vignette|Le Christ pantocrator : mosaïque byzantine du dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople.

L'art byzantin s'est développé dans l'Empire byzantin entre la disparition de l'Empire romain d'Occident en 476, et la chute de Constantinople en 1453. L'art produit auparavant dans la même région relève de ce qu'il est convenu d'appeler l'art paléochrétien.

Le terme peut également être utilisé pour désigner l'art des États de confession orthodoxe contemporains à l'Empire byzantin, dont la culture a subi son influence, sans en faire partie réellement (certains historiens parlent du Commonwealth byzantin), comme le premier empire bulgare, le premier État serbe ou la Rus' de Kiev. Mais aussi, pour partie, l'art de la république de Venise et du royaume de Sicile, qui avaient des liens étroits avec l'Empire byzantin.

L'art produit par les chrétiens orthodoxes d'Orient vivant dans l'Empire ottoman est souvent appelé « post-byzantin ».

Certaines traditions artistiques qui ont leur origine dans l'Empire byzantin, en particulier en ce qui concerne l'iconographie et l'architecture des églises, se sont maintenues en Grèce, Bulgarie et Russie et dans d'autres pays orthodoxes d'Orient à l'époque actuelle.

Origines Tout comme l'Empire byzantin est le prolongement politique de l'Empire romain, l'art byzantin se développe à partir de l'art romain, lui-même profondément influencé par l'art grec antique. L'art byzantin a toujours conservé en mémoire cet héritage classique.

La capitale, Constantinople, est ornée d'un grand nombre de sculptures classiquesS. Bassett, The urban image of late antique Constantinople (Cambridge, 2004)., qui ont pu devenir un objet d'étonnement pour certains de ses habitantsC. Mango, "Antique statuary and the Byzantine beholder," Dumbarton Oaks Papers 17 (1963), 53-75.. En fait, l'art produit au cours de l'empire byzantin, bien que marqué par des retours périodiques à une esthétique classique, est surtout marqué par le développement d'une nouvelle esthétique.

vignette|Miniatures du des Évangiles de Rabula montrant l'aspect abstrait et symbolique de l'art byzantin. La caractéristique la plus marquante de cette nouvelle esthétique est qu'elle est abstraite, non naturaliste. Si l'art classique est marqué par la tentative de créer des représentations de la réalité les plus fidèles possibles, l'art byzantin semble avoir renoncé à cette tentative en faveur d'une approche plus symbolique. La nature et les causes de cette transformation, qui a eu lieu essentiellement au cours de l'antiquité tardive, sont un sujet de débat pour les savants depuis des sièclesO. Brendel, Prolegomena to the study of Roman art (New Haven, 1979).. Giorgio Vasari l'attribue à une baisse du niveau et des compétences artistiques. Bien que ce point de vue soit occasionnellement réaffirmé, notamment par Bernard BerensonB. Berenson, The Arch of Constantine; or, the decline of form (London, 1954)., les chercheurs modernes ont tendance à avoir une vision plus positive de l'esthétique byzantine. Aloïs Riegl et Josef Strzygowski, écrivains du début du , ont joué un rôle important dans cette réévaluation de l'art de l'antiquité tardiveJ. Elsner, "The birth of late antiquity: Riegl and Strzygowski in 1901," Art History 25 (2002), 358-79.. Riegl la voit comme une évolution naturelle des tendances préexistantes dans l'art roman, tandis que Strzygowski la considère comme le résultat des influences « orientales ». Parmi les récentes contributions au débat, il y a également celles de Ernst KitzingerE. Kitzinger, Byzantine art in the making (Cambridge, 1977)..

