Limace est un nom vernaculaire ambigu désignant en français certains gastéropodes sans coquille externe appartenant à l'infra-ordre des stylommatophores. Les limaces mesurent de et peuvent peser de . Comme les autres stylommatophora, elles ont quatre tentacules dont deux qui ont des yeux. Les autres sont utilisés pour capter les odeurs et sont sensibles aux goûts. Elles peuvent être phytophages ou carnivores.

Les plus grandes limaces sont aussi appelées des loches. Il existe des animaux aquatiques d'aspect approchant, dits limaces de mer et lièvres de mer.

Zoonymie Limace vient du latin limax emprunté au grec ancien signifiant « eau stagnante, marais, lieu humide », en référence aux microhabitats humides de ces gastéropodes. C'est cette racine grecque qui a également donné le terme limon et limnologie en français.

Histoire évolutive

vignette|redresse=1.6|Multiples sorties des eaux au sein de plusieurs groupes d'organismes vivants. Les ancêtres des gastéropodes terrestres étaient marins. Grâce à l'évolution des branchies en poumons, certains gastéropodes intertidaux s'aventurent sur la terre durant le Carbonifère.. La littorine bleue montre cette transition par la réduction de ses branchies et une augmentation de l'épithélium vasculaire qui permet à la respiration pulmonaire de suppléer la respiration branchiale. Espèce de littorine de l'étage supra-littoral la plus résistante à la dessiccation, elle survit à une émersion de plusieurs mois en réduisant ses flux respiratoires afin de limiter la déshydratation, et en s'oxygénant par une respiration tégumentaire.. vignette|redresse=1.6|Arbre phylogénétique des hétérobranches. Les relations phylogénétiques au sein de chaque groupe ne sont pas simples car des formes similaires de corps et de coquilles, ainsi que les processus de limacisation sont apparus plusieurs fois indépendamment. Il en résulte que la monophylie des groupes est loin d'être établie en l'état actuel des connaissances. Les ancêtres des limaces habitaient les mers. Ils ont évolué et se sont transformés au cours du temps, pour donner aujourd'hui quelque différentes, marines ou terrestres. L'évolution la plus importante a été la perte des branchies au profit des poumons : la disparition de la cavité palléale au cours de l'organogénèse est remplacée, à son voisinage, par la formation d'un sac dont la paroi supérieure est richement vascularisée, constituant un poumon ou mieux une poche pulmonaire. Par suite de la disparition de la cavité palléale, l'anus et les conduits excréteurs s'ouvrent directement à l'extérieur, au voisinage immédiat du pneumostome (« bouche pulmonaire »)Schéma représentant l'anatomie des systèmes respiratoire et circulatoire de la limace, de son système digestif, extrait de Mollusques, site zoologie-uclouvain.be.. L'adaptation terrestre est imparfaite : la respiration pulmonaire est peu efficace car le poumon a une petite surface non plissée et est faiblement ventilé (ventilation de la cavité pulmonaire assurée par la musculature du plancher du poumon et des cycles de fermeture-ouverture du pneumostome). Cette réduction de surface d'échange des gaz respiratoires est compensée par une respiration tégumentaire (appelée aussi respiration cutanée). Une autre adaptation au milieu terrestre est la production d'un mucus très particulier qui réduit la dessiccation superficielle. La nécessité d'échapper à la dessiccation explique que les limaces sont plus actives la nuit ou par temps humide. Par temps sec, elles trouvent abri pendant la journée dans tous des microhabitats humides (sous les pierres, les branches mortes, dans la litière, à la base des plantes…). La survie pendant les périodes les plus sèches est assurée par l'enfouissement dans le sol..

Le groupe des gastéropodes sans coquille, c.-à-d. les limaces, est considéré comme un grade polyphylétique, car le processus de limacisation (perte et/ou recouvrement de la coquille volumineuse qui améliore la manœuvrabilité de ces invertébrés terrestres en leur permettant de trouver plus rapidement leur nourriture et de glisser plus facilement dans leurs cachettes). s'est produit indépendamment dans plus de dix lignées différentes (phénomène d'évolution convergente qui permet à la masse viscérale de s'allonger et de s'aplatir)..

La phylogénie des Stylommatophores au sein des Gastéropodes terrestres reste discutéeStylommatophoran phylogenies. (A) Pilsbry (1900b). (B) Tillier (1989). (C) Wade et al. (2001, 2006). Cf ..

Classification Espèces thumb|Limace au cirque de Gavarnie en mai.

Grosse limace rouge ou Grande Loche : Arion rufus Limace des jardins ou Loche noire : Arion hortensis Loche méridionale : Arion vulgaris Grande limace grise : Limax maximus Petite limace grise ou Loche laiteuse : Deroceras reticulanum Grosse limace jaune : Limax flavus Limace jaune des bois : Malacolimax tenellus Limace agreste ou Loche blanche : Deroceras agreste Petite loche maritime : Deroceras panormitanum

Description

Les limaces mesurent entre . Elles ont un corps mou, non segmenté, sans squelette interne, ayant une forme allongée et profilée. Leur masse viscérale située le long du pied est recouverte par le manteau..

Leur corps peut être divisé ainsi : Crête médiodorsale Bouclier ou manteau Tentacules Glande muqueuse caudale Sole de reptation

La tête est munie généralement de deux paires de tentacules situés au-dessus de la bouche. Ces organes sensoriels sont creux, rétractiles et invaginables en entier dans l'intérieur de la tête et presque toujours. Les tentacules antérieurs ou inférieurs sont des organes tactiles et olfactifs. Les tentacules postérieurs ou supérieurs portent, à leur extrémité, les taches oculaires (qui vont des ocelles simples aux yeux complexes à lentille) mais constituent aussi des organes tactiles et olfactifs. Les limaces sont en effet des animaux principalement nocturnes, si bien que leurs principaux organes sensoriels sont des récepteurs olfactifs situés dans l'épithélium des quatre tentacules (les antérieurs sont principalement impliqués dans la chimioréception de contact et le suivi d'une trace de mucus d'un congénère, les postérieurs dans l'orientation par anémotaxie négativeIls remontent les vents. et gradient de concentration).. La bouche comporte deux mâchoires avec de petites dents et une langue, la radula, elle aussi dentée.

