Gian Giacomo Medici, marquis de Marignan, plus connu comme « le Medeghino » (Milan, – Milan, ), est un condottiere lombard. Bandit de grand chemin devenu mercenaire des ducs de Milan puis de Charles Quint, le produit de ses rapines permit à son frère de monter sur le trône papal sous le nom de Pie IV. On peut encore admirer, dans la cathédrale de Milan, le somptueux monument funéraire que ce dernier lui fit édifier.

Biographie Origines familiales Son père, Bernardino de' MediciD'après ., résidait dans un palais du quartier Nosigia à Milan, où il vivait comme un aristocrate, quoiqu'il ne fût pas véritablement d'extraction noble, mais plutôt collecteur d'impôts et prêteur sur gage, lié par là au service du duc. De condition modeste, il n'était aucunement apparenté aux Médicis, banquiers de Florence<ref>[...] non ha infatti alcun rapporto di parentela con il prestigioso casato dei Medici [...] (C. Rendina, op. cit. in bibliografia, pag 274.)</ref> Marc Smith, , . ; mais lorsque son fils, Gian Giacomo, accèdera à la dignité de marquis, et sera au service des maîtres de Florence, il n'hésitera pas à se dire leur cousin.

Sa mère, Cecilia Serbelloni, appartenait à une famille qui, elle non plus, ne pouvait se dire « noble », mais qui pourtant évitait les professions infamantes (à la différence de celle du père), et même affectait les manières des gentilshommes. Le père de Cecilia, en particulier, était magistrat, et descendant d'une famille de notables.

À partir de 1516, avec le retour des Français à la tête du duché de Milan, Bernardino de'Medici, compromis avec le duc et fortement endetté (il avait, en tant que collecteur d'impôt, dû avancer de l'argent au duc), fut incarcéré par les gardes de Louis XII ; il mourut quelques jours après sa relaxe, sans avoir pu éteindre les dettes de sa famille.

Son fils Gian Giacomo fut surnommé le Medeghino, ce qu'on peut traduire par « petit Médicis », à cause de sa petite taille. Ce surnom passa à la postérité et fut même occasionnellement utilisé par l’intéressé lui-même.

Les premiers combats vignette|Le Medeghino. vignette|Bas-relief symbole de l'alliance de Gian Giacomo de Médicis seigneur de la Valsolda (1528-31) avec la république de Venise. Le Medeghino se distingue très tôt des autres garçons par son caractère violent, colérique et rancunier. À peine âgé de seize ans, il rejoint une bande après avoir tué un autre jeune homme, Paolo Pagnano, avec qui il avait une querelleD'après .. Il est contraint de trouver refuge dans la région du lac de Côme, au château de Musso, dont il fera plus tard sa base d'opération.

Cette bande s'était formée alors que Louis XII régnait sur le duché de Milan ; le Medeghino avait grandi dans une famille qui, quoique roturière, pouvait se dire liée aux Sforza et aux Morone, ennemis des Français. Il est à supposer que le Medeghino profita de sa bande pour rejoindre les partisans gibelins, qui au cours de ces années désolaient le duché de Milan, s'attaquant par des actes de brigandages aux intérêts français et à ceux de leurs alliés guelfes.

Parmi les chefs du parti gibelin auxquels il s'est lié, on peut citer le clan des de' Matti (originaire des « trois pieve » dominant le Lac de Côme, dont même plusieurs membres ont été connétables d’infanterie) et Francesco Morone, dont il est pour une brève période le lieutenant.

Sa brutalité et son absence de scrupules lui permirent de se hisser au rang des protagonistes du jeu politico-militaire qui au se jouait sur le théâtre d'opération italien : il se tailla un renom, une fortune et une place parmi les grands du italien et européen, parvenant même à faire anoblir sa famille.

