Les civilisations précolombiennes (ou préhispaniques, pour les pays hispano-américains) sont les civilisations qui se sont développées en Amérique avant l'arrivée de Christophe Colomb en 1492. L'histoire de ces civilisations couvre principalement les ères préclassique à postclassique de la Mésoamérique et de l'Amérique andine, jusqu’à leur destruction par la colonisation européenne des Amériques à l’époque moderne.
Le terme « précolombien » est utilisé dans l’étude des civilisations de Mésoamérique (Olmèques, Toltèques, Zapotèques, Mixtèques, Aztèques et Mayas) et d'Amérique andine (civilisation de Caral et civilisations andines : Incas, Moches, Chibchas et Cañaris). Il est également utilisé pour désigner la Civilisation du Mississippi, en Amérique du Nord, qui a occupé le site de Cahokia ; à son apogée en 1250 , ce fut la plus grande ville au nord du Mexique, un rang qui n'a pas été dépassé avant 1800.
Les civilisations d’Amérique, au moment de leur rencontre avec les Européens, avaient des technologies très différentes de celles de l'Ancien Monde. Elles n'avaient pas développé de moyens de transport utilisant la roue ; la métallurgie n'avait presque jamais d'autre usage que décoratif ou monétaire (notamment sous la forme de haches-monnaies). La plupart des autochtones n'utilisaient pas de système d'écriture, sauf en Mésoamérique, où on en a trouvé aussi bien sur des monuments que dans des codex, et chez les Incas, dont le système des quipus ne reposait pas sur le marquage d'un support comme la pierre ou le papier, mais sur des codes d'assemblages de cordes de différentes couleurs comportant différents nœuds.
Certaines civilisations américaines ont abouti à un degré élevé d'organisation sociale et développé de remarquables connaissances en astronomie et en mathématiques, ainsi que des techniques complexes d'agriculture et d’architecture ; c'est ainsi que, par exemple, la capitale aztèque, Mexico-Tenochtitlan, était, lorsque les Espagnols l'ont découverte, une des plus grandes villes du monde, avec une population estimée à environ .
Certaines de ces civilisations étaient éteintes depuis longtemps au moment des premières installations européennes permanentes (fin du ), et ne sont connues que grâce à des fouilles archéologiques. Les américanistes recoupent les informations archéologiques avec les récits historiques de l'époque coloniale, les traditions des descendants de ces civilisations, et les écrits préhispaniques qui ont pu être préservés.
Chronologie générale
Chronologie fondée sur les données des articles de chacune des cultures (avril 2018)
La partie supérieure (nuances de gris) correspond à l'aire nord-américaine. La partie du milieu (couleurs chaudes) correspond à l'aire mésoaméricaine. La partie inférieure (couleurs froides) correspond à l'aire sud-américaine.
Peuplement vignette|right|Carte simplifiée des modes de subsistance dans les Amériques vers l'an -1000 thumb|Principales aires culturelles de l’Amérique précolombienne
Des groupes nomades venus d’Asie du Nord-Est sont arrivés en Amérique il y a environ durant la dernière période glaciaire, en traversant par voie terrestre la Béringie, qui forme maintenant le détroit de Béring, avant de se répandre sur l'ensemble du continent américain au cours des millénaires qui ont suivi. Le pont terrestre de la Béringie a ensuite été inondé et s'est donc refermé il y a environ ..
Les habitants des Amériques ont d’abord été des chasseurs-cueilleurs. Même après l'émergence de civilisations, des chasseurs-cueilleurs ont habité une grande partie du continent jusqu'au .
