La géopolitique des espaces maritimes est l'étude des océans et des mers en tant que territoires dominés, partagés ou disputés par les États pour des questions de prestige, de domination ou d'exploitation économique.

Les espaces maritimes couvrent 71 % de la planète Terre, soit 361 millions de km. Ils sont depuis des millénaires des lieux de circulation, de contact, d’échanges et de conflit. Mais avec la mondialisation due aux révolutions technologiques et à l’ouverture des frontières au libre-échange, et avec la découverte et l’exploitation croissante des ressources océaniques, dans le cadre d’un monde multipolaire, les espaces maritimes sont plus que jamais au cœur des convoitises et des jeux de puissance.

La géopolitique des espaces maritimes est un sujet d'étude relativement récent en France. Le premier ouvrage paru à ce sujet semble être Le sixième continent, géopolitique des océans de Pierre Papon en 1996. Depuis cette date, d'autres études ont été publiées, mais le sujet reste en marge des ouvrages des géopolitologues populaires (Yves Lacoste, Pascal Boniface ou Jean-Christophe Victor).

Appropriation du domaine maritime Les espaces maritimes sont répartis entre océans (larges espaces ouverts) et mers (espaces plus limités, plus ou moins fermés). Cinq océans constituent l’essentiel des espaces maritimes, à commencer par le Pacifique (50 %), suivi de l’Atlantique (30 %). L’ensemble de ces espaces a été l’objet d’une appropriation progressive par les États dans le cadre de négociations internationales relativement récentes, et en évolution constante.

Premières étapes de l'appropriation des espaces maritimes Le droit de la mer a été principalement établi lors de la conférence internationale de Montego Bay (1973-1982) qui a abouti à la signature de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la MerConvention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (CNUDM ou UNCLOS) en 1982, entrée en vigueur en 1994. Cette convention complétait ou remplaçait les conventions de Genève signées en 1958.

L'idée de droit de la mer est née au Elle est attribuée au Hollandais Hugo de Groot (Grotius) dans son ouvrage Mare liberum paru en 1609. . Il s’est surtout développé à partir du entre grandes puissances. On distinguait alors les « eaux territoriales », proches des côtes des États riverains, et la haute mer où la circulation devait être libre. Ce principe de « liberté des mers » a été réaffirmé avec force par les présidents américains au moment des deux guerres mondiales (Wilson et ses 14 points en 1918, Roosevelt dans le cadre de la Charte de l’Atlantique élaborée avec Churchill en 1941). C’est sur cette base qu’ont été négociées les conventions de Genève.

Mais avec la découverte de nouvelles ressources maritimes, avec l’industrialisation de la pêche, et avec les revendications maritimes des États issus de la décolonisation, de nouvelles négociations ont été nécessaires. La convention de 1982 a été signée ou ratifiée par de nombreux ÉtatsListes chronologiques de ratifications, adhésions et successions à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10 décembre 1982, mais pas par tous (parmi ceux qui ont refusé, il y a entre autres les États-Unis, Israël, la Turquie, la Syrie, le Venezuela), mais elle est largement appliquée dans ses grands principes. En particulier elle définit plusieurs zones en fonction du droit des États à y exercer tout ou partie de leur souveraineté. Elle a également mis en place un Tribunal International du Droit de la Mer (TIDM ou ITLOS, Hambourg) qui tranche les différends entre États signataires. Elle a aussi reconnu les fonds marins comme bien commun de l’humanité, gérés par l’Autorité Internationale des Fonds MarinsAutorité Internationale des Fonds Marins (AIFM ou ISA).

Zonage juridique des espaces maritimes

La Convention de 1982 a complété le zonage de la mer. Le droit international distingue : les eaux intérieures (baies, rades, estuaires), notion étendue entre les îles proches des États insulaires ou archipélagiques (Japon, Philippines, Indonésie, etc.). La mer territoriale : zone depuis la ligne de base de l'État jusqu'à 12 milles nautiques (maximum, soit ) de l’État riverain : souveraineté complète mais libre « droit de passage inoffensif » pour les navires commerciaux et militaires. La zone contiguë : de 12 à 24 milles soit (souveraineté partielle : sécurité, répression des trafics, droit de poursuite, etc.) La Zone économique exclusive (ZEE) : depuis la ligne de base de l'État jusqu'à 200 milles (). Liberté totale de navigation, mais exploitation économique réglementée par l’État riverain (eaux, fonds, sous-sol).

Une extension de la ZEE est possible de 200 à 350 milles, à condition que les fonds marins soit un plateau continental. Les États étaient autorisés à demander l’extension jusqu’en 2009, en déposant un dossier scientifique auprès de la Commission des limites du plateau continentalCommission on the Limits of the Continental Shelf (CLPC ou CLCS) créée pour l’occasion et siégeant à l’ONU, liste des demandes et réponses apportées jusqu’en mars 2009. On distingue en effet les plateaux continentaux (28 millions de km²) des plaines et fosses abyssales.

Au-delà de ces zones, la haute mer n’appartient à personne, elle représentait 64 % de la surface maritimes, mais diminue sous l’effet de l’extension des domaines maritimes dans le cadre des plateaux continentaux.

Les détroits, entièrement inclus dans les eaux territoriales d’un pays, ou l’accès aux ports font l’objet d’un statut international particulier de libre-circulation sécurisée.

Dans ce cadre le plus vaste domaine maritime est celui des États-Unis, suivi par la France avec plus de 11 millions de km2, de véritables coffres-forts. 150 États environ ont des débouchés maritimes alors que 45 n’en ont pas (ils doivent parfois négocier avec leurs voisins l’accès à la mer).

