vignette|redresse=1.4|Quatre exemples. Haut gauche : svastika en dix-sept carreaux ; haut droite : svastika hindou ; bas gauche : svastika symbole solaire préhistorique ; bas droite : svastika aztèque Le ou la svastika ou swastikaLes dictionnaires hésitent sur le genre., 卐, mot sanskrit dérivé de su (« bien ») et de asti (« il est »)Encyclopaedia Universalis article « svatiska » https://www.universalis.fr/encyclopedie/svastika/ (ka étant un suffixe adjectival), avec la variante orthographique sauvastika parfois attribuée à son symétrique 卍, est un symbole que l'on retrouve en Europe, en Afrique, en Océanie, aux Amériques (Amérique précolombienne chez les Mayas et Amérindiens navajos et kunas) et en Asie jusqu'en Extrême-Orient. Utilisé de façon populaire et systématique en Inde, du fait de la haute sacralité que représente ce signe dans l'hindouisme, il l'est surtout dans le jaïnisme (où il est particulièrement vénéré)Le jaïnisme, Vilas Adinath Sangave, traduction de Pierre Paul Amiel, relue et corrigée par Nalini Balbir, Professeur à la Sorbonne Nouvelle, Guy Trédaniel éditeur, page 149, .
Il apparaît à l'époque néolithique pour la première fois dans la préécriture de la culture de Vinča. Cette ubiquité temporelle et spatiale lui a parfois valu le nom de « symbole universel ». On peut le décrire comme une croix composée de quatre potences prenant chacune la forme d'un gamma grec en capitale (Γ), d'où le nom de croix gammée qui lui est souvent donné.
Ce symbole est toujours largement utilisé en Asie et particulièrement en Inde. Dans l'hindouisme, il possède de nombreuses significations sacrées et il représente notamment le Dharma. Il est toujours un symbole omniprésent chez les bouddhistes. Il est le symbole premier du jaïnisme, considéré par ses adeptes comme le plus favorable de tous les symboles. En Chine, il symbolise l'éternité. Il est aussi fréquemment visible dans les temples statuaires, décorations, motifs vestimentaires de l'ensemble des pays bouddhistes, d'Extrême-Orient, d'Asie du Sud-Est et d'Asie centrale.
Étymologie vignette|redresse=0.5|gauche|Il est de coutume en Inde de tracer un svastika sur la tête rasée d'un enfant initié au Veda (tradition sacrée hindoue). Le mot svastika (स्वस्तिक) est un terme sanskrit qui apparaît pour la première fois dans les épopées Rāmāyana et Mahābhārata.
Le mot est composé de svasti et du suffixe diminutif -ka. Le sens de svasti est « bonne santé, bonne fortune » (c'est aussi une interjection équivalant au français « vive ! ») ; il est lui-même formé de su, « bon » (grec ancien , « bien », indo-européen commun * h₁su-) et de asti, « existence » (du radical as, venant du radical indo-européen du verbe être, soit * h₁es-, d'où provient la plupart des verbes être indo-européens). Svastika peut donc se traduire par « ce qui apporte la bonne fortune » ou « ce qui porte chance ». Toutefois l'étymologie, reconsidérée, met en évidence deux éléments : su- « favorable » et *nes- « approcher » (-n- amuï en composition ; parent de l'anglais next, du letton nak, etc.), avec le sens fondamental de « heureux retour », ce qui explique l'association du signe avec les dioscures Nasatya qui ramènent à la santé, au beau temps, etc.. Il existe une différence entre le svastika et le plus récent gammadion : attesté dès le Paléolithique supérieur dans un contexte (paléo)astronomique, le svastika est doté d'un sens giratoire ; le gammadion est l'assemblage fixe de quatre gammas.
Apparence
Le svastika inscrit dans un carré peut être retourné comme s'il était vu dans un miroir, donnant deux versions de sens opposé. On le qualifie de « dextrogyre » (dextro = droite ; gyro = tourne) lorsque le tracé de chacune de ses pattes est tourné dans le sens des aiguilles d'une montre (卐), et de « lévogyre » (ou encore « sénestrogyre ») dans le cas contraire (卍). En Inde, on trouve des figurations dans chacun des deux sens et, qui sont généralement vues comme « bénéfiques ». La considération de ces deux sens provient de deux orientations possibles liées au pradakshina. Le svastika lévogyre (sauvastika) est parfois vu comme un symbole non auspicieux., de malchance..