En tout état de cause, le débat est purement moderne : la plupart des témoins byzantins ne considèrent pas leur art comme abstrait ou non naturaliste. Comme Cyril Mango l'a fait remarquer, « notre propre appréciation de l'art byzantin provient en grande partie du fait que cette technique n'est pas naturelle, mais les Byzantins eux-mêmes, à en juger par leurs déclarations, la considéraient comme étant très naturaliste et comme étant directement dans la tradition de Phidias, Apelle et Zeuxis »C. Mango, "Antique statuary," page 65..

vignette|droite|Vierge avec l'enfant entre l'empereur Jean II Comnène et l'impératrice Irène. Les thèmes principaux de l'art byzantin sont essentiellement le religieux et l'impérial : ils sont souvent associés, comme dans les portraits des empereurs byzantins qui décorent l'intérieur de l'église Sainte-Sophie. Ces thèmes dominants sont le résultat, en partie, de la piété et de la nature autocratique de la société byzantine et, en partie, du fait de sa structure économique : les richesses de l'Empire étant concentrées entre les mains de l'Église et de l'Empereur, ils avaient donc les moyens de mettre à exécution des commandes artistiques monumentales.

L'art religieux n'est cependant pas limité à la décoration monumentale des intérieurs d'églises. L'un des principaux genres de l'art byzantin est l'icône, une image du Christ, de la Vierge, ou d'un saint, objets de vénération dans les églises orthodoxes et les maisons privées. Les icônes sont de nature religieuse, en particulier après la fin de l'iconoclasme, elles sont assimilées à la manifestation de la «présence» unique du personnage représenté par le biais d'une «ressemblance» soigneusement entretenue par les canons de la représentationH. Belting, tr. E. Jephcott, Likeness and presence: a history of the image before the era of art (Chicago, 1994).. L'art religieux byzantin est pénétré des lois du hiératismeStylistique qui s'impose en orient comme en occident. Au milieu du , en pleine Renaissance médiévale, plusieurs artistes italiens tentent de rompre avec ce hiératisme byzantin dans la représentation du Christ en introduisant des portraits de profil, longtemps exclus de la représentation des figures les plus sacrées car souvent réservés aux traîtres et aux pécheurs, et considérés jusque là comme indignes du Messie. Ils s'en détachent complètement lors de la Renaissance italienne. (compositions qui obéissent à une stricte frontalité, avec une certaine rigidité des figures).

L'enluminure des manuscrits est une autre facette de l'art byzantin. Le plus souvent les textes illustrés sont religieux, soit les Saintes Écritures elles-mêmes (en particulier les Psaumes), soit des textes théologiques ou de dévotion (comme les homélies de Grégoire de Nazianze). Les textes laïcs sont également enluminés comme le Roman d'Alexandre ou le Synopsis historiarum de Jean Skylitzès.

Les arts « mineurs » ou de « luxe » (c'est-à-dire des ivoires, stéatite, émaux, bijoux, orfèvrerie, céramique, etc) sont produits en grand nombre dans l'ensemble de la période byzantine. Beaucoup d'entre eux étaient également de nature religieuse, mais un grand nombre d'objets sont réalisés avec des décors laïcs ou non-figuratifs : par exemple, des ivoires, représentant des thèmes de la mythologie classique, et la céramique décorée avec des figures qui proviennent de l'épopée de Digénis Akritas.

Périodes Premier art byzantin

vignette|upright|Feuille d'un diptyque en ivoire de Areobindus, 506. Areobindus, en haut, consul à Constantinople, préside les jeux à l'Hippodrome, en dessous.

Le premier art byzantin est produit entre le (règne de Constantin I) et le (début de l'iconoclasme). Il connaît son apogée sous le règne de Justinien Ier (527-565), alors qu'a lieu une reconquête temporaire de l'Italie, et se caractérise par un mélange de tradition romaine, de tradition orientale et de christianisme. L'urbanisme de Constantinople et les monuments de Ravenne illustrent l'importante architecture richement décorée de mosaïques, tandis que la production des ivoires (par exemple l'ivoire Barberini), d'orfèvrerie et de peinture sur bois (art des Icônes). La sculpture, quant à elle, vit ses dernières heures de gloire, dans la lignée de la sculpture antique.

