vignette|droite|200px|La porte d'Ishtar de Babylone, , reconstituée au Pergamon Museum de Berlin.

L’Empire néo-babylonien (anciennement et parfois encore Empire chaldéen) correspond à une période de l'histoire du royaume de Babylone comprise entre et Cette époque marque le sommet de la puissance babylonienne, qui constitue un véritable empire reprenant l'héritage de l'empire néo-assyrien après l'avoir abattu, et qui devient à partir de la puissance hégémonique du Moyen-Orient. Cette domination est brève, puisqu'elle est avant tout le fait de Nabopolassar et de son fils , et que le royaume s'écroule une vingtaine d'années après la mort de ce dernier, sous les coups du roi perse , le fondateur de l'Empire achéménide.

Cette période marque le retour de la prospérité économique en Babylonie, portée notamment par le développement de l'économie agricole, et par un dynamisme culturel important, sous les auspices des souverains. C'est durant cette période que Babylone devient une vaste cité disposant de plusieurs monuments passés à la postérité (ses murailles, ses palais, sa ziggurat, peut-être ses jardins suspendus). C'est également la période qui a laissé de l'empire babylonien l'image d'un empire conquérant brutal et immoral, par le biais des récits bibliques. Il s'agit d'une structure politique très centralisée, captant les richesses des territoires dominés au profit de son centre et plus spécifiquement de sa capitale, qui se préoccupe peu de mettre en place des structures administratives dans les provinces non-babyloniennes et encore moins de développer celles-ci.

Pour ce qui concerne les structures économiques et sociales, documentées par des milliers de tablettes cunéiformes, la Babylonie est marquée par l'importance des temples, qui en plus de leur rôle religieux sont de grands propriétaires fonciers, et sur celle d'une élite urbaine qui doit en général son statut à l'exercice de fonctions dans ces mêmes sanctuaires. Des familles d'« entrepreneurs » tirent profit de leurs liens avec l'administration royale et du développement des opportunités économiques pour s'enrichir. Les tendances de cette période se poursuivent après la fin de l'empire, durant les premières décennies de la domination perse, jusqu'à la répression d'une révolte au début du règne de , en , qui marque un bouleversement majeur en affaiblissant considérablement les temples et une partie des élites urbaines.

Définitions et contours L'empire néo-babylonien est une entité politique qui naît en 626 lorsque Nabopolassar se proclame roi de Babylone, et dure 87/88 ans, jusqu'à sa chute en 539, date de la prise de Babylone par les troupes du roi perse et de la destitution du dernier roi babylonien, Nabonide. L'emploi du terme « dynastie » peut se justifier, puisque les trois premiers rois, Nabopolassar (626-605), (605-562) et Amel-Marduk (562-560), se succèdent de père en fils, le quatrième et le cinquième, Nériglissar (560-556) et Labashi-Marduk (556), père et fils, sont selon ce qui est généralement admis respectivement le gendre et le petit-fils de Nabuchodonosor. Seul le sixième et dernier, Nabonide (556-539), n'a pour autant que l'on sache aucun lien familial avec les autres.

Cet empire et la « dynastie » qui l'a dirigé ont aussi été désignés par le terme « chaldéen », notamment parce que la Bible désigne comme le « roi des Chaldéens » et que les termes « Chaldée » et « Chaldéens » soient souvent utilisés comme synonyme de « Babylonie » et « Babyloniens » par les auteurs bibliques et grecs. Au regard de la documentation cunéiforme, s'il y a effectivement un peuple chaldéen présent en Babylonie à cette période dont les chefs sont importants dans la vie politique et militaire (notamment dans la résistance à l'Assyrie), il n'y a aucun élément décisif qui démontre que les fondateurs de la dynastie en fassent partie, ce qui explique pourquoi la dénomination d'« empire chaldéen » soit devenue désuète. Selon P.-A. Beaulieu néanmoins, le fait que l'entourage des rois néo-babyloniens soit marqué par la présence de Chaldéens et aussi d'Araméens justifierait dans une certaine mesure de désigner leur empire comme « Chaldéo-araméen ».

Quoi qu'il en soit les spécialistes de la période ont souvent souligné les limites du découpage fait en fonction des seuls événements politiques, car il ne prend pas en considération les faits économiques et sociaux, et la documentation textuelle qui les éclaire. En effet, les archives cunéiformes couvrent une période plus large que la durée de l'empire néo-babylonien, en particulier puisqu'elles se prolongent durant les décennies suivant la conquête perse, jusqu'à la répression de la révolte qui secoue la région au début du règne du roi perse , en 484 qui conduit à d'importants changements. Les études historiques sur la période ont donc tendance à s'affranchir des bornes chronologiques politiques pour embrasser plus largement cette phase de presque 150 ans qui couvre l'empire néo-babylonien et déborde sur le début de la domination achéménide, constituant un « long sixième siècle » babylonien, de 626 à 484 av. J.-C. Cette période présente une certaine unité par ses aspects sociaux, économiques et culturels, caractérisés en particulier par les liens tissés entre les grands sanctuaires et les élites urbaines. La culture matérielle semble aussi plaider en faveur d'un cadre chronologique plus large que les limites politiques pour comprendre la période.

