Zimri-Lim est le dernier roi de Mari. Il régna de 1775 à Son règne, connu par les imposantes archives du palais royal de Mari, est l'un des mieux documentés de l'histoire antique.

Il est un membre de la famille du précédent roi de Mari, Yahdun-Lim (1810-1794 av. J.-C. ; sans doute son grand-père, ou bien son oncle), qui a été contraint à l'exil, sous la protection du roi d'Alep, lorsque sa lignée a été évincée de Mari par Samsi-Addu. Après la mort de ce dernier, Zimri-Lim prend Mari et en devient le roi. Après avoir résisté à Eshnunna et maté la révolte des tribus benjaminites, il parvient à asseoir son pouvoir et à devenir un des principaux rois du Proche-Orient. Il impose son autorité sur la majeure partie des terres de Haute Mésopotamie situées au nord et à l'est de l'Euphrate et dans la région du Khabur, alors divisées en plusieurs petits royaumes instables. Il s'allie avec Hammurabi de Babylone pour conduire une coalition qui résiste à une tentative d'invasion de l'Élam en Mésopotamie en 1765. Néanmoins dans les années qui suivent il assiste à la montée en puissance du roi babylonien, dont il finit par devenir une victime. Il disparaît probablement lors de la prise de Mari en 1761, qui précède la destruction de la ville.

Les archives royales de Mari fournissent une mine d'information sur le règne de Zimri-Lim. Il est à la tête d'une entité politique duale, car il est à la fois roi de Mari et des territoires alentour, mais aussi chef de la tribu des Bensim'alites dont une partie nomadise hors de son territoire, tout en reconnaissant son autorité. Comme les autres rois de son époque, il est un chef de guerre, dont les troupes sont constamment sur le pied de guerre en raison du contexte trouble de son temps, qui ne lui laisse quasiment pas de répit. Il est très actif sur le plan diplomatique, conduisant une politique d'alliances visant à renforcer son pouvoir, qui passe notamment par le mariage de plusieurs de ses filles à ses vassaux. Il est également considéré comme l'élu des dieux, ce qui le conduit notamment à procéder à de nombreuses consultations d'oracles et à se tenir au courant de prophéties le concernant, afin de prendre connaissance des volontés divines. Son palais est le cœur de l'administration de son royaume, qui s'appuie sur ses serviteurs proches, et aussi une population féminine importante, dominée par la reine Shibtu, originaire du puissant royaume d'Alep, qui acquiert une grande importance dans la gestion de la maisonnée du roi. Le palais comprend de nombreux magasins, documentés par l'archéologie et des textes administratifs qui procurent de nombreuses informations sur la vie matérielle d'une cour royale à cette époque, par exemple les denrées servies lors des repas du roi et la vaisselle de luxe gardée sous haute surveillance.

Étymologie

Le nom Zimri-Lim est en langue amorrite (Zimrī-Lîm), et signifie « la tribu est mon secours » ou la « tribu est ma force ». Le second terme signifie « tribu », sans doute liʾmum au nominatif, ici à l'état absolu liʾim (ou lîm). Il se retrouve dans le nom des autres rois de sa dynastie, Yaggid-Lim et Yahdun-Lim, qui ont de ce fait pu être surnommés de façon quelque peu hâtive « dynastie des Lim » (le terme se trouve aussi dans le nom du contemporain Yarim-Lim d'Alep, qui appartient à une tribu amorrite différente).

