vignette|Étiquette de jarre en ivoire représentant le pharaon Den abattant un ennemi de l'Égypte. Devant lui figure un grand pavois d'Oupouaout.
Oup(y)-ouaout ou OupouaoutAutres transcriptions : Oup-aout, Oup-ouat, , , ., dont le nom signifie « Celui qui ouvre les chemins », est, dans la mythologie égyptienne, le dieu tutélaire de la ville d'Assiout (Saout), capitale du de Haute-Égypte. On le représente le plus souvent en tête des cortèges d'enseignes car en tant que dieu « éclaireur » il a pour fonction principale d'écarter symboliquement toute force hostile sur le chemin des processions royales ou divines.
Il est associé à la protection de la personne royale puis à celle de la « Terre Sacrée » de la ville sainte d'Abydos et donc aux dieux canidés gardiens des lieux Khenty-Imentiou et Anubis.
Son nom d'origine est vraisemblablement Sed(y) signifiant « Celui à la queue », caractéristique physique la plus remarquable de l'animal lui conférant sa silhouette particulière et aussi allusion à l'utilisation de la queue du canidé dans le costume de chasse aux époques préhistorique et prédynastique.
Oupouaout devient parfois Oupouaout-Rê, lorsqu'il remplit le rôle de Rê dans un lieu ou d'une manière particulière. Il est parfois aussi représenté dans la barque solaire, ayant les fonctions de Rê. Oupouaout-Rê s'écrit, en hiéroglyphe, de la même manière qu'Oupouaout mais en rajoutant le disque solaire, symbole du dieu soleil..
Plus de six-cents stèles votives lui sont dédiées. Elles ont été découvertes dans la tombe de Salakhana à Lycopolis et elles dateraient du Nouvel Empire.
Oupouaout aurait comme père Anubis, et plus tard Osiris et Isis comme parent..
Iconographie Oupouaout est figuré sous l'aspect d'un canidé dont les dernières études génétiques tendent à prouver qu'il s'agit d'un loup grisLe Canis lupus lupaster a été génétiquement reconnu comme appartenant à la famille des loups en 2011. Sources : « Découverte scientifique le chacal égyptien est en fait un loup gris » ; « Anubis n'est pas un chacal mais un loup »... Les anciens grecs hellénisèrent ainsi le nom d'Assiout en Lycopolis, « La ville du Loup ».
Le dieu présente les mêmes caractéristiques extérieures qu'Anubis mais est représenté debout sur ses pattes, alors qu'Anubis est plutôt figuré couché.
L'animal est donc dressé, les pattes jointes, sur son pavois constitué lui-même d'une planchette étayée par une traverse oblique reliée à un mât porté à bout de bras. Ce pavois est orné à l'avant d'un renflement épais (le shedshed) et/ou d'un uræus.
Sur certaines représentations ornant le cintre des stèles votives d'Abydos au Moyen Empire, Oupouaout est figuré couché sur son pavois, à l'instar d'Anubis.
Quant aux représentations anthropomorphes, elles sont beaucoup plus rares et postérieures aux premières dynasties. Le dieu y conserve presque toujours sa tête de canidé.
La personnalité d'Oupouaout est scindée en deux : un Oupouaout de la Haute-Égypte, un autre de la Basse-Égypte ; il est aussi de ce fait appelé « Ouvreur du Double pays » et représente l'unification de la Haute et Basse-Égypte.
Une parèdre lui est parfois adjointe, simple féminisation de son nom Oupet-ouaout : « Celle qui ouvre les chemins ». Elle ne joue aucun rôle significatif en dehors de celui, nécessaire, du complément féminin du dieu.
Premier symbole des ancêtres royaux vignette|Le dieu Oupouaout figuré sous sa forme anthropomorphe accompagnant avec le dieu Horus - Abydos.
Il figure parmi les plus anciennes divinités étendards représentées sur les objets cultuels prédynastiques (palettes, plaquettes et sceaux).
