Le gabber est un genre de musique électronique et sous-genre du mouvement techno hardcore, lancé au début des années 1990, divisé en deux styles musicaux distincts, le early hardcore et le happy hardcore. Le terme gabber (prononcé en anglais, en néerlandais) est dérivé du mot yiddish chaver, qui signifie ou aux Pays-Bas ; ce terme est pour la première fois utilisé par le producteur néerlandais Paul Elstak pour désigner à la fois le genre musical et ses auditeurs et producteurs. Le style, rétrospectivement appelé early hardcore, se développe en réaction à la sur-commercialisation de la musique dance, et s'inspire fortement de la new beat de Belgique et de la house originaire de New York et Francfort-sur-le-Main. À la fin des années 1990, le genre s'ancre dans la culture néerlandaise. Les titres sont distribués par des labels majeurs, de nombreuses émissions de télévision s'y consacrent, et des festivals comme Thunderdome attirent des dizaines de milliers d'auditeurs à chaque édition..
En 2002, à la suite d'un déclin significatif de la scène, le gabber renaît sous un nouveau style plus lent et plus agressif appelé mainstream hardcore, ou nu-style. Ce style se caractérise principalement par l'usage d'instruments électroniques, et se reconnaît principalement de par une ligne de distordus et un tempo rapide. Le style fait également usage courant d'éléments rythmiques et percussifs, et d'échantillons sonores en particulier de parties vocales souvent issues de chansons d'autres genres musicaux. Les paroles tournent habituellement autour de thèmes sombres comme la violence et la drogue, ou politiques comme la rébellion et l'anarchie, et se composent souvent d'insultes. Le mainstream hardcore est implanté dans de nombreux pays à travers le monde, dont les localisations clés incluent les Pays-Bas en majorité, et d'autres pays européens dont la Belgique, la Lettonie, l'Allemagne, la Pologne, la Russie, la France, la République tchèque, la Grèce et l'Italie.
Histoire Origines
vignette|gauche|upright=1.0|Le Parkzicht, boîte de nuit située à Rotterdam, aux Pays-Bas.
Les origines culturelles sont retracées au début des années 1990 aux Pays-Bas ; les prémices du genre sont retracées tout à la fin des années 1980 en Belgique, au sein de la scène new beat avec comme titres Doughnut Dollies de HNO3 et I Sit on Acid de Lords of Acid (1988), et aux États-Unis, en 1991 à la création du label discographique Industrial Strength Records, le tout premier au monde à sortir des morceaux officiellement catégorisés techno hardcore, par le producteur et disc jockey américain Lenny Dee., bien que le label allemand Planet Core Productions ait sorti le tout premier morceau du genre.. Lenny Dee est par la suite considéré par les fans et les médias comme le créateur des genres hardcore, gabber et speedcore. Le terme de est initialement utilisé par le producteur néerlandais Paul Elstak pour décrire cette scène, à cette époque émergente, dans sa globalité. Le terme est dérivé du mot yiddish chaver qui signifie , ou . Cependant, le jargon amstellodamois du genre, , également d'usage, s'inspire du DJ Ardy Beesemer. La chanson de Mescalinum United est considérée par la presse spécialisée comme la toute première chanson gabber connue, et le disquaire Mid-Town dans le Nieuwe Binnenweg de Rotterdam occupe une place significative dans la popularisation locale du genre.
