thumb|Portrait d' roi de France et de Navarre (gravure du ). Dans sa célèbre biographie du roi, Jean-Pierre Babelon évoque à plusieurs reprises le « visage allongé » d', « rendu triangulaire par la petite barbe pointue », en précisant qu'« avec les années […] le bas du visage s’est arrondi. [...] [et que] la barbe [est] ronde maintenant [...]. »Jean-Pierre Babelon, , Fayard, 1982, . thumb|Tête momifiée détenue en 1933 par Joseph-Émile Bourdais, et attribuée par lui à , roi de France. Retrouvée en 2010, elle est actuellement au cœur d'une controverse. vignette|La momie en tête-à-tête avec son « inventeur » : photographie émaillée sur la tombe de Joseph-Émile Bourdais (1881-1946), au cimetière parisien de Pantin.
La controverse autour de la tête d' est un débat qui confronte des chercheurs et historiens, sur l'authenticité d'un crâne momifié attribué au roi . En 1793, lors de la profanation des tombes de la basilique Saint-Denis, le cadavre du roi est extrait de son cercueil puis, après deux jours d'exposition, versé dans une fosse commune. Un quart de siècle plus tard, en 1817, sur l’ordre de , les dépouilles royales sont exhumées pour être replacées dans la crypte de la basilique de Saint-Denis.
En 1925, un article de la Gazette des arts présente un crâne momifié, qui est alors la propriété de Joseph-Émile Bourdais, comme la tête retrouvée du roi . En 2013, une controverse surgit autour de cette tête momifiée, alors qu'elle vient d'être léguée au prince Louis de Bourbon, chef de la Maison de Bourbon. Deux thèses s'affrontent alors : la première prétend qu'il s'agit de la tête du roi, thèse défendue par le médecin légiste Philippe Charlier, aidé d'une vingtaine de scientifiques, et publicisée par les journalistes Stéphane Gabet et Pierre Belet ; la seconde réfute l'attribution, position défendue par les historiens Philippe Delorme et Joël Cornette, le journaliste Franck Ferrand et plusieurs scientifiques.
Au-delà de l'attribution de cette tête momifiée, l'enjeu de la controverse est méthodologique : il touche à la place respective de l'enquête historique et des différents apports scientifiques dans ce genre d'affaires.
La dépouille mortelle En 1793, en pleine Terreur, les tombeaux royaux de la basilique de Saint-Denis sont profanés. La dépouille du roi est sortie de son cercueil, exposée au public, et jetée deux jours plus tard avec celles des autres rois, reines et princes dans une fosse commune près de la basilique, et recouverte de chaux vive. Si des rapports officiels existent sur cet épisode, aucun témoignage d'époque n'indique que le roi ait pu être décapité.
En 1817, fait ramener dans la basilique les restes de ses prédécesseurs : le , les ossements, dont aucun n'est identifiable, sont récupérés dans la fosse. Cependant, trois corps apparaissent réduits à leurs seules , ce qui incite certains auteurs à conclure qu'il manquait trois têtes. Dès cette époque, des rumeurs courent que la momie d' aurait subi des outrages au moment de la profanation (des récits postérieurs décrivent les révolutionnaires plaçant verticalement le corps d' contre un mur et même une femme le souffletant. Un témoignage de troisième main, évoquera le cadavre royal « frappé à coups de sabre et mis en pièce »Quid du crâne du roi ? Ce témoignage sera rapporté par le dans le de L’Intermédiaire des chercheurs et curieux en 1874. Un autre auteur évoque un médecin maniant un crâne non identifié près de la fosse commune. Mais aucun document d'époque n'atteste cet hypothétique larcin.
