La guerre sertorienne est un épisode des guerres civiles romaines opposant une coalition d'Ibères, de Vascons et de Romains aux représentants du régime établi par Sylla. Le nom du conflit provient du nom de Quintus Sertorius, le dernier opposant à Sylla. Cette guerre longue de huit ans ( à ) Dupuy et Dupuy, The Encyclopaedia of Military History, p. 93. est marquée par l'utilisation réussie par Sertorius de la tactique de guérilla. Après l'assassinat de Sertorius par son lieutenant Marcus Perperna Veiento, le conflit se termina par la victoire des armées de la République romaine dirigées par les proconsuls Quintus Caecilius Metellus Pius et Pompée.

L'objectif principal de Sertorius est d'éliminer les optimates, qui avaient commencé des proscriptions à l'intérieur de la République romaine. Ceci provoqua une longue période de lutte en Hispanie entre les partisans de Sylla et de Sertorius, et une forte augmentation des troupes romaines dans la péninsule Ibérique.

Sources Appien d'Alexandrie constitue notre principale source sur cette guerre. Cet historien de valeur a écrit une œuvre intitulée Histoire de Rome, qui traite notamment des guerres civiles romaines. Dans son œuvre, Appien est une importante source de renseignements sur la guerre sertorienne et sur les campagnes militaires de cette guerre. Une autre source importante est Plutarque, qui raconte la guerre dans deux ouvrages Vie de Sertorius et Vie de Pompée, qui font partie de son œuvre les Vies parallèles des hommes illustres. Les deux sources ne se contredisent pas, même si Appien semble un peu mieux informé que Plutarque.

Origine de la guerre En , Sertorius, membre des populares et ancien collègue de Caius Marius, avait été nommé propréteur de la province d'Hispanie citérieure. Sertorius devient rapidement très populaire à la suite de certaines réformes sociales qu'il avait promulguées pour obtenir l'amélioration de la vie des Hispaniques Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 54. et quand apparait à Rome Sylla et sa dictature cruelle, il est proclamé comme le représentant principal du parti populares. L'Hispanie est alors utilisée comme base principale pour combattre les optimates.

Les Lusitaniens mécontents de leur sort décident d'envoyer des représentants à Quintus Sertorius qui était à l'époque en Afrique du Nord. Les Lusitaniens avaient également une longue histoire de résistance face à Rome Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 58-59.. Quelques historiens arrivent à la conclusion que les Lusitaniens cherchaient à obtenir l'indépendance et suivaient en quelque sorte la direction du mouvement de Sertorius qui lui-même s'opposait à Rome H. Berve, « Sertorius », dans Hermes, numéro 64, 1929, p. 221.. Philip Spann, quant à lui, considère cette version comme improbable, car pour Sertorius accepter une telle offre aurait été considéré comme une trahison et lui aurait enlevé tout espoir de pouvoir rentrer à Rome. Il est plus probable que l'offre est née du fait que les Lusitaniens ne seraient pas en mesure de vaincre Rome seuls et que leur meilleur espoir était de tenter d'aider l'établissement à Rome d'un régime plus clément pour eux Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 59-60.. Philip Spann suggère que la principale raison de l'acceptation de Sertorius était que pour lui il était devenu clair qu'il n'y aurait pas d'amnistie pour lui et ses partisans, ni une possible réconciliation avec le régime mis en place par Sylla Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 55..

Campagnes militaires thumb|right|200px|Buste représentant Sylla.

Arrivée de Sertorius en Hispanie Pendant l'hiver 83-82 av. J.-C., Sertorius, un des lieutenants de Marius, part prendre son gouvernement en Hispanie citérieure où il réunit rapidement une armée. Une armée est envoyée contre lui sous les ordres de Caius Annius. Selon Plutarque, un des lieutenants de Sertorius, Livius Salinator, chargé de l'empêcher de franchir les Pyrénées, repousse d'abord ses attaques, mais victime d'une trahison, il est assassiné et ses troupes se débandent. Lorsqu'Annius pénètre en Hispanie, Sertorius, dont les forces sont inférieures en nombre, recule jusqu'à Carthagène avec hommes.

Intervention de Sertorius en Afrique Au printemps, 81 av. J.-C. Sertorius, chassé par le syllanien Caius Annius Luscus s'embarque avec à Carthagène et passe en Afrique ; repoussé par les locaux, il retourne en Espagne vers le mois de juillet. À l’automne, une révolte populaire maure éclate contre Ascalis, fils d'Iphtas, des roitelets de la région de Tingis (Tanger). Des pirates ciliciens, en pourparlers avec Sertorius durant l'été et l'automne, « cinglent vers l'Afrique pour rétablir Ascalis sur le trône de Maurusie » (Plutarque). Ascalis reçoit également le secours de Vibius Paccianus envoyé par Sylla. Sertorius intervient de nouveau en Afrique pour aider les insurgés maures, bat Paccianus, qui est tué, oblige son armée à le rejoindre puis assiège et prend Tingis et détrône Ascalis. Au printemps suivant, Sertorius quitte la Maurétanie à l'appel des Lusitaniens, révoltés contre le gouverneur syllanien de l'Ultérieure.