Les origines stylistiques du gabber font débat, cependant.. Certains attribuent ses origines à des disc jockeys américains qui jouaient des compositions stylistiquement similaires lors de soirées à Rotterdam, laissant supposer une origine américaine de ces sonorités, style parfois qualifié de , voire , afin de le distinguer de ce qui deviendra le spécifiquement néerlandais. l'origine est à chercher en Belgique, au sein de la scène new beat . Documentaire diffusé le 22 novembre 2014 sur Arte Deutschland.. En cette période, la scène rotterdamoise est à la recherche d'un style propre, s'opposant à la scène amstellodamoise. Les médias s'intéressant à la scène house néerlandaise se focalisent uniquement sur Amsterdam, ville dans laquelle l'acid house est très populaire. Au Parkzicht, boîte de nuit locale ouverte en 1989, DJ Rob mixe régulièrement des compositions house, new beat, acid ou techno en provenance de Belgique, d'Italie, des États-Unis ou du Royaume-Uni, qu'il accélère et dont il intensifie la ligne de basses. Le Parkzicht accueille alors des jeunes de toute la région, sans videur à la porte, ainsi qu'une jeune génération de DJs, dont Paul Elstak, The Dark Raver, d'abord comme strip-teaseur, ou DJ Gizmo. Toutefois, le style est encore perçu par les auditeurs comme trop dilué de sonorités , pas assez hardcore, encore trop commercial et destiné à un jeune public. Petit à petit, la césure se fait, et house et hardcore house se distinguent clairement à cette époque. Vers 1991 ou 1992 se crée une inflexion franche du style hardcore house dont l'identité se structure. Finalement, le style se développe en réaction à la sur-commercialisation de la musique dance, et s'inspire principalement de la house originaire de New York et Francfort..
Les premiers groupes musicaux, ou compositeurs, revendiquant ce style particulier se structurent et profitent de cette marque de fabrique pour véhiculer un message identitaire, via le tout nouveau label Rotterdam Records. En particulier, le groupe Euromasters, emmené par DJ Paul, fait paraître en 1991 le single (), affirmant par là la supériorité de la scène culturelle rotterdamoise par opposition à la scène amstellodamoise.. En réaction à cette sortie, DJ KC the Funkaholic dénigre, lors d'une interview, cette musique et ses amateurs, déclarant que Les Euromasters réagissent à cette déclaration en composant le titre Le mot gagne par la suite en popularité au sein de la scène hard house de Rotterdam et les fans se surnomment dès lors ., ceci expliquant l'origine amstellodamoise du qualificatif d'une musique à l'origine rotterdamoise. Cependant, lors d'un entretien daté de 2015 avec DJ Distortion, du groupe Rotterdam Terror Corps, celui-ci explique que le terme a commencé à être mal perçu chez ceux/celles qui se revendiquaient comme gabbers car le genre était désormais lié aux publicités commerciales..
Popularité et déclin vignette|droite|À la fin des années 1990, Paul Elstak est l'un des artistes qui marqueront la scission entre hardcore house et happy hardcore.
Au début des années 1990, la musique gabber se popularise dans tous les Pays-Bas et les raves parties atteignent une taille très importante rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes pour les événements en salle, et plus d'une centaine de milliers pour les événements en plein air. United Dance Company d'une part, et ID&T d'autre part, entreprises événementielles néerlandaises, promeuvent fortement le genre musical et contribuent à son implantation au sein de la culture musicale néerlandaise. Pour ID&T, c'est en particulier grâce à l'organisation d'événements Thunderdome et aux compilations homonymes qui en découlent.. Un merchandising offensif, de nombreux produits dérivés, et des campagnes publicitaires soutenues permettent au style de prendre son essor. En parallèle, une branche plus commerciale appelée happy hardcore se développe à l'aide de compositeurs comme Scott Brown au Royaume-Uni. et DJ Paul. (sous son véritable nom Paul Elstak) aux Pays-Bas, et marque la scission de la scène initiale gabber en deux style musicaux distincts, hardcore house et happy hardcore.. Par la suite, de nombreuses chansons du tout nouveau genre happy hardcore atteignent les classements musicaux comme de Rotterdam Termination Source., et . et de Paul Elstak..
Le gabber devient un phénomène de société et développe sa propre culture.. En 1995, le style gabber assoit son ampleur grâce aux milliers de fans qui affluent régulièrement aux divers événements (Thunderdome, mais également Earthquake, A Nightmare In Rotterdam, Hellraiser) qui revendiquent le style hardcore. Une presse spécifique s'organise, avec des magazines néerlandais tels ou . Lors d'un documentaire diffusé en 1995, Rob Janssen explique que En 1997, 24 % des jeunes néerlandais de 14 à 19 ans privilégient l'écoute du gabber. Édité par Taylor and Francis..
