est un film musical franco-italo-brésilien de Marcel Camus sorti en . Il est adapté d'une pièce de Vinícius de Moraes, (). Le film a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes 1959, l'Oscar du meilleur film étranger et le du meilleur film en langue étrangère, tous deux en .

Synopsis Ce film réinterprète le mythe d'Orphée et d'Eurydice en le transposant de Thrace à Rio de Janeiro pendant le carnaval.

Orfeo est conducteur de tramway à Rio et Eurydice est une jeune campagnarde arrivant à la ville mais menacée par un inconnu, qui se réfugie chez sa cousine Sérafina. Tous deux se rencontrent la veille du carnaval. Pour éviter à Eurydice la jalousie de Mira, la fiancée d'Orfeo, Serafina lui prête son propre déguisement. Orphée et Eurydice vont s'aimer au milieu d'une ville en liesse. Mais le lendemain, elle sera démasquée.

Fiche technique Titre : Réalisateur : Marcel Camus Scénario : Jacques Viot et Marcel Camus d'après la pièce de Vinícius de Moraes Dialogues : Jacques Viot et Marcel Camus Directeur de la photographie : Jean Bourgoin Ingénieur du son : Amaury Leenhardt Musique : Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfá Assistants réalisateur : Lou Bonin et Robert Mazoyer Montage : Andrée Feix Production : Sacha Gordine Directeur de production : Jacques Gibault Sociétés de production : Dispat Films (Paris), Gemma Cinematografica (Rome), Turpan Filmes (São Paulo) Distributeur d'origine : Lux Films (Paris) Pays de production : , , Tournage : Rio de Janeiro (Brésil), du au Langue de tournage : portugais brésilien Format – Couleur par Eastmancolor – 1.37:1 : Version – Son monophonique Version – Son stéréophonique 6 pistes Genre : film musical, comédie dramatique Durée : Date de sortie : France Affiches : Gilbert Allard (France), (Allemagne de l'Ouest).

Distribution vignette|redresse| et Marpessa Dawn dans .

Pour sélectionner les acteurs sur les deux rôles titres, Marcel Camus, présent plusieurs mois avant le tournage à Rio de Janeiro, fait appel aux candidatures par le journal , indiquant chercher pour Orfeo et pour Eurydice . Il invite les candidats à se présenter à l'Alliance française de Rio, ou à envoyer leur photo . L'appel à candidature passionne les journaux brésiliens qui le reprennent dans leurs colonnes et une foule de jeunes gens se présentent. Mais finalement, Marcel Camus trouve l'acteur , pour le rôle principal masculin, au Fluminense Football Club où il est footballeur, et il retient pour le rôle principal féminin une danseuse nord-américaine, Marpessa Dawn. Autre particularité, l'interprète de la Mort est Adhemar Ferreira da Silva, athlète brésilien spécialiste du triple saut, champion olympique et champion du monde.

Production vignette|Marcel Camus, Marpessa Dawn, et Vinícius de Moraes entourent le président du Brésil, Juscelino Kubitschek, à la première d au .

Le film est une adaptation d'une pièce de théâtre de Vinícius de Moraes, , représentée pour la première fois en . Conceição est une colline de Rio où s'est installée l'une des premières favelas.

Jean-Paul Delfino raconte la naissance de la pièce de théâtre, une anecdote obtenue de la dernière épouse de Vinícius de Moraes : . Il eut alors l'idée de transposer les amours d'Orphée et d'Eurydice dans les favelas. La pièce est écrite dès , mais, faute de temps et de financement, elle n'est pas montée.

En , alors qu'il était à Paris, comme attaché culturel à l'ambassade du Brésil, il rencontre Sacha Gordine, à la recherche de scénario pour un film sur le Brésil. Vinícius lui présente son projet de pièce puis ils vont ensemble au Brésil et là, alors que le projet du film se concrétisait, Vinícius trouve les financements nécessaires et monte la pièce dont la musique est composée par Tom Jobim. La pièce est donc créée le , au Théâtre municipal de Rio, dans un décor d'Oscar Niemeyer, concomitamment au projet du film qui lui, est tourné, avec l'arrivée de Marcel Camus, à l'automne .

Certaines scènes, parmi les plus célèbres (favelas), ont été tournées sur le Morro da Babilonia, au-dessus de Leme (entre Copacabana et Urca). Marcel Camus a filmé le carnaval de Rio de mais n'en a retenu finalement que quelques images et échos sonores, préférant reconstituer les scènes de carnaval.

