Arlecchino, oder Die Fenster (Arlequin ou les Fenêtres), op. 50, (), est un « caprice théâtral.. » en un acte, avec dialogue parlé, que Ferruccio Busoni composa sur un livret allemand (avec un peu d'italien) écrit par lui en 1913. Il compléta la musique de l'opéra pendant son séjour à Zurich en 1916. C'est un opéra composé dans le style néo-classique qui comprend des allusions cocasses aux conventions et aux situations d'opéra typiques de la fin du et du début du . Il comprend même une parodie de duelChris Walton, « Neo-classical opera » dans Cooke, ..

Chronologie des représentations vignette|Poster pour la première de Turandot et Arlecchino le 11 mai 1917. La première eut lieu le au Stadttheater de ZurichChapitre XIII, Arlecchino, dans Beaumont (1985), .. L'opéra Turandot de Busoni, en deux actes, était aussi inscrit au programme de la soiréeChapitre XV, Turandot, dans Beaumont (1985), .. La première dArlecchino au Royaume-Uni eut lieu en 1954 à Glyndebourne Ronald Stevenson, « Busoni's Arlecchino » (1954), Musical Times, 95 (13) : 307-308..

Contexte L'opéra est en quatre mouvements, qui donnent chacun une interprétation différente d'Arlequin.Busoni (1918), p. vi, 1, 65, 74 et 122. :

I. ARLECCHINO als Schalk (Arlequin en farceur), allegro molto ; II. ARLECCHINO als Kriegsmann (Arlequin en guerrier), allegro assai, ma marziale ; III. ARLECCHINO als Ehemann (Arlequin en mari), tempo di minuetto sostenuto ; IV. ARLECCHINO als Sieger (Arlequin en vainqueur), allegretto sostenuto.

Les rôles sont inspirés de la . L'opéra est insolite, car le rôle-titre est surtout parlé. Le compositeur a dit qu'Arlecchino Ronald Stevenson a qualifié l'œuvre d'« anti-opéra » et de « satire contre la guerre » Ronald Stevenson, Review of Ferruccio Busoni: Selected Letters, dans Tempo (New Ser.), 163: ..

a dit que l'œuvre elle-même illustrait les idées particulières de Busoni, qui voyait dans l'opéra une œuvre qui ne dépeignait pas des « événements réalistes » et qui ne devait pas recourir à la musique de façon continue, mais seulement lorsque les mots ne suffisaient pas à communiquer les idées du texte. considère la musique d'Arlecchino comme « étroitement intégrée » et « fondée en grande partie sur la « file » [de tons] qu'on entend dans la fanfare au début de l'opéra »Sitsky (2005), .. Henry Cowell a dit que cette composition était « le seul opéra à révéler une connaissance du style initial de Schoenberg avant Wozzeck. ».

Comme Arlecchino était trop court pour remplir une soirée, Busoni composa son opéra en deux actes Turandot comme œuvre d'accompagnement.

Personnages et distribution à la première thumbnail|right|220px|Alexander Moissi en Arlequin RôlesVoixDistribution à la première du 11 mai 1917(Chef d'orchestre : Ferruccio Busoni)Ser Matteo del Sarto, maître tailleurbarytonWilhelm BockholtAbbate Cospicuobaryton Augustus MilnerDocteur Bombastobasse Henrich KuhnArlecchino (Arlequin)rôle parlé Alexander MoissiLeandro, cavalierténor Eduard GrunertAnnunziata, épouse de Matteorôle muet Ilse EwaldtColombina (Colombine), épouse d'Arlecchinomezzo-soprano Käthe WenckDeux agents de policerôles muets Alfons Gorski, Karl HermannRôles muets : charretier, gens à la fenêtre, âne

Instrumentation Orchestre : 2 flûtes (toutes deux doublant le piccolo), 2 hautbois (le second doublant le cor anglais), 2 clarinettes (la seconde doublant la clarinette basse en do), 2 bassons (le second doublant le contrebasson), 3 cors, 2 trompettes, 3 trombones, percussion (timbales, glockenspiel, triangle, tambourin, tambour militaire, grosse caisse, cymbales, tam-tam, célesta), cordes (8 violons I, 8 violons II, 6 altos, 6 violoncelles, 6 contrebasses). Musique sur scène : 2 trompettes, timbalesBeaumont (1985), .Busoni (1918), ..

