thumb|Forme libre de Sargasse, en Atlantique. Sargassum, les Sargasses, est un genre d'algues brunes de la famille des Sargassaceae.

Étymologie Le nom de genre Sargassum vient du mot portugais « sargaço » ou de l'italien « sargasso » ou de l'espagnol « sargazo », signifiant « varech ».

Le mot, attesté depuis au moins 1597, est lié à celui de la « Mar dos Sargaços », mer située à l'ouest des Îles Canaries Histoire générale des voyages, Pierre de Hondt, Tome 10, 1753, page 139 : lire en ligneCNRTL lire en ligne.

Description Les frondes de certaines espèces tropicales peuvent atteindre plusieurs mètres de long (jusqu'à ). Elles peuvent être fixées au fond par un thalle dit « coriace », mais certaines Sargasses vivent parfois de manière exclusivement flottante ; principalement dans la mer du même nom, dans l'océan Atlantique.

Selon l'hydrographe et météorologiste du Matthew Fontaine Maury, auteur de la Géographie physique de la mer, le nom de « sargasse » vient du mot espagnol wordreference.com. qui signifie varech. Il décrit les Sargasses comme un « varech-nageur » et « porte-baie », qui forme principalement le « banc immense » de la mer des Sargasses par concentration des algues par les courants circulaires de l'Atlantique.

Jules Verne dans sous les mers fait dire à son héros qu'il partage l'opinion de Maury, et qu'il en a « pu étudier le phénomène dans ce milieu spécial où les navires pénètrent rarement. Au-dessus de nous flottaient des corps de toute provenance, entassés au milieu de ces herbes brunâtres, des troncs d'arbres arrachés aux Andes ou aux montagnes Rocheuses et flottés par l'Amazone ou le Mississippi, de nombreuses épaves, des restes de quilles ou de carènes, des bordages défoncés et tellement alourdis par les coquilles et les anatifes qu'ils ne pouvaient remonter à la surface de l'Océan. Et le temps justifiera un jour cette autre opinion de Maury, que ces matières, ainsi accumulées pendant des siècles, se minéraliseront sous l'action des eaux et formeront alors d'inépuisables houillères. Réserve précieuse que prépare la prévoyante nature pour ce moment où les hommes auront épuisé les mines des continents. »

Il existe plusieurs dizaines d'espèces de Sargasses, qui font toutes partie de l'ordre des Fucales, algues qui – pour des raisons mal comprises – sont (pour la plupart des espèces) en forte et rapide régression depuis la fin du sur le littoral européen (et notamment en France). Mais on ignore l'évolution et l'état des populations libres de la mer des Sargasses, qui pourraient aussi pâtir des nombreux déchets jetés en mer.

Les Sargasses, qu'elles soient dérivantes ou fixées à un substrat sont dans tous les cas maintenues en surface ou près de la surface par des flotteurs dits « pneumatocytes » (sphères remplies d'un gaz produit par l'algue).

C'est sous la mer des Sargasses que les anguilles (dont l'Anguille d'Europe) sont réputées venir (à grande profondeur) pondre leurs milliards d'œufs, qui y donnent naissance à des larves abondantes qui se transformeront en civelles avant de rejoindre les eaux douces où elles passeront leurs vies jusqu'à la maturité sexuelle qui les ramènera vers les Sargasses.

Reproduction Elle semble surtout se faire par fragmentation des touffes, par multiplication végétative, mais des ovogonies (cellules souches de la lignée germinale) et des anthéridies existent dans des organes spécialisésAbbott, I.A. and Hollenberg, G.J. 1976. Marine Algae of California. Stanford University.