Son enseigne, souvent dédoublée en celle de l'Oupouaout de Haute-Égypte et celle de l'Oupouaout de Basse-Égypte, selon la dichotomie habituelle chez les anciens Égyptiens pour décrire leur pays, se trouve en tête du cortège d'enseignes divines nommées Suivants d'Horus (Shemsou-Hor) et désignant les antiques successeurs d'un prestigieux roi Horus () dont le nom servit à fonder la titulature des pharaons (premier nom de la titulature qui en comprendra cinq).
Oupouaout fut ainsi associé à la notion d'ancestralité royale. On le voit fréquemment présider le double cortège des Âmes de Nekhen, divinités anthropomorphes à tête de pseudo chacal symbolisant les antiques rois du royaume préhistorique de Haute-Égypte, et des Âmes de Bouto, divinités symétriques aux premières, à tête de faucon et incarnant les ancêtres royaux de la Basse-Égypte. Ce double cortège divin est figuré en train d'encadrer et d'acclamer le pharaon intronisé sur le double kiosque de la fête-Sed dans une sorte de rite de consécration monarchique.
Fêtes en l'honneur d'Oupouaout Une « Sortie d'Oupouaout » (ou « Première Sortie ») est attestée à Abydos probablement le jour du mois de Thout ou de Khoiak lors de la saison Akhet. Oupouaout serait alors dressé sur son pavois devant la barque nechmet de son père Osiris et repousserait les attaques du dieu Seth.. Et pendant le , il se passerait une procession où Oupouaout partait de Lycopolis et allait jusqu'à Anubis de Ro-Qereret (la nécropole de cette même ville)..
Oupouaout, premier dieu tutélaire de la royauté ?
De récentes découvertes dans des sites préhistoriques égyptiens semblent confirmer la prépondérance du modèle d'organisation des lycaons pour les sociétés tribales de la période néolithiqueBéatrice Midant-Reynes, Aux origines de l'Égypte. Du Néolithique à l'émergence de l'État, éd. Fayard, 2003..
Les premiers habitants de la vallée du Nil furent sans doute frappés par les mœurs grégaires de ces canidés sauvages organisés en bandes fortement structurées et par leur tempérament commensal de l'homme, à une époque où les groupes humains s'organisaient et se hiérarchisaient, faisant émerger la notion de chefferie.
À l'état sauvage, ces canidés, assimilables aux chacals, pratiquent dans la savane une technique de chasse conjuguée collective, rabattant le gibier vers les lionnes afin de se partager les restes du festin laissé par ces dernières. Cette particularité suscita probablement l'intérêt croissant des groupes de chasseurs avec lesquels ils partageaient le même territoire de chasse. On peut imaginer qu'ils suivirent les chasseurs nomades dans leurs pérégrinations, rabattant pour eux le gibier tant convoité et se contentant des carcasses laissées près des foyers.
Petit à petit la collaboration distante fit place à un rapprochement de plus en plus étroit et sans doute consenti, amorçant un processus de domestication non prédatrice (la consommation de la viande de canidé se limitant, pour l'Ancien Empire à celle des hyènes).
C'est sans doute cette spécificité qui fit de ce pseudo chacal le premier auxiliaire cynégétique de l'homme et l'emblème archaïque de la chefferie puis du pouvoir royal lui-même. À la période préhistorique où la survie des clans dépendait étroitement du produit de la chasse, cet auxiliaire canin fut progressivement associé à la personne et à la fonction du chef, chasseur émérite par nature. L'enseigne d'Oupouaout et ses attributs cynégétiques en sont peut-être la codification matérielle protohistorique puis historique.
Sur un bas-relief fragmentaire provenant du complexe funéraire du pharaon Niouserrê à Abou Ghorab (Ancien Empire, ), certains ritualistes sont coiffés de dépouilles de canidés. Ce costume tout à fait inhabituel, constituant un exemple unique dans tout le fond iconographique de la Fête-Sed, est sans doute la survivance matérielle d'un antique rituel préhistorique associant la force potentielle du canidé avec la personne physique du chef de chasse, futur pharaon.
Cet élément confirme l'archaïsme du rituel jubilaire. En effet, à la période historique, le canidé ne figure jamais comme victime sacrificielle, en Égypte mais aussi sur tout le continent africain où le sacrifice d'un chien est tabou sinon exceptionnellement motivé et jamais à des fins alimentaires.
