Le saumon AquAdvantage (AquAdvantage salmon pour les anglophones, parfois résumé en « AA Salmon » ou « AAS ») est le nom commercial d'un saumon transgénique et triploïdeIl a été présenté à la FDA comme : (Source : Charge to the VMAC for the AquAdvantage Salmon Meeting ; Veterinary Medicine Advisory Committee meeting on the AquAdvantage salmon produced by AQUABOUNTY TECHNOLOGIES, INC. 2010-09-20).

Il s'agit d'un saumon atlantique modifié, créé par l'entreprise Investing Businessweek (2011), "AquaBounty Technologies Company Overview" Bloomberg Businessweek. Consulté 2011-03-18. qui est devenu en le premier poisson génétiquement modifié par transgenèse commercialisé pour des fins alimentaires. Il a obtenu à cette date une autorisation de commercialisation (après son évaluationAquaBounty Technologies, Inc. Environmental Assessment for AquAdvantage® Salmon (Arcadis U.S., Inc., Highlands Ranch, CO, août 2010). (Committees/CommitteesMeetingMaterials/VeterinaryMedicineAdvisoryCommittee/UCM224760.pdf lien)) au Canada. En , l'entreprise a annoncé avoir vendu de saumon AquAdvantage à des clients Canadiens qui ont à ce jour gardés leur anonymat. L'entreprise prévoit de demander des autorisations pour des truites, des tilapias. et de l'omble arctique génétiquement modifiés.

Selon les dossiers produits par AquaBounty à la FDA, deux gènes de saumons Chinook et deux séquences provenant d'une autre espèce (loquette d'Amérique) ont été introduits, FDA, in Rapport de la FDA sur la commercialisation du saumon AquAdvantage (FDA) 4 mai 2012 (voir chap. 5 Description of AquaVantage salmon, conditions of use, and containment), (information reprise par un article du New-York Times et un article scientifiqueGijs A Kleter, Harry A Kuiper (2002), Considerations for the assessment of the safety of genetically modified animals used for human food or animal feed ; Livestock Production Science, Volume 74, Issue 3, avril 2002, pages 275–285 résumé ; voir l'image , légendée : ). En 2010, AquaBounty, produirait déjà au Canada sur l'Île-du-Prince-Édouard les œufs de poissons destinés à des élevages en bassins enclavés à terre au Panama pour des poissons à exporter (alors que l'étiquetage n'est toujours pas obligatoire aux États-Unis).

Ce poisson est controversé. Des préoccupations scientifiques et environnementalistes portent sur les risques d'impacts environnementaux à moyen et long terme, plus que sur le risque alimentaire. La FDA a considéré que la modification était équivalente à l'utilisation d'un médicament vétérinaire (hormone de croissance et modification transgénique), in Background Document: Public Hearing on the Labeling of Food Made from the AquAdvantage Salmon, aout 2010 (voir note de bas de page ) et a donc utilisé son processus (dit « NADANADA review process ») d'évaluation vétérinaire. Dans ce cadre, la FDA a conclu que ce poisson ne présentait a priori pas de risques pour la santé, et pouvait être cultivé de manière sûre. Mais en 2013, l'opportunité d'élever un tel poisson reste très contestéeErik Stokstad, « Engineered Fish: Friend or Foe of the Environment?(Poisson génétiquement modifié, ami ou ennemi de l'environnement ?)», Science, vol. 297, no 5588, septembre 2002, . notamment depuis au moins 1986 concernant les risques qu'il pourrait poser à l'égard de l'environnementPETIT Hélène (2006), Saumons transgéniques et biodiversité font-ils bon ménage ? ; Journal Biofutur ; , no263, , 18 refs, l'autorisation de mise sur le marché pourrait être à nouveau repousséeApproval for gene-modified salmon spawns controversy New Scientist, Volume 217, Issue 2898, 5 janvier 2013, pages 5 DOI:https://dx.doi.org/10.1016/S0262-4079(13)60009-3 ().

Genèse du Saumon AquAdvantage

Le variant transgénique (AquAdvantage) actuellement en procédure d'autorisation intègre selon l'entreprise deux transgènes. Le premier de ces transgènes code la production d'une hormone de croissance. Le second est un gène régulateur qui augmente la production de l'hormone de croissance en hiver ; ces deux gènes proviennent du saumon Chinook. Cette construction génétique a été insérée dans le patrimoine des du saumon atlantique pour produire une lignée nouvelle qui est selon l'entreprise génétiquement stable.