Sources

Le règne de Zimri-Lim est essentiellement documenté par les archives mises au jour en divers points du palais royal de Mari.. Il s'agit de textes laissés sur place par les conquérants babyloniens lorsqu'ils ont pris la ville et pillé le palais, en sachant qu'ils en ont emporté une partie qu'ils jugeaient plus importante. Elles se comptent par milliers, non intégralement publiées, et se répartissent pour l'essentiel en deux grandes catégories. D'abord des textes administratifs documentant la gestion de la « maison » du roi, surtout des tablettes enregistrant les entrées et les sorties de produits, notamment des textes de sortie de nourriture pour la table royale (les « repas du roi »), les rations distribuées au personnel du palais, les présents offerts aux messagers et cours étrangers, aussi des textes d'inventaire de biens stockés dans le palais (notamment les objets précieux et matières premières destinées aux artisans du palais), des listes de champs du domaine royal et des documents fiscaux, des listes de travailleurs du palais et de captifs de guerre déportés, etc. D'autres textes administratifs documentent l'administration des provinces, notamment des recensements à but militaire et les présents offerts par des notables locaux au roi. Le fait que ces textes soient souvent datés permet de les utiliser pour reconstituer l'histoire politique. Les lettres des archives royales de Mari constituent la documentation la plus étudiée et mise en avant de ce corpus. Elle comprend la correspondance du roi avec ses subordonnés en poste dans les provinces ou en mission à l'étranger, et aussi la partie de sa correspondance diplomatique que les Babyloniens n'ont pas emportée (ils ont manifestement pris les lettres envoyées par les rois les plus puissants, à commencer par celle de leur roi Hammurabi). Un ensemble de lettres important est la correspondance féminine, des lettres envoyées par des femmes du palais au roi ou à d'autres personnes. Le palais de Mari a aussi livré des textes juridiques, rituels, scolaires et littéraires, notamment l’Épopée de Zimri-Lim, texte épique à la gloire du roi.

Très peu d'inscriptions commémoratives de ce roi sont connues. Ses noms d'années, célébrant les faits mémorables de son règne, avant tout des actes pieux ( année : « Année où Zimri-Lim a offert un grand trône au dieu Addu de Mahanum ») et des victoires militaires ( année : « Année où Zimri-Lim s'est emparé d'Ashlakka »), sont essentiels pour reconstituer la chronologie relative de son règne et de connaître certains des événements marquants.

Des textes datés de l'époque de Zimri-Lim mis au jour hors de Mari complètent cette reconstitution. Des tablettes administratives non publiées ont notamment été mises au jour à Tell Ashara (Terqa). Trois lettres écrites par le roi de Mari ont aussi été mises au jour à Tell Rimah (Qattara), hors de son royaume.

Les sources non écrites sont constituées par des images, notamment celles des sceaux-cylindres retrouvés ou bien de leurs empreintes figurant sur des tablettes d'argile, ainsi que les fragments de peinture du palais royal de Mari. L'analyse des vestiges archéologiques, avant tout ceux du palais royal de Mari, fournit aussi des informations précieuses sur l'époque de Zimri-Lim.

Histoire thumb|Localisation des principaux sites de Mésopotamie et de Syrie datés de la période paléo-babylonienne. Contexte

Le règne de Zimri-Lim prend place durant la période dite « paléo-babylonienne » (babylonienne ancienne), qui va de 2004 à 1595 av. J.-C. selon la chronologie moyenne, qui est la plus employée par les historiens spécialisés de la période. Cette époque parfois aussi appelée période amorrite, car les dynasties qui dominent la Mésopotamie et la Syrie sont alors majoritairement d'ethnie amorrite (un peuple parlant une langue ouest-sémitique), et c'est le cas de celle de Zimri-Lim. La Syrie et la Mésopotamie de la fin du et du début du sont partagées en plusieurs royaumes, les plus puissants étant, aux côtés de Mari ceux dont les capitales sont situées à Larsa, Babylone, Eshnunna, Alep (Yamhad), Qatna. La Haute-Mésopotamie est très instable politiquement : aucune grande puissance ne s'y impose de manière durable, et une myriade de petites principautés se partage le territoire, avec des guerres intestines et coups d’États très rapides, qui s'accompagnent de purges et de déplacement de populations importants, étant donné que les rois qui s'implantent dans les cités ont souvent un pouvoir sur des groupes semi-nomades très mobiles.

thumb|left|Extension approximative du Royaume de Haute-Mésopotamie à la mort de Samsi-Addu.

