Felice Beato, né à Venise en 1832 et mort à Florence en 1909, est un photographe italien et britannique.

Naturalisé citoyen britannique en 1850, il est un des premiers photographes à réaliser des clichés de l'Est asiatique et un des premiers photographes de guerre. Il est aussi réputé pour ses portraits et ses vues panoramiques de l'architecture et des paysages des régions asiatiques et méditerranéennes.

Felice Beato a voyagé dans de nombreux pays au cours de sa vie, et de ce fait, cela lui a offert l'occasion de créer des images expressives et d'exercer une influence importante en matière de photographie. Le public occidental, d'Europe et d'Amérique du Nord, a été particulièrement fasciné de découvrir des pays, des paysages, des peuples, des événements qui lui étaient alors inconnus. Il est ainsi un témoin privilégié de la révolte des cipayes (Inde, 1857-1858) ou de la Seconde guerre de l'opium (guerre opposant le Royaume-Uni, les États-Unis d'Amérique et la France à la dynastie Qing, 1856-1860) ; les photographies prises lors de ces événements constituent les prémices de ce qui sera appelé plus tard le photojournalisme.

Il a eu une forte influence sur les photographes qui lui ont succédé, particulièrement au Japon, où son œuvre a laissé une trace profonde et pérenne.

Biographie Origines et identité Les origines et l'identité de Felice Beato ont posé problème, mais les incertitudes entourant sa date et son lieu de naissance semblent maintenant s'être largement dissipées. Un certificat de décès découvert en 2009 montre en effet que Beato est né à Venise en 1832 et mort le à FlorenceTerry Bennett, History of Photography in China, 1842–1860, Londres, Quaritch, 2009 , .. Le certificat de mort indique également qu'il était un sujet britannique et bachelier.

Selon la demande de permis de voyage qu'il établit en 1858, Beato était né en 1833 ou 1834 sur l'île de Corfou. Au moment de sa naissance, Corfou faisait partie du protectorat britannique des îles Ioniennes, ce qui aurait donc permis à Felice Beato d'obtenir la citoyenneté britannique. Corfou avait précédemment été une possession vénitienne, et ce fait permet d'expliquer les nombreuses références à Felice Beato comme à un « Italien » ou à un « Vénitien » membre de la communauté italienne de Corfou. Il est gardé trace du fait que la famille Beato est allée s'installer à Corfou au , et qu'elle était une des familles nobles vénitiennes qui ont gouverné l'île pendant la république de VeniseEzio Maria Gray, Le terre nostre ritornano... Malta, Corsica, Nizza, Novare, Istituto Geografico de Agostini, 1940, ..

De nombreuses photographies ont été retrouvées, signées des noms « Felice Antonio Beato » ou « Felice A. Beato ». Le problème étant qu'en suivant cette simple indication, on devrait s'attendre à ce que ce soit le travail d'une seule et même personne, ce qui en l'occurrence est compromis dans la mesure où l'on estime qu'à la même date, cette signature était apposée sur des photographies prises à des endroits aussi distants que l'Égypte et le Japon. Cette incongruité a été résolue par Italo Zannier qui a avancé la thèse que « Felice Antonio Beato » pourrait représenter en fait les deux frères Felice Beato et Antonio Beato, qui auraient pu partager la même signature. Il est donc parfois difficile pour une photo donnée de savoir lequel des deux frères était réellement derrière l'objectif.

Bassin méditerranéen, la Crimée et l'Inde

Pour ce qui est des premiers pas de Felice Beato dans le domaine de la photographie, il demeure quelques zones obscures, mais il est au moins certain qu'il acheta ses premiers objectifs photographiques à Paris en 1851. Il rencontra le photographe anglais James Robertson (1813-1888), probablement à Malte en 1850, et l'accompagna à Constantinople (l'actuelle ville d'Istanbul), en Turquie, en 1851. Robertson était graveur à l'hôtel de la Monnaie de l'Empire ottoman depuis 1843 avant de se lancer dans la photographie au cours des années 1840..

