Song Yingxing (宋應星) (1587-1666) né à Yichun dans la province de Jiangxi, est un savant et encyclopédiste chinois qui a vécu vers la fin de la dynastie Ming. Il est l'auteur du Tiangong Kaiwu, une encyclopédie qui couvre un large éventail de sujets techniques. Le comparant au grand encyclopédiste français, l'historien et sinologue Joseph Needham l'a appelé « le Diderot de la Chine »Needham, Volume 5, Part 7, 102..
Biographie Song Yingxing n'a connu qu'une aisance et une influence modestes au cours de sa vie. Né en 1587 dans une famille bourgeoise dont la fortune avait périclité, il participa aux examens impériaux et réussit le test provincial en 1615, à l'âge de 28 ans. Toutefois, il échoue à plusieurs reprises aux examens de la métropole, son cinquième essai infructueux ayant lieu en 1631, alors qu'il est âgé de 44 ans. Après ce dernier échec, il occupe une série de postes subalternes dans l'administration provinciale. Les travaux pour lesquels Song est aujourd'hui connu datent de 1636 et 1637. Ses voyages répétés à la capitale pour participer aux examens lui ont vraisemblablement fourni la large base de connaissances dont il fait montre dans ses ouvrages. Il se retire de la vie publique en 1644, après la chute de la dynastie Ming.
L'encyclopédie Tiangong Kaiwu
Il y avait déjà bien avant Song une longue tradition encyclopédique en Chine, comme l'attestent notamment les Quatre grands livres des Song, énorme somme compilée entre le et le , ainsi que le Sancai Tuhui publié en 1609. L'ouvrage de Song s'intitule le Tiangong Kaiwu (), ou L'exploitation des œuvres de la Nature (1637)Song, xiv.. Il s'agit d'une encyclopédie couvrant un large éventail de sujets techniques, notamment les divers usages de la poudre à canon. En raison du monopole de l'État sur certaines industries décrites par Song, son encyclopédie était devenue introuvable en Chine durant la dynastie Qing (1644-1911), mais des copies originales en ont été préservées au Japon. Cette encyclopédie comprend les sections suivantes : agriculture, irrigation, et ingénierie hydrauliqueNeedham, Volume 4, Part 2, 171-172 sériculture et technologie du textile histoire de l'agriculture et moulins technologie du sel technologie du sucre industrie de la céramique bronze transport fluvial par jonque et transport par chariot fer et métallurgie charbon, vitriol, soufre et arsenic huile fabrication du papier métallurgie de l'argent, du plomb, du cuivre, de l'étain et du zinc technologie militaire mercure encre fermentation des aliments, boissons alcoolisées perles et jade
Cet ouvrage fournit des illustrations détaillées qui éclairent l'histoire des techniques de fabrication dans la Chine de l'époque. Par exemple, les illustrations de la fabrication des briques montrent le maître d'un four vérifiant la température tandis qu'un assistant à ses côtés arrose le four pour produire le glaçage de surfaceBrook, 20.; une autre illustration montre le briquetier en train de remplir d'argile un moule en bois tout en égalisant la surface avec un fil de fer tendu sur un arcBrook, 21..
Comme le signale Joseph Needham, l'énorme quantité d'illustrations dessinées avec précision fait pâlir en comparaison les encyclopédies chinoises antérieures, faisant de celle-ci un ouvrage de grande valeur pour l'histoireNeedham, Volume 4, Part 2, 172.. En même temps, le Tiangong Kaiwu rompt avec la tradition en ne mentionnant que très rarement ses sources. Son style suggère de la part de l'auteur une expérience de première main. Dans la préface, Song attribue cette entorse à la tradition à son manque de ressources.
