La légion I ItalicaLe nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Les empereurs, depuis Auguste, numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver qu’existent côte à côte deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi il devint nécessaire d’y ajouter un cognomen ou qualificatif indiquant (1) soit l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) soit un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) soit le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), ou bien parce qu’elle ait été recrutée par cet empereur, ou bien comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) soit une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat. fut une légion romaine ayant existé de 66/67 apr. J.-C. jusqu’au . Créée par l’empereur Néron, elle fut d’abord stationnée en Gaule à la suite du soulèvement Caius Julius Vindex; elle fut par la suite envoyée en Germanie où elle fut la première à proclamer Vitellius empereur. Sous Vespasien, elle fut redirigée vers Novae en Mésie qui demeura jusqu’à la fin son quartier général.
thumb|right|Emblème de la legio I Italica
Elle prit part aux de Domitien et de Trajan, à celles de Trajan contre les Parthes ainsi qu’aux guerres marcomanes de Marc Aurèle. Elle fut l’une des premières à épouser la cause de Lucius Septime Sévère lorsqu’il fut proclamé empereur en 193. En 250, Novae fut attaquée par les Goths et une partie des fortifications détruite. À la fin du , sa composition fut remaniée et ses effectifs furent renforcés par de nouvelles recrues venant de Thrace. Des unités de la légion furent alors envoyées en Égypte mater un soulèvement, en Syrie/Jordanie pour construire une route reliant diverses forteresses et à Cherson en Crimée. Constantin intégra une partie des effectifs dans la garde palatine. Elle fut en partie décimée en 316/317; par la suite certains détachements continuèrent à garder la frontière à partir de Novae, alors que d’autres furent stationnés à Sexaginta Prista (aujourd’hui Ruse), une centaine de kilomètres en aval.
Son emblème était le sanglier et, moins souvent, le taureau.
Sous la dynastie julio-claudienne
La légion I fut recrutée par Néron en vue d’une campagne en OrientDion Cassius, Histoire de Rome, livre LV, ch. 24.2.. Selon une inscription, l’empereur aurait remis ses enseignes à la légion le 66CIL III, 7591.. Surnommée « la phalange d’Alexandre le Grand »Suétone, Néron, xix. Novae où sera cantonnée la légion se trouve près de l’endroit où Alexandre le Grand avait franchi le Danube (Lendering (2002) para 6.), cette légion dont les légionnaires devaient mesurer au moins , était destinée à poursuivre la campagne entreprise dans les années précédentes par le général Cnaeius Domitius Corbulo en ArménieLendering (2002) para 1..
Ces plans durent toutefois être modifiés à la suite de la révolte de Caius Julius Vindex, légat d'Auguste propréteur de la province de Gaule lyonnaiseCosme ( 2012 ) ., laquelle marqua le début d'une série de soulèvements contre Néron. La I légion, qui s’était déjà embarquée pour l’Asie, reçut alors l’ordre de se détourner vers la Gaule où elle arriva en mars ou avril 68. Mais déjà le gouverneur de Germanie supérieure, Lucius Verginius Rufus, avait maté la révolte avec d’autres légions. Victoire illusoire puisque en juin le Sénat de Rome reconnaissait Marcus Sulpicius Galba, allié de Vindex, comme empereur en remplacement de Néron qui s’était suicidé. Galba, dont le règne ne dura que quelques mois, se méfiant des légions du Rhin, stationna la Legio I Italica à Lugdunum (Lyon)Ritterling (1925) .
Les craintes de Galba étaient fondées. En janvier 69, les légionnaires de l’armée du Rhin, mécontents de la sévérité que l’empereur faisait régner dans l’armée, proclamèrent empereur Vitellius, légat de Germanie inférieureTacite, Histoires, livre I, ch. 56-57).. Quittant Lyon où ils avaient été stationnés, les légionnaires de la I Italica se joignirent à Vitellius qui, ayant reçu l’appui des légions de Belgique, d'Espagne, de Bretagne et de Rhétie, marcha sur l'ItalieLendering (2002) para 3.. Dans l’intervalle cependant, Galba avait été tué le et remplacé par Othon, qui avait l’appui des armées du Danube, d’Orient et d’Afrique. Une bataille fut livrée à Bédriac près de Crémone le Tacite, Histoires, livre II, ch. 41-49.. La légion I Italica qui s’était jointe aux légions V Alaudae, et XXI Rapax vainquit la légion XIII Gemina, la légion I Adiutrix et la garde impériale d’Othon. Othon se suicida deux jours plus tard et Vitellius put entrer dans Rome et être confirmé empereur par le Sénat le . Selon Tacite, la légion I Italica était la plus brave des légions appuyant Vitellius et ses aigles furent fièrement déployées lorsque ce dernier entra dans la villeLedering (2002) para 3.
Le nouvel empereur devait se révéler très rapidement impopulaireSuétone, Vie des douze Césars, Vitellius, X .Tacite, Histoires, livre II.. Le juillet, les troupes d'Égypte proclamèrent Vespasien empereur et reçurent l’appui des légions de Mésie, de Pannonie, et de DalmatieTacite, Histoires, livre II, ch. 79-85.Suétone, Vies des douze Césars, Vitellius, ch. 15.. Les légions du Danube envahirent l’Italie par le nord battirent l'armée de Vitellius à nouveau près de Crémone à la fin du mois d'octobre 69. Les uns après les autres, les alliés de Vitellius se rallièrent au nouvel empereur, Vespasien, qui fut confirmé par le Sénat le 69Ledering (2002) para 5..