Structures coloniales dérivantes Deux espèces de Sargasse sont dites holopélagiques (se développant en surface pour l'intégralité de leur cycle de vie, sans besoin de s'accrocher à un substrat dur). Leurs flotteurs (pneumatocystes), maintiennent leurs frondes exposées à la lumière, maintenant leurs capacités de photosynthèse et une productivité élevée. Beaucoup de Sargasses ont une texture rugueuse et un mucus collant (protecteur contre les ultraviolets solaires) qui les rassemblent en amas flottant, formant parfois des radeaux végétaux, solides, mais souples, adaptés aux mouvements de houle et aux forts courants marins. Ces masses dérivantes, lorsqu'elles sont importantes, constituent un habitat et un refuge pour de nombreux invertébrés () et vertébrés marins () ainsi que pour dix espèces endémiques (Histrio histrio, Planes minutes…) qu'on ne trouve nulle part ailleurs et sont capables de pratiquer le biomimétisme afin de se camoufler dans ces « forêts d'algues » Laffoley, D. d'A., Roe, H. S. J., Angel, M. V, Ardon, J., Bates, N. R., Boyd, I. L., … Vats, V. (2011). « ». ..

Historique alt=Les Sargasses. Sargassum bacciferum Ag. Année de publication : Extrait de : Christophe Colomb vu par un marin (Page 126)|vignette| 1928, extrait de : Christophe Colomb vu par un marin (p. 126). L'archipel des Keys (Floride) et ses environ sont connus pour leurs populations côtières particulièrement denses de Sargasses, ainsi que pour des radeaux flottants d'algues (gulfweed, décrites par Christophe Colomb).

Des auteurs anciens ont évoqué une mer des Sargasses constituée d'immenses tapis d'algues rendant la navigation presque impossible, piégeant les navires qui s'y aventuraient. Soit ces descriptions ont été fortement exagérées à partir de témoignages très locaux, soit elles relevaient d'une pure invention romanesque, soit ces algues ont depuis régresséLes Fucales, hormis quelques espèces invasives localement, sont effectivement en voie de régression, documentée depuis quelques décennies, notamment par Ifremer en France) et cette mer n'existe plus.

Histoire scientifique

La répartition des Sargasses et ses variations sont observées et étudiées au moins depuis les années 1920 en Atlantique ouestWinge O (1923) The Sargasso Sea, its boundaries and vegetation, Report on the Danish Oceanographical Expeditions 1908-10 to the Mediterranean and Adjacent Seas, Volume III, Miscellaneous paper number 2, 34pp, CopenhagenParr A.E (1939) Quantitative observations on the pelagic Sargassum vegetation of the western north Atlantic ; Bulletin of the Bingham Oceanographic Collection, Peabody Museum of Natural History, Yale University, 6(7),94pp. Butler, J.N., B.F. Morris, J. Cadw allader and A.W. Stoner, 1983, Studies of Sargassum and of the Sargassum community, Bermuda Biological Station, Special Publication No. 22. Kruemmel O (1891) Die nord-atlantische Sargassosee, Petermanns Geographische Mittheilungen, 37, 129-141., notamment parce que les Sargasses ont fasciné les premiers explorateurs, ainsi que les biologistes (S. natans et S. fluitans sont les seules espèces devenues tout à fait holopélagiques, qui se reproduisent végétativement sans jamais s'attacher aux fonds marins durant leur cycle de vie ; on a aussi montré que les herbiers flottants formés par ces deux espèces, parfois sur des centaines de kilomètres carrés sont des oasis, zones de pontes, d'abri et nourriceries pour de nombreuses autres espèces (poissons et crustacés notamment)Dooley J.K (1972) Fishes associated with the pelagic Sargassum complex, with a discussion of the Sargassum community, Contributions in Marine Science , 16 , 1-32. .

Quelques mésinterprétations ont été faites (des évaluations quantitatives faites au même endroit à des saisons différentes donnent des résultats très différents, qui ont pu faire croire dans quelque cas à une régression de la biomasse d'algues faisant que dans les années 1980, des chercheurs s'interrogeaient encore sur des changements significatifs apparents de leur biomasseStoner A.W (1983) Pelagic Sargassum : Evidence for a major decrease in biomass, Deep Sea Research, 30 , 469-474Butler J.N & Stoner A.W (1984) Pelagic Sargassum : has its biomass changed in the last 50 years? Deep-Sea Research 31 , 1259-1264).

En 2006, l'étude satellitaire des bancs de Sargasses a permis de résoudre les informations contradictoires et a mis en évidence des amas importants de Sargasses à des endroits où ils n'étaient pas supposés présents, dans le golfe du Mexique notammentGower J & al. (2006), Ocean color satellites show extensive lines of floating Sargassum in the Gulf of Mexico | IEEE Transactions on Geoscience and Remote Sensing, 44, 3619-3625.