De nombreux indices renforcent l'hypothèse selon laquelle un très ancien chien de chasse divinisé, peut-être nommé Sed, fut à l'origine de la future Fête-Sed des temps protohistoriques et historiques, à une époque reculée où celle-ci s'apparentait à une chasse de qualification destinée à désigner le nouveau et jeune chef de la tribu. Après avoir sacrifié et inhumé l'ancien chef, devenu trop âgé et dont le vieillissement compromettait symboliquement la pérennité du clan -le corps du chef, puis du pharaon, étant symboliquement identifié à l'ensemble du territoire- on désignait ainsi son jeune remplaçant.
L'enseigne du dieu est très fréquemment associée à une autre qu'elle surmonte, plus petite et plus mystérieuse, que l'on attribue généralement au dieu de la lune, Khonsou, par analogie au nom donné à cette enseigne, « Khenes » avec le nom « Khonsou ». Elle représente une sorte de sac (?) ou d'outre (?) à double renflement ou, plus vraisemblablement un placenta humain très stylisé, si l'on se réfère à l'étymologie supposée du nom de Khonsou. Les égyptiens considéraient le placenta comme le jumeau mort-né de chaque humain.
Il était l'objet d'un culte funéraire royal dès l'époque des pyramides (voir le rôle supposé des pyramides satellites). L'astre lunaire étant lui-même le double nocturne mort-né du Soleil, l'enseigne en question (pseudo placenta/emblème de Khonsou) devrait être interprétée comme un symbole de régénération gestative ou latente, fort utile pour la Fête-Sed destinée au renouvellement du corps royal à laquelle préside notre dieu étendard Sed-Oupouaout.
Anubis, l'autre grand dieu « chacal » est lui aussi associé à un très archaïque fétiche gestatif, l'Imy-ut, sorte de peau (de canidé ?) acéphale cousue contre une hampe et ornée.
Le glissement sémantique de l'enseigne d'Oupouaout vers une signification funéraire/régénérative procède vraisemblablement de cette proximité avec l'enseigne du pseudo placenta, au point que celle-ci devient un attribut du dieu, au même titre que les antiques armes de chasse évoquées ci-dessus.
vignette|Le dignitaire Minnakht faisant une prière à Oupouaout figuré sous la forme d'Anubis.
C'est ainsi qu'Oupouaout put prendre place parmi les dieux d'Abydos, ville sainte du dieu Osiris. Oupouaout y est très fréquemment représenté sur les cintres des stèles ornant les chapelles votives du Moyen Empire et cité dans l'énumération des divinités invoquées par les prières qui y sont inscrites.
Son rôle recouvre là encore une symbolique territoriale, Oupouaout étant chargé de protéger « La Terre Sacrée » (ta-djéser), en compagnie de son comparse Anubis, avec lequel il partage l'apparence de pseudo-chacal et auquel il s'assimile au cours des âges. Cette assimilation fut facilitée par le fait que le dieu tutélaire primitif d'Abydos était lui-même un pseudo chacal Khenty-imentiou « Celui qui est à la tête des Occidentaux (= des défunts) ».
À l'aube de la période historique (-3200), le nom de Sed fut remplacé par l'épithète principale du dieu étendard en tête des processions d'enseignes divines : Oup(y)-ouaout « Celui qui ouvre les chemins ». Le nom de Sed subsista uniquement pour désigner le rituel jubilaire tout entier.
Dès lors, on comprend mieux pourquoi Oupouaout demeura pendant toute l'histoire de l'Égypte pharaonique le principal ordonnateur divin de la Fête-Sed, elle-même originellement chasse de qualification symbolique ritualisée et enrichie d'apports théologiques complexes au fil des siècles, au fur et à mesure que la fonction royale se complexifiait, rendant de plus en plus opaque l'origine préhistorique du rituel et rigidifiant le rôle d'Oupouaout au point de le reléguer au rang de simple étendard exhibé en tête des processions y compris en dehors de la Fête-Sed.
Oupouaout, gardien de la personne royale par la prime fonction cynégétique -donc terrienne- du chef de clan, fut détrôné, à partir de la période thinite par des divinités plus sophistiquées, tel Horus, plus en harmonie avec une conception désormais céleste et universelle de la souveraineté.