Sous la dynastie flavienne
Vespasien et son fils Titus se hâtèrent de calmer la situation au Moyen-Orient. Titus mit fin au siège de Jérusalem en septembre 70 alors que Vespasien négociait la paix avec l’empire parthe. La légion I Italica fut alors envoyée en Mésie et stationnée à Novae, point important du limes romain situé à proximité de la ville moderne de Svichtov dans le nord de la Bulgarie où elle remplaça la légion VIII Augusta. Novae demeurera son quartier général jusqu’à la fin.
thumb|left|Brique trouvée à Novae, marquée du timbre de la legio I Italica
L’hiver suivant, les Sarmates, peuple qui habitait de l’autre côté du Danube décidèrent d’exploiter les dissensions au sein de l’Empire romain et traversèrent la frontière. Le légat Fonteius Agrippa fut défait et la légion I subit de lourdes pertesTacite, Histoires, livre III, ch. 46.. Il fut remplacé par Rubrius Gallus qui réussit à restaurer l’ordre en 70. Vespasien se hâta alors de construire un système défensif pour surveiller les peuplades barbares habitant au-delà du Rhin et du Danube (Germains, Daces, Sarmates, Chattes) : deux nouvelles légions, la IV Flavia Felix et la XVI Flavia Firma, furent créées à cette fin, portant le nombre total des légions à vingt-neuf dont vingt-sept étaient postées aux frontières (limes).
En 85/86, le conflit s’étendit aux Daces qui avaient envahi l’empire et défait les troupes chargées de défendre la Mésie. L’empereur Domitien (81-96), qui avait succédé à Vespasien, divisa alors la province de Mésie en deux : Mésie supérieure et Mésie inférieure où était située la légion I.
thumb|right|Carte de l'Empire romain en 125 (Hadrien), montrant la légion I Italica stationnée à Novae (17 sur la carte) dans la province de Mésie inférieure (aujourd'hui en Bulgarie).
Trajan (98-117) poursuivit les guerres de Domitien. En 98, il fit remplacer le campement de Novae, jusque-là fait de bois et de terre cuite, par une forteresse en pierreHorster (2002) .. Pendant la première guerre dacique, les légions romaines avaient été défaites à la bataille de Tapae (Transylvanie – Roumanie moderne) en 88Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVII, ch. 10, 1-2.; il s’en était suivie une trêve qui dura jusqu’à ce que l’empereur Trajan, en l’an 100, lève une armée en Mésie. Le roi Décébale vint à sa rencontre et fut défait lors de la deuxième bataille de Tapae en 101Dion Cassius, Histoire romaine, livre LXVIII, ch. 8, 2.. Il devint alors client de Rome. Trois ans plus tard, il brisa la trêve et les Romains décidèrent alors d’en finir avec lui : une armée de neuf légions envahit la Dacie. La légion eut alors la tâche de servir de tête de pont sur le Danube bien que diverses unités se battirent ici et là en Dacie. Vaincu en 106, le roi Décébale se suicida et la Dacie devint province romaineDion Cassius, 68, 14,3.Lendering (2002) para 8..
Trajan créa également des colonies de vétérans à Colonia Ulpia Oescus (nord-ouest de la ville actuelle de Pleven en Bulgarie) et Celei où se retrouvèrent de nombreux vétérans de la légion I Italica. Même si Novae demeurait le quartier général de la légion, diverses unités furent chargées de différentes missions en d’autres endroits. C’est ainsi que des unités de la légion I furent envoyées à Chersonesus Taurica (Crimée) pour y défendre les colonies grecques locales et travailler à la construction d’édifices. Selon une tradition, ce serait des soldats de la légion I Italica qui auraient, en 102, assassiné le pape Clément qui y avait été exiléMartyrologium Romanum Florilegium [en ligne]https://www.heiligenlexikon.de/MRFlorilegium/23November.html#nov23_1. .
Entre 114 et 117, Trajan mena plusieurs campagnes contre les Parthes auxquelles participèrent certaines unités de la Légion I ItalicaBennet (1997) .. On sait peu de choses sur le rôle qu’elles jouèrent durant ces expéditions sauf qu’elles retournèrent à Novae lorsqu’Hadrien, qui avait succédé à Trajan, décida d’abandonner ces campagnesLendering (2002) para 9..
Sous cet empereur, des soldats de la légion I auraient pris part à des projets de construction à Delphes, mais Pausanias, auteur d’un guide de voyage sur l’ancienne Grèce, ne donne pas de précision sur l’endroit. Selon une inscription dont l’interprétation est sujette à caution, une unité aurait pris part à la répression de la révolte juive de Bar Kochba de 132 à 136Ledering (2002) para 10..
Sous la dynastie antonienne
thumb|right|Ruines d'édifices municipaux à Novae.
Sous Antonin le Pieux (138-161), au moins une unité de la légion aurait été déployée entre 139 et 142 en Grande-Bretagne où elle prit part à la construction du mur d’Antonin entre Édinbourg et Glasgow. Une ou plusieurs autres unités auraient été déployées en Afrique pour y réprimer une révolte des MauresLedering (2002) para 11..
On est mieux renseigné sur les évènements ayant eu lieu sous l’empereur Marc Aurèle (161-180). Celui-ci dut mener une série de campagnes contre les Marcomans afin de protéger la province de Dacie et le limes danubien. La première campagne, dans la région où était stationnée la I légion, débuta en 165. Celle-ci dut combattre courageusement, car les deux nouvelles légions créées par Marc Aurèle portèrent les noms de légions II et III Italica. Après près de dix ans de combats ininterrompus, il devenait possible d’étendre les frontières de l’Empire romain au-delà du Danube. Marc Aurèle nomma alors un jeune sénateur du nom d’Aulus Julius Pompilius Piso commandant des légions I Italica et III Flavia Félix avec pouvoir de gouverneurLedering (2002) para 12..