La Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent (CPBStL) est un distributeur d'électricité québécois fondé en 1922 par l'homme d'affaires Jules-A. Brillant. Desservant à l'origine une partie de la vallée de la Matapédia, elle a graduellement étendu son territoire au reste du Bas-Saint-Laurent et à une partie de la Gaspésie, avec une stratégie agressive de consolidation des distributeurs existants.
Faiblement capitalisée, l'entreprise échappe au contrôle de Brillant en 1927. L'homme d'affaires de Rimouski en redevient cependant propriétaire durant la crise des années 1930, à la faveur des difficultés financières des intérêts américains qui l'avait acquise quelques années plus tôt. La petite taille de son marché, l'absence de grands clients industriels et ses tarifs élevés entraînent le mécontentement de sa clientèle et sa stagnation.
La société est rachetée par Hydro-Québec dans le cadre de la deuxième nationalisation des compagnies d'électricité en 1963. Au moment de son acquisition par la société d'État, elle comptait environ répartis sur un territoire allant de Trois-Pistoles à Sainte-Anne-des-Monts.
Origines thumb|right|C'est de la petite ville d'Amqui que l'industriel Jules-A. Brillant bâtira à compter de 1911 sa mainmise sur la distribution de l'électricité dans le Bas-Saint-Laurent. La distribution de l'électricité dans le Bas-Saint-Laurent est autorisée par la ville de Rimouski dès 1895, puis en 1899, mais ce n'est qu'en 1902 que la Compagnie électrique de Rimouski, fondée par Michel Ringuette, établit son premier réseau de distribution dans la région. 32 lampes de rue, alimentées par génératrice furent installée afin d'illuminer la municipalité au début du XXe siècle. Ce type d'initiative marque les débuts de l'électrification des petites municipalités québécoises, succédant aux lampes à l'huile ou au gaz de l'époque. Il faudra quelques années supplémentaires avant de voir d'autres entreprises ouvrir le marché de la distribution électrique dans le reste du Bas du fleuve. La région étant peu propice à la construction de barrage, les génératrices étaient la principale source d'électricité. En 1909, un groupe de citoyens fonde la compagnie d'électricité d'Amqui, qui aménage une petite centrale de sur la rivière Matapédia. La compagnie construit un réseau qui s'étendra graduellement dans la vallée ; d'abord à Amqui, puis à Lac-au-Saumon, Saint-Léon-le-Grand, Val-Brillant et Sayabec. La construction de cet aménagement à la sortie du lac Matapédia, le seul possible sur le cours de la rivière, permet l'implantation d'un moulin à farine et d'une usine de rabotage dans la municipalité.
Des initiatives semblables surgissent dans d'autres secteurs. La Compagnie électrique de Trois-Pistoles est fondée en 1917, puis achetée par la ville trois ans plus tard. La même année, Eugène Côté installe une génératrice à son moulin de L'Isle-Verte et distribue de l'électricité pendant une dizaine d'années. À Cabano, un groupe d'investisseurs locaux investit dans une génératrice au fioul et se lance dans le commerce de l'électricité.
L'homme d'affaires Jules-André Brillant, qui dirige la Compagnie électrique d'Amqui entre 1911 et 1920, est familier avec l'approche employée par la Shawinigan Water and Power Company pour développer son marché en Mauricie. Il échafaude un projet de consolidation des compagnies électriques présentes sur le territoire bas-laurentien. Il s'assure d'appuis dans les milieux financiers et avec son conseiller juridique Paul-Émile Gagnon, obtient du gouvernement l'émission de lettres patentes pour fonder une société par actions, la Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent , en .
Expansion thumb|right|Construite entre 1922 et 1929, la centrale de la Mitis-1 est la première grande unité de production de la Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent. Dans un premier temps, Brillant fait l'acquisition de la Compagnie d'électricité d'Amqui et de la concession hydraulique sur la rivière Mitis, qu'il finance avec une émission d'obligations d'un million de dollars. Dans l'année qui suit, la compagnie achète le réseau électrique de la compagnie Roy à Saint-Ulric-de-Rivière-Blanche et les actions du Crédit municipal canadien, propriétaire du réseau électrique de la ville de Rimouski et titulaire de la concession d'éclairage des rues de la ville. La compagnie rachète les réseaux de la compagnie Rouleau à Mont-Joli et celui de Price Brothers à Matane, s'entend avec Elsie Reford, puis avec la Commission des eaux courantes de Québec pour aménager une centrale hydroélectrique de sur la rivière Mitis, près du village de Priceville et fait construire une ligne à haute tension entre Rimouski et Matane.
En 1924, l'entreprise s'étend vers le Nouveau-Brunswick, avec la formation d'une nouvelle filiale, la , qui construit un réseau de distribution et une ligne de transport de pour desservir la région de Campbellton. Cette croissance rapide de l'entreprise entraîne cependant des problèmes d'ordre financier. La dernière émission d'obligations se vend mal, parce que l'entreprise ne compte presque pas de clients industriels, les abonnés résidentiels constituant sa seule source de revenus. La de Chicago vient à la rescousse de l'entreprise et en prend le contrôle, reléguant Brillant à un rôle de gérant. Durant cette période, l'entreprise poursuit tout de même son expansion, en érigeant une ligne de transport vers Trois-Pistoles et L'Isle-Verte et en achetant le réseau électrique de Cabano.
La Grande Dépression assombrit toutefois les perspectives financières du propriétaire américain de la CPBStL. Aux prises avec des difficultés financières, Central Public Service cède ses obligations à une autre entreprise américaine en 1933. Surtout intéressés à récupérer leur mise de fonds, les nouveaux créanciers permettent à Brillant de reprendre le contrôle de l'entreprise en 1934.