Résumé L'opéra en un acte se compose d'un prologue et de quatre mouvementsLe résumé repose sur plusieurs sources : a) la partition complète [Busoni (1918) ; b) le chapitre sur Arlecchino dans Beaumont (1985), ; c) la brochure qui accompagne l'enregistrement de Nagano et qui contient un résumé, le livret et sa traduction anglaise (Virgin Classics VCD7 59313-2); d) la brochure qui accompagne l'enregistrement d'Albrecht (Capriccio 60 038-1).. L'action se déroule à Bergame, en Italie, au D'après la brochure de l'enregistrement d'Albrecht)..

Prologue

Arlequin paraît masqué dans un costume bigarré devant le rideau au son d'une fanfare et fait un bref discours sur l'action qui va suivre.

Au lever du rideau, on voit une rue sinueuse et montueuse de la haute ville. C'est juste avant le soir. La porte de la maison de Matteo se trouve à l'avant, côté jardin ; l'entrée et l'enseigne d'un pub à vin se trouvent au fond, côté cour.

Premier mouvement : Arlequin en farceur

1. Introduction, scène et ariette. Ser Matteo, le tailleur, assis devant sa maison, coud et lit en silence. Il s'anime et commence à lire à haute voix en italien l'histoire de l'amour interdit de Paolo Malatesta et de Francesca da Rimini dans le chant V de l'Enfer de Dante. Ironie du sort, Arlequin est en train de faire l'amour à la belle et jeune épouse de Matteo, Annunziata, à l'étage. Matteo pense à Don Juan en songeant à la condamnation postérieure des amants à l'enfer, et l'orchestre cite doucement l'« air du champagne » du Don Giovanni de Mozart. Après avoir fini avec Annunziata, Arlequin saute par la fenêtre, atterrit devant Matteo et récite le vers suivant de Dante : Quel giorno più non vi leggemmo avanti (Nous en cessâmes la lecture ce jour-là). Il raconte vite au tailleur déconcerté que la guerre a éclaté et que les barbares sont aux portes de la villeDans le premier jet du livret, les « barbares » étaient appelés « Turcs ». Le déclenchement de la Première Guerre mondiale amena Busoni à apporter cette modification. (Ferruccio Busoni, Arlecchino's Evolution, dans Ley (1957), .). Arlequin chipe la clef de la maison à Matteo, le pousse à l'intérieur et ferme la porte à clef. Peu après son départ, on l'entend chanter un « la-la-le-ra ! » prolongé et provoquant dans les coulisses.

2. Duo. L'abbé et le docteur arrivent devant la maison. Ils sont en grande conversation sur des questions « professionnelles ». L'orchestre accompagne une série de déclarations scandaleuses avec une série de variations sur un thème mozartien agréable. Remarquant qu'ils sont devant la maison de la belle Annunziata, qui est toutefois fermée à clef, l'abbé Conspicuo appelle Matteo à plusieurs reprises, mais n'obtient aucune réponse. Ce dernier finit par entrouvrir la fenêtre avec prudence pour s'assurer de l'identité des visiteurs.

3. Trio. Rassuré, Matteo leur communique la mauvaise nouvelle de la guerre et de l'arrivée imminente des barbares. La panique s'ensuit. L'abbé récite les noms de ses dix filles, craignant le sort qui les attend. Das gibt zu denken (cela donne à penser), dit le docteur. Après un moment de réflexion, le docteur et l'abbé lui offrent d'en informer le maire. Ils partent faire la commission, mais se retrouvent bientôt dans l'auberge voisine pour méditer sur un verre de chianti.

Deuxième mouvement : Arlequin en guerrier

4. Marche et scène. En compagnie de deux agents de police, Arlequin revient dans un costume militaire et informe Matteo que ce dernier est mobilisé et a trois minutes pour régler ses affaires. Arlequin a fait faire une copie de la clé et il rend alors l'original subrepticement. Le tailleur sidéré paraît dans un uniforme improvisé ridicule, demande et obtient la permission d'emporter avec lui son cher Dante et part, triste, en compagnie des deux agents de police. [Ce passage évoque un triste événement de l'histoire italienne. En 1499, les Français capturèrent Milan et emprisonnèrent le chef de la ville, Ludovic Sforza, qui fut autorisé à emporter un seul livre, La Divine Comédie de DanteBeaumont (1985), .].

