vignette|redresse=2|Descriptif des parties composantes d'un tonneau.
Un tonneau est un conteneur utilisé pour conserver les liquides de consommation. Inventé soit par les Gaulois, soit par les Rhétes, le tonneau a traversé les siècles.
C'est un type de fût, ou futaille, en bois de forme et de capacité variables selon les régions. Il permet l'élevage du vin. Du point de vue mathématique, il peut être décrit comme un solide de révolution.
Histoire Antiquité vignette|gauche|redresse=0.4|Le dieu celte Sucellos représenté avec un tonnelet. L'amphore est, dans l'Antiquité, le récipient le plus utilisé pour le transport de produits de base : le vin, l'huile d'olive, la bière (zythum et zythogala), le poisson (caques) et les sauces de poissons (de type garum).
Le cintrage du bois à chaud est connu très tôt des Celtes, des Phéniciens et des Égyptiens, notamment pour la fabrication des bateaux.. vignette|Reconstitution originale du pinardier romain de Neumagen () daté d'environ 220. Musée rhénan de Trèves. Hérodote mentionne au un commerce de vin par voie maritime, entre l'Arménie et la Mésopotamie, utilisant des tonneaux en bois de palmier. Le palmier étant un bois difficile à cintrer, différentes essences sont testées pour fabriquer des tonneaux. Le tonneau est souvent considéré comme une invention des Gaulois qui leur servait notamment à conserver la cervoise et à transporter des liquides comme de l'eau potable. Néanmoins, cette origine gauloise est une erreur de Pline l'Ancien, les tout premiers tonneaux étant fabriqués dans la région des RhètesMarguerite Gagneux-Granade, « », Archéologia, avril 2005, que Pline confond avec les Gaulois, ils sont alors désignés sous le terme cupa.. Les plus anciennes traces iconographiques de tonneaux proviennent en fait d'Étrurie au avant notre èreA. Desbat, Le tonneau antique : questions techniques et problème d'origine, Errance, 1997, ., l'hypothèse de la paternité celte est aussi évoquée. Jules César mentionne son utilisation au cours du siège de Marseille dans son Commentaires sur la Guerre des Gaules, la conquête romaine diffusant le tonneau gaulois dans l'Empire romain. Les Gaulois perfectionnent par la suite sa technique de fabrication qui implique de nombreux corps de métiers, utilisant principalement le tonneau (d'abord majoritairement en conifères) comme réutilisation en cuvelage de liquides, salaisons de poissons. Après le , les Gallo-romains utilisent aussi des douelles de chêne cerclées de tiges (noisetier …).
La substitution progressive du tonneau (plus léger, roulable ou transportable à dos d'animal) aux amphores (lourdes, fragiles, peu empilables) se répand dans la partie septentrionale de l'Empire romain à partir du où il est principalement utilisé pour la conservation et le transport du vin qui se faisaient jusqu'alors dans des amphores . Son emploi se généralise à compter du . C'est une reconnaissance de cet objet utilitaire et une révolution pour le marché du vin de l'Antiquité, probablement même un . Le tonneau exhumé lors des fouilles du Vieux Port à Reims est un récipient de 1100 litres et 2 m de hauteur ; c'est un assemblage de 22 douelles de sapin cerclées de bois de noisetier, il a servi à transporter du vin pendant le Haut-Empire avant d'être reconverti en cuvelage de puits.
Les premières corporations de bateliers gallo-romaines les utilisent le long des fleuves navigables à bord de lourdes barques, car ils sont plus maniables que les fragiles amphores romaines, et donnent moins de goût que les outres en peau d'ovins ou de bovins.
Moyen Âge vignette|150px|Tonneau du à la cave des vignerons de Saint-Maurice-sur-Eygues. vignette|gauche|Fabrication de tonneaux au . vignette|150px|Porte de tonnelier à Viens () Sa diffusion se fait tout au long du Moyen Âge, du nord au sud de l'Europe, par le biais des rivières, des fleuves, des mers et des océans, des ports, des routes, des foires, des marchés régionaux ou internationaux (Foires de Champagne). Il accompagne l'essor des premières grandes villes marchandes italiennes, flamandes, allemandes (La Hanse), anglaises (Bristol) ou françaises (La Rochelle, Bordeaux, Nantes), puis se diffuse à d'autres continents, surtout à partir des Grandes découvertes et de l'accélération de la mondialisation, des conquêtes et du commerce transatlantique.
