La guerre franco-savoyarde de 1600-1601 est un conflit qui oppose, en 1600, le duché de Savoie de Charles-Emmanuel et le royaume de France d'Henri IV et qui se termine en 1601 par le traité de Lyon favorable à la France.
Le traité de paix entre la France et l'Espagne, signé à Vervins en 1598, laissait en suspens le différend entre la France et la Savoie à propos de la possession du marquisat de Saluces. Le texte en confiait le règlement à l'arbitrage du pape Clément VIII qui éprouva des difficultés à rapprocher les points de vue et finalement renonça à trancher.
Contexte géopolitique Lorsqu'en 1548, la maison de Saluces, anciennement souveraine puis vassale de la France, s'éteignit par la mort de Gabriel de Saluces, dernier marquis, Henri II réunit le marquisat de Saluces à la couronne de FranceBiographie universelle ancienne et moderne par Michaud, page 227 et suivantes.Les guerres d'Italie (1494-1559)..
Pour Charles-Emmanuel de Savoie, la possession de ce territoire est presque indispensable pour avoir une communication entre le Piémont et le comté de Nice. Profitant des troubles intérieurs français, il s'empare, le 1588, du marquisat sous prétexte d'empêcher le chef des protestants en Dauphiné, Lesdiguières, de le prendre pour répandre ses doctrines en Italie.
En 1595, lorsque Henri IV vient à Lyon, il offre au duc de Savoie Charles-Emmanuel le marquisat de Saluces à titre de fief français pour l'un de ses fils. Mais Charles-Emmanuel faisant valoir ses droits de suzeraineté que ces ancêtres avaient exercés pendant le , réclame le pays comme sa propriété.
vignette|alt=Le roi de France Henri IV|gauche|Le roi de France Henri IV.
Le , le roi de France reçoit le duc de Savoie à Fontainebleau. Durant son séjour, Charles-Emmanuel complote ; il entre dans les bonnes grâces d'Henriette de Balzac d'Entragues, marquise de Verneuil, qui était la maîtresse du Roi depuis la mort de Gabrielle d'Estrée, en lui faisant de somptueux cadeaux. Il s'efforce également de gagner les faveurs des ducs d'Épernon, de Bouillon, de La Trémoille, le maréchal de Biron et le comte d'Auvergne, fils naturel de feu Charles IX, qui étaient mécontents du Roi.
Afin de régler le différend, Henri IV propose à Charles-Emmanuel soit de rendre purement et simplement le marquisat de Saluces, soit de le garder contre la cession de la Bresse, la principauté de Barcelonnette, la vallée de Sture, la vallée de la PérouseVallée de la Pérouse ; valle Perosa en italien. et la ville de Pignerol.
Le duc de Savoie demande un délai de réflexion de 3 mois et, en , repart très mécontent pour ses États. Il s'adresse à la cour d'Espagne par l'intermédiaire du gouverneur de Milan Pedro Enríquez de Acevedo, comte de Fuentes, pour l'assister dans ses projets.
Pendant ce gain de temps, le duc fait rassembler des milices et quelques troupes pour s'opposer à Lesdiguières qui pouvait attaquer par Exilles. Il envoie à Conflans le seigneur d'Albigny avec quelques cavaliers et quelques compagnies d'infanterie italiennes, ordonne au colonel Ponte, qui occupe la place, de se rendre à la forteresse de Pignerol avec 400 cavaliers. Il obtient également Espagnols qui étaient en garnison à Milan. Le , le seigneur de Berny, par courrier, avertit Henri IV que le duc de Savoie ne veut pas exécuter le traité.
Le terme de 3 mois étant écoulé, Henri IV somme Charles-Emmanuel de se déclarer. Le prince répond qu'une guerre lui serait moins préjudiciable qu'une paix comme celle qu'on lui offrait. Immédiatement, Henri IV lui déclare la guerre, le , afin de ne pas laisser le temps au comte de Fuentes de terminer ses préparatifs.
Chronologie et déroulement de la guerre Début de la campagne Afin de couper court aux intrigues, Henri IV se prépare à la guerre. Le , il se rend à Lyon pour organiser l'armée des Alpes et se rapprocher du futur théâtre des opérations. À cet effet, Henri de Schomberg fournit lansquenets allemands, une milice provinciale incorporée en grande partie dans les Gardes françaises.
