vignette|Depuis 1985, le logo interprétant le dessin géométrique du labyrinthe de la cathédrale de Reims est apposé sur les monuments historiques en France afin de les signaler à l'attention du public..
Un monument historique est, en France, un bien meuble ou immeuble, recevant par une décision administrative un statut juridique et un label destinés à le protéger, du fait de son intérêt historique, artistique ou architectural.
Deux niveaux de protection existent : un monument peut être « classé » ou « inscrit » parmi les monuments historiques. L'inscription (dite jusqu'en 2005 « à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques ») est une protection des monuments présentant un intérêt remarquable à l'échelle régionale, contrairement au classement, protégeant les monuments présentant un intérêt à l'échelle de la nation et qui constitue ainsi le plus haut niveau de protection.. Dans le cas d'immobilier, la décision de protection énumère les parties de l'édifice qui sont protégées, à moins que celui-ci ne le soit entièrement (aussi bien des éléments extérieurs qu'intérieurs), ainsi que ses abords.
Le terme de « monuments historiques », au singulier comme au pluriel, désigne parfois improprement un monument ayant un cachet particulier ou un style ancien, bien que celui-ci ne soit pas protégé. Par métonymie le terme renvoie soit aux services chargés du recensement, de la protection et du suivi des monuments (service régional de l'inventaire, conservation régionale des monuments historiques et service territorial de l'architecture et du patrimoine, devenu par décret du unité départementale de l'architecture et du patrimoine (UDAP) et hébergeant les architectes des bâtiments de France), ou chargés des études et recherches les concernant (laboratoire de recherche des monuments historiques), soit à d'autres labels (label « Patrimoine du ») ou d'autres protections (site patrimonial remarquable), soit à des associations de promotion des monuments historiques (vieilles maisons françaises, fondation du patrimoine…).
En 2020, il y avait en France historiques immobiliers, selon la base MériméeListe des Immeubles protégés au titre des Monuments Historiques. Jeu de données issu d'un service public certifié, publié en 2015 par Ministère de la Culture et de la Communication sur le portail Etalab et mis à jour en 2019. et, en 2023, environ mobiliers monuments historiques, dont environ et ..
Présentation vignette|Malgré sa taille, la locomotive à vapeur 141 R 1199 est classée au titre objet., comme peuvent l'être des bateaux. La notion de monument historique, suscitée à la fois par les idées de la Révolution française et du romantisme, a conduit à une politique de protection fondée par la monarchie de Juillet. Il s'agit d'une reconnaissance d’intérêt public pour les immeubles (édifices, jardins et parcs, réserves archéologiques, etc.) qui concerne plus spécifiquement l’art et l’histoire attachés au monument et constitue une servitude d’utilité publique.
Longtemps soumis aux dispositions de la loi du . Cette loi a été abrogée et codifiée au code du patrimoine, mais l'abrogation a été différée jusqu'à la parution de la partie réglementaire du code en 2011., le classement et l'inscription sont désormais régis par le titre II du livre VI du code du patrimoine.
Il existe deux niveaux de protection, constituant tous deux un label officiel français.
Inscription au titre des monuments historiques vignette|L'hôtel de ville de Lyon est classé au titre des monuments historiques en 1886.
Linscription au titre des monuments historiques. (autrefois connue comme « inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques »), pour certains meubles et immeubles présentant un intérêt à l'échelle régionale. Couramment, on dit d'un bien dans le premier cas qu'il est « inscrit ».
Classement au titre des monuments historiques Le classement au titre des monuments historiques., est à un niveau d'intérêt national. On dit dans ce second cas qu'il est « classé ».
Mise en œuvre Les deux protections peuvent aussi s’appliquer aussi bien à des objets immeubles qu'à des objets mobiliers (soit meubles proprement dits, soit immeubles par destination) présentant un intérêt historique, artistique, technique, etc. sous l’appellation de classement au titre objet ou (plus rare) dinscription au titre objet ainsi que pour le recensement.
La mise en œuvre d'une de ces protections peut prendre (partie législative et partie réglementaire).
Histoire Prémices et genèse Les biens nationaux, constitués à la faveur de la nationalisation des biens du clergé (décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation du Clément Benelbaz, Le principe de laïcité en droit public français, éditions L'Harmattan, « Logiques juridiques », 2011 , .), des émigrés (décret du .) et de la couronne de France (décret du ), ont eu des fortunes diverses. Certains ont été livrés à la vindicte populaire, engendrant la notion de vandalisme inventée par l'abbé Grégoire (rapport présenté à la Convention le sur « les destructions opérées par le vandalisme et les moyens de les récupérer ».), d'autres ont été conservés par l'État et ont changé de fonctions (prisons comme Maguelone, Clairvaux, Le Mont-Saint-Michel), mais la plus grande part ont été vendus à des particuliers, souvent pour servir de carrière de matériaux de construction. et ont disparu (abbaye de Cluny, château abbatial de Vézelay, etc.).
En 1790, Aubin Louis Millin parle pour la première fois de « monument historique » dans un rapport déposé à l'Assemblée constituante, à l'occasion de la démolition de la Bastille. « Monument historique » devient symbolique de l'avant-révolution, de l'Ancien Régime. L'idée de conserver un témoignage de l'Ancien Régime circule et la Constituante, sous l'impulsion de Talleyrand, adopte le un décret qui constitue la commission des monuments dont le rôle est d'étudier « le sort des monuments, des arts et des sciences ». En 1791, Alexandre Lenoir est nommé pour créer le musée des Monuments français, ouvert en 1795, dans lequel il rassemble les fragments d'architecture qu'il parvient à sauvegarder. Mais ce musée est fermé par par l'ordonnance du après le retour de la monarchie, lors de la Restauration et ses collections devant être restituées « aux familles et aux Églises » sont dispersées..