Deux événements sont d'une importance fondamentale dans le développement du premier art byzantin. D'abord, l'Édit de Milan, publié par les empereurs Constantin I et Licinius en 313 et autorisant le culte chrétien, conduit à l'élaboration de l'art chrétien monumental. Ensuite, la consécration de Constantinople comme « nouvelle Rome », en 330, crée un nouveau centre artistique pour la moitié orientale de l'Empire et, qui plus est, spécifiquement chrétien. D'autres traditions artistiques ont prospéré dans des villes rivales comme Alexandrie, Antioche ou Rome, mais n'ont pas survécu à la chute de ces villes - due aux Arabes pour les deux premières et aux Goths pour Rome – ce qui a permis à Constantinople d'établir sa suprématie.

Constantin a consacré beaucoup d'efforts à la décoration de Constantinople, ornant les espaces publics avec des statues antiquesS. Bassett, The urban image of late antique Constantinople (Cambridge, 2004) et construisant un forum dominé par une colonne de porphyre portant sa statueG. Fowden, "Constantine's porphyry column: the earliest literary allusion," Journal of Roman Studies 81 (1991), 119-31; F.A. Bauer, Stadt, Platz und Denkmal (Mainz, 1996).. Les églises majeures de Constantinople construites sous Constantin et son fils, Constance II comprennent les premières fondations de Sainte-Sophie et de l'église des Saints-Apôtres de ConstantinopleT. Mathews, The early churches of Constantinople: architecture and liturgy (University Park, 1971); N. Henck, "Constantius ho Philoktistes?," Dumbarton Oaks Papers 55 (2001), 279-304 (available online)..

La grande campagne de construction suivante est initiée par Théodose . Le monument survivant le plus important de cette période est l'obélisque et sa base érigés par Théodose dans l'HippodromeB. Kiilerich, The obelisk base in Constantinople (Rome, 1998).. L'église la plus ancienne de Constantinople est l'église Saint-Jean Baptiste du Monastère du Stoudion, construite au T. Mathews, The early churches of Constantinople: architecture and liturgy (University Park, 1971). En raison des destructions et reconstructions successives, relativement peu de monuments de Constantinople du premier art byzantin ont survécu. Cependant, son développement peut toujours être retracé à travers les structures survivantes dans d'autres villes. Par exemple, d'importantes églises anciennes se trouvent à Rome (comme l'église Sainte-Sabine et la basilique Sainte-Marie-Majeure)R. Krautheimer, Rome: profile of a city (Princeton, 2000). et à Thessalonique (l'Arc de Galère et l'église de l'Acheiropoiètos)J.-M. Spieser, Thessalonique et ses monuments du au (Athens, 1984); S. Ćurčić, Some observations and questions regarding early Christian architecture in Thessaloniki (Thessaloniki, 2000)..

Un nombre important de manuscrits enluminés, à la fois sacrés et séculiers, nous sont parvenus de cette période du premier art. Des auteurs classiques, comme Homère (l'Iliade ambrosienne) ou Dioscoride (Dioscoride de Vienne), ont été illustrés avec des peintures narratives. D'autres manuscrits bibliques enluminés de cette période, ne survivent que par des fragments : par exemple, le Codex Sinopensis, qui contient un fragment de l'évangile de Matthieu, ou la Genèse de VienneTania Velmans, Rendez-vous avec l'art byzantin, éditions du Rouergue, 2007, p.64.

Le premier art byzantin est également marqué par le travail de l'ivoireW.F. Volbach, Elfenbeinarbeiten der Spätantike und des frühen Mittelalters (Mainz, 1976).. Des Diptyques en ivoire, souvent richement décorés, sont offerts en cadeau par des consuls nouvellement nommésR. Delbrueck, Die Consulardiptychen und verwandte Denkmäler (Berlin, 1929).. La vaisselle d'argent est une autre forme importante d'art de luxeE.C. Dodd, Byzantine silver stamps (Washington, 1961). : parmi les plus luxueux de cette époque se trouve le Missorium de Théodose IerM. Almagro-Gorbea, ed., El disco de Teodosio (Madrid, 2000).. Les sarcophages continuent à être produits en grand nombre.

Époque justinienne