Les régiments Picardie, Piémont, Champagne et Navarre sont reconstitués avec les restes des régiments supprimés en 1598. Les compagnies des Gardes sont portées à 300 hommes et les autres à 200. On fixe à 6 sous et 8 deniers la solde journalière du fantassin qui doit toutefois s'habiller et se nourrir par lui-même. La solde du cavalier, cheval compris est de 1 livre, 13 sols et 4 deniers. Chaque soldat reçoit 2 pains de 12 onces par jour et l'armement est fourni par les capitaines.
Les troupes françaises, qui comptaient d'abord hommes, passent rapidement au double. Le grand maître de l'artillerie de France, Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, ordonne aux lieutenants d'artillerie du Lyonnais et du Dauphiné, aux commissaires de la Bourgogne, de la Provence et du Languedoc de rassembler leurs meilleurs canons, ce qui fournit en très peu de temps une artillerie considérable et des munitions en abondance.
Le , la guerre est déclarée, le roi de France donne l'ordre aux maréchaux Biron et Lesdiguières de pénétrer dans le duché de Savoie.
Le duc est sans inquiétude, car il compte sur la force de ses places et sur l'assistance de ses alliés pour vaincre le roi de France. Toutefois, les forteresses dont le duc de Savoie est si fier tombent l'une après l'autre : Le , Bourg-en-Bresse est prise par le maréchal Biron.. La citadelle résistant, Biron confie le blocus au lieutenant général en Bourgogne Edme de Malain baron de Lux, avec quelques troupes d'infanterie pour garder les batteries. Le maréchal va ensuite conquérir la Bresse, le Bugey et le comté de Gex. Il prend successivement Poncin, Pont d'Ain, Ambronay, Saint Denis-le-Chosson, Saint-Rambert, Belley, la chartreuse de Pierre-Châtel, les deux Seyssel, le fort l'Écluse et GexColonel Édouard Hardÿ de Périni, Batailles françaises, vol. 2.. Partant de Grenoble, le corps du maréchal Lesdiguières, passe en soirée l'Isère à Barraux et marche de nuit sur Montmélian.
thumb|upright=1.0|alt=Gravure de Grenoble datant de 1575.|Grenoble, en 1575. Le , Henri IV établit son quartier général à Grenoble emmenant avec lui sa cavalerie, forte de 400 hommes, les Gardes françaises, trois compagnies suisses et 4 canons provenant du fort Barraux et rejoignant ainsi le corps du maréchal Lesdiguières, accompagné des arquebusiers de Créquy, des régiments de Nérestang et de Balagny, 3 compagnies des Gardes françaises, les carabins du Dauphiné et 2 canons, qui l'avait précédé. Le , la ville de Montmélian est prise par Charles II de CréquyHistoire universelle, volume 9 par Jacques-Auguste de Thou.Charles II de Créquy deviendra colonel du régiment des Gardes françaises en 1606. en présence de son beau-père, le maréchal Lesdiguières, et du roi de France. Les auteurs contemporains donnent des dates différentes. L'historien Barbiche indique la date du 14. quant à Babelon, dans sa biographie du roi de France, donne le 17.. S'il est souvent indiqué que le siège de Montmélian dure 3 mois, la prise de la ville fut rapide ; c'est le siège de la citadelle qui dure 3 mois.
En date du , dans la lettre d'Henri IV au marquis de Rosny, il indique . La citadelle de Montmélian, également appelée château de Montmélian ou fort de Montmélian, et qui sera pris le , restera l'évènement le plus considérable de cette guerreLe fort de Montmélian sur 123savoie.com.. Une fois la ville prise, le commandement français, s'apercevant qu'il ne serait pas facile de prendre la citadelle qui résiste, divise ses forces en 2 corps et laissant quelques forces pour bloquer la citadelle.
Siège de Chambéry et de sa citadelle vignette|alt=Louis Des Balbes de Berton de Crillon.|Louis Des Balbes de Berton de Crillon.