Le vandalisme entraîne des réactions, en particulier des romantiques (Chateaubriand, ou Victor Hugo qui publie en 1825 un pamphlet : Guerre aux démolisseurs.). La sauvegarde passe par un travail d'inventaire : dès 1795 le conseil des bâtiments civils complète l'inventaire des châteaux que Louis XVI avait commencé.
En 1820, le Baron Taylor et Charles Nodier publient leurs Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, au moment où se constituent à l'échelle nationale les premières sociétés archéologiques.. L’Académie celtique est fondée en 1804 par Éloi Johanneau, Mangourit et Camby qui s'est réunie pour la première fois le 3 ventôse an XIII (). Cette première association ne devait se vouer qu'à l'étude des Celtes mais rapidement elle s'est intéressée aux antiquités nationales. Dès 1811, Roquefort a proposé de changer le nom de la société pour lui en donner un plus en rapport avec son activité. Les nouveaux statuts ainsi que le nouveau nom de la société, Société des antiquaires de France, sont adoptés le . Arcisse de Caumont fonde la Société des antiquaires de Normandie en 1824, puis la Société française d'archéologie en 1834. La Société archéologique du Midi de la France a été fondée par Alexandre Du Mège, en 1831. En 1834 est fondée à Poitiers la Société des antiquaires de l'Ouest par Charles Mangon de La Lande à partir de membres de la Société académique d'agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers fondée en 1818. D'autres sociétés vont suivre dans les différents départements comme la Société des antiquaires de Picardie à Amiens. Le Comité des travaux historiques et scientifiques est fondé par François Guizot en 1834 pour diriger des recherches et soutenir celles des différentes sociétés savantes.
La naissance des « monuments historiques » vignette|redresse|La basilique Saint-Denis est un des premiers monuments à avoir été classés monument historique. En 1819, pour la première fois, le budget du ministère de l'Intérieur a une ligne « monuments historiques », une quinzaine se voyant allouer la somme de .. Sous la monarchie de Juillet, le ., le ministre de l'Intérieur François Guizot propose dans un rapport présenté au roi Louis-Philippe de créer le poste d'inspecteur des monuments historiques qu'il attribue à Ludovic Vitet le ., puis le à Prosper Mérimée.. La mission de l'inspecteur des monuments historiques est de classer les édifices et de répartir les crédits d'entretien et de restauration. Le , le ministre de l'Intérieur le comte de Montalivet institue la commission des monuments historiques, succédant au comité des Arts. Composée de sept bénévoles et présidée par Jean Vatout, directeur des monuments publics, elle fait un travail d'inventaire, de classement (classement sur la base de considérations politiques puis mettant l'accent vers 1835 sur l'intérêt historique et à partir de 1841 sur la qualité architecturale) et d'attribution des crédits. Elle se charge également de former les architectes qui interviennent sur les monuments (à commencer par Eugène Viollet-le-Duc)..
En 1840, la commission publie sa première liste qui compte historiques dont Rapport d'information , Au service d'une politique nationale du patrimoine : le rôle incontournable du Centre des monuments nationaux, Françoise Férat, ., liste composée uniquement de monuments préhistoriques et de bâtiments antiques et médiévaux (), pour beaucoup des édifices religieux, mais aussi des objets (telle la tapisserie de Bayeux). Tous sont des propriétés de l'État, du département ou de la commune., dont la conservation nécessite des travaux (et donc des crédits).
Par la suite, la commission continue son travail d'inventaire, les monuments historiques augmentent en nombre et le domaine de protection s'élargit selon trois directions : chronologique, catégorielle (vers l'architecture vernaculaire), typologique ou conceptuelle (on cherche à protéger un bâtiment représentant chaque type, le typicum et plus seulement l’unicum). Ainsi en 1851, la commission crée la Mission héliographique, chargée de photographier les monuments français. Cependant, les autorités locales, l'Église et l'armée rechignent à reconnaître les prérogatives de l'État sur leur patrimoine et le classement des monuments des propriétaires privés exige leur consentement : ces freins expliquent que le nombre des monuments classés annuellement passe de en 1848 à en 1873Jean-Claude Yon, , ..
Développement et ouverture vignette|redresse|Loi du sur les monuments historiques, Archives nationales A/1975. . La loi du pour la conservation des monuments historiques. fixe pour la première fois les critères et la procédure de classement. Elle contient également des dispositions instituant le corps des architectes en chef des monuments historiques (ou ACMH, s'inspirant de la situation des architectes diocésains et remplaçant progressivement les architectes locaux) instauré par décret du .. En 1893 a lieu le premier concours des ACMH, enfin en 1907 un décret fixe leur statut.
Proposée par le ministre de l'Instruction publique Aristide Briand, la loi du sur la protection des sites et des monuments naturels de caractère artistique résulte de l’action menée entre autres par la Société des amis des arbres (fondée en 1898 par Julien-François Jeannel), le Club alpin français, la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France et le Touring club de France qui militent contre les effets de l'industrialisation.. Elle pose le principe de classement des sites naturels pittoresques.