L'Ancien Régime est la période de l'histoire de France qui correspond au règne de la maison de Bourbon, de l'avènement d' en 1589 jusqu'au début de la Révolution française en 1789. Cette période, qui fait partie de l'Époque moderne (1492-1789), marque le passage du royaume du système féodal au pouvoir absolu des rois de France.

La notion d'« Ancien Régime », popularisée par Alexis de Tocqueville dans L'Ancien Régime et la Révolution (1856), puis adoptée par les historiens du , s'oppose au « Nouveau Régime » instauré par l'Assemblée nationale constituante à partir de , notamment le système de la monarchie constitutionnelle (1789-1792). Contrairement à une idée répandue, cette expression ne concerne pas toute l'histoire de la monarchie française, qui apparaît à la fin du haut Moyen Âge avec les derniers Carolingiens et les premiers Capétiens. Pour les périodes antérieures à 1589, on utilise plutôt les termes de « régime féodal » ou de « monarchie féodale ».

Dans ce cadre chronologique (1589-1789), le terme « Ancien Régime » désigne à la fois l'ordre juridique (système généralisé des privilèges) et social (société des trois ordres, clergé, noblesse, tiers état) du royaume de France, et son système politique (la monarchie absolue), monarchie administrative dans laquelle les pouvoirs féodaux sont réduits (il n'existe plus de grands fiefs souverains, comme le duché de Bretagne ou le duché d'Aquitaine, et la noblesse est assez bien contrôlée).

Une partie du travail de centralisation politique des Capétiens directs a été perdue pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), sous les premiers rois de la maison de Valois. Les efforts de leurs successeurs pour rétablir leur contrôle sur un pays divisé (fin du duché de Bretagne en 1532) ont été contrecarrées par les guerres de Religion (1562-1598), sous les règnes des trois fils d' et au début du règne d'. Les guerres de Religion prennent fin avec l'édit de Nantes (1598) qui instaure un régime particulier pour les protestants français, notamment le système des places de sûreté.

La majeure partie des règnes d' (1589-1610) et de (1610-1643), ainsi que les premières années du celui de (1643-1715) sont consacrées au rétablissement du pouvoir royal, en luttant à la fois contre les protestants (prise de La Rochelle et paix d'Alès) et contre la haute noblesse (Fronde, 1648-1653).

Malgré la notion de « monarchie absolue », illustrée par le droit du roi de délivrer des ordres par lettres patentes, et les efforts visant à créer un État centralisé (création des généralités), la France des années 1780 reste un pays marqué par des irrégularités systémiques : les divisions et prérogatives administratives, judiciaires et ecclésiastiques se chevauchent fréquemment, tandis que la noblesse lutte pour conserver son influence dans l'armée et dans les institutions judiciaires et administratives locales.

La volonté de centralisation était directement liée aux questions financières de la couronne et à la capacité de mener des guerres. La guerre de Cent Ans, les conflits avec les ducs de Bourgogne, puis avec les Habsbourg (Charles Quint et Philippe II), mais aussi avec l'Angleterre, ont nécessité des sommes considérables, qui ont dû être levées par des impôts, tels que la taille et la gabelle, ainsi que par des contributions en hommes et en services de la part de la noblesse.

Signification vignette|gauche|Portrait d'Alexis de Tocqueville, auteur de L'Ancien Régime et la Révolution (1856), ouvrage dans lequel il cherche à comprendre l'origine et l'enchaînement des événements qui conduisirent à la Révolution, qu'il voit comme l'accélération d'une évolution ancienne et qui se poursuit.

« Ancien Régime » est un chrononyme employé par l'historiographie françaiseLucien Bély (dir.), Dictionnaire de l'Ancien Régime (voir notamment l'avant-propos, 11-15), PUF, 1996, 3e éd. Quadrige (2010)..

