La bataille de Konna se déroule du au lors de la guerre du Mali. Elle marque le début de l'intervention de l'armée française au Mali avec le lancement de l'Opération Serval. La bataille débute le par une offensive des djihadistes qui aboutit le 10 à la prise de la ville de Konna. Cependant la progression des forces d'Ansar Dine, du MUJAO et d'AQMI vers Mopti et Sévaré est contrée le par l'intervention des hélicoptères des forces spéciales françaises. Après plusieurs jours de bombardements, les forces franco-maliennes contre-attaquent le et reprennent le contrôle de Konna le .

Prélude Depuis 2012, des négociations entre le gouvernement malien et les groupes djihadistes ont lieu à Ouagadougou, avec la médiation du gouvernement du Burkina Faso. Mais le , les représentants d'Ansar Dine adressent deux demandes principales au gouvernement malien par l'intermédiaire du président burkinabè Blaise Compaoré. Ils demandent que et réclament l'autonomie de l'Azawad. Le gouvernement malien refuse.

Le , Iyad Ag Ghali dénonce dans un communiqué la du gouvernement malien lors des négociations et déclare suspendre son offre de cessation des hostilités. Le lendemain, Ansar Dine remet un document au médiateur et président burkinabè Blaise Compaoré dans lequel il réclame l'autonomie de l'Azawad et l'application de la charia au nord du Mali. Mais depuis le , venus des régions de Gao et de Tombouctou, les forces djihadistes d'Ansar Dine, du MUJAO, d'AQMI et de Boko Haram se rassemblent à Bambara Maoudé. Le , une cinquantaine de leurs véhicules dépasse Douentza et se positionne à Dangol-Boré, face à l'armée malienne. Pour plus de discrétion, les pick-ups djihadistes évitent de se former en colonne mais se déplacent dans des zones boisées par petits groupes et en formation dispersée afin de ne pas se signaler par des panaches de fumée. Les pick-ups sont camouflés en étant recouverts de boue et les combattants se dissimulent sous des toiles de tente pour échapper aux visions infrarouges..

Forces en présence Les forces maliennes s'attendent à combattre. Dans la région de Mopti, le commandement est assuré par le colonel-major Didier Dacko. Le commandant Abass Dembélé dirige les forces maliennes du Groupement des Commandos Volontaires (GCV) ; Kassim Goïta, le régiment de Gao ; Elisé Dao, la garde nationale ; et le capitaine Pascal Berthe, l'artillerie. Les forces maliennes sont constituées principalement des soldats du régiment d'infanterie motorisée, ainsi que des éléments du régiment blindé et du régiment d'artillerie. En , Jeune Afrique rapporte que selon une source militaire plus de soldats sont présents à Konna.

Le nombre des djihadistes n'est pas connu avec précision. Peu avant l'offensive, la DGSE estime que ces derniers ont concentré près de la ligne de démarcation, dont 300 d'AQMI et 500 à 600 issus du MUJAO ; 30 pick-ups forment l'avant-garde, soutenus par une réserve de 40 autres véhicules à Douentza tandis que 80 autres pick-ups vont être détachés pour prendre part à l'offensive sur Diabaly. Les services maliens estiment quant à eux les forces djihadistes à environ hommes.. D'après un rapport du Sénat français rendu le , à sont mobilisés pour les offensives au sud du Mali. Les forces des djihadistes sont initialement estimées à selon RFI et Al Jazeera. Dans la nuit du au , un enseignant, près de Dangol-Boré, affirme avoir compté plus de 300 véhicules jihadistes. Pour le reporter Jean-Paul Mari, les assaillants rassemblent initialement 70 véhicules autour de Bambara Maoudé puis en engagent 150, dont 70 pour Ansar Dine dans l'assaut sur Konna. Pour Laurent Touchard, les forces djihadistes rassemblées au nord de la ligne de démarcation sont de à avec 300 véhicules. Leurs forces sont constituées de combattants parmi les plus aguerris et les mieux équipés, les nouvelles recrues étant généralement laissées en arrière pour tenir les villes.

Peu avant l'attaque, différents chefs se réunissent brièvement à Léré, parmi eux figurent Iyad Ag Ghali, émir d'Ansar Dine, ainsi que Djamel Okacha et Abou Zeïd qui prendra le commandement du détachement qui attaquera la ville de Diabaly. Iyad Ag Ghali est le principal initiateur de l'offensive, les chefs d'AQMI et du MUJAO ont accepté de s'y joindre mais sans enthousiasme, ayant jugé préférable de consolider leurs positions dans le nord.. Cependant l'objectif des djihadistes n'est pas connu avec certitude et deux hypothèses sont émises par la DGSE : selon la première leur but est de s'emparer de Bamako et de prendre le contrôle du pays ; selon la deuxième, l'offensive ne vise que les villes de Mopti et Sévaré et l'aéroport international de Mopti Ambodédjo, le seul aéroport du centre du Mali, dont la prise handicaperait grandement le déploiement d'une éventuelle intervention internationale..

Déroulement Prise de Konna par les djihadistes Le , les djihadistes sont près de la ligne de démarcation dans la région de Mopti, les soldats maliens effectuent quelques tirs de sommation et des renforts sont envoyésFrédéric Couteau, A la Une : des accrochages entre Ansar Dine et l’armée malienne, RFI, 8 janvier 2013.. De leur côté, les combattants d'Ansar Dine effectuent quelques tirs d'artillerie et de roquettes dans la nuit du au .

Le , en fin d'après-midi, le lieutenant-colonel Mamadou Samaké effectue une mission de reconnaissance avec une dizaine de blindés BRDM-2. Les soldats maliens ne rencontrent initialement aucune opposition de la part des djihadistes, mais ils tombent dans une embuscade sur le chemin du retour. L'ensemble des forces islamistes franchit alors la ligne de démarcation et attaque la ville de Konna.

Les djihadistes atteignent Konna dans la nuit du au . Le , les affrontements commencent à et s'achèvent à . Les djihadistes attaquent sur trois points : un premier groupe attaque au nord, par la route de Korientzé, un village de la commune de Korombana ; un deuxième attaque à l'est, par la route de Douentza ; tandis qu'un troisième contourne Konna par le sud afin de couper la retraite de la garnison. À l'ouest, le fleuve Niger rend la zone infranchissable.

Selon le gouvernement malien, un bus rempli de djihadistes infiltrés parvient à entrer à l'intérieur de la ville. Selon Jean-Paul Mari, vers , deux bus pénètrent dans la ville après avoir été contrôlés par des soldats maliens, mais il s'avère que les 14 occupants de ces bus sont des combattants d'AQMI déguisés en civils. Arrivés à un check-point au milieu des militaires ils ouvrent le feu et fauchent une soixantaine de soldats avant d'être à leur tour exterminés par les Maliens. Cette version est également défendue par Jean-Christophe Notin., elle est en revanche contestée par Laurent Touchard, selon lequel

Des combats de rues s'engagent dans la ville, mais les soldats maliens sont débordés, désorganisés, leurs messages radios sont interceptés par les djihadistes et ils se retrouvent à court de munitions. Vers 11 heures, les Maliens commencent leur repli. Les combats durent jusqu'à et à les groupes djihadistes contrôlent la totalité de la ville. À l'extérieur de Konna, le lieutenant-colonel Samaké, presque à court de munitions, parvient également à battre en retraite avec ses blindés. Les troupes maliennes en déroute se replient sur Sévaré.

Offensive djihadiste sur Sévaré et Mopti Cependant, l'offensive des djihadistes au sud du Mali provoque l'entrée en guerre de la France avec le lancement, le , de l'Opération Serval. Dès les et , l'armée française dépose par avions des forces spéciales à SévaréNorbert Navarro, A la Une de la presse française: l’engagement militaire français au Mali, RFI, 12 janvier 2013...