Agriculture Dans le premier chapitre, portant sur les semailles, Song rappelle la nécessité des paysans dans la société, alors même que les aristocrates avaient l'habitude de s'en moquer. Song commence ainsi son chapitre :
Song décrit les divers termes utilisés en agriculture, en disant que les « cent grains » réfèrent aux cultures en général, tandis que les « cinq grains » sont précisément le sésame, les légumineuses, le blé, le millet commun et le millet glutineux. Le riz n'était pas inclus dans cette liste parce que, selon Song, les anciens vivaient dans la Chine du nord et du sud, où le riz ne poussait pas à l'époqueSong, 3-4.. Il détaille les techniques de culture propres à chacune de ces plantes et indique comment éviter des résultats désastreuxSong, 3-31..
Pour aider à la compréhension, il fournit de nombreuses illustrations : un homme labourant la terre avec un bœufSong, 5.; des mottes de terre réduites en fines particules grâce à une herse tirée par un bœufSong, 7.; des hommes engagés dans l'extraction manuelle et pédestre des mauvaises herbes dans un champ de rizSong, 9-10.; une roue à aubes avec des cylindres de bois évidés déversant de l'eau dans un tube menant à un canal d'irrigation en contrebasSong, 13.; une pompe à chaine cylindrique actionnée par roue à aubes verticale placée dans un cours d'eau très étroit avec une roue placée au sommet d'un plan surélevé où les cylindres déversaient de l'eau dans un canal d'irrigationSong, 15.; un barrage en bois sur un cours d'eau afin de diriger l'eau vers un champSong, 16.; une porte d'écluse contrôlant le flot de l'eau dans un canalSong, 17; une pompe à chaine à godets carrés actionnée par une roue à aubes horizontale connectée par un axe à une roue dentée superposée, qui à son tour engage une roue dentée verticaleSong, 18.; une autre pompe à chaine à godets carrés connectée à un ensemble de roues dentées actionnées par des bœufsSong, 19.; deux types de pompes à chaine opérées par une pédale au piedSong, 20-21.; un levier avec contrepoids pour soulever ou faire descendre un seauSong, 22.; une roue à poulie pour soulever ou faire descendre un seauSong, 25.; une charrue-semoir tirée par des bœufs avec un filtre coniqueSong, 26.; une paire de rouleaux de pierre tirés par des bœufs pour enfoncer les semences dans la terreSong, 27.; le procédé plus simple de semer à la main et d'enfoncer les graines avec le piedSong, 28. et, enfin, une illustration d'hommes en train de cultiver du blé avec une houe à large têteSong, 30..
Dans un autre chapitre portant sur la préparation du grain, il donne également des illustrations : un ventilateur à manivelle servant à séparer le grain de la balleSong, 85.; un moulin à décortiquer manuelSong, 87.; une autre en terre cuiteSong, 88.; un système de tamisage pour séparer des grainsSong, 89.; deux types de martinets fonctionnant au piedSong, 91-92.; un martinet hydraulique actionné par une roue à aubes faisant tourner un arbre à camesSong, 93.; un moulin à décorticage actionné par un chevalSong, 96.; un moulin actionné par un bœufSong, 98.; un moulin actionné par une roue à aubes verticaleSong, 99. et une roue à aubes horizontale placée dans un cours d'eau afin de faire tourner l'axe d'un rouleau en pierre situé dans un édifice construit par-dessusSong, 103..
