Henry Kuss (1852-1914) est un ingénieur des mines français. Il s’est illustré par sa contribution décisive à la sécurité des mines du bassin houiller de la Loire, particulièrement en faisant mettre en place une politique efficace de prévention des coups de grisou, et a été l’organisateur de l’École des mines de Douai puis, brièvement, le directeur de l’École des mines de Paris. Il a aussi réalisé de nombreuses explorations géologiques et minières internationales, et écrit plusieurs ouvrages destinés à vulgariser la connaissance scientifique et technique nécessaires à l’exploitation minièreL'essentiel de l'information de cet article provient de . Des vérifications ont été faites auprès des archives départementales concernées (pour l'État-civil et les catastrophes minières) ou nationales (dossiers de la Légion d'Honneur)..
Biographie Enfance
Issu d’une ancienne famille alsacienne, Henry Kuss est né le à Cernay. Il est le fils du pasteur Jean-Frédéric Kuss et de Louise Amélie, née Kuss.
Une scolarité atypique Henri Kuss ne va pas à l’école primaire mais étudie d’abord sous la férule de son propre père, Jean-Frédéric Kuss, qui éduqua lui-même ses enfants et certains de ses neveux, dont quatre devinrent polytechniciens ! Malheureusement Jean-Frédéric Kuss décède alors qu’Henry n’a que onze ans. Son épouse met toute son énergie dans la poursuite de l’éducation de ses six enfants, et Henry Kuss peut ainsi, malgré la modestie des moyens familiaux, suivre de brillantes études secondaires d’abord à Colmar puis à Strasbourg. Il y entre en classe préparatoire scientifique en 1869, et il termine les épreuves écrites des concours alors qu’éclate la guerre franco-prussienne, qui provoque l’annulation des oraux prévus à Strasbourg, puis la rétention des Strasbourgeois dans leur ville assiégée puis occupée. Ce n’est qu’en mars 1871 qu’Henry Kuss peut se rendre à Paris pour s’enquérir de sa situation. Étant donné ses excellents écrits, l’administration ne refuse pas de lui faire passer les épreuves orales annulées huit mois plus tôt, mais lui fait observer que la promotion 1870 a déjà intégré l’école et que le retard qu’il a pris sur ses condisciples pourrait perturber ses études ; on lui suggère plutôt de repasser les épreuves en 1871, ce qui ne peut que lui assurer un très bon rang au concours d’admission. Henry Kuss accepte, mais n’a pas un sou pour financer sa demi-année scolaire supplémentaire ! Il s’adresse alors au collège Sainte-Barbe, faisant miroiter les retombées favorables pour l’établissement de son intégration en très bon rang, et il est ainsi admis à Sainte-Barbe comme boursier. Il entre à l’X major de promotion en 1871. Exceptionnellement doué pour les mathématiques et grand travailleur, il est également major du classement de sortie et entre donc à l'École nationale supérieure des mines de Paris en 1873. Major du Corps des mines, il sera attaché pour un an au secrétariat du Conseil Général des Mines à sa sortie de l’École.