En linguistique, la désignation « néo-babylonien » correspond à une phase de la langue babylonienne (elle-même une variante de l'akkadien) telle qu'elle est attestée dans les textes (ce qui ne veut pas dire qu'elle corresponde à la langue parlée au quotidien). Ses contours chronologiques sont débattus et fluctuants : elle commence en 1000 av. J.-C., pour s'achever soit autour de 626/600 av. J.-C., auquel cas elle ne comprend pas l'empire du même nom, ou autour de 539 av. J.-C., auquel cas elle le comprend ; vient ensuite le « babylonien tardif (ou récent) », la dernière phase du babylonien, qui comprend ou non l'empire néo-babylonien selon la césure chronologique privilégiée. Certains isolent aussi une phase néo-babylonienne ancienne (Early Neo-Babylonian), d'environ 750 à 626, précédant celle de l'empire néo-babylonien. La majorité des spécialistes inclut la documentation archivistique du « long sixième siècle » dans la phase du « babylonien tardif »..

Sources À la différence des autres périodes de l'histoire du royaume babylonien, le souvenir de la période de l'empire néo-babylonien a été préservé dans les traditions extérieures, et c'est d'elle que Babylone tire son renom. Cette image est notamment forgée par les récits d'auteurs Grecs (Hérodote, Ctésias)R. Rollinger, « L'image et la postérité de Babylone dans les sources classiques », dans , quelques textes en araméen, et surtout la Bible hébraïque qui relate la conquête du royaume de Juda par les troupes babyloniennes et les déportations qui s'ensuivent, ouvrant la période de l'Exil, cruciale dans la formation du judaïsmeJ. García Recio, « L'image de Babylone dans les sources bibliques », dans . A. Cavigneaux, « L'exil judéen en Babylonie », dans .. Si les Grecs ont plutôt associé Babylone à la démesure, la Bible en a laissé une image globalement négative, celle d'un empire brutal et oppresseur, immoral, qui s'est transmise au Judaïsme et au Christianisme. Quoi qu'il en soit il s'agit de nos jours de sources d'une importance mineure pour la connaissance de la période.

Il faut attendre la redécouverte des sites mésopotamiens par les archéologues à partir du milieu du puis le déchiffrement des textes cunéiformes qui y sont exhumés pour reconstituer l'histoire de l'empire néo-babylonien de façon plus précise par des sources antiques. La documentation provient en grande partie de sites situés en Babylonie même : Uruk, Ur, Sippar, Borsippa, Nippur et Babylone. Cette dernière a fourni une documentation importante sur la période, mise au jour lors des fouilles accomplies par les équipes allemandes au début du J. Marzahn, « Les fouilles archéologiques allemandes », dans , puis par d'autres équipes plus ponctuellement par la suite. Il s'agit d'une documentation architecturale de premier plan, puisque c'est le site le plus vaste de la Mésopotamie antique à avoir été exploré, même si une grande partie de sa surface reste encore inexplorée. Les fouilles de sites de Babylonie se sont surtout concentrées sur les secteurs monumentaux (palais, temples, parfois des portes et des sections de murailles), et ont peu approché les espaces domestiques. Des prospections au sol ont apporté un éclairage sur les évolutions du peuplement.

Les fouilles archéologiques, régulières ou clandestines, ont livré des milliers de textes en écriture cunéiforme, majoritairement sous la forme de tablettes d'argiles, et en bien plus petit nombre sur pierre ou métal. Cette documentation constitue la principale source de connaissances sur la période. Elle peut se diviser en plusieurs catégories : Des inscriptions commémoratives écrites pour célébrer les accomplissements des rois néo-babyloniens. Elles font essentiellement référence à des travaux de construction, principalement dans des sanctuaires, et évoquent peu les victoires militaires. Ces textes commencent en général par une longue titulature royale, se poursuivent par la description des travaux, et se terminent par une prière finale envers une ou plusieurs divinitésÉditions en ligne avec traduction en anglais : http://oracc.museum.upenn.edu/ribo/babylon7/index.html. Des chroniques historiques écrites plus ou moins longtemps après les faits, résumant année par année des événements, majoritairement militaires, de façon concise. C'est la principale source sur les campagnes militaires, notamment au début de la période. En raison du caractère fragmentaire des textes et des lacunes, de nombreuses années ne sont pas couvertes par ces textes (notamment les années 12 à 43 du règne de Nabuchodonosor)Traductions : .. Des textes littéraires de propagande royale ou plus généralement politique, connus par des sources postérieures, font référence à la période néo-babylonienne, en particulier au règne du très controversé Nabonide qui est diabolisé par plusieurs textes. Ils sont évidemment très biaisés mais n'en sont pas moins essentiel pour reconstituer le contexte politique et culturel de la période. Des documents d'archives, provenant de contextes institutionnels ou privés. En quantité, c'est un corpus considérable, de plus de tablettes et fragments, dont moins d'un tiers a été publié. Ils couvrent le « long sixième siècle », de 626 à 484, et proviennent de nombreux sites (Babylone, Borsippa, Sippar, Dilbat, Isin, Kish, Kutha, Larsa, Nippur, Uruk, Ur, etc.). Peu de textes sont issus de l'administration royale, les archives les plus imposantes étant celles de deux temples : l'Ebabbar, temple du dieu-soleil Shamash à Sippar, évalué à plus de tablettes et fragments ; l'Eanna, temple de la déesse Ishtar à Uruk, au moins tablettes et fragments. Il s'agit majoritairement de documents de gestion administrative, mais on trouve aussi des textes juridiques et administratifs, ainsi que des textes littéraires, notamment d'une bibliothèque à Sippar. Les archives privées constituent des corpus moins volumineux : les archives de la famille Egibi de Babylone ont livré plus de tablettes étalées sur toute la période, quelques autres familles sont connues par 100 à 400 tablettes, bien d'autres par seulement quelques dizaines de textes. Elles documentent surtout les affaires économiques et juridiques de familles de notables urbains liés aux sanctuairesPrésentation détaillé par sites : ..