Origine et signification vignette|Poterie minoenne, musée archéologique Héraklion.
thumb|180px|Collier décoré de svastikas ; fouilles de Kaluraz, Guilan, Iran, millénaire Musée national d'Iran.
thumb|180px|Représentation de comètes sur un manuscrit de Mawangdui, Chine,
C'est l'un des plus anciens symboles de l'humanité que l'on retrouve sous plusieurs formes dans la majorité des civilisations du monde, bien qu'il n’ait pas toujours la même signification. Les différentes graphies inspirées de la forme du svastika ont pu naître indépendamment les unes des autres, bien que certaines soient liées historiquement (svastikas indien et bouddhique, svastika indien et svastika du européen).
Les premiers svastikas connus se trouvent en Ukraine à vers - 10000 et dans la même région dans la culture de Cucuteni-Trypillia.
Puis viennent ceux retrouvés sur des poteries de la culture de Samarra, établie sur le moyen Tigre et jusqu'au moyen Euphrate, sur des céramiques de la culture de Vinča dans les Balkans datant du millénaire , suivis par ceux des poteries de Sintachta au Sud de l'Oural datant du millénaire. Leur présence se fait plus importante à partir de l'âge du bronze. Les principales occurrences du svastika en Europe et en Asie centrale sont : dans le Caucase (culture de Koban), en Azerbaïdjan, chez les Scythes et leurs parents les Sarmates, chez les Hittites, les Celtes (triskell), les Grecs (grecque), et les peuples germaniques (notamment les Goths ; fibule). Plus tard, on en trouve en Islande deux versions, le marteau de Thor (elle apparaît aussi sur la ceinture de Thor sur le tableau de M. E. Winge (1872) où il affronte les géants) tournoyant dans le ciel et représentant le soleil, et le Þórshamar des grimoires ; le lauburu est typique du Pays basque. Le svastika apparaît également dans de nombreuses cultures d'Asie, d'Afrique et d'Amérique. On le trouve dans deux idéogrammes chinois 卐 ou plus couramment 卍, signifiant « dix mille » (c'est-à-dire l'éternité) ou « le cœur de Bouddha ».
Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer l'ubiquité du svastika. Une explication triviale est qu'il s'agit d'un motif décoratif facile à exécuter. Une autre, qui fait appel aux fonctions symboliques communes à tous les humains, suggère qu'il s'agirait à l'origine d'une représentation d'un mouvement rotatif : rotation apparente du soleil dans sa course diurne, comme celle de la lune et des planètes, de gauche à droite dans l'hémisphère Nord (soit dans le sens des aiguilles d'une montre) ; rotation du ciel nocturne autour de l'étoile polaire (rotation inverse, due au changement de point de vue de l'observateur, tourné vers le Nord et non plus vers le Sud). D'autres corps célestes ont été proposés, une comète par exemple, selon l'astronome Carl Sagan, au vu de celle représentée dans un manuscrit chinois de Mawangdui. Chez les Navajos, il s'agit de la rotation d'une bûche.
La signification et l'importance du svastika varient selon les cultures et les époques. Il peut n'être qu'un signe parmi d'autres comme sur les poteries Vinča, ou un symbole religieux prééminent comme dans l'hindouisme et le bouddhisme. De nos jours, par exemple, le svastika levogyre (卍) est utilisé pour marquer les temples bouddhistes sur les plans de ville japonais.
On peut voir des svastikas sur des cartes postales des États-Unis souhaitant bonne chance au début des années 1900... Cependant, au , les svastikas ont été utilisés par le régime nazi et sont devenus tabous dans le monde occidental, même le svastika bouddhique pointant vers la gauche, à l'inverse du svastika indien et de la croix gammée. Des tombes bouddhiques appartenant à des familles indochinoises furent vandalisées après la guerre ; des cartes Pokémon portant un svastika bouddhique durent être retirées de la vente au Japon. La circulation de l'information et l'intérêt accru pour les civilisations asiatiques n'ont pas suffi à réhabiliter le svastika dans le monde occidental. Son interdiction est même proposée, au regret des hindous vivant en Europe.