Le , lors de la dispersion à l'Hôtel Drouot des objets de l'atelier d'Emma Nallet-Poussin (1853-1932), peintre et sculptrice, trois crânes anonymes sont mis en vente. Ils sont achetés par un brocanteur occasionnel, Joseph-Émile Bourdais, pour la somme modique de 3 francs. Cinq ans plus tard, un article de La Gazette des artsLa Gazette des arts, 15 août 1924 le persuade que l’un d’eux est le crâne d'. Dès lors, et durant toute sa vie, le brocanteur tente, en vain, de prouver qu'il s'agit bien de la « tête momifiée dite d' ». À ses frais, il réalise notamment des radiographies et des moulages, expose la tête momifiée à son domicile à Dinard, puis dans son , rapporte Jacques Perot, l’ancien conservateur du château de Pau, où est né . Joseph-Émile Bourdais publie à Dinard Pourquoi et comment fut tué : constatations faites sur le chef momifié de ce monarque (L. Cherruel, 1930).. Il lance également la théorie que le crâne aurait été acheté à un Suisse de la Basilique de Saint-Denis par le comte d'Erbach (en réalité, celui-ci n'a jamais possédé qu'un fragment de crâne attribué à - encore exposé aujourd'hui au château d'Erbach - et jamais un crâne entier). Toujours selon les suppositions gratuites de Bourdais, le crâne royal aurait ensuite été rapatrié en France par Jérôme BonaparteVoir l'article du du Figaro du 4 septembre 1924 : , pourtant, n'avait qu'un crâne. Original jusqu'au dernier moment, le brocanteur fait placer sur sa tombe du cimetière parisien de Pantin un autoportrait en compagnie du crâne momifiéTombe de Joseph Bourdais. du cimetière de Pantin (voir photo ci-contre).
En 2009, anticipant la commémoration du quadricentenaire de la mort du monarque, les journalistes Stéphane Gabet et Pierre Belet entament la réalisation d'un documentaire intitulé Le mystère de la tête d'Stéphane Gabet et Pierre Belet, Le mystère de la tête d', production : Galaxie Presse, Réunion des Musées Nationaux, 2011. Ils contactent l'historien Jean-Pierre Babelon, et celui-ci leur révèle que plusieurs années auparavant, il a été contacté par un collectionneur, au sujet d'une tête momifiée prétendument arrachée au corps du roi. Achetée en 1955 par un certain Jacques Bellanger pour la somme de francs - soit environ 115 euros actuels - à la sœur du brocanteur Joseph-Émile Bourdais, la tête avait été, depuis lors conservée par M. Bellanger, dans une armoire de son grenier. Les journalistes parviennent à retrouver le détenteur de la « relique », aujourd'hui retraité à Chartres, et à le convaincre de leur confier la tête pour la faire analyserPierre Belet et Stéphane Gabet, « On a retrouvé la tête d' », Paris Match du 16 décembre 2010.
Après études, la tête momifiée a été confiée en au prince Louis de Bourbon qui la place dans le coffre-fort d'une banque parisienne. Un don au président de la République Nicolas Sarkozy est alors envisagé, en attendant que soit autorisée l'inhumation de la « relique » dans la nécropole royale de la Basilique Saint-Denis. Dès cette époque, le prince Henri d'Orléans, autre prétendant au trône de France, relayant les critiques de certains historiens, met en doute l'authenticité de cette tête momifiée. Ses détracteurs voient alors dans cette opposition la trace de la rivalité avec les Bourbons d'Espagne.
Selon Jean-Pierre Babelon, Nicolas Sarkozy aurait prévu initialement une cérémonie pour .. Cependant, le développement de la mise en cause de l'authenticité de la « relique », puis la campagne présidentielle suspendent le projet sine dieStéphane Gabet et Philippe Charlier, , l'énigme du roi sans tête, La librairie Vuibert, février 2013, 155 pages, .