À la fin des années 1990, l'ambiance qui entoure le genre musical gabber se dégrade, des influences néofascistes se faisant sentir un peu partout en Europe, en Allemagne, en Pologne, aux Pays-Bas, en Lettonie, en Belgique, en Grèce, en Italie et dans le Midwest américain.. Cependant, la majorité des amateurs du genre ne participent pas de ce mouvement, et les producteurs et artistes décident de combattre des relents racistesExemples notables (malgré le peu de fiabilité des sources présentes), comme en témoignent les titres suivants : United Hardcore Against Racism & Hate - Time to Make a Stand (HUR 001, Hardcore United Records, 2005.), DJ Chosen Few - Chosen Anthem (Against Racism) (MOK 8, Mokum Records 1993.), Party Animals feat. MC Rob Gee - Die Nazi Scum (MOK 54, Mokum Records 1996.) et Hellcore - Fuck the Nazism (BDR-CD-02, Braindestruction Recordz, 2003.) sont les musiques par lesquelles la lutte contre le racisme et le fascisme s'est exprimée chez les DJ engagés du genre.. Le style périclite bientôt ; moribond à la fin des années 1990., laissant une place plus importante au hardstyle, jusqu'à la nouvelle émergence du gabber dès l'année 2002. C'est le titre Intelligent Hardcore de Dark Raver et DJ Vince, sorti en 1997, qui est considéré comme étant le morceau fondateur du « new style ».
Nu-style et uptempo
Le gabber connaît un regain de popularité en 2002. toutefois sous un nouveau style caractérisé par un tempo plus lent oscillant entre 160 et 185 BPM et une sonorité plus et industrialisée. Ces changements sont à l'origine de la césure sémantique entre ce qui va être qualifié de et la nouvelle génération du . Ce style est désigné sous les noms de , ou tandis que l'ancien son se trouve rebaptisé par rétronymie .
Cependant, la nouvelle rythmique ne fait pas l'unanimité auprès des puristes et certains d'entre eux en éprouvait un profond dégoût car, à leurs yeux, le n'était rien de plus que du composé sous un autre angle, avec le même tempo lent et le même son, qu'ils considèrent comme la et comme une . Paradoxalement, ce nouveau style aide au développement de sous-genres déjà existants du gabber comme le terror et le speedcore. Les styles coexistent dès lors, et trouvent des publics parfois différents. Durant les soirées en boîte de nuit, les DJ sont parfois hués par un groupe et applaudis par un autre, selon le tempo et le style de musique diffusé. Ces comportements sont similaires à ceux qui avaient précédemment animés la rivalité et la haine mutuelle que se vouaient les amateurs de hardcore et de happy hardcore au milieu des années 1990.
Vers le milieu des années 2010, un nouveau style dérivé du gabber émerge concrètement sous le terme d'uptempo, en partie avec la création du label Partyraiser Records de Partyraiser., et du label belge Footworxx. Le terme est cité à de nombreuses reprises dans les revues de presse..
Un film policier néerlandais intitulé , dont l'intrigue se déroule dans le milieu gabber des années 1990, sort le sur Amazon Prime.. Réalisé par le producteur et DJ néerlandais Jim Taihuttu, le film est récompensé d'un Gouden Film..
Caractéristiques La totalité des artistes et compositeurs utilisent un ou plusieurs logiciels audio-numériques spécialisés dans la création musicale par ordinateur comme Cubase., FL Studio, Ableton Live, Logic, Nuendo, et Reason. Les thèmes se focalisent habituellement sur ceux de la violence, l'hédonisme, l'anarchie, la drogue, et autres thèmes sombres.. Peter Shapiro considère le early hardcore comme Dans le early hardcore, la basse et la grosse caisse () sont réglées au même niveau sonore et fusionnent dans un mouvement appelé .
Mouvement