La République romaine (en latin : Res publica Romana) est le nom donné à la fois au régime de gouvernement et à la période de l'histoire de la Rome antique qui succède à la période royale et qui précède l'époque impériale. Cette période commence traditionnellement en , à la chute de la royauté. Le dernier détenteur du titre royal, Tarquin le Superbe, un Étrusque, est alors chassé du pouvoir par une révolte menée par l'aristocratie patricienne. Même si cette date revêt un aspect quasi-légendaire pour les historiens contemporains, elle est toujours communément admise comme point de départ d'une organisation politique fondée sur la domination collective de l'aristocratie romaine sur le peuple romain, l'exercice du pouvoir par des magistrats, ainsi que la collégialité, l'annalité (ce qui est annuel), et l'électivité des magistratures. La République romaine prend fin, après presque un siècle de guerres civiles, en , date à laquelle Caius Octavius Thurinus, fils adoptif de Jules César, reçoit le titre d'Auguste. Cette accession au pouvoir lui est permise par sa victoire militaire à la bataille d'Actium (le 2 septembre ) lors de la dernière guerre civile de la République romaine, consacrant la fin de la carrière politique de Marc Antoine, et la déchéance de . La victoire d'Octave, alors revêtu de nombreux pouvoirs constitutionnels et militaires du fait de sa position de triumvir, lui permet de briser les dernières résistances au sein du parti conservateur romain et d'instaurer un nouveau régime politique, le principat, ou Empire, dans lequel l'essentiel de la vie politique romaine, l'armée, les orientations monétaires et religieuses, sont contrôlées par un seul homme, désigné par le titre d'Auguste : l'empereur romain.
En français moderne, le mot de « république » dérive directement du concept latin de , signifiant « chose publique », par opposition à , « chose privée ». En effet, à l'époque républicaine, la gestion de la cité romaine est d'abord marquée par la consécration du principe de publicité des réunions politiques (dans le cadre du Sénat mais aussi dans le cadre des réunions comitiales), de collégialité des pouvoirs (les magistrats sont toujours plusieurs à détenir une même charge, à l'instar des deux consuls), de spécialisation des magistratures (chacune d'elles dispose d'un pouvoir spécifique et d'un champ d'application bien défini) et d'électivité des charges (les magistrats sont pour l'immense majorité élus par le peuple romain réuni en assemblées). La devise traditionnelle de la république est (SPQR), « le Sénat et le peuple romain ». Elle symbolise l'union consensuelle du Sénat, où siègent à l'origine les familles de l'élite économique et politique de la cité, et de l'ensemble des citoyens romains, qui par son vote adopte les lois, confère leurs pouvoirs aux magistrats, et consent au versement des impôts et à la levée des armées.
À l'origine, la République romaine est largement dominée par l'aristocratie patricienne, héritière de la fondation de Rome, lorsque celle-ci a constitué le Sénat primitif autour des rois légendaires. Cette division entre patriciens et plébéiens s'estompe cependant au cours des siècles, au gré des différentes sécessions plébéiennes permettant à l'élite économique de la plèbe de se faire une place en politique — en obtenant notamment, à partir de , le droit d'élire un consul chaque année. L'essentiel des citoyens romains reste composé d'une importante masse d'artisans et de petits paysans propriétaires dans les zones fertiles de l'Italie centrale, tandis que les patriciens sont souvent propriétaires de vastes domaines cultivés qui leur permettent de dégager d'importants revenus pour subventionner leur carrière politique. L'élite de la société romaine qui contrôle les rouages de la République se caractérise notamment par une célébration des origines familiales et des ancêtres prestigieux, dans le cadre de la . Chaque a ainsi ses propres cultes, dont celui des ancêtres vénérés dans la maison par le biais de portraits. Chaque grande famille de Rome exerce alors un pouvoir informel dans la cité, grâce au système clientélaire : chaque chef de famille accorde sa protection à un nombre plus ou moins grand de clients qui doivent obéissance à ce « patron » et reçoivent en échange aide et assistance en cas de besoin. La République romaine est loin d'être une démocratie : il s'agit avant tout d'un régime oligarchique dans lequel les citoyens jouissent certes des mêmes droits civils, mais ne jouissent pas des mêmes privilèges politiques et religieux, l'essentiel des droits du citoyen romain dépendant, de fait, de sa position au sein des classes censitaires romaines, établies en fonction du patrimoine foncier des familles recensées. La République romaine est donc avant tout un système de compétition, de course aux honneurs, entre les mains d'un nombre restreint de grandes familles patricio-plébéiennes formant la , la noblesse.
Avènement de la République () Fin des rois étrusques et instauration de la République Tradition et vérité historique
L'histoire des débuts de la République est très obscure : en dehors des découvertes archéologiques, qui ne permettent qu'exceptionnellement une narration des événements, on ne possède pas de sources contemporaines de cette période. On ne peut donc en écrire l'histoire qu'à partir des récits historiques qu'en donnent les Romains eux-mêmes, récits souvent imprécis, parfois contradictoires, où la légende et la réécriture à des fins politiques se mêlent au souvenir des événements les plus anciens.
La tradition des débuts de la République est notamment narrée par Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, historiographes respectivement latin de l’Histoire romaine et grec des Antiquités romaines, tous deux vivant à la fin du Ce sont les principales sources sur les premières décennies de la République sur lesquelles se sont fondés la plupart des auteurs romains des siècles suivants, et par lesquelles les évènements semi-légendaires de la Royauté et de la République primitive sont parvenus jusqu'à nous. Les deux auteurs romains se sont fondés sur des écrits d'annalistes et d'historiens antérieurs tels que Fabius Pictor.., mais aussi sur des archives religieuses et des écrits aujourd'hui perdus.
