Hassan Nasrallah (en ), né le à Bourj Hammoud et mort le à Beyrouth, est un religieux chiite et homme politique libanais.

Après l'assassinat d'Abbas Moussaoui en 1992, il est désigné secrétaire général et guide religieux du Hezbollah, une organisation politique et paramilitaire islamiste chiite libanaise, considérée comme terroriste par certains pays. Considéré comme l'une des personnalités les plus influentes du Moyen-Orient.., il est régulièrement décrit comme l'un des dirigeants de facto du LibanMaïla, Joseph. « Le Liban Après La Guerre. » Esprit (1940-), no. 328 (10), 2006, , JSTOR, http://www.jstor.org/stable/24259197. Consulté le 19 octobre 2023.... Au Liban, il est perçu comme le principal visage de la résistance à Israël. Avec la libération du Liban-Sud de l'occupation israélienne en 2000, puis la guerre de juillet 2006, il est considéré comme un héros par une partie des Libanais mais comme un ennemi mortel par Israël... Par ailleurs, son parti est accusé de l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri.

Engagé dans la guerre civile syrienne en soutien à Bachar el-Assad, le Hezbollah est critiqué pour ce soutien et pour sa participation à la lutte contre l'opposition armée.

Il est tué par une frappe israélienne en , dans le cadre d'une intensification des bombardements visant le Hezbollah au Liban.

Biographie Années de formation et vie privée Hassan Nasrallah est né le à Bourj Hammoud à l'est de Beyrouth. Il est l'aîné d'une famille de neuf enfants, très modeste, de confession chiite mais peu portée sur la religion.. Son père, Abdel Karim, épicier de son état, est membre du Parti populaire syrien, une formation nationaliste présente à la fois en Syrie et au Liban.

Nasrallah commence ses études à l'école publique de Sin el Fil, un quartier où cohabitent chrétiens et musulmans à l'est de Beyrouth, ce qui lui permet de faire la connaissance de chrétiens libanais. En 1975, lorsque la guerre civile éclate au Liban, il est âgé de 15 ans. Le foyer est contraint de fuir une première fois en 1974 en raison de l'insécurité, puis de nouveau en 1975, lorsque les milices chrétiennes des forces libanaises expulsent les habitants musulmans de la région de Sin el Fil où la famille avait trouvé refuge un an plus tôt. Elle s'installe au sud, dans le village d'al-Bazouryié, près de Tyr, d'où est originaire le père.

Ayant décidé très tôt de devenir un dirigeant religieux, il étudie la théologie dans la ville de Nadjaf en Irak. L'ayatollah Mohammed Bakr al-Sadr, fondateur du parti islamique Dawa, lui présente l'étudiant libanais Abbas Moussaoui avec qui il se lie d'amitié. À partir de 1978, l'intensification de la répression du gouvernement de Saddam Hussein à l'encontre des religieux chiites l'oblige à rentrer au Liban.

D'Amal au Hezbollah (1978–1991) Il décide à son retour au Liban de rejoindre le mouvement Amal (« Espoir »), une organisation chiite politique et paramilitaire. Les années de guerre civile et l'invasion israélienne du sud du Liban en 1978 l'ont conduit à se politiser et à côtoyer des mollahs chiites proches des révolutionnaires iraniens. Son entourage familial n'est pas particulièrement pieux, mais est en revanche imprégné d'une culture chiite bercée par des sentiments d'exclusion et d'injustice. L'imam Moussa Sader, le fondateur de Amal et du Mouvement des déshérités, et dont le portrait est exposé dans le magasin de son père, est alors le porte-voix d'une communauté historiquement marginalisée. Hassan Nasrallah confiera des années plus tard qu'il « rêvait de devenir comme lui ».

Il étudie et enseigne ensuite à l'école du cheikh Abbas Moussaoui, devenu dirigeant du mouvement Amal. Il gravit les échelons du parti. Il est tout d'abord élu délégué politique pour la plaine de la Bekaa, faisant de lui un membre du bureau politique central. L'invasion israélienne du Liban en 1982 marque un tournant. Moussaoui et Nasrallah quittent Amal pour rejoindre la nouvelle organisation chiite libanaise, le Hezbollah, soutenue par l'Iran, qui représente le courant favorable aux idées de l'ayatollah Rouhollah Khomeini et au velayet-e faqih.

S'il devient à vingt-deux ans un des fondateurs du Hezbollah, il ne fait pas alors partie du directoire suprême. Il reçoit la charge de la mobilisation, puis il devient responsable pour les régions de Baalbek au nord de la plaine de la Bekaa ; et enfin de l'ensemble de la plaine de la Bekaa.

Désireux de reprendre ses études en théologie, il part pour la ville iranienne de Qom en 1989. Mais, il est obligé de revenir au Liban lorsque les troupes du Hezbollah et d'Amal se combattent.

Accession à la tête du Hezbollah (1992–2000) Après la mort d'Abbas Moussaoui, tué par un tir de missile israélien le , Hassan Nasrallah, qui semble avoir le soutien de l'Iran, est élu par le Conseil des sages du Hezbollah .