En 1853, Felice Beato et James Robertson s'associent et forment un partenariat nommé « Robertson & Beato », l'année même où Robertson ouvre un studio photographique à Beyoğlu (Pera), dans la banlieue de Constantinople (Istanbul).

James Robertson et Felice Beato ont été rejoints par Antonio, le frère de Felice, sur certaines expéditions photographiques : Malte en 1854 ou 1856 et la Grèce et Jérusalem en 1857. En effet, plusieurs photographies datées des années 1850 sont signées « Robertson, Beato and Co. » et on pense que le « and Co. » fait référence à Antonio Beato. À la fin de l'année 1854, ou au début de l'année 1855, James Robertson épousa la sœur des frères Beato, Leonilda Maria Matilda Beato. Ils eurent trois filles, Catherine Grace (née en 1856), Edith Marcon Vergence (née en 1859) et Helen Beatruc (née en 1861).

En 1855, Felice Beato et Robertson se rendirent à Balaclava, en Crimée, où ils couvrirent la guerre de Crimée à la suite du départ de Roger Fenton. Ils photographièrent la chute de Sébastopol en . Henri Rieunier demandera à James Robertson, en 1855, de prendre pour son compte quelques photographies de Sébastopol qui sont intitulées, notamment : Bastion du mât opposé à la batterie n° 16 où j'étais, ainsi que des photos panoramiques : Sébastopol après la prise ..

En , Felice Beato arriva à Calcutta et commença à voyager à travers toute l'Inde du nord pour fixer sur la pellicule les conséquences de la Révolte des Cipayes de 1857. Pendant ce travail, il réalisa ce qui est peut-être les premières images photographiques de cadavres jamais prises. On pense que, pour au moins une des photos qu'il prit au palais de Secundra Bagh à Lucknow, il fit déterrer ou tout au moins redisposer les restes des squelettes des rebelles indiens, pour renforcer l'impact dramatique de la photographie..

Il se rendit également dans les villes de Delhi, Cawnpore, Meerut, Benares, Amritsar, Âgrâ, Simla et Lahore.

Beato fut rejoint en par son frère, Antonio, qui quitta l'Inde plus tard, probablement pour raisons de santé, en . Antonio finit par arriver en Égypte en 1860, où il établit un studio photographique à Thèbes en 1862.

Chine En 1860, Felice Beato quitte le partenariat Robertson & Beato qui cesse de facto, bien que James Robertson ait utilisé cette signature jusqu'en 1867. Beato est envoyé en Inde pour couvrir l'expédition franco-britannique en Chine dans ce qui fut appelé la « seconde guerre de l'opium ». Il arrive à Hong Kong en mars et commence immédiatement à prendre en photo la ville et ses environs, jusqu'à Canton. Ces photographies sont parmi les premières qui furent prises en Chine.

Pendant qu'il était à Hong Kong, Beato rencontra Charles Wirgman, un artiste, correspondant du journal The Illustrated London News. Ils accompagnèrent tous deux les forces franco-anglaises qui se dirigeaient vers le nord en direction de la baie de Dalian, puis de Pehtang et des forts de Taku, à l'embouchure du Peiho, continuant ensuite jusqu'à Pékin et le Palais d'été, Qīngyī yuán, qui se trouve à proximité. Les illustrations de Wirgman (et de quelques autres avec lui) qui parurent dans le Illustrated London News proviennent souvent des photographies prises en chemin par Beato.

