Ikaría (en ), en français Icarie, appelée localement Nikaria ou Nicaria (), avec pour ancien nom Dolíchē (), est une île grecque de la mer Égée orientale. Elle tire son nom d’Icare, le fils de Dédale dans la mythologie grecque, qui serait tombé dans la mer proche de l’île.
Étymologie et mythologie Deux origines sont proposées pour le nom de l'île. Il pourrait provenir du phénicien Ikor qui ferait référence à l'abondance de poissons se trouvant dans les eaux environnant Ikaria. L'interprétation la plus répandue est celle de la légende d'Icare, fils de Dédale, qui serait tombé dans les eaux proches de l'île lorsque les ailes qui lui avaient permis de s'échapper du labyrinthe fondirent car il s'était approché trop près du soleil..
Géographie Situation vignette|gauche|Armenistis et Gialiskari sur la côte nord de l'île Ikaria se situe à l'est de la mer Égée, entre Samos, située au Nord-Est à 10 milles nautiques (), Mykonos, à 26 milles () à l'ouest et Chios, à 56 milles () au nord. L'île est à 143 milles nautiques () du Pirée.
Ikaria est parfois considérée comme partie des sporades orientales, parfois des sporades méridionales avec le Dodécanèse.
Géologie, relief et végétation C'est une des plus grandes îles de la mer Égée orientale : sa côte s'étend sur et sa superficie totale est de . Elle a une forme allongée et s'étend du nord-est au sud-ouest. Elle est presque entièrement couverte par le mont Atheras (anciennement Pramnos), dont le plus haut sommet est le pic Melissa ( m). Cette montagne s'étire sur toute la longueur de l'île et se termine en terrasses vers le sud. Au nord se trouve la seule région de plaine à Kambos et Faros. L'île a la forme d'un navire renversé, comme l'avait observé au le voyageur Cristoforo Buondelmonti..
L'île fait partie d'un vaste ensemble géologique allant de l'Asie mineure aux Cyclades. Sa formation géologique est à rapprocher de celle de sa voisine Samos. Elle est principalement composée de schistes métamorphiques (gneiss principalement avec des inclusions de marbre et micaschiste). Au sud (Agios Nikolaos) se trouve une vaste zone de falaises argileuses. Sur les douze villages de l'île, onze sont montagneux. Seul Evdilos, au nord d'Ikaria est semi-montagneux.
Climat Le climat est typiquement méditerranéen, avec des précipitations annuelles de plus de . La température moyenne annuelle atteint les , avec une moyenne des maxima de et des minima de . Des brouillards fréquents et des nuages rendent les sommets relativement humides, même en été. Des vents du nord et du nord-ouest assez forts soufflent tout au long de l'année. L'hiver est court, doux, avec beaucoup d'averses.
Flore et faune L'aspect dénudé des sommets de l'Atheras est principalement le résultat du pâturage. Les quelques zones épargnées indiquent que l'île était autrefois entièrement couverte de forêts.
Plusieurs régions de l'île d'Ikaria (de même que des îles de Fourni) sont intégrées dans le réseau Natura 2000 afin de préserver l'environnement naturel et la grande biodiversité. On y trouve de nombreuses plantes endémiques (21) et des invertébrés (15). Cet important endémisme est dû à la situation géographique de l'île (proche de l'Asie mineure) tout comme à ses hautes altitudes et à la grande variété de biotopes archivé sur Archive.is..
Administration vignette|Le dème d'Ikaria depuis la réforme Kallikratis (2010) Ikaria forme un dème (municipalité) et un district régional de la périphérie d'Égée-Septentrionale. Avant la réforme Kallikratis (2010), elle était rattachée au nome de Samos.
Le district régional d'Ikaria compte deux dèmes : Ikaria et Fourni.