Le matin du , Mopti et Sévaré se retrouvent directement menacées. Seuls 70 soldats français des forces spéciales tiennent alors l'aéroport international de Mopti Ambodédjo, tandis que l'armée malienne déploie de son côté deux chars T-55 et trois camions lance-roquettes multiple BM-21 en guise d'artillerie.. Si les djihadistes s'emparent de Mopti, plus aucune défense ne peut s'opposer à leur progression jusqu'à Bamako.

Les deux camps reçoivent également des renforts dans la journée du . Du côté des Maliens, 300 soldats « bérets rouges » du Régiment Commando-Parachutiste gagnent le front avec une vingtaine de blindés BRDM-2. Les combattants d'Ansar Dine sont quant à eux renforcés par 500 hommes du MUJAO et d'AQMI. Les effectifs du COS à Sévaré passent également à une centaine d'hommes. issus du de parachutistes d'infanterie de marine ( RPIMa), du de dragons parachutistes ( RDP), du Commando parachutiste de l'air n° 10 (CPA-10) et des commandos marin de l'ESNO.

Les djihadistes poursuivent ensuite leur progression et se portent en direction des villes de Mopti et Sévaré. Dans la matinée, deux hélicoptères maliens Mi-24, fraîchement réparés, décollent à Bamako et gagnent Sévaré. À la demande des Français, ils se portent ensuite à Konna afin d'attaquer un groupe d'une centaine d'hommes repérés par un Atlantic-2 en train de fêter leur victoire autour d'un méchoui. Vers , les hélicoptères sont à Konna et ouvrent le feu sur les combattants salafistes, ils leur infligent des pertes mais tuent également quelques civils. Leur mission effectuée, ils regagnent ensuite Sévaré..

Dans l'après-midi, les Français engagent à leur tour des hélicoptères Gazelle du d'hélicoptères des forces spéciales afin de contrer la progression des djihadistes entre Konna et Sévaré. Vers , deux appareils décollent à Djibo, au Burkina Faso. Vers 16 heures, ils s'attaquent à un groupe de pick-ups djihadistes. Cependant les Français volent bas, sans soutien au sol et les djihadistes disposent de batteries antiaériennes sur certains de leurs véhicules. Lors de l'échange de tirs qui suit, un pick-up est détruit et ses quatre occupants tués par un missile HOT, cependant les deux Gazelle sont également touchés. Le copilote du premier hélicoptère est grièvement blessé par une balle de AK-47, l'appareil parvient à rejoindre l'antenne médicale militaire française la plus proche, mais le militaire français blessé succombe ensuite à ses blessures. Le deuxième hélicoptère doit quant à lui se poser en catastrophe au nord de Sévaré, mais l'équipage s'en tire sauf et est récupéré par les forces spéciales au sol. Les Français se replient ensuite sur Sévaré après avoir détruit leur appareil.

Deux autres hélicoptères Gazelle sont engagés peu après et ouvrent le feu avec des missiles HOT et des canons de calibre , au total quatre véhicules djihadistes sont détruits. Les djihadistes abandonnent le combat et se replient sur Konna et Douentza..

Dans la soirée, les Mirage 2000D basés Ndjamena entrent à leur tour en action. Deux premiers appareils décollent vers , heure locale. Vers , ils larguent deux bombes sur un bâtiment de Konna qui sert de quartier-général à Ansar Dine. Le bâtiment est ravagé et plusieurs véhicules à l'entrée sont détruits. Les avions poursuivent leurs frappes et bombardent un dépôt logistique, puis vers minuit une deuxième vague de Mirage détruit encore quatre bâtiments. Le port de pêche, les bâtiments militaires et administratifs, la sous-préfecture et ses environs sont particulièrement visés. Selon des témoignages d'habitants, les frappes ont fait au moins une dizaine de morts. Plusieurs combattants islamistes prennent la fuite, paniqués. Une bonne partie des combattants d'Ansar Dine se débandent. Certains fuyards se seraient même noyés dans le fleuve..

Le , l'état-major de l'armée malienne revendique la prise de la ville de Konna. Toutefois, le , le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, dément l'information.