Première attestation En 2010, une étude paléopathologique réalisée par une équipe multidisciplinaire de 19 scientifiques autour du médecin légiste Philippe CharlierLa tête momifiée d' : une identification médico-légale Le rapport de Philippe Charlier dans La Revue du praticien Vol. 60, 20 décembre 2010 et publiée par le British Medical Journal en 2010 a réalisé les examens suivants sur la tête : datation au carbone 14 qui fait remonter le crâne à une période comprise entre 1450 et 1650 ; constatation selon laquelle la tête a été séparée du corps longtemps après la mort (ce qui serait logique si elle a été volée à Saint-Denis lors de la Révolution) ; étude anthropologique (âge, sexe, ethnie) ; correspondances anatomiques (lésion pigmentaire à l'aile du nez compatible avec un nævus que l'on retrouve sur certaines représentations d') ; trou de boucle d'oreille (une seule et unique gravure du château de Chantilly montre le roi avec un tel bijou, mais c'est un portrait de fantaisie daté des années 1640, donc largement postérieur à la mort d') ; lésion osseuse à la bouche comme l'estafilade due à la tentative de meurtre par Jean Châtel (mais au côté gauche, alors que les documents d'époque évoquent la lèvre supérieure droite ) ; couleur des cheveux, de la barbe et de la moustache aux poils roux et blancs mêlés ; trois sections post mortem par arme blanche au niveau du cou ; mauvais état de la dentition ante mortem (lors de son décès, le sujet ne possédait plus que quatre dents, disparues depuis, dont une dent de sagesse, et souffrait d'abcès apicaux) ; études anthropométriques par superpositions faciales réalisées par tomographie assistée par ordinateur, se basant notamment sur le moulage de son masque mortuaire en plâtre conservé à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (des traces de plâtre sont relevées sur cette tête momifiée, mais elles dateraient du ) ; analyses toxicologiques (le plomb retrouvé sur la tête aurait le même profil isotopique que celui tapissant le cercueil royal et qu'une dent au Musée Tavet-DelacourCollection de reliques royales et archives correspondantes de sieur Étienne Brulay,dossier .170 au musée Tavet-Delacour de Pontoise) ; fibroscopie détectant une rhinite chronique ; recherche d'éventuelles particules volatiles (substances végétales) à l'origine d'un embaumement. À l'époque, la méthode d'embaumement consistait à ouvrir « les trois ventres » - tête, thorax, abdomen - . Or le crâne en question n'a été ni scié, ni trépané (technique habituellement utilisée par les chirurgiens de l'époque, dont Jacques Guillemeau et Pierre Pigray qui participeront à l'autopsie du roi. Guillemeau en publiera le procès-verbalJacques Guillemeau, Œuvres de chirurgie, Paris, Nicolas Buon, 1612). Alexandre Lenoir, témoin officiel de ces profanations, précise pourtant dans le Musée des monuments français en 1801 que la tête d' a été sciée et la cervelle remplacée par de l'étoupe et des aromatesAlain Boureau, Le Simple corps du roi. L'impossible sacralité des souverains français, , Paris, Les Éditions de Paris, 2000, . Néanmoins, d'autres témoignages originaux - ceux de Germain Poirier et dom Druon - conservés aux Archives nationales (AE1 15) et aux Archives de Paris (6 AZ 23, article 1391) ne décrivent pas de crâne scié. Alphonse de Lamartine dans son Histoire des Girondins écrit en 1847, sans plus de précisions, qu' aurait été « embaumé avec l’art des Italiens ». Les journalistes Stéphane Gabet et Pierre Belet ont recherché auprès de Rosa Boano, archéologue à l'Université de Turin, ce que le poète romantique entendait par là. Pour cela, ils consultent un ouvrage de Silvia Marinozzi et Gino Fornaciari, sur les méthodes d'embaumement à l'époque moderne. Celui-ci rapporte le témoignage de Pierre Pigray. Sa description mentionne l'éviscération et le décapage du corps d', sans précision concernant sa tête. Et pour la conservation, les embaumeurs auraient employé eau salée, vinaigre, alun, spiritueux, cendres, gypse, chaux, terre pulvérisée et diverses plantes aromatiques.
Au terme de cette étude, trente points de concordance sont allégués pour affirmer que la tête embaumée est bien celle du roi avec « 99,99 % de certitude ».
Première controverse