Le manteau qui a la forme d'un bouclier charnu dorsal, couvre environ le tiers de la région antérieure dorsale du corps. Le bord antérieur de ce manteau forme un rabat dans lequel la tête de l’animal peut se rétracter pour se protéger. Le bouclier dorsal recouvre une petite lamelle de calcaire (appelée limacelle) ou quelques concrétions calcaires (accumulation de grains formant la pseudo-limacelle), vestiges de la coquille.. Cette coquille résiduelle cachée sous le manteau peut aussi être très petite à l'extrémité postérieure ou avoir complètement disparu. On observe, sur la droite du bouclier, l'orifice respiratoire de l'animal que l'on appelle aussi pneumostome qui fait communiquer la cavité palléale transformée en poumon unique avec le milieu extérieur. La position de cet orifice est un caractère diagnostique. Le pneumostome agit comme un diaphragme permettant le passage ou la rétention de l'air. Les mouvements cycliques de son ouverture sont assurés par la contraction des muscles inférieurs de la cavité palléale. La fréquence d'ouverture et de fermeture du pneumostome est généralement inférieure à 0,5 fermeture par minute chez les escargots et les limaces entièrement hydratés, et augmente à mesure que l'animal est déshydraté..

La partie caudale est la partie située en arrière du bouclier.

Le pied est la partie ventrale et musclée de l'animal. Il adhère au sol grâce à la sole de reptation.

Mucus

Le mucus des limaces est une sécrétion colloïdale complexe à haute viscosité produite par des glandes spécialisées. Assurant une fonction de lubrifiant, il est indispensable à leur progression. Il protège efficacement les limaces de la déshydratation et du rayonnement infrarouge. Mais surtout grâce à ses propriétés antibiotiques, il les protège des infections virales, bactériennes et fongiques auxquelles ces animaux seraient, sans cette protection, très exposés.

Lorsque la limace est soumise à une agression mécanique ou chimique, elle produit immédiatement un surplus de mucus, qui la rend particulièrement visqueuse, ce qui pourrait peut-être parfois lui permettre d'échapper à des prédateurs maladroits, en dépit de sa lenteur. Il est possible que le mucus serve aussi à détoxiquer l'animal qui peut ainsi évacuer certains polluants ingérés avec les végétaux.

Lors du déplacement, une glande située à l'extrémité avant du pied sécrète ce mucus qui est écrasé sous la sole de reptation et leur permet de glisser. Une partie reste sur le sol sous forme d'un film très fin aux reflets irisés qui peut constituer une piste olfactive permettant aux individus de se retrouver pour se reproduire.

Les propriétés colloïdales du mucus de la limace pourraient jouer un rôle dans le bon déroulement du processus d'humification de la litière et peut-être également pour la digestion des oiseaux ou animaux qui la mangent volontairement ou involontairement (comme les vaches, moutons ou chèvres réputés herbivores, mais qui ingèrent de nombreux invertébrés avec leur nourriture), mais ces questions n'ont pas fait l'objet d'études poussées.

Il semble que le mucus de limace ait pu avoir des usages médicinaux dans le passé (contre les affections pulmonaires ou de l'estomac). En dépit de ses propriétés peu communes, il ne semble pas non plus avoir été l'objet d'études pharmacologiques ou ethnopharmacologiques poussées.

Biologie

La limace est un animal à sang froid, essentiellement nocturne ou qui n'est actif que par temps très humide. Son activité varie beaucoup selon les périodes de l'année, la température et l'humidité.

Le cycle de vie des limaces, tout comme leur densité de population, la vitesse de leur reproduction et leur croissance sont conditionnés par les conditions climatiques, la lumière et la nourriture disponible. Les hivers doux favorisent le taux de survie des œufs, des jeunes limaces et leur développement. Les hivers secs et froids peuvent induire une diminution des populations vivant sur une parcelle.

Écologie

L'activité de la limace varie beaucoup selon l'espèce et au sein de l'espèce selon les individus, et pour un même individu, d'un jour à un autre.

Enterrées durant la journée, les limaces sortent en général la nuit et ne s'activent que dans une fourchette de conditions thermo-hygrométriques (minima/maxima).

Les limaces horticoles s'immobilisent en dessous de . L'optimum de températures des limaces grises se situe aux alentours de . Elles sont inactives à . Les limaces meurent à , mais elles se sont en général enfouies en profondeur avant l'arrivée du gel.

Sans eau ou humidité, la limace ne peut pas produire de mucus et par conséquent ne peut pas se déplacer. Elle se réfugie dans le sol pour attendre le retour des pluies.

Alimentation vignette|gauche|Une Limace léopard (Limax maximus) chassant une Grande loche (Arion rufus). vignette|redresse=1.5|Limace en pleine mycophagie, à l'origine de la croyance erronée selon laquelle un champignon comestible pour cet animal l'est aussi pour l'homme. En réalité, beaucoup de gastéropodes terrestres possèdent un arsenal enzymatique doté de grandes capacités de détoxifier les toxines fongiques, contrairement à l'homme..

Les limaces sont omnivores : elles ont une nourriture variée, le plus souvent composée de végétaux mais elles peuvent aussi consommer des champignons et des déchets animaux, être détritivores, voire carnivores (limace léopard).