Sous la conduite de Nasrallah, le Hezbollah devient un adversaire sérieux de l'armée israélienne au Liban du Sud. Avant son accession au poste de secrétaire général, les combattants du Hezbollah menaient des attaques frontales contre l'armée israélienne, comme des attentats-suicides. La stratégie du parti change sous son impulsion, les attaques deviennent plus ciblées et plus efficaces. Elle se fonde à la fois sur l'observation des résistances palestinienne et vietnamienne et sur des concepts plus contemporains. Les troupes se professionnalisent : les unités se spécialisent, les capacités de renseignement progressent, le rythme des opérations augmente. Cette nouvelle stratégie et les succès qu'elle entraîne valent à Hassan Nasrallah d'être systématiquement reconduit à la tête du parti et le règlement intérieur est amendé afin de permettre sa réélection après deux mandats. Il appelle « le peuple et les partis politiques libanais, notamment chrétiens, à se joindre à la résistance ».

Le bombardement de Cana de 1996, au Liban du Sud, par l'armée israélienne, qui tue une centaine de civils libanais, positionne le secrétaire général du Hezbollah comme le champion de la défense nationale. La milice chiite riposte par le tir de centaines de roquettes en direction d'Israël. « C'en est fini des jours où ils tuent notre peuple sans que l'on se venge », clame-t-il sur les médias du parti. Quelque temps après, le , son fils Hadi, âgé de , est tué au combat par les Israéliens.

Sur le plan politique, le Hezbollah prend son indépendance de l'Iran, renonce à l'établissement d'un État islamique et joue la carte de la pacification et de la normalisation politique, favorisant l'ouverture intracommunautaire. Le mouvement chiite obtient douze députés lors du scrutin législatif de 1992, puis neuf en 1996.

Combat contre Israël comme source de sa popularité (2000–2006) Après le retrait israélien, Hassan Nasrallah réalise un échange de prisonniers avec Israël : des centaines de palestiniens et de militants du Hezbollah sont libérés. Toutefois, après le départ israélien du plateau du Golan, les fermes de Chebaa restent une pomme de discorde entre le Hezbollah et Israël. Nasrallah appelle alors à la .

Le retrait israélien du Liban sud l'a consacré comme un héros pour beaucoup de LibanaisGilles Paris, "La presse arabe s'enthousiasme du retrait israélien du Liban", dans LE MONDE, 26 mai 2000.. Pour certains, sa principale force tient de son esprit de synthèse du chiisme arabe et iranien, de l'islamisme et du nationalisme arabe, du visage occidental du Liban et de son appartenance au monde arabeHassan Nasrallah, ce chiite que les sunnites admirent, RFI..

Pendant le conflit israélo-libanais de 2006, l'armée israélienne riposte, à une attaque du Hezbollah ayant conduit à la capture de plusieurs soldats, par des bombardements à grande échelle et une invasion terrestre du Liban. En trente-trois jours d'opérations, bombes sont tirées vers le territoire libanais, contre quelque roquettes lancées par le Hezbollah en direction d’Israël. Coté libanais, personnes sont tuées, en majorité des civils, plus de blessées et un million d’habitants ont été déplacés. Si le bilan humain est lourd, la retraite israélienne est célébrée par la population libanaise comme une grande victoire. Pourtant, conscient du coût très élevé de la guerre, Hassan Nasrallah affirme au soir du conflit que le parti n'aurait « absolument pas conduit cette opération s'il avait su qu'elle allait mener à une guerre d'une telle ampleur ». À compter de 2006, le front se stabilise, et le Hezbollah ne riposte plus aux attaques israéliennes sur le Liban, elles-mêmes de faible envergure, et concentre ses efforts sur le terrain politique.

De nombreuses chansons ont pour sujet Hassan Nasrallah pendant la guerre. L'une d'elles, composée par le chanteur libanais Alaa Zalzali, rend hommage pendant le conflit avec Israël aux vertus d'Hassan NasrallahYa Nasrallah sur YouTube.. En Israël, le groupe Frishman and the Pioneers compose une chanson intitulée « Yalla Ya Nasrallah » qui défend un point différent des chansons précédentesYalla Ya Nasrallah..

Figure de la vie politique libanaise vignette|redresse=1.2|de gauche à droite : Le Guide de la Révolution Ali Khamenei, le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et le général et chef de la force Al-Qods Qassem Soleimani à Téhéran. Date inconnue, image publiée en 2019.

Après l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafiq Hariri le , il s'élève contre la révolution du Cèdre dont les protagonistes demandaient le départ des troupes syriennes du territoire libanais. Nasrallah appelle au contraire les Libanais à manifester le pour remercier l'armée syrienne et rendre hommage aux sacrifices de ses soldats sur le sol libanais pendant de longues années de guerre civile libanaise, un point de vue opposé à celui du mouvement du 14-Mars qui y voyait une armée d'occupation. Cette manifestation emblématique donne le nom de « mouvement du 8-Mars » aux opposants à la révolution du Cèdre (appelés aussi Alliance du 14-Mars ). Le Hezbollah est lui-même soupçonné d'avoir assassiné Hariri..

Le , après plusieurs mois de négociations avec le Courant patriotique libre, Nasrallah rencontre Michel Aoun pour signer un document d'entente en dix pointsLe Document d'entente mutuelle entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre.