La (en occitan : carrièra Valada) est une voie de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France.

Situation Description La rue Valade est une voie publique. Elle traverse l'ouest du quartier Arnaud-Bernard, dans le secteur 1 - Centre. Longue de 291 mètres, elle naît sur le côté nord-est de la place Saint-Pierre, dans l'axe du pont Saint-Pierre, et suit un tracé relativement rectiligne orienté au nord-est. Elle se sépare après 42 mètres de la rue Pargaminières. Elle reçoit ensuite la rue de la Bastide, à droite. Elle débouche 59 mètres plus loin en s'élargissant sur la place Anatole-France. Elle est prolongée au-delà, au nord-est, par la rue Albert-Lautman, puis par la rue Émile-Cartailhac, qui aboutit sur la place Saint-Sernin.

La chaussée compte une seule voie de circulation automobile en sens unique, de la place Saint-Pierre vers la place Anatole-France. Elle est définie comme une zone de rencontre et la vitesse y est limitée à 20 km/h. La rue est en double-sens cyclable, et une piste cyclable existe vers la place Saint-Pierre, depuis début 2024.

Voies rencontrées La rue Valade rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

Place Saint-Pierre (g) Rue Pargaminières (d) Rue de la Bastide (d) Rue du Doyen-Gabriel-Marty (g) Place Anatole-France (d)

Transports La rue Valade est parcourue et desservie par la navette . Elle se trouve par ailleurs à proximité de la station Capitole de la ligne du métro.

Plusieurs stations de vélos en libre-service VélôToulouse se trouvent dans la rue Valade ou dans les rues voisines : la station (6 place Saint-Pierre), (31 rue Valade) et (40 place Anatole-France).

Odonymie L'origine du nom de la rue Valade est obscure. Les formes connues les plus anciennes, , en latin médiéval – carraria de Balatis, de Vallatis, Valadus – ou en occitan médiéval – carriera de Balades, den Baladas –, restent peu claires. Ces formes suggèrent la présence de fossés (valat ou vallat, « fossé » en occitan), mais il faut probablement écarter l'hypothèse d'un lien avec le rempart de la ville, dont le parcours était plus au sud, parallèle à la rue Pargaminières. Pierre Salies n'écarte pas non plus la possibilité d'un lien avec l'ancien port Saint-Pierre, puisque la rue était en descente (davalada, « descente » en occitan) vers les rives de la Garonne. Il n'est enfin pas exclu que ce nom soit lié à une famille du nom de ValadesSalies 1989, vol. 2, ...

Le nom de la rue Valade n'évolua que peu au cours des siècles – même s'il ne prit la forme du singulier qu'à la fin du . Après l'établissement du couvent des Chartreux (actuel ), la rue fut souvent désignée de leur nom, surtout à la fin du Salies 1989, vol. 1, .. On l'appelait également rue des Capucins, en raison de leur couvent (actuelle place Anatole-France)Salies 1989, vol. 1, .. En 1794, pendant la Révolution française, la rue et la place Valade furent renommées ensemble du nom de William Penn, quaker anglais qui avait obtenu du roi d'Angleterre Charles II un territoire américain, la Pennsylvanie, dont il avait fait une colonie modèleSalies 1989, vol. 2, ..

Histoire Moyen Âge Au Moyen Âge, le quartier de l'actuelle rue Valade se trouve hors de l'enceinte de la ville, au nord de la Porterie, la porte nord (emplacement de l'actuelle place du Capitole). C'est dans la première moitié du qu'elle commence à s'urbaniser, grâce au développement du bourg autour de l'abbaye Saint-Sernin. Elle se trouve en effet sur le chemin qui va du port Bidou (actuel port Saint-Pierre), sur la Garonne, à l'enclos de l'abbaye (actuelle place Saint-Sernin), et devient un des axes structurants du bourg Saint-SerninCazes 2013, ..

Le quartier connaît un véritable développement à partir du , autour de la nouvelle université toulousaine, qui s'établit non loin de la rue Valade, dans les couvents des franciscains – ou des Cordeliers – et des dominicains – ou des Jacobins. C'est là, au nord du « quartier latin » toulousain, que sont fondés plusieurs collèges de boursiers, pour recevoir des étudiants pauvres et leur fournir logement, nourriture et outils de travail. Un des plus anciens de ces collèges médiévaux est le collège de Moissac, fondé en 1286 par l'abbé de Moissac, Bertrand II de Montaigu, pour les moines de son abbaye, et qui possède un vaste terrain et même une vigne sous les murs de la villeSalies 1989, vol. 2, .. À l'autre bout de la rue, près de la place Valade (actuelle place Anatole-France), se trouve le collège de Verdale (emplacement de l'actuel rue du Doyen-Marty), fondé en 1337 par le testament d'Arnaud de Verdale, évêque de Maguelone et ancien professeur de droit à l'université de Toulouse. Il reçoit douze étudiants, dont deux clercsSalies 1989, vol. 2, .. Il voisine avec le collège de Montlezun, fondé en 1339 pour six étudiants, dont un prêtre, par Guillaume de Montlezun, ancien professeur de droit canon et abbé de Montierneuf à PoitiersSalies 1989, vol. 2, .. De l'autre côté de la place se trouve d'ailleurs le collège de Narbonne (actuels à 12 rue Antoine-Deville), fondé en 1343 par l'archevêque de Narbonne, Gasbert de Valle, important prélat de la cour pontificale à Avignon et camérier des papes Jean XXII, Benoît XII et Clément VI, qui avait étudié le droit à l'université de Toulouse. Il abrite douze étudiants, dont deux de la ville d'Arles, deux du diocèse d'Arles et deux d'AussacSalies 1989, vol. 2, ..

Période moderne Au , les autorités de la ville sont touchées par les idées d'humanisme et de réforme des études. En 1551, à la suite de l'édit donné au mois de juillet à Nantes par le roi Henri II, les collèges de la ville sont fermés, pour permettre l'ouverture d'un grand collège municipal, le collège de l'Esquile (actuels rue de l'Esquile et rue du Taur). Les collèges de Verdale et de Montlezun sont fermés et leurs bâtiments vendus en 1582 aux capucins qui y installent leur couvent. Ces derniers, implantés en France depuis 1563, sont venus à Toulouse avec le soutien de Jean-Étienne Duranti, premier président au Parlement de Toulouse. La chapelle de l'ancien collège de Verdale, transformée et augmentée d'un chœur, cède la place à une construction plus importante, édifiée entre 1597 et 1600. Les fondations universitaires se poursuivent cependant : en 1554, Jacques de Secondat, vicaire général de Toulouse, fonde un collège pour cinq étudiants en théologie et un prêtreSalies 1989, vol. 2, ..

Au , le mouvement de la Réforme catholique, dans le prolongement du concile de Trente, se fait sentir à Toulouse qui est devenu un véritable bastion catholique face aux progrès de la Réforme protestante. Les moines chartreux de l'abbaye Notre-Dame-de-Bellevue de Saïx, près de Castres, qui avait été détruite en 1567 par les protestants durant les guerres de religion, s'étaient établis à Toulouse dès 1569 dans l'église Saint-Pierre-des-Cuisines. Ils acquièrent les bâtiments de l'ancien collège de Moissac et font construire, entre 1607 et 1612, les bâtiments de leur couvent et leur église, placée à l'origine sous l'invocation de Marie et Paul de Thèbes. Le grand cloître et les maisons des Chartreux qui l'entourent sont construits postérieurement, entre 1655 et 1670 environ. Chaque maisonnette est liée à un jardinet individuel et clos, comme le veut la règle de saint BrunoPhilippe Delvit, L'écrin vert de l'Université, sur le site de l'université Toulouse-I-Capitole, 12 novembre 2019 (consulté le 27 juillet 2021)..

En 1626, par un bref du pape Urbain VIII, un séminaire est fondé pour la formation des prêtres irlandais qui veulent compléter leur formation ecclésiastique. Ce séminaire ou collège des Irlandais est installé dans la rue Valade (emplacement de l'actuel ). En , il reçoit le soutien de la régente, Anne d'Autriche, et prend le nom de séminaire de Sainte-Anne-la-Royale. Il est placé sous l'autorité de l'archevêque de Toulouse et doté par la régente d'une rente de . Le séminaire doit assurer l'accueil de douze prêtres et étudiants irlandais pour une durée des études de huit ansSalies 1989, vol. 2, et 465. Patrick Boyle, « The Irish Seminary at Toulouse (1603?), (1659-1793) », Archivium Hibernicum, , 1912, ..