Bien que son utilisation soit contemporaine de la Révolution, c'est Alexis de Tocqueville, auteur de l'essai L'Ancien Régime et la Révolution (1856), qui est le principal responsable de son ancrage dans le domaine littéraire. Dans ce texte, il indique précisément que ; Il y tente une description de la monarchie absolue, qu'il oppose notamment à la société médiévale, opposition qui est devenue courante dans l'historiographie au cours du et de la première moitié du , mais que des historiens ultérieurs ont contestée, en particulier François Furet. Ce dernier souligne le fait que l'expression porte en elle une vision rétrospective de la période qu'elle nomme. Cette vision structurera durablement la manière d'envisager l'absolutisme français au et au ..

L'expression est en réalité inventée par le marquis César Henri de La Luzerne en 1787 pour les États-Unis. Elle fut ensuite utilisée pour la France d'après 1789. Le terme « régime » fait ici allusion au régime politique, c'est-à-dire aux institutions de l'État, au type de gouvernement (dans ce cas, à la monarchie). D'une certaine manière, c'est également de monarchie qu'il s'agira quand, après la Révolution et l'Empire, interviendra la Restauration. L'expression « Ancien Régime » peut toutefois s'élargir à de nombreux aspects sans se limiter à la sphère politique. Elle fait ainsi référence aux dimensions sociale, économique et religieuse du royaume de France dans toutes ses facettes avant la Révolution française, entre le . L'application du terme aux structures économiques et sociales est attribuée à Ernest Labrousse et a été diffusée par l'École des Annales, où il sera question d'un pour désigner les structures économiques qui prévalaient en France sous la monarchie absolue.

Histoire

Prélude : les guerres de Religion sous les Valois (1562-1589)

vignette|L'édit de Nantes, édit de tolérance promulgué le et conservé aux Archives nationales.

Les règnes des trois fils d', (1559-1560), (1560-1574) et (1574-1589) sont marqués par les guerres de Religion entre catholiques et protestants. La Réforme s'est progressivement répandue en France à partir de 1520, au point qu'en 1562, date du début des huit guerres de Religion, un dixième de la population était devenue protestanteArlette Jouanna (dir.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion, 1559–1598, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1998, 42.. Cette guerre civile est marquée par le massacre de la Saint-Barthélemy, le et les jours suivants, où les protestants sont attaqués dans leurs propres maisons, faisant plusieurs milliers de victimes à Paris et en province.. La guerre civile est aussi une grande menace pour l'unité territoriale. Les protestants et les ligueurs font des promesses aux souverains étrangers pour obtenir leur aide. Par exemple, les réformés promettent à de lui restituer le Calaisis en échange de son intervention. De plus les troubles permettent à chacun des partis en présence de s'arroger des parcelles du pouvoir régalien. Les princes catholiques sont tout puissants dans les régions dont ils ont obtenu le gouvernement comme les Guise en Bourgogne, les Montmorency en Languedoc.. L'édit de Beaulieu de 1576 permet aux protestants de célébrer leur culte publiquement partout sauf à Paris. Ils peuvent occuper huit places fortes et bénéficient de chambres mi-partie dans les parlements. Les catholiques trouvent les dispositions excessives et forment des ligues qui mènent des opérations militaires.

vignette|gauche|L'abjuration d', le , en la basilique Saint-Denis (toile de Nicolas Baullery). Sa conversion au catholicisme lui permet de réclamer le trône qui lui faisait défaut, ce qui le conduira à son sacre, le , à la cathédrale de Chartres.

La mort du dernier prince Valois (Francois) en 1584 provoque une situation critique : au cas probable où Henri III n'aurait pas de fils, le trône reviendrait à Henri de Navarre, issu d'une branche cadette des Capétiens, la maison de Bourbon, roi de Navarre depuis 1572, qui est depuis 1576 le chef des armées protestantes. Cette situation entraîne la huitième guerre de religion, dans laquelle les catholiques radicaux de la Ligue, dirigés par le duc Henri de Guise, sont alliés à l'Espagne de Philippe II.