Les Paléoindiens se sont bientôt subdivisés en plusieurs centaines de nations et tribus de langues et de cultures différentesJacobs (2002).. Ils ont constitué de petits groupes mobiles composés d'environ 20 à 50 membres. Ces groupes se déplaçaient d'un endroit à l’autre lorsque les ressources habituelles étaient épuisées ou lorsqu’ils recherchaient de nouvelles sources d'approvisionnement. Les groupes de paléoindiens étaient des chasseurs efficaces et utilisaient une grande variété d'outils. Il s'agit notamment d’instruments plus ou moins spécialisés très performants pour la découpe des viandes et le traitement des peaux. Pendant une grande partie de la période paléoindienne, on considère que ces groupes ont subsisté principalement de la chasse d’une mégafaune aujourd'hui disparue comme les mastodontes et les bisons.
Le climat de la planète s’est réchauffé brutalement vers , les conditions climatiques devenant alors très similaires à celles d’aujourd'huiJ. Imbrie et K.P.Imbrie, (Short Hills NJ: Enslow Publishers) 1979.. Cela a conduit à une augmentation de la population. Puis les peuples autochtones d'Amérique ont domestiqué et cultivé un large éventail d'espèces végétales, dont les principales sont le maïs et la pomme de terre. Ces espèces constituent aujourd'hui une grande part de l'agriculture mondiale"Native Americans: The First Farmers." AgExporter, 1 octobre 1999. L'immensité et la variété des climats, de l’écologie, de la végétation, de la faune, et les séparations par le relief ont accru progressivement les divisions culturelles et linguistiques. L'identité d'un peuple est en partie définie par la langue parce que le langage influe sur les modes de vie sociale et les pratiques spirituellesFagan, Brian M. People of the Earth: An Introduction to World Prehistory. University of California: Harper Collins, 1992.. Selon les traditions orales de la plupart des peuples autochtones des Amériques, ils ont vécu là depuis la genèse, décrite par un large éventail de récits traditionnels de la création.
Les Inuits et Aléoutes sont arrivés pour leur part à une date beaucoup plus tardive, en se déplaçant le long de la côte arctique depuis l'Asie du Nord-Est jusqu'au Groenland.
Amérique du Nord thumb|Zones d’occupation des cultures précolombiennes en Amérique du Nord
CulturePériodeLocalisationHopewellsdu au Est des États-UnisMogollondu au Sud-Ouest des États-Unis et Nord du MexiqueHohokamdu au État d'Arizona (Sud-Ouest des États-Unis)Culture Fremontdu au État de l'Utah, Sud-ouest des États-UnisAnasazidu au Sud-Ouest des États-Unis (région des Four Corners)
À l'arrivée des Européens, de nombreux Amérindiens formaient des tribus de chasseurs-cueilleurs semi-nomades, d'autres avaient constitué des sociétés sédentaires et agricoles. Beaucoup ont ensuite formé de nouvelles tribus ou des confédérations en réponse à la colonisation européenne. Les groupes les plus connus étaient notamment les Hurons, les Haïdas, les Apaches, les Cherokees, les Sioux, les Delawares, les Algonquins, les Choctaws, les Mohegans, les Iroquois (parmi lesquels on compte différentes tribus, les Mohawks, les Onneiouts, les Tsonnontouans, les Cayugas, les Onondagas et enfin, les Tuscaroras et les Inuits). Bien que n'étant pas aussi avancées technologiquement que les civilisations méso-américaines situées plus au sud, il existait de grandes civilisations sédentaires précolombiennes dans les territoires qui constituent aujourd'hui les États-Unis. Les nations iroquoises ou « peuples de la longue maison » forment une structure politique et sociale unique et évoluée qui a été source d'inspiration importante, même si elle n'a pas directement influencé le développement ultérieur du gouvernement démocratique des États-Unis qui a constitué une rupture avec les monarchies fortes que les Européens avaient connues.
Période sylvicole
thumb|left| Tertres Hopewell du parc national historique de la culture Hopewell en Ohio
La période sylvicole des cultures précolombiennes d’Amérique du Nord se réfère à une époque, s’étendant d'environ 1000 à 1000 dans la partie orientale de l’Amérique du Nord. Le terme wood a été inventé dans les années 1930 et se réfère à des sites préhistoriques datés entre l’époque de la période archaïque et celle de la civilisation du Mississippi. La culture Adena et la période suivante la culture Hopewell ont été des périodes de construction d’'architecture monumentale et de constitution de réseaux d'échange et de commerce à travers le continent.
Cette période est considérée comme un stade de développement sans changements massifs au cours d’une courte période, mais avec un développement continu dans la conception des outils en pierre et en os, le travail du cuir, le développement du textile des techniques de culture et de la construction d'abris. Certains peuples forestiers ont continué à utiliser les lances et les propulseurs jusqu'à la fin de la période où ils ont été remplacés par les arcs et les flèches.
Civilisation du Mississippi
thumb|left| Site mississippien en Arkansas, site du parc archéologique, vers 1539. Illustration d’Herb Roe.
La culture du Mississippi s’est répandue dans le Sud-Est et l’Ouest d’une région proche de la côte atlantique à la lisière de la plaine, depuis le golfe du Mexique jusqu’à l’Ouest éloigné, bien qu’elle se soit surtout développée dans la zone située le long du Mississippi. L'un des traits distinctifs de cette culture a été la construction d’importants monticules de terre (mounds en anglais), poursuivant ainsi la tradition des cultures précédentes des Mound Builders. Ils ont développé le maïs et d'autres cultures intensives, ont participé à un vaste réseau de commerce et ont constitué une société complexe stratifiée. La culture du Mississippi est apparue vers l’an 1000 de notre ère, à la suite des cultures possédant une agriculture moins intensive et une organisation moins centralisée, celles de la période de Woodland. Le plus grand site de ce peuple, Cahokia – situé près de l'actuelle East Saint Louis – a peut-être atteint une population de plus de . À son apogée, entre les , Cahokia était la ville la plus peuplée d'Amérique du Nord, bien que des villes beaucoup plus importantes aient été construites en Mésoamérique et en Amérique du Sud. Le tumulus des Moines, le grand centre cérémoniel de Cahokia, reste la plus importante construction en terre pendant toute la Préhistoire du Nouveau Monde : haut de , il occupe une superficie de . Cette culture a atteint son apogée vers 1200-1400, et dans la plupart des sites, elle semble être entrée en déclin avant l'arrivée des Européens. Beaucoup de sites mississippiens ont été visités par l’expédition d’Hernando de Soto dans les années 1540, avec des conséquences plutôt désastreuses pour les deux parties. Contrairement aux expéditions espagnoles en Amérique centrale qui ont conquis de vastes empires avec relativement peu d'hommes, les membres de l'expédition de Soto ont erré dans le Sud-Est américain pendant quatre ans, de plus en plus dépenaillés, perdant toujours plus d'hommes et de matériel, pour finalement arriver au Mexique avec seulement une petite partie de son effectif d'origine. La population locale s'en est trouvée beaucoup plus mal, en raison de la désorganisation sociale et des maladies introduites par l'expédition qui ont décimé les populations. Au moment où les Européens sont retournés dans la région une centaine d'années plus tard, la quasi-totalité des groupes mississippiens avaient disparu et de vastes étendues de leur territoire étaient pratiquement inhabitées.
Frise chronologique Amérique du Nord
Mésoamérique
thumb|L'une des pyramides du niveau supérieur de Yaxchilan thumb|Atlantes de Tula, Hidalgo
La Mésoamérique est la région qui s'étend du centre du Mexique vers le sud jusqu’à la frontière nord-ouest du Costa Rica et qui a donné naissance à un groupe de civilisations agraires stratifiées, culturellement liées et couvrant une période s’étendant sur environ avant la découverte européenne du Nouveau Monde par Christophe Colomb. Méso-américaines est l'adjectif généralement utilisé pour désigner ce groupe de cultures précolombiennes. Il s'agit d'une région occupée par un ensemble de cultures anciennes qui mirent en commun leurs croyances religieuses, leur art, ainsi que leur architecture et leur technologie en Amérique pendant plus de trois mille ans.