Autre signification Pour René Guénon, le mouvement circulaire exprimé par ce symbole est utilisé pour mettre en évidence l'axe de la figure, seule partie immobile et symbole de l'immuabilité d'un principe transcendant. Affirmant que cette croix doit être considérée comme une figure horizontale il y voit un « signe du Pôle », qui serait un des symboles les plus anciens de la « tradition primordiale », d'origine polaire et mère de toutes les autres traditions. Ce symbole aurait ainsi été conservé, en oubliant plus ou moins son sens, par les religions actuelles. Pour lui, le sens de rotation n'a pas d'importance dans ce symbolisme et peut être considéré comme la vision d'un même objet par une face ou par l'autre. Quant au terme de « sauvastika » il n'y voit qu'un adjectif dérivé de « svastika » qui désigne simplement, en sanscrit, ce qui a un rapport avec ce symboleLe Symbolisme de la croix, , Véga, 1931..
Pour Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, le svastika est symbole d'action, de manifestation et de régénération perpétuelle puisqu'il indique par son graphisme le mouvement.
Utilisation religieuse vignette|gauche|Fronton d’un temple coréen.
Comme l'indique son nom sanskrit, le svastika est dans les mystiques orientales un signe de bon augure. Bien que se retrouvant dans toutes les cultures de l'humanité préhistorique, son utilisation systématique vient de l'Inde, correspondant à la compréhension hindoue du monde, et est donc utilisé aussi par le bouddhisme et surtout par le jaïnisme, qui sont toutes deux des religions d'origine indienne.
Il est principalement un symbole cosmique mettant en scène le mouvement perpétuel de rotation autour d'un point fixe, celui de l'univers qui subit toutes les évolutions, de tous les cycles, de la transcendance. Il représente plusieurs forces positives, comme Ganesh dans l'hindouisme, dieu que l'on invoque pour tout commencement comme étant celui qui écarte les obstacles, parfois représenté sur un lit de svastikas. Chez les bouddhistes il représente la connaissance ésotérique et la roue du dharma.
Hindouisme thumb|redresse|Symbole Jaïn ; le svastika est un symbole majeur et omniprésent dans le jaïnisme, religion de la non-violence ou ahimsa. Ici, les quatre points bleus entre les branches du svastika représentent les quatre mondes : en haut à gauche, le monde des hommes ; en haut à droite, le monde des dieux ; en bas à gauche, le monde des animaux et des plantes ; en bas à droite, le monde des démons : seul le monde des hommes est ouvert à la délivrance, grâce aux trois joyaux (en vert) du jaïnisme (vision juste, connaissance juste, conduite juste), qui permet d'accéder à la libération du cycle des réincarnations (le candra-bindu : en jaune).
Dans la religion hindoue, les deux sens de rotation sont associés à l'activité du dieu Brahmā constructeur de l'univers : le svastika proprement dit pointant vers la droite représente la construction, la croissance (प्रवृत्ति Pravritti), alors que celui pointant vers la gauche, appelé sauvastika (सौवस्तिक), représente l'involution, la destruction (निवृत्ति Nivritti). Inscrit dans un carré à base horizontale (graphie nettement plus fréquente que la position à 45°), il représente la stabilité, ses branches indiquant les quatre orients. Il peut également être le symbole du dieu solaire Sūrya. Le svastika pointant vers la droite, auspicieux et bénéfique, est presque seul représenté et jouit d'une popularité inaltérée par les événements en Europe. On le retrouve même sur des objets non proprement religieux. Le sauvastika, considéré comme lié au temps (connoté négativement), n'est en général pas employé. Au Bengale, Svastika est un prénom courant.
vignette|redresse|gauche|Statuette hindoue du dieu Ganesh avec svastika.
Jaïnisme