En 1662, la congrégation des Filles de l'Enfance, fondée en 1656 par l'abbé Gabriel de Ciron et Jeanne de Juliard, « madame de Mondonville », s'installe sur une vaste propriété entre la rue Valade (actuels à 32 bis) et la rue Pargaminières (actuels à 42) appartenant à Ramond Durand, seigneur de La Bastide et trésorier général de FranceSalies 1989, vol. 1, .. En 1651, Gabriel de Ciron, issu d'une famille de magistrats toulousains, infatigable prédicateur, a déjà fondé dans l'église Saint-Pierre-des-Cuisines le séminaire des Hautes-Sciences, qui s'adresse aux clercs devant exercer leur ministère dans les milieux instruits. Quelques années plus tard, il en change la destination, et en fait le Séminaire des Nouveaux Convertis, en direction des protestants qui viennent de se convertir au catholicismeSalies 1989, vol. 1, .. Dans la même idée, l'institution des Filles de l'Enfance se consacre à l'éducation des jeunes filles protestantes converties au catholicismeSalies 1989, vol. 1, .. Mais Gabriel de Ciron et Jeanne de Juliard sont suspects de jansénisme et, malgré le soutien passif de nombreux parlementaires toulousains, favorables aux milieux jansénistes, ils sont inquiétés. Le séminaire des Nouveaux Convertis est fermé en 1675, après la mort de Gabriel de Ciron, et la congrégation des Filles de l'Enfance est supprimée en 1686 sur ordre du roi Louis XIV, tandis que leur couvent est fermé. Les bâtiments de la rue Valade sont immédiatement cédés par l'archevêque de Toulouse, Joseph de Montpezat de Carbon, aux jésuites pour qu'ils y installent le séminaire diocésain, dont il leur a confié la fondation deux ans plus tôt.

Les fondations pieuses se poursuivent au . En 1763, après l'expulsion des jésuites ordonnée par le roi Louis XV l'année précédente, leurs propriétés sont cédées à de nouveaux administrateurs. Le séminaire diocésain est confié par l'archevêque, Étienne-Charles de Loménie de Brienne, à Antoine de Calvet. Ce prêtre, fils de Jean-Joseph de Calvet, trésorier général, puis premier président au bureau des finances de la généralité de Toulouse, avait déjà fondé, en 1738, un séminaire confié à la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, le séminaire Saint-Charles (actuel lycée Ozenne, rue Merly). Un nouveau séminaire est peu à peu élevé entre 1763 et 1784, à l'emplacement des anciens bâtiments des Filles de l'Enfance, sur la rue Valade (actuels ). Il est, comme le séminaire Saint-Charles, confié aux sulpiciens et placé sous la direction d'Antoine de Calvet, jusqu'à son départ en 1784Salies 1989, vol. 1, ..

Époque contemporaine Révolution française et Premier Empire La Révolution française, dans ce quartier qui compte de nombreuses institutions religieuses, apporte des bouleversements. La rue Valade est bordée de plusieurs couvents – des Chartreux et des Capucins – et séminaires – de Calvet et des Irlandais. En 1791, les congrégations religieuses sont supprimées et toutes leurs propriétés deviennent biens nationauxSalies 1989, vol. 2, .. À partir de 1793, avec la guerre que mène la France contre les États européens coalisés, Toulouse devient une place forte et abrite de nombreuses institutions militaires. L'église, le couvent et le vaste enclos des chartreux servent d'arsenal, avec un atelier de fabrication, des dépôts d'armes, magasin à poudre. Le couvent des Capucins devient magasin général des hospices, puis école d'Artillerie. Enfin, une salle d'armes est ouverte dans l'église Saint-Pierre-des-CuisinesSalies 1989, vol. 1, et 229.. En 1798, le séminaire de Calvet est quant à lui transformé en caserneSalies 1989, vol. 1, ., la caserne Dupuy, dévolue au régiment, qui occupe également la caserne Pelet (emplacement de l'actuel rue des Trente-Six-Ponts).