« Course à la mer » La division de l’espace maritime a entraîné une course à la mer, des tensions et des conflits entre États voisins, lorsqu’il s’est agi de déterminer les frontières maritimes exactesL’Atlas géopolitique des espaces maritimes présente un inventaire complet des accords, limites et conflits en 2010. Parmi les tensions les plus vives, on trouve celles qui opposent la Chine, qui a de très larges prétentions sur un ensemble d’archipels en mers de Chine orientale et méridionale, à ses voisins, le Japon, Taïwan, le Viêt Nam, les Philippines et . On compte environ 70 conflits pour la définition exacte des zones maritimes et l’attribution d’îlots, habités ou non. La plupart de ces conflits font l’objet de négociations qui aboutissent à des accords, ou pas.

Par exemple, dès 1969, la cour internationale de justice a statué sur les Z.E.E. en mer du Nord entre Allemagne, Danemark, Pays-Bas et Royaume-Uni, qui ont signé des accords en 1971.

En 2010, un accord a réglé le différend entre la Russie et la Norvège concernant la mer de BarentsDans « Les territoires maritimes de la Russie », article de la revue Carto , juillet-août 2010, p. 62.. Parmi les conflits en cours : entre l’Argentine et le Royaume-Uni dans l'Atlantique sud, entre Israël et le Liban en Méditerranée, entre la Russie et ses voisins ukrainien et géorgien en mer Noire.

Certaines tensions se prolongent et pourraient déboucher sur des conflits armés, comme les revendications de souveraineté en mer de Chine méridionale où les îles Spratleys sont occupées par six puissances rivales qui, chacune, revendique tout l'archipel : la Chine communiste, la Chine nationaliste (Taïwan), le Viet Nam, la Malaisie, Brunei et les Philippines.

Militarisation des espaces maritimes L’accès aux ressources, le contrôle des routes maritimes, la capacité à défendre ses droits passent par la possibilité de mettre des navires militaires sur l’eau.

Connu depuis longtemps par les Européens, cet aspect de la puissance a été révélé aux États-Unis par le best-seller du capitaine Alfred T. Mahan dans The influence of sea power upon history, 1660-1783, publié en 1890 et démontrant que pour assurer sa puissance sur terre, et surtout sa prospérité économique, il vaut mieux être un État puissant sur la mer. À cette époque la Grande-Bretagne dominait les mers, mais d’autres puissances maritimes existaient (la France) ou commençaient à se développer (Allemagne, États-Unis, Russie, Japon). Une partie décisive des deux guerres mondiales s’est jouée sur les océans.

Aujourd’hui, la puissance maritime d’un pays est liée à l’importance de sa flotte de guerre, mais aussi au réseau de bases militaires navales dans le monde (sur son territoire ou dans un autre État selon un accord spécifique), ou encore à la capacité de surveillance permanente grâce aux radars, aux hélicoptères et avions de surveillance et aux satellites.

Dix États ont 84 % des forces maritimes mondiales, ce qui demande un budget considérable pour la fabrication et l’entretien. Mais c’est un élément essentiel de la puissance. La domination est assurée par les porte-avions, supports ou bases d’opérations militaires projetées (avec missiles nucléaire longue portée), et par les sous-marins nucléaires.

Les États-Unis dominent de loin, avec leurs six flottes dont 20 porte-avions et hélicoptères, 70 sous-marins nucléaires, de nombreux sous-marins classiques, et leur impressionnant réseau de bases. Ils sont les gendarmes des mers, et réorganisent leur présence dans le monde en fonction des évolutions, en particulier la montée en puissance de la Chine. La Chine s'est lancée dans un programme ambitieux d'accroissement de ses forces navales, avec l'acquisition et la construction de sous-marins et de porte-aéronefs, et la constitution d'un réseau de bases depuis son territoire jusqu'au golfe Persique, le « collier de perles ».

Les États-Unis sont suivis par la Russie (1 porte-avion, 37 sous-marins nucléaires), le Royaume-Uni (11 sous-marins nucléaires), la Chine (6 sous-marins nucléaires et des porte-avions en construction), le Japon, la France (un porte-avion, 10 sous-marins nucléaires), mais aussi l’Inde, le Brésil, Taïwan, la Turquie, la Corée du Sud, le Pakistan, l’Iran.

La France est particulièrement présente en Méditerranée, dans l’Océan indien et dans l’Atlantique. Elle a plusieurs bases, liées à son ancien empire colonial. En 2009, une nouvelle base française a été inaugurée dans le golfe Persique, aux Émirats arabes unis (Abu Dhabi).

Le but est d’abord de montrer sa puissance, de faire peur ou pression (Si vis pacem, para bellum), d’assurer la sécurité des routes maritimes commerciales (zones de piraterie, trafics illégaux, menaces de certains États), d’accomplir des missions humanitaires, de poursuivre les pollueurs, voire de faire la guerre .

Le golfe d'Aden est aujourd'hui le lieu où toutes ces forces militaires navales se montrent, s'observent, se jaugent. La piraterie somalienne a été l'opportunité d'un déploiement international de la puissance maritime (présence des Américains, des Européens (opération Atalante), des Russes, des Chinois, des Japonais qui ont établi une base à Djibouti, etc.).

Circulation La mer est un espace de circulation et de contacts depuis les temps les plus anciens. Les contacts pouvaient être commerciaux, culturels ou guerriers. Pendant des siècles, la circulation sur cet espace a été réglée par la « liberté des mers », c’est-à-dire la loi du plus fort. Mais aujourd’hui, il existe des règles multiples établies au niveau international pour gérer cette circulation. L’Organisation maritime internationaleOrganisation maritime internationale (O.M.I.) créée en 1947, siégeant à Londres, est chargée de réglementer la navigation, en particulier à travers des normes de sécurité s’appliquant soit à la construction, soit à la circulation.

Principes de la circulation maritime de nature commerciale