À ce propos, il est dit qu'il partit trouver refuge au Lac de Côme parce qu'il le regardait comme son repaire : et en effet certains détails, s'ils ne sont pas pure coïncidence, témoignent encore aujourd'hui que le marquis Giacomo di Medici était natif du Valsolda et qu'il possédait une maison à Porlezza. Dans l'église principale de Cima, qui dépendait alors de Porlezza, on peut voir une petite pierre presque effacée où l'on devine le lion de saint Marc, symbole de l'alliance entre Gian Giacomo de Médicis et la république de Venise.

Homme de main des Sforza C'est cette époque que traversa le Medeghino, prompt à saisir au vol chaque occasion de conquérir richesse et pouvoir. Il avait fait du lac de Côme, considéré à l'époque comme un nid de pirates, sa base d'opérations, et ce fut lui qui alla trouver Girolamo Morone, chancelier des SforzaD'après .. Ce dernier était un ami de longue date des Médicis de Nosigia, car dans les années précédant immédiatement les guerres d'Italie, les familles de Medici et de Morone étaient proches voisines.

Morone lui proposa d'aider les Sforza à récupérer le duché de Milan alors aux mains des Français. left|thumb|Allégorie des Sforza

Ces deux bandits, partisans devenus guerriers, s'allièrent ainsi à celui qui devait être le nouveau duc de Milan, François II Sforza, candidat de l'empereur Charles Quint. En 1522, Gian Giacomo participa (comme officier subordonné) au passage de l’Adda et même peut-être à la bataille de la Bicoque ; en outre il contribua aux campagnes de pacification contre les Guelfes et les Français qui occupaient encore les villages de Torno et de Lecco.

C'était pour lui le début d'une nouvelle vie et d'une véritable carrière militaire, ponctuée de succès qui lui allaient lui valoir pouvoir et prestige. Il devint pour commencer l'un des principaux garde du corps de Girolamo Morone, le nouvel homme fort et premier ministre du Duché. C'est peut-être sur son ordre qu'en , on assassina Hector Visconti, grand rival politique de Morone lui-même, important chef de parti qui avait soutenu alternativement les Français et les Sforza.

Hector Visconti était un parent, quoiqu'éloigné, de la maison ducale, un chef de parti prestigieux, et son assassinat nécessitait l'intervention d'un maître-espion. C'est pourquoi on envoya le Medeghino, assisté de deux complices (parents de l'entourage du Morone) depuis Milan. Il se cacha dans le « pays des trois pieve » (une région du lac de Côme qui à l'époque faisait partie des fiefs de la république des Trois cantons), car dans l'intervalle ses deux complices avaient été capturés, et l'un des deux fut pendu.

Retraite au poste-frontière de Musso Dès le , il courut une légende, selon laquelle Morone aurait voulu se débarrasser du Medeghino parce qu’il en savait trop sur l’assassinat d’Hector Visconti. D'après cette légende, Sforza et son ministre Morone auraient ourdi contre lui un véritable complot.

Le Medeghino, juste après l’assassinat d’Hector Visconti, aurait été invité au château de Musso, à l’époque poste-frontière entre le duché de Milan et les Trois cantons, pour en devenir le châtelain et se tenir éloigné de Milan le temps que l’affaire se tasse. Gian Giacomo se serait effectivement rendu au château avec la lettre et les contreseings secrets pour la passation de pouvoir, mais accompagné d’un message scellé par lequel on ordonnait son assassinat. Le Medeghino aurait deviné la ruse, lu la missive sans en rompre le sceau et, d’accord avec son frère, le futur pape Pie IV, lui aurait substitué l’ordre de quitter sans retard le château. vignette|Le cardinal Giovanni Angelo de’Medici, futur pape Pie IV

En réalité, on ne voit pas bien dans cette histoire comment le Medeghino, à l’époque recherché à travers tout le duché de Milan, se serait risqué à devenir châtelain de Musso. Il faut remarquer en outre que ce château de Musso était une des meilleures fortifications du Duché, récemment restructurée et protégée par Jean-Jacques Trivulce, alors maréchal de France. En 1523, le château n’était plus occupé que par des mercenaires espagnols et allemands qui ne recevaient pas une solde très régulière : il n’est pas impensable que le Medeghino, avec un prêt de ses amis et des bandits repentis du Lario, ait soudoyé une garnison en mal d’un maître légitime.