Voyages et prospections vignette|Coupe de terrain dessinée par Henry Kuss dans son Mémoire sur les mines et usines d'Almaden (1878). Le Corps des mines demandant à ses ingénieurs-élèves de compléter leurs études théoriques par des missions en France et à l'étranger, Henri Kuss visite entre 1874 et 1876 les bassins houillers du Nord de la France, de Belgique et d’Allemagne, et les régions métallifères d'Allemagne, d'Autriche, d'Espagne et d’Algérie. De ces voyages, il rapporte des observations détaillées et publie plusieurs notes dans les Annales des Mines, notamment sur la statistique de l'Industrie minérale allemande et sur l'enseignement de la minéralogie en Espagne. Son mémoire sur les mines de mercure d'Almaden en Espagne, qui comporte des recherches inédites sur la géologie de la région et traite en détail des techniques d’exploitation minière, marque particulièrement les esprits. Pendant la première partie de sa carrière, il mènera en parallèle avec ses responsabilités au sein de l’Administration des Mines une série d’explorations géologiques et minières qui fournissent la matière de nombreux articles scientifiques et techniques (Revue de géologie, Annales des Mines) : en Uruguay en 1879, pendant 3 mois, afin d’étudier des mines d'or a priori prometteuses mais qu’il n’hésitera pas à déclarer peu rentables ; au Mozambique, de mai à décembre 1881, pour diriger les études techniques d’une mission d’exploration des ressources minières d’une vaste région incluant un bassin houiller et trois régions aurifères ; en Argentine fin 1882, pour explorer les mines d'or de l'Atajo, sur les hauts plateaux des Andes ; au Chili et en Bolivie, en 1885, respectivement sur la trace des gisements de cuivre de l’Atacama et de ceux d’argent du département de Potosi ; au retour, il visite quelques régions minières du Pérou, puis s’arrête à Panama, d’où il ramène des observations alarmantes sur l’état du chantier du canal, tant au point de vue de la mortalité des Européens que du point de vue des travaux, concluant que « les situations que publie la compagnie ne méritent aucune créance » - on est à trois ans du scandale du canal de Panama ; à Almaden, en Espagne, en 1887, où il évalue les résultats d'un nouveau procédé de traitement des anciennes scories mercurielles et où il constate les progrès réalisés en dix ans par les travaux souterrains ; en Tunisie, en 1892, à la demande de la Compagnie des chemins de fer Bône-Guelma, propriétaire d'un des nombreux gisements inexploités de plomb et de zinc dans la vallée de la Medjerda. Il profite de cette mission pour évaluer les déjà célèbres gisements de phosphate tunisiens. en Australie, par deux fois, en 1899 et en 1910 pour sonder de manière hautement confidentielle des gisements aurifères de l'Australie occidentale.
Carrière Secrétariat du Conseil général des Mines (-). À sa sortie de l’École des mines avec rang de major, fraîchement nommé ingénieur de troisième classe, Henry Kuss est attaché pour un an au Secrétariat du Conseil général des Mines, poste idéal pour compléter sa connaissance de l’administration ; il est en même temps chargé de l'intérim d'un arrondissement du contrôle des chemins de fer de l'Est, et s'initie à la pratique de l'exploitation des voies ferrées sous la direction de l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Adolphe Kuss, qui n’est autre que son oncle maternel. Grenoble ( -) : responsable du sous-arrondissement minéralogique de Grenoble et du contrôle du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée qui y est rattaché, Henry Kuss poursuit en parallèle des études géologiques et suit nombre de prospections et d'exploitations minières dans les Alpes dont les mines d'anthracite de La Mure et les mines de fer d'Allevard. Saint-Étienne (-) : alors même qu’il attend sa promotion au grade supérieur, Henry Kuss est « envoyé au front » par le Ministre des travaux publics : il s’agit de mettre de l’ordre dans le bassin houiller de la Loire affligé par les catastrophes successives du Puits Jabin (1871, 72 victimes, et 1876, 186 victimes), de Châtelus (1887, 79 victimes), de Verpilleux (1889, 207 victimes), du Puits Neuf (1889, 25 victimes) et de Villebœuf (1890, 112 victimes), soit 681 victimes en vingt ans, toutes attribuées à l'époque au grisou mais plus probablement dues au poussier. Dans ces fonctions, Henry Kuss va en six mois, à la fois rassurer le monde ouvrier et s'imposer aux exploitants des grandes sociétés minières (Roche-la-Molière et Firminy, Montrambert et La Béraudière, Mines de la Loire) : il leur fait appliquer avec rigueur une série de mesures préventives des explosions de grisou. Henry Kuss est fait chevalier de la Légion d’honneur quelques semaines après son départ de Saint-Étienne. Rodez (-). Henry Kuss est nommé ingénieur en chef de l'arrondissement minéralogique de Rodez, en remplacement de M. de Castelnau, qui prend l’arrondissement de Saint-Étienne, où il poursuivra avec succès la lutte pour la sécurité des exploitations minières. Les couches épaisses des bassins de l’Aveyron sont non moins riches en grisou que ceux de la Loire mais ils sont également propices aux feux souterrains. Henry Kuss n’aura de cesse de rappeler à ses collaborateurs comme aux exploitants les enseignements de la catastrophe de 1888 à la mine de Campagnac (49 victimes), car les préjugés et la routine des ingénieurs sont tout aussi rudes à combattre que l'inconscience des ouvriers. Henry Kuss est celui qui aura fait le plus pour substituer, dans le bassin de Decazeville, l'exploitation par tranches uniques prises en descendant à la méthode par étages de trois tranches montantes, dont la deuxième, presque toujours incomplètement exploitée, développe, dans la troisième, des feux impossibles à maîtriser et qui en entraînent l'abandon. Outre qu'elle diminue le danger des incendies pour la mine et pour le personnel, cette nouvelle méthode assure au total un meilleur rendement. Bien que les avantages de cette méthode puissent, avec le recul, paraître évidents, il aura fallu toute l’énergie de l’ingénieur Kuss pour les faire reconnaître. Douai (-). Henry Kuss reste 14 ans dans cet arrondissement minéralogique de Douai où se trouvent les mines du bassin de Valenciennes, le grand centre industriel de Lille, l'école des Maîtres-ouvriers mineurs de Douai et plus de trente mille mineurs. Henry Kuss multiplie les interventions : méthodes et règlements d'exploitation propres à écarter les dangers d'éboulement ; améliorations de l'exploitation minière : utilisation des gîtes, aérage, éclairage, assainissement, boisage des chantiers, aménagement des eaux, circulation du personnel ; suite l’explosion d'une réserve souterraine de dynamite, qui avait tué vingt et un mineurs le à Aniche, il reprend, dans tous ses détails, la question de l'emmagasinage et de la distribution des explosifs ; hygiène des travailleurs du sous-sol, il doit user de toute son influence pour obtenir le développement des bains-douches, ainsi que pour assurer le dépistage et le traitement systématique de l'ankylostomiase, une maladie parasitaire due au manque d’hygiène dans les exploitations. Son souci de la sécurité et des conditions de travail lui confèrent une crédibilité qui le fait souvent appeler comme arbitre dans les conflits du travail et lui permet renseigner avec pertinence l'Administration quant aux enjeux de ces conflits.
En outre, Henry Kuss met sur pied à la demande du ministère des Armées, un plan permettant d’assurer, en cas de guerre, un approvisionnement régulier des armées en charbon par les mines d'Anzin en remplacement du charbon anglais, considéré comme peu sûr depuis l’incident de Fachoda. Il le fait avec d’autant plus de cœur que l’annexion de sa région natale à l’Empire allemand lui pèse, et que, en prévision du conflit vers lequel on se dirige inexorablement, il sent qu'il faut mobiliser toutes les énergies. Particulièrement satisfait de ses services, le Ministère de la Guerre lui fait attribuer le grade d’officier de la Légion d’Honneur.
Enfin, Henry Kuss prend simultanément la direction de l'École des maîtres-mineurs de Douai (aujourd’hui l’École des mines de Douai), dont il redresse rapidement la situation pour en faire un établissement de référence dont les diplômés se placent soit dans les mines de la région à la plus grande satisfaction des entreprises, soit à l’étranger et particulièrement dans les colonies où ces compétences techniques sont très demandées. Conseil général des Mines et Commissions diverses (-). Nommé Inspecteur général de deuxième classe, Henry Kuss est successivement chargé de la Division du Sud-Est, théâtre de ses débuts, puis l'année suivante, de la Division du Centre, dont dépend l'École des mines de Saint-Étienne, puis en 1909 de la Division du Nord-Ouest, où figurent, à côté des grands bassins houillers du Nord et du Pas-de-Calais, différentes régions ferrifères en voie de développement dans l'Orne et la Basse-Normandie.