Le corps de Louis des Balbes de Berton de Crillon, composé des Gardes françaises, des Gardes suisses et du régiment du Bourg de Lespinasse 20px partent investir Chambéry. Sa première action est de se rendre maître du faubourg du Reclus et du faubourg de Montmélian. Mais durant la nuit, deux compagnies de Français se prenant réciproquement pour des groupes d'ennemis, s'entrebattent avec une telle fureur qu'ils jonchent le sol de morts et de blessés, ralentissant ainsi le délai d'investissement de la capitale savoyardeArticle de Léon Ménabréa « Montmélian et les Alpes », Mémoires (Tome X), Académie de Savoie, 1841, ..
Le corps de Lesdiguières remonte la vallée de l'Isère avec trois régiments et deux canons, et marche sur Saint-Pierre-d'Albigny, Miolans en direction de Conflans où il pense rencontrer les troupes savoyardes commandées par Pierre de Seyssel, qui décampe apprenant qu'il allait être attaqué.
Le roi passe la nuit aux Marches. Le même jour, Berton de Crillon, mestre de camp du régiment des Gardes françaises se rend maître des faubourgs de Chambéry. Le , au matin, Henri IV est aux Marches, où il dort le soir même. et dans la journée, il est dans les faubourgs de Chambéry. La ville, dont les fortifications sont faibles et sa situation peu avantageuse, est défendue par une garnison de 400 hommes. Le roi accorde 4 jours aux habitants pour se rendre. Le , le roi de France suivi de Berton de Crillon et de ses chevau-légers arrivent devant la ville de Chambéry. Le , la ville de Chambéry ouvre ses portes aux troupes du Roi de France. Le comte Chabod de Jacob, gouverneur de la Savoie, et les bourgeois se réfugient alors avec la garnison dans la citadelle. Le même jour, Belley et Rumilly sont prises, et Aix-les-Bains est abandonné par ses habitants.
Siège de Conflans vignette|alt=Le château de Miolans à Saint-Pierre-d'Albigny.|Le château de Miolans à Saint-Pierre-d'Albigny.
Le , le corps d'armée de Lesdiguières part de Montmélian en direction de Saint-Pierre-d'Albigny et du château de MiolansPièces fugitives pour servir à l'Histoire de France, Tome 1, seconde partie par Charles de Baschi marquis d'Aubais. et met le feu aux faubourgs de Conflans. Les habitants se retirent dans la ville alors que le maréchal passe la nuit à Saint-Pierre-d'Albigny. Le , laissant une partie de ses troupes face à Conflans, Lesdiguières s'avance vers le château de Miolans qui est bâti sur un rocher très haut, escarpé de tous côtés et dont l'Isère passe au pied. Le , à la vue des troupes royales françaises, les défenseurs, commandés par Jacques de Cerisier, écuyer et seigneur d'Argis-en-BugeyJacques de Cerisier, également écrit Serisier, écuyer et seigneur d'Argis-en-Bugey, résidait à Grésy dans la vallée de Miolans. Il était capitaine du château de Miolans, parent de François de Sales., se rendent rapidement et promettent de sortir le à midi. Lesdiguières retourne alors immédiatement à Conflans. Ce même jour, le roi fait amener devant la citadelle de Chambéry une batterie de 8 canons. Les défenseurs du château ayant pris peur devant cette démonstration de force capitulèrent, mais la citadelle ne fut remise au Roi de France que 8 jours plus tard. L'accord de reddition, prévoyait que . Après avoir laissé à Chambéry une force suffisante pour le blocus et la garde des approvisionnements et du parc de munitions, Henri IV partit rejoindre Lesdiguières qui était arrivé à Conflans. Le , Lesdiguières, commence le siège du château de Conflans construit à la jonction de l'Arly et de l'Isère pour défendre l'entrée de la Tarentaise et qui était défendu par environ à soldats. Les Français font passer leurs batteries sur les bosses qui dominent la bourgade et battent la forteresse. Une brèche fut faite mais les assiégés prévinrent l'assaut. Ils négocièrent et consentirent leur reddition . Pendant ce temps, le roi Henri avait envoyé le duc de Sully visiter les citadelles de Sainte-Catherine, de SeysselLe château de Seyssel était situé sur la colline qui domine la ville au nord-ouest, sur la rive droite du Rhône et également appelé Bastie de Seyssel., de Pierre-Châtel, de Châtillon-sur-Cluses, de Bourg-en-Bresse et autres places de la Bresse afin de les capturer.