Forts de Taku

Les photographies prises par Beato de la Seconde guerre de l'opium sont les premières que l'on ait prises d'une campagne militaire alors même qu'elle se déroulait, au travers d'une succession d'images datées et reliées entre elles. Ses photographies des forts de Taku témoignent de cette approche, certes à une échelle réduite, réalisant ainsi un compte-rendu photographique d'une bataille. Cette série d'images montre la marche d'approche vers les forts, les effets du bombardement sur les murs extérieurs et les fortifications, et enfin, la dévastation régnant à l'intérieur des forts, y compris les cadavres de soldats chinois. De façon fort intéressante, les photographies ne furent pas prises dans cet ordre, car il fallut tout d'abord photographier les cadavres des soldats chinois, avant qu'ils ne soient enlevés ; ce n'est qu'à ce moment que Beato eut toute latitude pour photographier les autres vues de l'extérieur et de l'intérieur des forts. Dans les albums de l'époque, ces photographies sont disposées de telle façon qu'elles recréent le déroulement de la bataille..

Les images prises par Beato des Chinois morts - car il ne prit jamais de photos de morts français ou anglais - et sa manière de les réaliser sont particulièrement révélatrices de sa conception idéologique du photojournalisme. Le docteur David F. Rennie, un membre de l'expédition, nota dans ses mémoires de campagne :

Les photographies qui en résultent sont une puissante mise en image du triomphe militaire et de la puissance impérialiste de la Grande-Bretagne, tout particulièrement pour les acheteurs de ses images, soldats britanniques, administrateurs coloniaux, marchands et touristes. De retour en Grande-Bretagne, les images de Beato furent utilisées pour justifier les guerres de l'opium (ainsi que d'autres guerres coloniales), et elles ouvrirent l'esprit du public aux cultures qui existaient en Extrême-Orient.

Palais d'été de Pékin

À une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Pékin, Beato prit des photographies du Palais d'été, le Qīngyī yuán (清漪园, le « jardin des claires ondulations » (sur l'eau)), qui était un jardin privé de l'empereur de Chine. Quelques-unes de ces photographies, prises entre le 6 et le , sont des images hallucinantes et uniques des bâtiments incendiés par les forces franco-anglaises, les 18 et , en représailles contre l'empereur à la suite de la torture et de la mort de quelque vingt personnes faisant partie d'une délégation diplomatique alliée. Parmi les dernières photographies que Beato prit en Chine à cette époque se trouvent des portraits de Lord Elgin, arrivé à Pékin pour signer la convention de Pékin, et du , qui la signa au nom de l'empereur Xianfeng.

Beato est de retour en Angleterre en , et pendant cet hiver, il vendit quatre cents de ses photographies d'Inde et de Chine à Henry Hering, photographique portraitiste de Londres. Hering les fit dupliquer, puis les revendit. Lorsqu'elles furent mises en vente pour la première fois, chaque photographie était vendue au prix de 7 shillings, cependant que le prix de la série complète de l'Inde était fixé à 54 livres sterling et 8 shillings, et que le prix de la série complète de la Chine était fixé à 37 livres et 8 shillings. La comparaison avec le revenu moyen d'une personne, en Angleterre et au pays de Galles, qui se montait à 32 livres par an en 1867 permet de mettre en perspective le prix des photographies de Beato.

Japon

En 1863, Felice Beato se rend à Yokohama au Japon et y rejoint Charles Wirgam qui était déjà sur place depuis 1861. Les deux forment ensemble un partenariat nommé Beato & Wirgman, Artists and Photographers (Beato et Wirgman, artistes et photographes), qui durera de 1864 à 1867. Charles Wirgman produit à nouveau des illustrations dérivées des photographies de Felice Beato, tandis que celui-ci photographie certaines esquisses ou autres travaux de Wirgman. Les photographies de Beato sont axées sur des portraits, des paysages, des vues urbaines et il produit également des séries sur les lieux rencontrés sur la route du Tōkaidō, les dernières séries rappelant fortement certaines estampes réalisées par Hiroshige ou Hokusai. Il convient de noter que ces photographies ont été réalisées alors même que le shogunat restreignait l'accès du Japon aux étrangers, et elles constituent donc à ce titre un rare témoignage photographique de ce que fut la période Edo au Japon.