vignette|Drapeau de la République arabe d'Égypte. vignette|Armoiries de la République arabe d'Égypte.
La République d'Égypte est le nom du régime politique qui dirige l'Égypte depuis 1971 après le nom officiel de République d'Égypte de 1953 à 1958 puis de République arabe unie de 1958 à 1971 (unie avec la Syrie de 1958 à 1961).
À la suite du coup d'État des officiers libres le , la république est proclamée en Égypte le , succédant au Royaume d'Égypte. Sa capitale est Le Caire, sa langue officielle est l'arabe et sa monnaie est la livre égyptienne.
Le premier président égyptien est Mohammed Naguib. Gamal Abd-al-Nasser lui succède en 1954.
Les principales causes de l'affaiblissement du royaume d'Égypte sont l'occupation du pays par les britanniques et l'humiliante défaite lors de la guerre israélo-arabe.
1952-1958 : révolution égyptienne de 1952, République d'Égypte (1953-1958) vignette|Les responsables du Mouvement des officiers libres en 1952 : Abdel Latif Boghdadi (à gauche), Gamal Abdel Nasser, (centre gauche), Salah Salem (centre droit), Abdel Hakim Amer (à droite).
Lors du coup d'État de 1952, les officiers libres instaurent un conseil de commandement militaire dans le but d'abolir la monarchie. Le mouvement, galvanisé par un jeune lieutenant-colonel de trente-quatre ans, Nasser, ce héros de la guerre israélo-arabe de 1948 qui avait fondé un comité révolutionnaire secretChronique du , ., était composé de jeunes officiers généralement âgés de moins de trente-cinq ans, qui avaient pour but d'abolir la monarchie et de mettre fin à la présence britannique dans le pays.
Dès la fin de l'année 1949, Nasser forme un comité de coordination, dont il devient le chef en 1950. Après avoir établi patiemment son réseau au sein de l'armée et de la société civile, il enrôle le général Naguib, le général le plus prestigieux et le plus respecté du pays, ce qui devait permettre aux militaires de réussir leur coup d'État.
Les neuf hommes qui se constituent en tant que comité du mouvement des officiers libres sont le lieutenant-colonel Gamal Abdel Nasser, le major Abdel Hakim Amer, le lieutenant-colonel Anouar el-Sadate, le major Salah Salem, le major , le commandant , le chef d'escadron Hassan Ibrahim, le major Khaled Mohieddine et le commandant Abdel Latif Boghdadi. Le major Hussein el-Shafei et le lieutenant-colonel Zakaria Mohieddin ont rejoint le mouvement plus tard.
Le programme des officiers libres tient en six points : fin du colonialisme, du féodalisme, de la domination du capital sur le pouvoir politique et l'établissement de la justice sociale, l'instauration d'une vie démocratique stable et la formation d'une armée nationale puissante.
Le putsch devait se tenir au début du mois d'août, mais le , en début d'après-midi, les officiers apprennent que le roi et son Premier ministre, Naguib el-Hilali, préparaient une série d'arrestations dans l'armée. Le putsch a lieu peu après minuit, et il est réussi sans pratiquement aucun coup de feu.
Le , l'un des officiers de Nasser, Anouar el-Sadate fait à la radio cette déclaration .
Devant la révolte, le roi Farouk quitte le pays à bord de son yacht personnel, le Mahroussa et abdique le 26 en faveur de son jeune fils âgé de seulement six mois.
Au petit matin, un Conseil révolutionnaire est institué, réunissant onze officiers sous l'autorité de Nasser, nommé ministre de l'Intérieur, considéré comme le véritable instigateur du coup d'État. Mohammed Naguib (1901-1984), un de leurs membres exerce l'essentiel du pouvoir en tant que Premier ministre. Le , la monarchie est abolie. Le Premier ministre Mohammed Naguib devient le premier président de la république d'Égypte.