Bande son Les chansons du film (parmi lesquelles figurent notamment et ), devenues des standards de la bossa nova et du jazz, ont été généralement composées par Antônio Carlos Jobim, Vinícius de Moraes et Luiz Bonfá. La direction musicale a été confiée par Marcel Camus à Antônio Carlos Jobim et la réalisation de la bande son donne lieu à de nombreux échanges entre Camus, Jobim et Moraes. Camus n'hésite pas à demander des modifications de paroles ou de lignes mélodiques. Il fait également jouer la concurrence. Les enregistrements, entre les mois d'août et de , réunissent de nombreux artistes, dont Antônio Carlos Jobim et Luiz Bonfá déjà cités, mais aussi Roberto Menescal pour les airs de bossa nova et Agostinho dos Santos et Elizeth Cardoso pour les airs de samba plus traditionnels. Elizeth Cardoso (Elizeth Moreira Cardoso) est l'interprète de mais son nom n'est jamais mentionné sur les disques contenant des airs de la bande originale du film. Camus se fait aider de Cartola pour bénéficier des meilleures écoles de samba de l'époque pour les marches carnavalesques. Les chants traditionnels afro-brésiliens qui accompagnent la descente aux Enfers d'Orfeo sont quant à eux enregistrées in situ dans un lieu de culte de la macumba. L'ensemble, onze heures de musique, est synchronisé au printemps par Jobim. Une sélection est opérée par Marcel Camus, écartant par exemple une version d’, interprétée par João Gilberto, sonnant à son goût trop blanche. Les musiques et chansons retenues sont envoyées à Paris où le guitariste Henri Crolla enregistre les ultimes raccords.

Pour la version française, les acteurs doublant les personnages doublent également les chansons, notamment le chanteur John William (non crédité) qui interprète le rôle-titre d'Orphée dans la version française.

La bande originale a été publiée à la sortie du film par Philips.

Accueil critique Cette œuvre cinématographique suscite l'enthousiasme quasi unanime de la critique européenne, bien que présentée le au festival de Cannes en portugais brésilien sans aucun sous-titrage. Le choix d'acteurs noirs inconnus du grand public est une nouveauté et c'est considéré comme un choix courageux par une intelligentsia anticolonialiste. L'exotisme de la baie de Rio de Janeiro et du célèbre carnaval, les mélodies et rythmes brésiliens, les images sensuelles enchantent le public. Il remporte la récompense suprême de ce festival, la Palme d'or, devant des films de François Truffaut, d'Alain Resnais, de Richard Fleischer ou de Luis Buñuel :

Sur une célèbre photo des cinéastes de la Nouvelle Vague, prise sur les marches du Palais de Cannes, Marcel Camus figure auprès de François Truffaut, François Reichenbach, Claude Chabrol, Jacques Doniol-Valcroze, Jean-Luc Godard, Roger Vadim, Jean-Daniel Pollet, Jacques Rozier, Jacques Baratier, Jean Valère, Édouard Molinaro et Robert Hossein. Truffaut inclut dans les films fondateurs de ce mouvement, même si Godard fustige cette œuvre.

Le film est diffusé ensuite dans les salles européennes, asiatiques et américaines. Aux États-Unis, obtient l'Oscar du meilleur film étranger en ainsi que, la même année, le du meilleur film en langue étrangère. La distribution exclusivement noire est jugée audacieuse. Barack Obama cite quelquefois ce film comme une œuvre ayant donné la force à sa mère, dans un contexte raciste, d'épouser un Noir, par sa représentation chaleureuse de la communauté noire brésilienne et la promesse d'une autre vie.

Le film marque les esprits, en France, en Europe et aux États-Unis. Il révèle dans le monde entier un style musical, la bossa nova (terminologie encore inconnue en dehors du Brésil) et établit définitivement la notoriété de la ville de Rio. Pourtant, même si la Palme d'or est accueillie sur le moment comme une « victoire nationale », il reçoit un accueil plus mitigé sur place, au Brésil, certains cariocas, le considérant avant tout comme une création française privilégiant une musique n'émanant pas du Rio profond et proposant un regard quelquefois ironique sur la société contrastée de la ville. Pourtant, l'un des plus grands symboles de cette musique carioca, Cartola avec son épouse Zica, apparaissent dans le film (Marcel Camus fréquentait la baraque du couple). La distribution exclusivement noire semble également inadéquate aux Brésiliens pour représenter à l'écran une ville métissée.

Distinctions Palme d'or à la du Festival international du film de Cannes en Oscar du meilleur film étranger à la des Oscars du cinéma en du meilleur film en langue étrangère à la des en

Remake Un remake du film a été réalisé par Carlos Diegues en , sous le titre Orfeu.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . .

Articles connexes

Liste des longs métrages français proposés à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère

Liens externes

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