Retour de Sertorius en Hispanie En 80 av. J.-C., Sertorius, après avoir mis en déroute une force navale sous le commandement d'Aurelius Cotta, débarque dans la péninsule Ibérique Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 56-57.. Plutarque mentionne que Sertorius est d'abord allé en Lusitanie afin d'organiser les tribus de la région et seulement après il se rend dans la vallée du Baetis pour y combattre une armée romaine. Philip Spann suggère lui qu'il est plus probable que la s'est produite lors de l'arrivée initiale de Sertorius en mars en Lusitanie Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 57-58..

Nomination de Metellus En 79 av. J.-C., préoccupées par la menace croissante en Hispanie, les autorités de Rome nomment Quintus Caecilius Metellus Pius au poste de gouverneur de l'Hispanie ultérieure H. H. Scullard, From the Gracchi to Nero, p. 90. avec la magistrature de proconsul. Quintus Caecilius Metellus Pius arrive en Hispanie avec deux légions. Il établit son camp à Metellinum (aujourd'hui Medellín) d'où il mène plusieurs actions vers l'intérieur de la péninsule. Pour la nouvelle campagne militaire, Quintus Caecilius Metellus Pius réunit six légions auxquelles s'unirent deux autres légions de vétérans, soit un total de huit légions (soit environ ), pour attaquer les forces de Sertorius. Mais durant cette même année, Sertorius reçoit également des renforts: ses trois légions sont rejointes par trois autres légions venues de la province d'Afrique et une autre de Sicile, constituant ainsi une armée de pour s'opposer à Metellus. La campagne commence en Cantabrie, où des tribus locales hostiles sont battues par Metellus, qui réussit à obtenir le premier succès de sa campagne. Metellus décide de camper près de Valencia, près du campement principal de Sertorius, et d'agir en s'attaquant aux alliés celtiques de ce dernier, constitués par les Cantabres et les Lusitaniens. Sertorius comprend la stratégie de Metellus et il réplique en attaquant sa cavalerie dans les montagnes des Asturies Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 69-71.. La victoire de Sertorius coûte à Metellus environ . Selon Appien, après le désastre Metellus décide d'attaquer la cavalerie de Sertorius, en utilisant la cavalerie gauloise alliée. La bataille se termine par la perte de 800 hommes de Marius et de pour les soldats de Metellus. Pour restaurer son prestige, Metellus attaque et prend la capitale des Cantabres. Sertorius décide alors d'attendre l'hiver, mais Metellus continue ses opérations militaires avec qu'il confie à Glaucius, mais ce dernier est battu près de Sagonte. La nouvelle victoire de Sertorius contraint Metellus à suspendre ses opérations.

En 78 av. J.-C., un des subordonnés de Sertorius, Lucius Hirtuleius combat avec succès Marcus Domitius Calvinus. Sertorius réussit en même temps à imposer son autorité et à dominer la majeure partie du territoire en établissant sa capitale à Osca, une sorte de « nouvelle Rome », qui est l'ancienne ville ibère de Bolscan (aujourd'hui Huesca).

En 77 av. J.-C., Sertorius est rejoint par Perperna qui amène avec lui le reste de l'armée de Marcus Aemilius Lepidus qui était stationnée en Sardaigne. Toutefois Perperna a du mal à accepter de se mettre sous les ordres de Sertorius et le fait seulement à contrecœur. En effet, il avait rejoint l'Hispanie quand ses soldats, ayant entendu dire que Pompée avait été envoyé dans cette province, avaient exigé que Perperna rejoigne Sertorius Philip Spann, Quintus Sertorius and the Legacy of Sulla, p. 86..

Metellus et Pompée contre Sertorius En 76 av. J.-C., le nouveau général Pompée le Grand, fort de ses victoires en 82 av. J.-C. en Sicile et en Afrique sur les Marianistes, traverse les Alpes, et se rend en Hispanie avec environ . Le premier objectif de Pompée, à son arrivée dans la péninsule Ibérique est de dégager la route côtière. À son arrivée dans la péninsule Ibérique, il remporte quelques succès initiaux face aux subordonnés de Sertorius. Mais il est surpris par Sertorius opérant depuis la forteresse de Lauro, que Plutarque situe entre Valence et Sagonte. Pompée s'y arrête pour assiéger le fort, mais Sertorius avait prévu la manœuvre en occupant une hauteur à l'ouest de la ville et en coupant les lignes de ravitaillements de Pompée. Puis dans un deuxième temps, Sertorius fait attaquer ses auxiliaires celtibères et massacre ainsi une légion de Pompée H. H. Scullard, From the Gracchi to Nero, p. 91.. Pompée décide alors de combattre les tribus celtibères installées plus au Nord. Il remporte l'affrontement près du Júcar. Dans le même temps, Metellus, par sa tactique attentiste, réussit à user les troupes de Sertorius et à les affamer, les contraignant ainsi à battre en retraite. Pompée réussit à prendre la cité celtibère de , mais il est blessé au cours de la bataille. Au même moment, Perperna se retranche dans Valence, où Metellus le coupe de tout ravitaillement. Durant l'hiver, Pompée continue de rechercher l'affrontement pendant que Metellus continue le siège de Valence, où des émeutes sont en train de se produire.