Époque moderne vignette|gauche|Tonneaux dans une cave du vignette|redresse|Principe de Pascal : éclatement d'un tonneau sous la pression d'une colonne d'eau Vers 1650, ce récipient fut associé à une expérience célèbre : le crève tonneau. Il permit d'écrire le Principe de Pascal.
Héritée des anciennes mesures médiévales, la grande disparité des tonneaux, à laquelle s'ajoute un chevauchement des volumes ayant des dénominations différentes selon les lieux, ne fut pas abolie sous la Révolution. Elle perdura jusqu'au milieu du . Les négociants en vin de Paris, par l'intermédiaire de leur hebdomadaire nouvellement créé, Le Moniteur Vinicole - Journal de Bercy et de l’Entrepôt, lancèrent une pétition à l'adresse de Napoléon III, qui fut publiée le . Au nom des principaux propriétaires et négociants de France, ils demandaient à l'empereur et l'application du système métrique sur les contenants dont les volumes variaient . Les pétitionnaires expliquaient qu'ils s'estimaient frustrés, chaque année, d'environ d'hectolitres et demandaient instamment l'application des textes de lois de 1793, 1812 et 1837Achille Larive, Le Moniteur Vinicole. Journal de Bercy et de l'Entrepôt, , mercredi 6 octobre 1856, et 2..
Époque contemporaine Première Guerre mondiale vignette|Conseil de l'Intendance pendant la première guerre mondiale, sur la précaution à apporter aux tonneaux
Durant la Première Guerre mondiale, dès octobre 1914, l'Intendance ajouta une ration de vin à l'ordinaire des troupes afin d'améliorer la vie des poilus dans les tranchées. Tout soldat reçut quotidiennement un quart de vin. Cette ration fut reconnue insuffisante et doublée par le Parlement en janvier 1916. Ce demi-litre passa à trois quarts de litre par jour à partir de janvier 1918. C'est dire l'importance considérable que prit le tonneau pour le transport du vin jusqu'au front.
Or .
Deuxième moitié du On recommande le vieillissement en fûts de nombreux vins rouges (Pauillac ou Chianti Classico par exemple) ou blancs (Bourgogne ou Chardonnay américain par exemple), de certains vins mutés ou spiritueux connus mondialement (sherrys, whiskeys, cognacs, armagnac, rhums, calvados) et de certaines bières (lambic, kriek, faro, bière rouge). Cette caractéristique est utilisée aussi pour fabriquer en Italie le vinaigre balsamique.
Jusqu'au milieu du , les tonneaux étaient le mode de colisage le plus pratique pour le transport ou de stockage, bien que n'étant pas le plus économique. Toutes sortes de produits en vrac, des clous aux pièces d'or, y étaient stockés. Les sacs et les caisses étaient meilleur marché, mais ils n'étaient pas aussi robustes et ils étaient plus difficiles à manipuler à poids égal. En effet, un tonneau roule très bien comme un cylindre, mais s'il est debout, tout manœuvre adroit réussit à le déplacer sans effort en le roulant incliné, en équilibre sur son arête. Ainsi, des concours d'adresse se déroulaient autrefois aux halles où les livreurs devaient courir avec un tonneau. Les tonneaux perdirent peu à peu leur importance au cours du , en raison de l'apparition de la palettisation et de la conteneurisation de la chaîne logistique.
À la fin du , de tonneaux en tôle d'acier sont toujours utilisés pour le stockage et le transport de nombreux liquides, tels que l'huile, le pétrole et les déchets dangereux. La bière sous pression pour les bars est toujours livrée en tonneaux métalliques, soit en aluminium soudé (deux parties embouties ou en métal repoussé), soit en trois parties serties à la façon de certaines boîtes de conserve.