L'île d'Ikaria comptait avant la réforme Kallikratis trois dèmes, qui sont aujourd'hui devenus des districts municipaux : vignette|250px|Ágios Kírykos et sa place centrale. le district municipal d'Ágios Kírykos : . Il comprend les communautés et villages suivants : Ágios Kírykos, Agios Panteleimon, Chrysostomos, Christos, Faros, Glaredes, Katafigi, Kountoumas, Lardado, Mavrato, Mavrikato, Miliopo, Monokampi, Oxia, Panagia, Perdiki, Plagia, Plomari, Tsouredo, Therma, Vaoni, Xilosirti.
le district municipal d'Evdilos : . Il est dirigé par Stelios Stamoulos. Il comprend les communautés suivantes : Akamatra, Arethousa, Avlaki, Dafni, Droutsoulas, Evdilos, Fitema, Frantato, Karavostamo, Kampos, Kerame, Kossikia, Manganitis, Maratho, Mesaria, Perameria, Petropouli, Pigi, Stavlos, Steli, Xanthi
le district municipal de Rahes : . Il comprend les communautés suivantes : Agios Dimitrios, Agios Polykarpos, Amalo, Armenistis, Christos Rachon, Gialiskari, Kalamos, Kares, Karkinagri, Kastanies, Kouniados, Langada, Lapsachades, Mandria, Nanouras, Nas, Pezi, Proespera, Trapalo, Vrakades.
Énergie Système d'énergie hybride Inauguré en juin 2012, ce système d'alimentation hybride, un des seuls au monde, est mis en œuvre sur l'île et constitue un développement d'énergie innovant au niveau local et européen, avec des avantages significatifs pour la communauté locale, la recherche et l'environnement.
De l'énergie durable est produite et couvre en grande partie les besoins en énergie d’Ikaria. La production annuelle nette d'énergie du système d'énergie hybride d'Ikaria atteint , réduisant considérablement la demande de consommation à la centrale thermique à Ágios Kírykos.
Ce système d'alimentation hybride est basé sur la combinaison de deux sources d'énergie renouvelable : l'énergie éolienne l'énergie hydroélectrique Le système est constitué : Du réservoir existant dans le lac de retenue Pezi d’une capacité de d'eau. De deux réservoirs d'eau de capacité de stockage de chacun. De deux petites centrales hydroélectriques (SHP) de production d'énergie éolienne (d'une capacité totale de ) à Proespera et Basse Proespera. D’une puissance de pompe de pour remonter l'eau du bas vers le réservoir supérieur. De tubes souterrains d’alimentation et d'évacuation de l'eau d'une longueur de . D’un parc éolien de trois éoliennes de de puissance totale, avec l'installation supplémentaire de 4 autres d'une capacité totale de D’un centre de contrôle et de distribution du charge de la centrale électrique locale existante.
Histoire
Préhistoire et périodes archaïque et classique Certains vestiges néolithiques ont été trouvés dans divers sites de la région de Kambos, datant d'environ Dans la région d'Agios Kyrikos, des vestiges de fondations d'habitations ont été découverts. Et dans divers endroits de l'île, des outils et d'autres objets ont été trouvés. Il est prouvé que l'île était habitée durant la période géométrique. Près de l'acropole de Katafygi (région d'Agios Kyrikos), des tombes de cette période ont été découvertes. Sur le site de Nas, des poteries du ont été retrouvées.
Au cours des guerres médiques, Ikaria était sous la domination perse. Elle est ensuite devenue une des premières alliées d'Athènes au cours de la Première Alliance Athénienne. Après la guerre du Péloponnèse, dans les années 405-394 , l'île est tombée sous le contrôle de Sparte. Au cours du , les cités de l'île formaient une confédération sous le nom d'Ikaria.
L'ancienne cité d'Œnoé a pu être localisée par les ruines découvertes près de Kambos. De nombreux fragments, des anciennes sculptures et des inscriptions sont encore visibles dans les murs des édifices. Sur la colline d'Agia Irini, les vestiges d'un mur de fortification ont été découverts. Dans la même région ainsi qu'à Raches, des cimetières du ont été découverts sur la côte. Les recherches sur les inscriptions ont confirmé que l'île avait adopté le culte d'Artemis Tauropolos, une déesse d'origine orientale, particulièrement à Nas. Près de Katafygio se trouve une importante acropole et non loin un cimetière du début de la période classique a été découvert archivé sur Archive.is..
Le village de Therma, au sud de l'île, est devenu florissant dès le par la présence de ses sources thérapeutiques.