Un autre saumon dit de « seconde génération » combine une construction génétique induisant une croissance accélérée et une autre conférant une résistance au froid. Dans ce cas, le gène anti-gel est issu d'une autre espèce de poisson (Zoarces americanus) très résistant au froid (pouvant vivre aux environs de voire un peu moins dans l'eau salée). Le saumon AAS (AquadVantage) contient le promoteur du gène antifroid, mais non le gène lui-même..

Les transgènes intégrés par l'entreprise dans une souche de saumon atlantique sélectionnée pour l'élevage ont comme conséquence principale de le faire grossir beaucoup plus rapidement. Plus exactement, il grossit toute l'année, et pas uniquement au printemps et en été comme le font naturellement les saumons sauvages dont le métabolisme diminue de l'automne au début du printemps quand il y a moins à manger. L'objectif n'était pas de lui donner une taille finale plus grande ni de modifier ses qualités gustatives.

Ce poisson grossit (poids et taille) en 16 à 18 mois autant qu'un saumon d'élevage normal en 3 ans, sachant que le saumon d'élevage « normal » grossit lui-même jusqu'à deux fois plus vite qu'un véritable saumon sauvage, à la suite d'une sélection des plus gros individus comme reproducteurs par les éleveurs. Selon l'entreprise, à 750 jours il pèse , alors que le saumon d'élevage normal en pèse environ .. Ces performances sont à relativiser, d'après les chiffres de l'industrie norvégienne du saumon il faut 2 à 3 ans pour obtenir un saumon de 4 à . Le gain réel ne serait que de 25 à 30% par rapport à un saumon de souche d'élevage sélectionnée.

Licences, brevets AquaBounty a acheté les brevets déposés sur des gènes par l'université de Toronto et la Memorial University of NewfoundlandAquabounty.com, AquaBounty Technology ; The Company (présentation de l'entreprise par elle-même, consulté 2013-01-31. Demandes de mises sur le marché Elles ont été faites dans des pays où la législation n'interdit pas d'office les animaux transgéniques, dont - selon le site internet du pétitionnaire (en 2013) aux États-Unis et au Panama (sous la responsabilité de Henry Clifford, nutritionniste aquacole diplômé (MS) de la Texas A&M University, et vice-président responsable du marketing et des ventes au sein de AquaBounty Technologies depuis , après avoir travaillé durant 30 ans à des dans l'industrie)..

Le pétitionnaire L'entreprise souhaitant commercialiser cet animal transgénique est une start-up. Elle a été créée en 1991 sous le nom de A/F Protein puis est devenue (en 2000) une filiale de la première ; dénommée AquaBounty Technology, et basée à Waltham (dans le Massachusetts). La société mère était destinée à produire des protéines antigel d'origine transgénique, et la société fille vise la production de poissons transgéniques alimentaires ; Selon le biologiste Nigel Williams, elle avait déjà en 2010 investi 60 millions de dollarsNigel Williams, New focus, GM salmon loom ; Current Biology, Volume 20, Issue 18, 28 septembre 2010, Pages R791 (résumé) dans cet objectif.