Les historiens s’accordent généralement à considérer les péripéties des débuts de la République comme aussi légendaires que les détails de la fondation de Rome. Néanmoins, bien qu'il soit évident que la tradition enjolive les faits pour ne pas donner à Rome le mauvais rôle, il est admis que la tradition romaine se base sur des faits historiques, même s'il est très difficile, et souvent impossible, de démêler le vrai du faux.
Date de l'expulsion des Tarquins Traditionnellement datée de grâce aux fastes consulaires et aux récits des historiens, l'expulsion des Tarquins est actuellement située entre et , à l'appui de l'archéologie et des récits grecs indépendants, dont la chronologie des évènements s'accorde avec les grandes lignes des récits romains. Par exemple, l'existence attestée par l'archéologie et la paléographie de Valerius Publicola, à la fin du Mauro Cristofani, La Grande Roma dei Tarquini , Rome, 1990, ., ou encore la bataille d'Aricie, datée de la même époque par Hypérochos de Cumes, le biographe d'Aristodème.
Début de la République
D'après la tradition, Junius Brutus, le neveu du dernier roi, Tarquin le Superbe, aurait été le fondateur de la République romaine, en , aux côtés de Tarquin Collatin, membre de la famille des Tarquins et mari de Lucrèce, dont le viol par Sextus Tarquin, fils du roi, est l'élément déclencheur de la révolution. La tradition mentionne deux noms supplémentaires : Lucretius Tricipitinus, père de la victime, et Valerius Publicola.., dont l'existence est attestée par la découverte d'une inscription sur un bloc de tuf (le lapis Satricanus).
Selon les annalistes, Tarquin le Superbe est renversé parce qu'il use de ses pouvoirs pour instituer une tyrannie (il multiplie les exécutions arbitraires) et qu'il gouverne seul sans tenir compte du Sénat. C’est cette atteinte à la souveraineté du Sénat, plutôt qu’une tyrannie intolérable, qui pousse les patriciens — davantage que le peuple entier — à chasser le dernier roi.
Comme le suggère la légende, cette monarchie historique est probablement très vite remplacée et les changements les plus importants qui ont lieu immédiatement après concernent le responsable de l’exécutif. Le Sénat décide d'élire deux chefs, appelés « préteurs » (les magistrats romains qui deviennent le consulat républicain). Les consuls possèdent les mêmes pouvoirs que le roi, avec deux limitations : chacun a un droit de veto sur les actes de son collègue et le mandat de leur magistrature est limité à une seule année. Ces deux restrictions limitent leur pouvoir et réduisent les risques d'établissement d'une autre tyrannie.
La tradition rapporte qu'ensuite, les Tarquins poussent les villes étrusques de Véies et Tarquinii à se soulever contre la république naissante qui les vainc. Junius Brutus et Arruns Tarquin s'entretuent par ailleurs durant cette bataille, où les Romains, menés par Valerius, perdent un homme de moins que leurs adversaires, ce qui leur vaut la victoire. Selon les diverses traditions, Tarquin aurait aussi bénéficié d'appuis importants au sein même de Rome, puisque Brutus fait exécuter ses propres fils lors de la répression consécutive à un complot, ce qui constitue une des grandes fiertés romaines...
Pour rétablir Tarquin le Superbe, Porsenna, roi étrusque de Clusium, assiège Rome, mais finit par renoncer devant l’obstination des Romains... Les historiens modernes proposent d'autres successions d'évènements. Pour Tim Cornell, Tarquin le Superbe a bien été renversé par une révolution de palais menée par l'aristocratie sénatoriale, ce qui eut pour effet d'installer une certaine instabilité politique à Rome. La transition entre monarchie et république ne s'est donc pas faite du jour au lendemain. Porsenna en aurait profité pour prendre Rome et peut-être en devenir brièvement le roi, avant d'être contraint d'abandonner la ville à la suite de sa défaite contre les Latins à Aricie. Pour Jacques Heurgon, Porsenna organise une invasion du Latium comme l’ont précédemment fait Tarquinia et Vulci, chasse les Tarquins et occupe Rome, d’où il attaque ensuite Aricie, s’opposant à une coalition des Latins et des habitants de Cumes, qui le met en échecJacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu’aux guerres puniques, Paris, 1993, p. 263.. D'autres auteurs modernes remettent en cause tous les évènements obscurs narrés par les historiographes romains, notamment l'épisode de Porsenna. Cependant, nombre de villes latines se défont du joug étrusque à la fin du , notamment grâce à l'aide de Aristodème de Cumes, qui, une première fois, bat une offensive étrusque en , et selon Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, renouvelle la victoire contre une armée commandée par Arruns, fils de Porsenna, en assiégeant Aricie.. et en coupant définitivement la route de la Campanie à l'Étrurie. D'autres historiens avancent le fait que Porsenna aurait été en guerre contre la Rome de Tarquin, aurait vaincu ce dernier, l'aurait forcé à l'exil, et se serait emparé de la ville. Or, peu de temps après, Porsenna est à son tour vaincu par une coalition latine et se retire sur ses terres, laissant Rome libre. C'est alors que, plutôt que de rétablir Tarquin au pouvoir, les Romains remplacent la royauté par deux magistrats élusEncyclopædia Britannica 2008, Ancient Rome..
Selon la tradition, le tyran se réfugie ensuite à Tusculum où il pousse son gendre Octavius Mamilius à la guerre. Allié des Latins, Tarquin mène l'ultime combat contre Rome au lac Régille où il est vaincu et perd son dernier fils. Il meurt quelques années plus tard à Cumes où il fait de son hôte, le tyran Aristodème, son héritier...