L'entrepreneur, qui est aussi actif dans la téléphonie et la radio, reprend sa stratégie de consolidation dans le secteur électrique en étendant son réseau de transport jusqu'à Sainte-Anne-des-Monts et en achetant, à des conditions avantageuses, une série de coopératives électriques, à Rimouski, à la Rédemption, à Saint-André-de-Restigouche, à Saint-Edmond-du-Lac-au-Saumon, à Notre-Dame-du-Lac, dans le comté de Matane, en plus de certains réseaux de la coopérative d'électricité du Golfe. Afin d'alimenter ces nouveaux clients, l'entreprise construit une deuxième centrale hydroélectrique sur la Mitis, la centrale de la Mitis-2 () en 1947 ainsi que deux petites génératrices thermiques d'appoint à Rimouski.
La crise économique lance un débat public sur le « trust de l'électricité » au Québec. Les tarifs de la CPBStL sont la source de plusieurs plaintes du public. Un des deux journaux de Rimouski, L'Écho du Bas-St-Laurent, publie à quelques reprises des lettres appelant à municipaliser le service ; le maire Louis-Joseph Moreault plaidera d'ailleurs en faveur de la municipalisation aux audiences de la commission d'enquête dirigée par Ernest Lapointe. Sans surprise, cette revendication est absente de l'autre journal, Le Progrès du Golfe, propriété de Jules-A. Brillant. L'élection à la mairie de Paul-Émile Gagnon entre 1939 et 1947 garantit à l'entreprise de Brillant une attitude bienveillante de la municipalité, Gagnon étant l'avocat de la compagnie.
Entre 1945 et 1947, la compagnie met en service entre () de lignes supplémentaires sur son territoire. Pour ce qui est du () qui reste à construire en 1949, la compagnie explique que cette expansion ne répond pas à ses critères d'investissement, qui prescrivent un rendement minimal de 6 % sur le capital investi. En 1948, la compagnie complète la mise en service d'une ligne de transport de () qui permet l'intégration de la région du Témiscouata au réseau électrique québécois, qui importait son électricité de l'État du Maine.
Stagnation Malgré ces mises en service, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie souffrent systématiquement d'une pénurie d'énergie qui ralentit les efforts d'électrification rurale et d'industrialisation. En 1931, seulement 800 des de la région ont accès à l'éclairage électrique, une proportion de 8 % bien inférieure à la moyenne québécoise de 14 %. Pointé du doigt, Brillant rejette la responsabilité d'électrifier les campagnes sur le gouvernement, arguant que l'expansion de son réseau aux zones plus isolées ne serait pas rentable. La demande d'électricité dépassant systématiquement l'offre en Gaspésie, Hydro-Québec sera appelée à la rescousse au début des années 1950 afin de livrer de l'énergie. La société d'État québécoise créée en 1944 ne distribue pas elle-même de l'électricité à l'extérieur de son territoire montréalais. Mais avec l'expansion de son réseau de centrales, elle consent à agir à titre de fournisseur des monopoles régionaux privés. Compte tenu de sa capacité limitée, la CPBStL demande au producteur public de l'alimenter. Après 1945, l’Office de l'électrification rurale, qui favorise la mise sur pied de coopératives d’électricité aide à étendre le réseauhttps://www.erudit.org/fr/revues/mgaspesie/2019-v56-n2-mgaspesie04736/91273ac.pdf. La Coopérative d'électricité de Bonaventure, fondée en 1945, fut la plus florissante de la région et pu faire l'acquisition de la Chaleur Bay Power Company Ltd. en 1947.
Connection avec la rive nord À compter de 1952, Hydro-Québec met en chantier une nouvelle ligne sous-fluviale de reliant les nouvelles installations de la rivière Betsiamites et Les Boules, un village aujourd'hui fusionné à Métis-sur-Mer. Quatre câbles seront immergés dans le Saint-Laurent à des profondeurs allant jusqu'à la ligne devant être mise en service en 1954. Des essais révèlent cependant que deux câbles sont défectueux. Un deuxième bris entraîne de nouveaux délais et la ligne est mise en service en 1955 et achemine le courant électrique sur la rive sud. Elle fonctionne normalement durant trois ans et demis, mais par intermittence à partir de 1959 jusqu'en 1962ST LAWRENCE SAGA: THE CLARKE STEAMSHIP STORY. chap 10, section Hydro-Québec. Hydro-Québec abandonne le projet et construit à la place une centrale thermique dotée de 6 groupes de en attendant la construction d'une ligne de entre Lévis et Les Boules, un projet de 30 millions de dollars, qui sera construit en 1962 et 1963https://semaphore.uqar.ca/id/eprint/1806/1/L%27%C3%A9lectricit%C3%A9%20dans%20le%20Bas-St-Laurent.pdf.
Après 30 années sans verser de dividende, la situation financière de la compagnie s'améliore grandement à compter des années 1950. Elle paie un premier dividende de 25 cents par action en 1954 et poursuit cette pratique dans les années suivantes, versant entre 37 et 70 cents par action à partir de 1956. Toutefois, en raison de l'absence de charge industrielle importante sur son réseau, les tarifs de la compagnie sont parmi les plus élevés au Québec et la qualité de son service est souvent critiquée par les clients.
Nationalisation
Au début des années 1960, les tarifs de la CPBStL varient de pour une consommation mensuelle de , soit presque le double du tarif en vigueur sur le territoire d'Hydro-Québec à Montréal (). Le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie comptent parmi les régions les moins développées sur le plan de l'électricité. La Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent possède une part de marché de 2,29 % de l'ensemble du Québec et sa capacité de production est infime, ne représentant que 0,12 % de la puissance installée. Au , elle comptait .
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