Au début des années 1980, une mode du goût du bois a créé une demande très forte vers des vins boisés. De nombreuses régions productrices ont créé des chais à futailles de bois pour fournir le marché. Aujourd'hui, le marché a trouvé un certain équilibre entre les vins boisés et non-boisés.
De nos jours, l'entonnage s'est maintenu dans le vocabulaire vinicole, il concerne l'action de remplir un fut de vin, mais peut également être étendu à celui des cuves, ou des camions-citernes et de leurs remorques.
De nombreux vignobles (France, États-Unis, Chili, Italie, Espagne, Argentine, …) mettent leur vin en tonneau pour la vinification, ou pour l'élevage. Cette pratique est coûteuse par suite du prix de la futaille, et par suite de l'absorption du vin par le bois du fût et par l’évaporation du vin à travers ses pores.
Fabrication vignette|Réparation de fûts à Whisky à Craigellachie dans le Speyside en Écosse.
La fabrication entièrement manuelle ne se retrouve aujourd'hui que dans l'artisanat. Le métier de tonnelier est toujours exercé mais de nombreuses machines l'assistent, notamment pour les travaux de force et fastidieux (rabotage, serrage...). Les réparations doivent encore aujourd'hui être effectuées manuellement.
Leur confection nécessite des troncs d'arbre, généralement de chêne, à l'état de billes qui sont fendus en quartiers. Ces derniers sont ensuite débités en merrains. Cintrés à chaud, ils forment les douelles. Celles-ci sont creusées d'une rainure appelée jable dans laquelle vont aller s'encastrer les fonds dénommés contres et chanteaux. Des cercles, en bois ou en feuillard maintiennent le tonneau qui peut être déplacé par roulage ou balancement.
Sa composition et son mode de fabrication, notamment la chauffe, ont une grande influence sur le goût du vin qui y sera élevé.
Le tonneau fini, vide, a un poids proche de , pour une taille d'environ 90 centimètres de long et un diamètre de 60 à 70 centimètres.
Contenance vignette|Pièce de , feuillette de et quartaut de exposés au musée du vin de Bourgogne de Beaune.
L'histoire et la géographie des régions viticoles ont donné naissance à une grande diversité de contenances. Les capacités varient ainsi en fonction de l'utilisation, de quelques dizaines à plusieurs centaines de litres. Ces volumes sont cependant standardisés à l'intérieur même des régions, mais on retrouve des dénominations différentes, et des variations de volumes d'une région à l'autre.
Les capacités les plus utilisées de nos jours sont de pour le fût d'origine bourguignonne, et pour la barrique d'origine bordelaise.
Le tonneau est utilisé comme unité de transaction financière, grâce à la régularité de sa manufacture. En Bourgogne, quand elle est en cours d'utilisation, elle prend le nom de « pièce ».
Forme Pour une contenance équivalente, la forme peut différer. L'intérêt peut être esthétique, mais aussi plus ou moins favoriser le contact du vin avec les lies.
Autres dénominations Barrique Une barrique (de l'occitan gascon barrica), se distingue du tonneau par sa fabrication plus légère et sa durée de vie de quelques années.
Elle peut servir en plus de l’usage œnologique pour vieillir le vin, à stocker, conserver, expédier des liquides (bières, huiles, vinaigres, eaux-de-vie) et des marchandises solides (morue, harengs, sucre, etc.).
Tonnelet vignette|Tonnelet du Premier Empire. Un tonnelet est un petit tonneau. Il peut être en bois mais aussi en matière plastique, surtout en polyéthylène haute densité (PEHD) fabriqué par extrusion-soufflage.
Fût
Un fût est un tonneau de 30 à .
Pièce Une pièce est un récipient vinaire servant essentiellement à la conservation et au vieillissement du vin. Généralement, elle ne prend cette appellation que lorsqu'elle est pleine.
Baril thumb|alt=Petit tonneau en faïence blanche avec bande d'or imitant le cerclage traditionnel en fer.|Baril de table pour « crème de rose », faïence marquée à l'or, XXe s.