Cette entreprise est aujourd'hui présidée par Ronald L. Stotish (Ph.D., en Biochimie) qui est le PDG depuis , après avoir été embauché par AquaBounty Technologies deux ans plus tôt, en tant que vice-président pour les affaires juridiques, puis premier vice-président à la R&D et affaires juridiques). Avant cela, le Stotish était vice-président exécutif pour la R&D chez MetaMorphix, Inc et a été vice-président pour la recherche et le développement pharmaceutique chez Fort Dodge (secteur : santé animale), après avoir occupé divers postes chez American Cyanamid et un début de carrière comme chercheur chez Merck dans le domaine de la santé animale et des parasitoses RL Stotish & al. (1976), Studies of a glycoprotein in the oocysts of Eimeria tenella. ; Journal of Biological chemistry, vol 251, , 25 janvier 1976, à 507CC Wang & RL Stotish (1975), Changes of nucleic acids and proteins in the oocysts of Eimeria tenella during sporulation - Journal of Eukaryotic Microbiology ; Volume 22, Issue 3, pages 438–443, August 1975, - Wiley Online Library (résumé) et sur des mutants de l'organisme modèle Neurospora crassaRL Stotish & Ethel W. Somberg (1981), Electrophoretic analysis of the plasma membrane proteins of a mutant of "Neurospora crassa" which lacks a cell wall ; Biochimica et Biophysica Acta (BBA) - Biomembranes ; Vol.641, Issue 2, 1981-03-06, à 300 (résumé). Il s'est aussi intéressé (2004) au mode biochimique d'action des protéines inhibitrices du muscle squelettiqueMan-Shiow Jiang, Li-fang Liang, Shusheng Wang, Tamara Ratovitski, James Holmstrom, Christopher Barker, Ronald Stotish Characterization and identification of the inhibitory domain of GDF-8 propeptide Biochemical and Biophysical Research Communications, Volume 315, Issue 3, 12 mars 2004, Pages 525–531 ; DOI: https://dx.doi.org/10.1016/j.bbrc.2004.01.085 (résumé) ainsi (2005, chez MetaMorphix) qu'aux myostatinesXiangyang Zhu, Stavros Topouzis, Li-fang Liang, Ronald L. Stotish (2004), Myostatin signaling through Smad2, Smad3 and Smad4 is regulated by the inhibitory Smad7 by a negative feedback mechanism ; Cytokine ; Volume 26, Issue 6, 21 juin 2004, pages 262–272 ; https://dx.doi.org/10.1016/j.cyto.2004.03.007 (résumé) et mécanismes naturels de régulation de la croissance musculaireSe-Jin Lee, Lori A. Reed, Monique V. Davies, Stefan Girgenrath, Mary E. P. Goad, Kathy N. Tomkinson, Jill F. Wright, Christopher Barker, Gregory Ehrmantraut, James Holmstrom, Betty Trowell, Barry Gertz, Man-Shiow Jiang, Suzanne M. Sebald, Martin Matzuk, En Li, Li-fang Liang, Edwin Quattlebaum, Ronald L. Stotish et Neil M. Wol (2005), Regulation of muscle growth by multiple ligands signaling through activin type II receptors ; PNAS, online before print December 5, 2005, doi: 10.1073/pnas.0505996102 PNAS December 13, 2005 vol. 102 no. 50 18117-18122, avec d'autres chercheurs qui pensaient qu'en bloquant l'action de la myostatine, on pourrait augmenter la masse musculaire (chez l'homme ou l'animal).

En 2010, alors qu'il travaillait chez Aqua Bounty Technologies, RL Stotish a copubliéS. C. Fahrenkrug, A. Blake, D. F. Carlson, T. Doran, A. Van Eenennaam, D. Faber, C. Galli, Q. Gao, P. B. Hackett, N. Li, E. A. Maga, W. M. Muir, J. D. Murray, D. Shi, R. Stotish, E. Sullivan, J. F. Taylor, M. Walton, M. Wheeler, B. Whitelaw et B. P. Glenn (2010) Precision genetics for complex objectives in animal agriculture ; mis en ligne avant impression: 2010-03-12 ; doi:10.2527/jas.2010-2847 J ANIM SCI July 2010 vol. 88 n° 7 2530-2539 avec 20 de ses collègues du domaine des biotechnologies (américains, 3 Chinois, 1 Australien et un Anglais travaillant sur des projets d'animaux OGM destinés à être consommés) un article dans Journal of animal science dans lequel ils estiment qu'il serait de ne pas utiliser les organismes animaux génétiquement modifiés ou améliorés pour nourrir le monde si on peut le faire. Ils y accusent les adversaires de la génétique animale, et plus généralement les adversaires de l'élevage d'empêcher le développement de solution dans un contexte de risques croissants.

Avantages mis en avant par le pétitionnaire AquaBounty, le créateur de ce saumon voit à ce nouveau produit de nombreux avantages qui devraient selon lui faciliter son autorisation et en faire peut-être le premier à être commercialisé et mangé, avant au moins 18 autres variétés de poissons à croissance accélérée en cours de développement dans le monde ; AquaBounty ne présente aucun inconvénientAquaBounty technologies, Press Room, consulté 2013-30-01, cependant les littératures scientifiques et techniques spécialisées sont plus nuancées.