des principaux opposants à l'installation du pouvoir britannique en Inde, ce qui lui valut le surnom de « tigre de Mysore ».

Jeunesse Enfance Tipû (né Sultan Fateh Ali Sahab Tipû)., aussi connu sous le nom de Tipû Sâhib pour les Français et Tipu Sultan pour les Britanniques. est le fils aîné du sultan de Mysore Haidar Alî.. vignette|Lieu de la naissance de Tipû à Devanahalli.

On a longtemps situé la naissance de Tipû Sâhib au , mais des éléments supplémentaires découverts en 2021 la placent désormais au (1165 de l'hégire). Son village natal est Devanahalli., aujourd'hui un district rural, à environ au nord de Bangalore. Il est nommé « Tipû » d'après le saint homme Tipu Mastan Aulia d'Arkât.

Le père de Tipû, Haidar Alî, est officier au service du Royaume de Mysore et devient le souverain de facto du royaume en 1761. Sa mère, Fatima Fakhr-un-Nisa, est la fille de Mir Muin-ud-Din, le gouverneur du fort de Kadapa. Bien qu'analphabète, Haidar tient particulièrement à donner à son fils aîné une éducation de prince et à le mêler très tôt aux affaires militaires et politiques. Il lui donne donc des enseignants compétents en langues, telles que l'ourdou, le persan, l'arabe, le canarais, ainsi que dans les matières comme l'équitation, le tir, l'escrime, sans oublier le Coran et la jurisprudence islamique.

Première guerre du Mysore (1767-1769) Tipû est instruit en tactique militaire par des officiers français employés par son père. À l'âge de quinze ans, il accompagne son père Haidar Alî en guerre contre les Britanniques dans ce que l'on nommera plus tard la première guerre de Mysore en 1766.

Il commande un corps de cavalerie lors de l'invasion de la région carnatique en 1767 à l'âge de seize ans. Il se distingue également lors de la première guerre anglo-marathe de 1775-1782.

Dès l'âge de , Tipû se voit confier l'entière responsabilité d'importantes missions diplomatiques et militaires. Il est dans ces guerres le bras droit de son père Haidar, qui finit par émerger en tant que dirigeant le plus puissant de l'Inde du Sud.

Seconde guerre du Mysore (1780-1784) La seconde guerre de Mysore suit cinq ans plus tard. En 1779, les Britanniques s'emparent du port sous contrôle français de Mahé, que Tipû avait placé sous sa protection en fournissant quelques troupes pour sa défense. En réponse, Haidar lance une invasion de la région carnatique dans le but de chasser les Britanniques de Madras..

Au cours de cette campagne en , Tipû Sâhib est envoyé par Haidar Alî avec et pour intercepter le colonel William Baillie qui était en route pour rejoindre Sir . À la bataille de Pollilur, Tipû défait Baillie de façon décisive. Sur , environ 200 sont faits prisonniers et les subissent de très lourdes pertes. Munro qui se dirige vers le sud avec une force séparée pour rejoindre Baillie, se retranche à Madras après avoir appris la nouvelle de la défaite, abandonnant son artillerie dans un étang à Kanchipuram.. En octobre, il s'empare d'Arcot.

En , Tipû Sâhib s'empare de alors aux mains des Britanniques.

Tipû Sâhib bat ensuite le lieutenant-colonel à Annagudi près de Tanjore le . Les forces de Braithwaite sont composées de , , et pièces de campagne. Tipû Sâhib saisit toutes les armes et fait prisonnier tout le détachement.

Tipû Sâhib a ainsi acquis une expérience militaire suffisante à la mort de Haidar Alî, le vendredi Certains historiens situent ce décès deux ou trois jours plus tard ou plus tôt, la date du calendrier musulman étant le selon certains documents en persan. Il pourrait donc y avoir une différence d'un à trois jours due au calendrier lunaire..

Bien que les Britanniques soient défaits, Tipû Sâhib est convaincu qu'ils demeurent une menace pour l'Inde.

Il devient le souverain de Mysore le dimanche Des inscriptions indiquent le du calendrier hégirien., lors d'une cérémonie de couronnement très sobre.