Vers 1810-1805 un roi bensim'alite, Yahdun-Lim, prend le pouvoir à Mari. Ces origines sont mal connues, mais on sait qu'il est le fils de Yaggid-Lim, un roi dont la capitale semble s'être située à Ṣuprum, ville proche de Mari mais située de l'autre côté de l'Euphrate. Quoi qu'il en soit son pouvoir a aussi un aspect tribal, et il instaure une dynastie double : il est à la fois roi du territoire de Mari, et rois des « Bédouins » de sa tribu, les Bensim'alites (ou Sim'alites). Il impose son autorité sur une large portion de la zone située entre les cours moyens du Tigre et de l'Euphrate, la « Djézireh », devenant le suzerain des rois de la région. Son grand rival est Samsi-Addu (ou Shamshi-Adad), roi qui semble avoir pour ville d'origine la vénérable cité d'Akkad, d'où il a été évincé avant de retrouver une capitale plus au nord à Ekallatum. Le roi de Mari trouve la mort en 1794 dans une intrigue de palais, qui conduit son fils Sumu-Yamam au pouvoir. Mais celui-ci est vaincu deux ans plus tard par Samsi-Addu, qui parvient à la même période à évincer les autres principaux rois de la Djézireh, et à constituer un vaste royaume, que les historiens modernes désignent comme le Royaume de Haute-Mésopotamie. Afin de diriger Mari, il y intronise son fils Yasmah-Addu, alors que son autre fils Ishme-Dagan est implanté à Ekallatum. Lui-même se constitue une capitale au centre de son royaume, à Shubat-Enlil. Il parvient à maintenir cet édifice politique pendant une quinzaine d'années, malgré les dangers que font peser sur lui le royaume du Yamhad à l'ouest, et celui d'Eshnunna à l'est.

Origines

Zimri-Lim est né dans le clan de Yahdun-Lim, qui est à la tête de la confédération tribale des Bensim'alites. Il est probablement le neveu ou le petit-fils du roi de Mari déchu. Ses premières années de vie se passent en exil, puisque sa famille a été contrainte de fuir les territoires dominés par Samsi-Addu, accompagnée d'un grand nombre de membres de son clan. Il est sans doute adolescent au moment de ces événements, car lors de son intronisation, après quinze années d'exil, il a déjà des filles en âge d'être mariées. On ne connait pas le lieu exact où Zimri-Lim passe son exil, mais il est certain que c'est dans un territoire situé dans le royaume du Yamhad, ou du moins sous sa protection. On ne sait pas non plus dans quelles conditions il est devenu le chef du clan et donc l'héritier des revendications sur le trône de Mari en tant que successeur de Yahdun-Lim.

Prise de pouvoir thumb|La Syrie et la Haute Mésopotamie à l'époque des archives de Mari. Les villes dont la localisation est incertaine sont en italique.

Les années 1777-76 sont marquées par un regain des troubles dans le royaume de Samsi-Addu. La mort du roi en 1775 provoque une explosion de révoltes qui emportent son royaume. Les descendants des anciens souverains évincés tentent de reprendre leur héritage, et Zimri-Lim se met alors en route vers Mari, avec les autres Bensim'alites qui avaient fui auparavant. Les lettres reçues par Yasmah-Addu à cette époque permettent de suivre l'avancée rapide des troupes sur Mari, qui progressent le long de l'Euphrate, prenant Tuttul puis Terqa. Mari est prise par une autre troupe, conduite par le chef de guerre Bensim'alite nommé Bannum. Yasmah-Addu meurt à ce moment ou peu après, puisqu'il disparaît de la documentation. En revanche son frère Ishme-Dagan maintient un royaume à l'est autour d'Ekallatum, sans parvenir à intervenir à Mari. Zimri-Lim fait son entrée à Mari, et se fait introniser à Terqa, dans le temple du dieu Dagan.