Le château de Musso finit par jouir d’une sorte d'extra-territorialité : devenu le repaire d’une bande qui comprenait, outre son frère Giovanni Battista, les aventuriers Niccolò Pelliccione (alors capitaine et condottiere aux ordres du duc), Gasparino da Malgrate ainsi que de nombreux gentilshommes gibelins de Côme et du Lario chassés de Valteline (dont certains membres de la famille da Ponte), des mercenaires en mal de solde, enfin divers brigands. Ce ramassis de vaincus des guerres de clans, qui avaient ravagé le Lario par périodes depuis 1499, ne subsistait que par des actes de piraterie : extorsion de fonds, rapines, enlèvements, vols, sans préjudice des taxes et péages qu'ils ne manquaient pas de collecter.

Entre autres épisodes délictueux, Médici séquestra testiculis in vinculis Étienne de Birague, riche propriétaire guelfe qui avait refusé de lui verser une rançon de , dans une grotte du Val San Martino : ce qui donne la mesure de notre personnage.

Musso, de fait, ne fut plus qu’une petite seigneurie famélique qui s’étendait sur la partie centrale et septentrionale du lac de Côme.

Enfin, de 1524 à 1525, le Duché de Milan fut de nouveau en guerre avec la France et ses alliés suisses et Grisons. Contre ces derniers, le Medeghino entreprit une guerre de frontière sans merci ; il s'empara par la ruse du donjon de Chiavenna et parvint à le conserver un certain temps. Dans le même temps, les parents d’Hector Visconti étaient mis en cause dans un complot visant à assassiner le duc et à remettre le Duché aux Français ; situation qui justifiait a posteriori l'assassinat d’Hector et le rendait moins répréhensible aux yeux de la cour. Les événements qui suivirent le réconcilièrent avec le prince Sforza, qui finalement lui confirma son titre de châtelain de Musso, lui confia les octrois et le contrôle des territoires de Porlezza et de la Valsassina, en plus de la surveillance de Chiavenna qu'il avait définitivement sous-traité aux Grisons. La guérilla que le Medeghino pratiquait contre les trois ligues grisonnes et leurs alliés suisses eut des conséquences stratégiques heureuses ; car les Grisons, pour défendre la Valteline, décidèrent de retirer leurs forces du siège de Pavie, laissant attaquer seul le roi François , qui fut vaincu et capturé par les Impériaux.

Peu après, comme le Medeghino avait désobéi aux ordres de Sforza en libérant contre rançon des prisonniers et quelques émissaires grisons, Girolamo Morone fut accusé de trahison et d'intelligence avec les Français, et fut arrêté par les ImpériauxD'après . Le duc protesta de son innocence, et comme gage de bonne volonté ordonna à tous ses vassaux d'ouvrir leurs châteaux aux Espagnols, commandés par le général Antonio de Leyva au service de Charles Quint. Tandis que le duc, craignant d'être arrêté par l'empereur, se retranchait dans le château des Sforza, tous ses barons suivirent ses ordres, sauf Médicis qui, non content d'agrandir le territoire sous son contrôle, commençait à s'en prendre aux Espagnols par des embuscades.

Comte de Lecco et marquis de Musso La technique militaire du Medeghino, qui connaissait à la perfection le pays, était faite d'attaques par surprise, d'embuscades et de retraites de parthe, une forme de guérilla avant la lettre, contre laquelle le marquis de Leyva était impuissant à lutter. Le Medeghino était même en mesure, en l’occurrence, de lever une grande armée composée pour moitié de mercenaires et pour moitié d'hommes entièrement dévoués à sa cause car réfugiés dans les territoires qu'il contrôlait. Cette armée affronta les Impériaux lors de la bataille de Carate (qui opposa de part et d'autre quelque ), où il fut défait, et assiégé presque un an dans la ville de Lecco. left|thumb|Allégorie des qualités du défunt : la Force...