Après l'assassinat ordonné par du duc de Guise, la Sorbonne décrète, lors d'une assemblée tenue le , la déchéance du « roi tyran ».. Cette même assemblée fait savoir que . Cela suffit au moine Jacques Clément pour assassiner le roi six mois plus tardJoseph François Michaud, Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne, A. T. Desplaces, 1854, volume 8402..

Règne d' (1589-1610) n'est évidemment pas reconnu par la Ligue. Il lui faut reconquérir son royaume, avec ses troupes protestantes, mais aussi une partie de l'armée royale et le soutien des catholiques modérés comme Montaigne. Pour faciliter les choses, il se convertit au catholicisme en 1593.

Une fois le dernier ligueur soumis (le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne), met un terme aux guerres de Religion en promulguant l'édit de Nantes de 1598.. Avec la réunion des deux couronnes, les rois portent désormais le titre de roi de France et de Navarre.

Aidé de son ministre Sully, tâche de remettre sur pied le royaume durement éprouvé par les guerres civiles. Lorsqu'il est assassiné en 1610 par François Ravaillac, un catholique fanatique, il lègue à son fils un royaume considérablement renforcé.

Le Grand Siècle (règnes de Louis et )

Règne de et début du règne de (1610-1661)

vignette|gauche|Famille de paysans dans un intérieur, toile peinte par Louis Le Nain, vers 1642.

Aux , la théorie de la monarchie absolue prend de l'ampleur. Elle a comme principal relais dans les provinces les officiers de justice qui cherchent à réduire les droits de justice seigneuriale. La justice est en effet un puissant moyen d'unification du pays. Tous les cas peuvent aller en appel auprès du conseil du roi par le moyen des évocations et la coutume de Paris a tendance à s'imposer comme droit commun coutumier. (1601-1643) a neuf ans quand son père est assassiné en 1610. Sa mère Marie de Médicis assure la régence avec ses favoris et néglige l'éducation du jeune roi. l'écarte du pouvoir en 1617 en faisant assassiner son favori Concini. À partir de 1624, il règne en étroite collaboration avec son principal ministre, le cardinal de Richelieu qu'il soutient contre les intrigues des nobles, furieux d'être écartés du pouvoir.. Il mène une politique de domestication des grands seigneurs du royaume (affaire du comte de Chalais en 1626), de durcissement envers les protestants à qui il parvient à retirer les places-fortes que l'édit de Nantes leur octroyait.

vignette| peint par Henri Testelin en 1648. Le roi n'ayant que quatre ans, sa mère Anne d'Autriche devient régente de France.

Il installe des intendants de justice, police et finance dans les provinces. Contrairement aux officiers ceux-ci sont des commissaires révocables. Ils sont indispensables dans les régions frontières ou occupées par les Français. Ils y assurent l'ordre en luttant contre les pillages des soldats français et en s'assurant de la fidélité des sujets, particulièrement des nobles et des villes. Le roi accentue la centralisation en favorisant l'atelier de frappe monétaire de Paris aux dépens de ceux de provinces. Dès 1635, et le cardinal de Richelieu s'engagent dans la guerre de Trente Ans (1618-1648) auprès des princes allemands protestants pour réduire la puissance de la dynastie des Habsbourg, tant ceux d'Espagne, la première puissance européenne à cette époque, que ceux d'Autriche qui sont à la tête du Saint-Empire romain germanique. Pour affaiblir la Monarchie de Habsbourg, les Français occupent des places-fortes et s'assurent des passages qui les relient à leurs alliés, en Alsace, en Lorraine et dans le Piémont.. L'augmentation considérable de la pression fiscale, nécessitée par la guerre, provoque de nombreux soulèvements populaires : en 1636-1637 celui des croquants de Saintonge-Périgord, en 1639 celui des va-nu-pieds de Normandie, sévèrement réprimés.