Troisième mouvement : Arlequin en mari

5a. Scène et aria. À la consternation d'Arlequin, sa femme, Colombine, paraît au moment même où il essaie d'utiliser sa nouvelle clé pour ouvrir la maison de Matteo. Ne le reconnaissant pas au début, elle demande au présumé capitaine de la protéger, épouse abandonnée. Comme il se retourne pour lui faire face, elle se rend compte que le capitaine est Arlequin et commence à lui reprocher son infidélité, ne s'arrêtant que pour se poudrer le visage. En réponse, Arlequin lui expose brièvement son opinion sur le mariage et la fidélité : Die Treue, Madame, ist ein Laster, das meiner Ehrsamkeit nicht ansteht.(La fidélité, Madame, est un vice qui ne convient pas à ma respectabilité.)

5b. Ariette. Changeant d'attitude, Colombine décrit combien les autres femmes l'envient parce qu'elle est son épouse, puis chante ses propres qualités d'épouse : elle peut danser, chanter et jouer du tambourin. Comme elle se blottit contre lui, Arlequin, non pris par son stratagème, lui dit : O Colombina, siehst du jenen Stern? (Ô Colombine, tu vois cette étoile?). Comme elle regarde le ciel, il en profite pour s'échapper.

6. Scène pour deux, puis trois personnages. On entend le cavalier Leandro chanter une romance : Mit dem Schwerte, mit der Laute, zieht des Wegs der Trovador (Avec l'épée, avec le luth, le troubadour prend la route). Il paraît bientôt avec son luth et son épée, coiffé d'un chapeau à plume. Ni mince ni jeune, c'est le ténor type de l'opéra italien. Colombine reprend son rôle de femme abandonnée, et Leandro entame un air de vengeance italien classique, Contro l'empio traditore la vendetta compierò (Contre le traître impie j'accomplirai une vengeance). À la fin de l'air, il se retourne et s'incline, souriant, devant l'auditoire.

Colombine est toutefois sceptique et se fait passer pour Elsa de Brabant (Könnt' ich jemals einem Manne noch trauen! – Pourrai-je jamais faire encore confiance à un homme ?), et Leandro joue le rôle de Lohengrin. L'orchestre les accompagne d'une parodie de la musique wagnérienne : trémolos des cordes, accords denses des bois et rythmes de fanfare inutiles. Elle est suivie d'une parodie du bel canto, Venus sieht auf uns hernieder (Vénus nous regarde), avec portamento et strette. Selon Beaumont, la strette trouve son « prototype chez Cimarosa, Mozart ou Rossini, mais son langage harmonique, avec ses brusques changements de clef et son chromatisme symétrique, est du pur BusoniBeaumont (1985), . ».

Revêtu à nouveau de son costume bigarré, Arlequin surveillait Colombine et Leandro avec sa lorgnette. Il s'avance alors, félicite Colombine de le prendre comme modèle et la conduit à l'auberge. De retour près de Leandro, il le provoque en duel, l'abat et disparaît dans la maison de Matteo.

Quatrième mouvement : Arlequin en vainqueur

7. Scène, quatuor et mélodrame. Colombine, l'abbé et le docteur sortent de l'auberge. Les deux hommes trébuchent et tombent sur Leandro, qui gît sur la route. Le docteur le déclare mort. Colombine hurle et se jette sur Leandro, mais ne tarde pas à se rendre compte qu'il est vivant. Le docteur conteste son diagnostic, mais l'abbé déclare une résurrection. Nombre de visages étaient apparus aux fenêtres des maisons voisines après toute cette agitation, mais quand l'abbé appelle à l'aide, ils disparaissent et les fenêtres se ferment. Un charretier et sa charrette tirée par un âne paraissent au coin, aussi Leandro est-il mis sur la charrette. Comme l'abbé appelle ses compagnons à la prière, Leandro reprend vie et participe à un quatuor parodique qui évoque celui de RigolettoBeaumont (1985), ..

Finalement, lorsque le petit groupe triste quitte la scène pour se rendre à l'hôpital, Arlequin paraît à la mansarde de la maison de Matteo et leur dit adieu. Grimpant sur le toit, il déclare, fou de joie :

Il se laisse glisser le long de la gouttière, ouvre la porte, embrasse Annunziata, et les deux quittent la scène.