Pour respecter la constitution, Neguib et Nasser demandent à l'ancien Premier ministre Ali Maher de diriger un nouveau cabinet ministériel. Le sort du roi Farouk est longuement débattu, certains des membres du conseil révolutionnaire voulant envoyer le roi devant un peloton d'exécution, et proclamer la république. Mais Nasser en décide autrement et fait valoir qu'il serait maladroit de provoquer ainsi les britanniques, et qu'une période de transition serait nécessaire pour établir la révolution.
Au début de l'année 1954, Gamal Abdel Nasser fait arrêter le général Mohammed Naguib en l'accusant de soutenir la confrérie des Frères musulmans. Il devient Premier ministre le .
Pays voisins
Dans d'autres pays arabes, des mouvements similaires se sont constitués.
Le colonel Kadhafi crée un groupe semblable pour renverser le roi libyen en 1969.
Des dirigeants du parti Baas syrien font de même pour mettre fin à la République arabe unie en 1961.
En Algérie, un groupe similaire de soldats algériens ayant fait cession durant la guerre civile des années 1990, va se créer : le Mouvement Algérien des Officiers Libres.
En Arabie saoudite, le prince Talal de Jordanie (1909-1972) a créé le mouvement des princes libres, dans les années 1960, pour renverser la monarchie conservatrice de son pays. Sa tentative de coup d'État a échoué et Nasser lui offre l'asile.
1954-1970 : présidence de Nasser
La présidence de Gamal Abdel Nasser est marquée, d'un point de vue économique, par l'application de l'idéologie socialiste : beaucoup d'usines sont nationalisées, notamment les usines textiles. En 1956, le canal de Suez est également nationalisé, ce qui provoque la crise du canal de Suez et la riposte franco-britannico-israélienne.
Nasser centralise l'État égyptien, il fait augmenter les pouvoirs du président de la république, il nationalise l'industrie, procède à une réforme agraire, et met en œuvre de grands projets de travaux publics, comme le barrage d'Assouan.
Le , il conclut un traité avec le gouvernement Churchill prévoyant l'évacuation des britanniques de la base de Suez dans un délai de vingt mois, les Anglais obtenant en contrepartie le maintien de techniciens civils pour entretenir la base et la possibilité de la réutiliser en cas de conflit. Parallèlement, des négociations secrètes sont menées avec les Américains par l'intermédiaire de la CIA mais échouent en novembre, les Égyptiens considérant le montant de l'aide proposée comme insuffisantHenry Laurens, La Question de Palestine à partir de 1949, cours au Collège de France du 15 novembre 2006..
La tendance de Nasser à la manipulation dramatique de la politique fut mise en exergue le par une mise en scène d'une tentative de son assassinat.. Pendant qu'il faisait un discours, Mahmoud Abd al-Latif, un supposé membre des Frères musulmans, tire huit balles vers lui. Bien qu'à courte distance tous les tirs échouent. Nasser continue de parler en disant : . Ce sens de l'à-propos et l'absence de réaction des gardes du corps font penser que cela était un faux attentat. Pour autant la plupart des études sérieuses sur le sujet ainsi que l'audition du discours de Nasser après l'attentat laissent peu de doutes sur la réalité de la tentative d'assassinat. Jean Lacouture ayant assisté à la scène a témoigné de la véracité de cette tentative. Nasser utilisa l'angoisse nationale pour lancer une répression visant à l'éradication des Frères musulmans.
Sur la scène internationale, le régime se radicalise au début de l'année 1955 sous la double pression du jeu d'alliances régional et du comportement israélien. Destiné à contrer l'URSS au Moyen-Orient, la mise en place le du Pacte de Bagdad isole l'Égypte face à son concurrent irakien, ce qui pousse Nasser à développer un discours neutraliste et anti-impérialiste. Simultanément, le raid de représailles israélien du débouche sur une humiliation pour l'armée égyptienne et met en évidence son manque d'équipement lourd. Le pouvoir nassérien étant avant tout un pouvoir militaire, la question de la formation d'une alliance avec un pays en mesure de lui fournir des armes devient central Henry Laurens, La Question de Palestine à partir de 1949, cours au Collège de France du 22 novembre 2006.