Il travaille dès ce moment à contrôler l'avance des Britanniques en contractant des alliances avec les Marathes et les Moghols. La deuxième guerre de Mysore prend fin avec le Traité de Mangalore en 1784. vignette|Peinture murale de la bataille de Pollilur sur un mur du palais d'été de Tipû Sâhib célébrant ce triomphe sur les Britanniques.

Sultan de Mysore Devenu sultan à à la mort de son père en 1782, il œuvre à contenir les progrès britanniques en concevant une série d'alliances. Lorsque celles formées avec les Marathes et l'Empire moghol échouent, il se tourne vers la France, qui avait mené une politique coloniale en Inde quelques décennies plus tôt, politique qui avait été arrêtée après la guerre de Sept Ans.

Tipû envoie trois ambassadeurs à Paris en 1788, Mohammed Dervich Khan, Akbar Ali Khan et Mohammad Osman Khan, qui suscitent un grand intérêt public. Louis XVI, qui a commandé un service de porcelaine de Sèvres comme cadeau diplomatique, leur accorde une audience et persuade l'un d'entre eux de poser pour le peintre Élisabeth Vigée-Lebrun.

Conflits avec les marathes

L'Empire marathe, sous son nouveau peshwâ Madhava Rao, a regagné la majeure partie du sous-continent indien. Battu à deux reprises par les Marathes, le père de Tipû a dû accepter de leur payer tribut en 1764, puis en 1767.

En 1767, le peshwâ Madhava Rao a battu Haidar Alî et Tipû Sâhib et est entré à Srirangapatna, la capitale de Mysore. Haidar Alî a alors accepté l'autorité de Madhava Rao, qui lui a donné le titre de nawab de Mysore..

Devenu souverain, Tipû Sâhib veut cependant échapper au traité conclu avec les Marathes et tente donc de reconquérir les forts marathes du sud de l'Inde, dont ils ont pris possession lors de la guerre précédente. Tipû cesse également de verser le tribut promis par Haidar Alî, provoquant ainsi le conflit direct et la guerre.

Conflits entre Mysore (sous le règne de Tipû) et l'Empire marathe : siège de Nargund (district de Gadag) en , gagné par Mysore ; siège de Badami en , au terme duquel Mysore se rend ; siège d'Adoni durant le mois de , gagné par Mysore ; bataille de Gajendragad (district de Gadag), en , remportée par les Marathes ; bataille de Savanur en , remporté par Mysore ; siège de Bahadur Benda durant le mois de , gagné par Mysore.

Le conflit se solde en par le traité de Gajendragad, par lequel Tipû restitue tout le territoire capturé par Haidar Alî à l'Empire marathe... Tipû accepte également de payer quatre ans d'arriérés de tribut reconnus par son père ( de roupies). En contrepartie, les Marathes acceptent de ne plus considérer Mysore comme vassale de leur empire et donc de s'adresser au sultan Tipû par son titre princier de Nabob Tipû Sultan Futteh Ally Khan..

Troisième guerre du Mysore (1790-1792) En 1766, alors que Tipû Sâhib n'avait que , il a eu la chance d'appliquer son entraînement militaire au combat pour la première fois, lorsqu'il a accompagné son père lors d'une invasion de Malabar. Mais après le siège de Thalassery au nord du Malabar, Haidar Alî a commencé à perdre ses territoires à Malabar, ce que son fils n'a pas accepté.