Marées brunes En 2011, une première vague d'échouage, sans précédent, touche la zone Caraïbe. Les dépôts littoraux y dépassent parfois un mètre d'épaisseur ; ils piègent les tortues de mer et emplissent l'air d'une puanteur évoquant l'œuf pourri sur une partie significative des Antilles. Depuis le phénomène tend à empirer, et il pourrait en 2018 (d'après les tendances déduites des images satellitaires) encore battre des records Katie Langin (2018) Mysterious masses of seaweed assault Caribbean islands| ; Science News| 11 juin 2018 . Les Antilles françaises subissent des échouages massifs de Sargassum fluitans et Sargassum natans (entre de sargasses sur le seul littoral guadeloupéen). Ce phénomène sans précédent ajoute ses effets à celui de marées vertes localement constatées depuis la fin des années 1980, dues à des algues du genre Enteromorpha qui pullulent saisonnièrement en raison de la pollution azotée provenant principalement, au début des années 1990, selon Ifremer, des rejets domestiques directs dans certains bassins versantsPiriou Jean-Yves (1993) Marée verte en martinique |Ifremer, France | Contrat : n° 92-43 du 13.02.92 du Conseil Régional de Martinique, n°15-92 du 15.02.92 du Conseil Général de Martinique.(résumé)PDF, 42 p. Il pourrait être exacerbé par le fait que l'un des consommateurs des Sargasses, Lobatus gigas (dénommé lambi dans les Antilles françaises) a beaucoup régressé depuis les années 1960, en raison de la surpêche et peut-être de pollutions dues à l'utilisation de peintures antisalissures ou de chlordécone.

Les Lobatus gigas adultes semblent s'alimenter indifféremment de jour comme de nuit, ce qui n'est pas le cas des larves véligères et des juvéniles âgés de moins d'un an. Ces derniers, tant qu'ils mesurent moins de 50 - font preuve de phototaxie et d'une géotaxie négativeBarile P.J, Stoner A.W & Young C.M (1994) Phototaxis and vertical migration of the queen conch (Strombus gigas Linne) veliger larvae. Journal of experimental marine biology and ecology, 183(2), 147-162 | résumé et conservent un mode de vie diurne endogé et ne remontent pour s'alimenter en surface du sédiment qu'une fois la nuit tombée(Stoner, 1989 ; Stoner et Sandt, 1992 ; Theile, 2001 ; Frenkiel et Aldana Aranda, 2007) ; les éleveurs en récoltent des œufs à faible profondeur (3-18 mètres)Brownell W.N (1977) Reproduction, laboratory culture, and growth of Strombus gigas, S. costatus and S. pugilus in Los Roques, Venezuela. Bulletin of Marine Science, 27(4), 668-680|résumé. puis les larves sont retrouvées à faible profondeur (0 à 1 mètre de profondeur) où et quand l'eau est calme. Ce n'est qu'au-delà d'une taille de qu'ils iront peupler les herbiers marins peu profonds. Ils y forment ensuite de très importants agrégats saisonniers et sont alors très vulnérables aux actions de pêche(Stoner, 1989 ; Stoner et Lally, 1994 ; Stoner et al., 1996 (1 et 2) ; Theile, 2001 ; Stoner, 2003). C'est là qu'ils acquerront leur forme adulte. L'espèce a fortement régressé dans les Antilles françaises depuis les années 1960, probablement en raison de la surpêche, ce qui a justifié dès la fin des années 1980 des tentatives d'élevage, notamment étudiées par IfremerRathier I (1987) Etat d'avancement des recherches sur l'élevage (en parc, cages (éventuellement en association avec des poissons) ou en herbiers) du Lambi (Strombus gigas) en Martinique..

Au moins deux espèces de poissons coralliens de l'Ouest-Atlantique tropical sont, depuis le début des années 1960, connues (Moore 1962) pour se nourrir de sargasses (au vu de leur bol alimentaire) : Kyphosus sectatrix et K. incisorRandall J.E (1965) Grazing effect on sea grasses by herbivorous reef fishes in the West Indies. Ecology, 46(3), 255-260.