Nasser participe, du 18 au , à la conférence de Bandung qui fut le point de départ du processus devant aboutir à la création du Mouvement des non-alignés. En s'y rendant, il fait étape en Birmanie où il rencontre le ministre des Affaires étrangères chinois Zhou Enlai. Au cours de l'entretien, il demande à son interlocuteur de sonder l'URSS pour savoir si elle serait disposée à lui vendre des armes. Le , l'ambassadeur soviétique au Caire lui fait part de l'accord de son pays. Fort de ce succès, Nasser se tourne vers les États-Unis en indiquant que s'ils n'acceptent pas de lui vendre des armes il ira voir ailleurs. L'administration Eisenhower donne un accord de principe, mais demeure un problème : l'Égypte n'a pas les devises pour payer alors que les soviétiques acceptent d'être payés en coton. Finalement, le , Nasser annonce publiquement le contrat d'armement avec l'URSS.
Si l'accord ainsi conclu permet à l'Égypte d'acquérir un matériel moderne, Nasser refuse qu'il s'accompagne de l'accueil d'instructeurs du bloc de l'est pour en apprendre le maniement. Cette décision est liée à l'histoire de l'armée égyptienne qui fut encadrée jusqu'aux années 1940 par des instructeurs britanniques et en conserve un très mauvais souvenir. Au moment où l'Égypte venait d'obtenir le départ de ces derniers de la base de Suez, il n'était pas concevable d'accueillir des instructeurs militaires étrangers. Il découle de cette décision un problème permanent de formation du personnel militaire qui pèse lourd dans le cadre de la guerre de 1967.
Le , l'Égypte reconnaît la Chine populaire. Il s'agit pour Nasser de disposer potentiellement d'un autre fournisseur d'armes au cas où l'URSS, qui vient de faire savoir qu'elle souhaitait être partie prenante du règlement du conflit du Proche-Orient, déciderait d'interrompre ses livraisons pour se mettre en position de garantir un règlement de paix. C'est aussi une contrepartie au fait que depuis la conférence de Bandung la Chine s'est diplomatiquement alignée sur les positions arabes Henry Laurens, La Question de Palestine à partir de 1949, cours au Collège de France du 29 novembre 2006..
Le , les dernières troupes britanniques quittent l'Égypte mettant fin à soixante-quatorze ans de présence. Le , un double référendum met en place une nouvelle constitution et désigne Nasser, candidat unique, comme Président de la République avec officiellement 99,84 % de votes favorables.
Nasser inspire les nationalistes dans tout le monde arabe, et des partis nasséristes voués à l'unité arabe sont rapidement créés. Nasser devient le chef de file du monde arabe, il représente alors une nouvelle ère au Moyen-Orient.
Il suit une politique panarabe, qui a favorisé la confrontation entre les États arabes et les États occidentaux, demandant que les ressources du monde arabe servent les intérêts du peuple arabe et non l'intérêt des Occidentaux présenté par l'État comme « impérialiste ».
En 1958, les militaires égyptiens et syriens demandent au président Nasser la fusion entre ces deux pays. Nasser est surpris de cette demande soudaine et accepte la fusion. La Syrie et l'Égypte fusionnent le pour former la République arabe unie et essayent d'y inclure le Yémen. L'union est dissoute en 1961 car les bureaucrates et les officiers égyptiens avaient des pratiques autoritaires, et la police secrète a durement réprimé les frères musulmans, et le parti communiste syrien.
L'Égypte continue à utiliser le nom jusqu'en 1971. Pour tenter d'obtenir le Yémen, des opérations militaires, y compris l'utilisation d'armes chimiques, furent entreprises dans le Nord du Yémen.