Tipû demeure toute sa vie un ennemi implacable de la Compagnie britanniques des Indes orientales. Il envoie des émissaires à des États étrangers, dont l'Empire ottoman, l'Afghanistan et la France, pour tenter de rallier l'opposition aux Anglais. Attendant plus de cette diplomatie qu'elle ne pouvait lui offrir, Tipû Sâhib décide d'envahir l'État voisin de Travancore, un protectorat britannique. La guerre va durer trois ans et aura pour conséquence une défaite retentissante pour Mysore, la défection de la France impliquée dans sa Révolution dès le début du conflit étant un facteur majeur de cet échec. vignette|droite|Tipû Sâhib au combat pendant le siège de Srirangapatna. Pour Tipû Sâhib cette guerre a pour but de rétablir l'autorité de Mysore sur Malabar. En 1789, Tipû Sâhib conteste l'acquisition par Dharma Râja de Travancore de deux forteresses détenues par les Néerlandais dans le royaume de Cochin. En décembre, il rassemble des troupes à Coimbatore et le , il attaque la sur la frontière du Travancore, sachant que cet État est un allié de la Compagnie britannique des Indes orientales. C'est ce qui déclenche la troisième guerre de Mysore.

Cette première attaque de la frontière fortifiée du Travancore, est repoussée à cause des inondations de mousson, de la forte résistance des forces du Travancore et du renfort des troupes britanniquesA Survey of Kerala History by a Sreedhara Menon. La frontière est de nouveau attaquée par le Mysore, mais en raison de la résistance acharnée de l'armée de Travancore, Tipû ne parvint pas à percer les lignes de défense. Le Maharajah de Travancore fait alors appel à l'aide de la Compagnie des Indes orientales. En réponse, Lord Cornwallis mobilise l'argent de la compagnie et les forces militaires britanniques et forme des alliances avec les Marathes et les nizâm d'Hyderabad pour s'opposer à Tipû.

En 1790, les forces de la compagnie avancent et prennent le contrôle d'une grande partie du district de Coimbatore. Tipû contre-attaque, regagnant une grande partie du territoire, bien que les Britanniques continuent à tenir la forteresse de Coimbatore. Il descend ensuite dans la région carnatique, atteignant finalement Pondichéry, où il tente sans succès d'entraîner les Français dans le conflit.

En 1791, ses multiples adversaires avancent sur tous les fronts, la principale force britannique commandé par Cornwallis prenant Mangalore et menaçant Srirangapatna. Tipû harcèle les lignes d'approvisionnement et les communications britanniques et s'engage dans une politique de « terre brûlée » consistant à priver les envahisseurs des ressources locales. Par ce dernier effort, il écarte provisoirement la menace, car l'absence de provisions oblige Cornwallis à se retirer à Bangalore plutôt que de tenter un siège de Srirangapatna.

Après ce retrait, Tipû envoie des forces à Coimbatore, qui est reprise après un long siège (de au ).

La campagne de 1792 est néanmoins un échec pour Tipû. L'armée alliée est alors bien approvisionnée et Tipû ne peut empêcher la jonction des forces de Bangalore et de Bombay devant Srirangapatna. Après environ deux semaines de siège, Tipû ouvre des négociations sur les conditions de sa reddition.

Tipû Sâhib est contraint de signer le le traité de Srirangapatna par lequel il perd la moitié de ses territoires au profit de ses ennemis, les Britanniques , mais aussi les Marathes et le nizâm d'Hyderâbâd.

Il doit aussi payer trois millions de roupies à la Compagnie britannique des Indes orientales et laisser comme otages deux de ses fils, Abdul Khaliq et Maiz ud-Din, âgés de dix et huit ans, auprès de Cornwallis dans l'attente du paiement qui est effectué en deux versements échelonnés. Le sultan récupère ses fils à Madras plus tard, après le dernier versement.

Tipû Sâhib, pour laver ces humiliations, recherche alors le soutien de la France républicaine, devenant même membre du club des Jacobins. Un certain François Ripaud plante un « arbre de la Liberté » à Srirangapatna et y déploie la bannière républicaine. Il reçoit même quelques troupes de la France.

Quatrième guerre du Mysore (1799) Richard Wellesley est nommé gouverneur général des Indes en 1798. Sa mission est d'étendre la domination britannique sur le pays. La même année, l'expédition de Bonaparte en Égypte a pour but de menacer l'Inde et Mysore est un atout majeur dans ce plan.

Nelson ayant anéanti les ambitions du Directoire à la bataille d'Aboukir, les armées britanniques marchent sur Mysore en 1799 et assiègent sa capitale Seringapatam. La quatrième guerre de Mysore débute.