Technologie nautique
Song traite de façon détaillée les questions de technologie et d'ingénierie nautique. Il signale que dans le nord de la Chine les principaux moyens de transport sont le chariot et la charrette, alors que dans la Chine méridionale, ce sont le navire et le bateauSong, 171.. Il détaille les questions maritimes, telles les ancres en fer pour les vaisseaux de combat et les gros naviresSong 189.. Il note qu'il y a des milliers de noms pour désigner les différents bateaux circulant en Chine, qui dépendent de leur forme, de leur capacité wt de la nature des matériaux utilisés pour leur construction. Il décrit ainsi le plan et la construction d'un bateau de transport du grain comme ayant un fond plat et utilisant de préférence du bois de cèdre ou de châtaignier pour les cloisons de la coqueSong, 172.. Il décrit aussi les méthodes utilisées à Guangdong pour la cueillette des perles en plongée sous-marineNeedham, Volume 4, Part 3, 668.. Il écrit que ces plongeurs sont capables de rester sous l'eau durant une longue période grâce à une corde nouée autour de la poitrine qui les rattache au bateau et au fait qu'ils respirent au moyen d'un long tube recourbé, renforcé par des anneaux d'étain, allant jusqu'à la surface et fixé au visage par un masque de cuir étanche. Il en joint une illustrationNeedham, Volume 4, Part 3, 669.. Faisant grand cas du gouvernail situé à l'arrière du bateau, connu en Chine depuis au moins le Needham, Volume 4, Part 3, 649-650., il écrit, en parlant des bateaux d'eau douce circulant sur le lac Poyang et le Grand canal :
Sériculture et coton
Song Yingxing commence le chapitre sur le vêtement avec des considérations sur la sériculture et la production de la soie. Il décrit avec précision la culture du bombyx du mûrier ainsi que leurs façons de se reproduireSong, 36.. Ceux qui élèvent les vers à soie déposent les œufs sur des pièces de papier ou de tissu et les entreposent pour l'année suivante . Il écrit que dans certaines régions, on appliquait un bain à ces pièces, en utilisant de l'eau de pluie, de l'eau de chaux ou de la saumure; il précise aussi le moment où ce traitement est appliqué, soit en hiver, dans le de l'année. La raison en est, dit-il, que de cette façon les œufs de moindre qualité vont périr, de sorte que moins de feuilles de mûrier seront consommées en pure perte. Il donne aussi des précisions sur la façon d'éviter d'abîmer les œufs au cours du long processus de préparation avant le bain donné au Song, 36-37.. Il note les différences entre deux grandes espèces de vers à soie, les précoces et les tardifs, tout en donnant des informations sur une grande variété de races et de coconsSong, 37. ainsi que sur les maladies qui les affectentSong, 41.. Il décrit aussi, après leur éclosion riche en évènements, les conditions environnementales nécessaires au ver à soieSong, 38., ainsi que le soin à prendre dans leur alimentationSong 39-41.. Il met en garde contre diverses sources d'odeurs fétides et de fumée susceptibles de tuer le ver à soie par contact. Il décrit la façon dont sont filés les cocons, la cueillette, le tri et les divers insectes nuisibles à éviterSong, 42, 48.. Il décrit ensuite comment planter les mûriers et les récolterSong, 38-39.. Pour la fabrication de la soie, il décrit l'enroulement de la soie sur une bobineSong 48-49., le filage dans des trames, l'insertion des fils dans un cadre pour le tissageSong, 50. et les façons ingénieuses de dessiner des figuresSong, 56.. Il décrit aussi les dimensions des différents métiers à tisserSong, 55-56..
Song Yingxing note que même si la soie n'était accessible qu'aux riches, aussi bien les riches que les pauvres utilisaient des vêtements de coton durant l'hiverSong, 60.. Dans les temps anciens, écrit-il, le coton était appelé « xima » (chanvre). Il décrit deux différentes variétés de coton : le Cotonnier en arbre et la plante à coton. Il note qu'on le plante au printemps et que la récolte se fait à l'automne, et qu'on utilise une égreneuse pour séparer les graines de coton qui sont naturellement fixées aux boules de cotonSong, 60-61.. Il décrit le procédé par lequel on étire les fibres de coton avec des planches de bois, ce qui les prépare pour le rouet. Après avoir décrit le procédé du tissage et les divers types de trame, il décrit le rembourrage de coton durant l'hiver, en précisant que dans l'ancien temps c'était du rembourrage de chanvre et que les riches pouvaient se payer du rembourrage de soie dans leurs vêtementsSong, 63.. De plus, il décrit divers types de vêtements de fourrure, de laine et de feutreSong, 63-70..
Métallurgie, fonte et fer forgé