Période hellénistique et romaine Durant la période hellénistique, à l'époque des luttes entre les successeurs d'Alexandre le Grand, Ikaria a été successivement conquise par Ptolémée , Démétrios Poliorcète, Antioche, le roi de Pergame pour, finalement, être incorporée dans l'Empire romain en 133 Certaines sources mentionnent qu'au , l'île était désolée et que les habitants de Samos l'utilisaient comme pâturage pour leur bétailStrabon X, 5, 12.
Période byzantine Au cours des et , Ikaria, comme d'autres îles de la mer Égée, est constamment attaquée par des pirates, notamment les Sarrasins. Afin de se protéger contre leurs incursions, les habitants construisent les fameuses maisons « anti-pirates », toutes en pierre, invisibles depuis la mer.
Celle-ci repasse ensuite dans les mains de Constantinople, puis à nouveau des Génois. Durant la période byzantine, Ikaria était placée sous l'autorité génoise de Chios. La résistance des Ikariens est décrite ainsi : « Les nantis ont quitté l'île et sont allés à Chios, en Crimée et en Afrique (Égypte), tandis que les pauvres ont pris les montagnes. »
C'est surtout pour fuir les pirates que les habitants quittent la côte et s'installent à l'intérieur du pays. Le est en effet marqué par les incursions des pirates, dont le célèbre Barberousse qui sème la terreur dans les îles de la mer Égée. Les habitants trouvent alors refuge dans les montagnes. Le village de Lagada date de cette époque. Il est situé dans une vallée abritée dans les montagnes, à l'extrémité ouest de l'îleBrochure de la Municipalité de Rahes, Ikaria, non daté..
Occupation ottomane L'île passa ensuite sous domination ottomane en 1524. Toutefois, durant des années, l'île était considérée comme inhabitée de sorte que ni les pirates, ni les Turcs n'occupent l'île durant le premier siècle de la domination ottomane.
Les Ikariens résistent également à l'occupation en jetant le premier agha turc d'un rocher avec son palanquin « et ses cloches qui tintaient » prenant l'entière responsabilité de leur acte : « Nous l'avons tous fait, Maître » ont-ils dit.
À partir du , de petites communautés s'installent sur les côtes et construisent des villages. Au , le commerce se développe avec les marchands venus de Smyrne et l'île produit du charbon de bois, des raisins et du vin. La plupart des constructions publiques, des églises, des écoles, ainsi que des routes et certains ponts de pierre datent de cette période. De 1835 à 1869, Ikaria, Leros, Kalymnos et Patmos constituèrent la province ottomane autonome de Tétranèse, dirigée par quatre Anciens.
L'État indépendant
Seconde Guerre mondiale L'île a connu de lourdes pertes matérielles et humaines durant la Seconde Guerre mondiale, sous l'occupation italienne ensuite allemande. Le nombre exact des victimes n'est pas connu, mais dans le seul village de Karavostamo, plus de cent personnes sont mortes de faim.
Au cours de la guerre civile, en 1945-1949, près de communistes ont été déportés à Ikaria par l'État grec mis en place par les Américano-Britanniques. Durant trois ans, le nombre des déportés dépasse largement celui des habitants. Ces derniers se sont comportés davantage en hôtes amicaux qu'en garde-chiourmes envers les déportés et des liens encore vivaces ont été tissés. C'est depuis cette époque que les habitants d'Ikaria sont favorables au communisme et que l'île est surnommée l'« île rouge »., (« Kokkino Nisi », ) ou le « rocher rouge » (« Kokkinos Vrahos », ).
Époque moderne Le niveau de vie s'est fortement amélioré après les années soixante, quand le gouvernement grec a commencé à investir dans les infrastructures de l'île afin d'encourager le tourisme.
Ikaria est aussi considérée comme une des cinq « zones bleues mondiales »., régions qui connaissent une longévité exceptionnelle de leur population. À Ikaria, une personne sur trois atteint les , sa population connait « un taux de cancer de 20 % plus bas et un taux de maladies cardiaques de 50 % plus bas et pratiquement aucune démence sénile. »..
Musée