La période de l'histoire des États-Unis de 1865 à 1918 commence avec la fin de la guerre de Sécession (1861-1865), qui opposa les États industriels du Nord aux États confédérés, notamment sur la question de l'esclavage, et se termine avec la fin de la Première Guerre mondiale. Elle est marquée en particulier par la Reconstruction, qui prend fin avec le Compromis de 1877 et le retrait des troupes du Nord des États sudistes. La période de l'Histoire des États-Unis qui s'est déroulée entre la fin de la guerre et le début du est parfois appelée « période dorée » (en anglais ), et fut marquée par une longue prospérité du pays dans de nombreux domaines (économie, industrialisation). Cependant, cette même période étendue jusqu'à la Seconde Guerre mondiale fut aussi caractérisée par un retrait progressif des droits acquis par les Noirs américains à la fin de la guerre dans les États du Sud, qui parvint à son point culminant lors de l'arrestation de Plessy en 1896, qui entérina la ségrégation raciale dans les transports publics. La Grande Dépression toucha aussi l'Amérique, laquelle en sort peu avant la Première Guerre mondiale.
Les suites de la guerre de Sécession et la Reconstruction (1865-1877) La période qui suit la guerre de Sécession et qui voit la réintégration des États sécessionnistes dans l'union, ainsi que la politique menée à leur égard pendant cette période se nomme la Reconstruction. Abraham Lincoln (assassiné en 1865) prône une politique modérée, mais l'immense coût humain de la guerre et les changements sociaux qu'elle apporta amène le Congrès à bloquer la réadmission des États rebelles dans l'Union sans que soient remplies des conditions préalables. Une série de lois sont promulguées à cet effet : un serment de loyauté est exigé de la part des populations du sud. L'esclavage est officiellement supprimé en 1865 par le amendement.
Après la guerre civile, les nécessités économiques ont contraint de nombreuses femmes à travailler dans les usines. Cette situation est évoquée dans le tableau de Winslow Homer. On y voit le début d'une journée de travail, avec une jeune femme habillée à la mode, un seau à lunch à la main, qui gravit une rampe de fortune et un pont branlant menant à un moulin sombre. À droite, trois femmes bavardes vêtues de robes filées à la maison évoquent un sentiment de communauté rurale, contrairement à la figure solitaire qui venait probablement de la villeOld Mill, Winslow Homer.
Après la reddition du général Lee à Appomatox, les troupes nordistes occupent les ex-États sécessionnistes, l’armée organise une distribution alimentaire aux populations affamées. Le gouvernement fédéral lance un crédit pour la reconstruction qui dure jusqu’en 1877, date où les troupes fédérales se retirent, c’est le compromis tacite de 1877.
Après l'assassinat de Lincoln, le président Andrew Johnson, ancien sénateur du Tennessee et propriétaire d'esclaves, suivit une politique indulgente envers les ex-Confédérés. Il nomma de nouveaux gouverneurs à l'été 1865 et déclara rapidement que les objectifs de la guerre — unité nationale et abolition de l'esclavage — avaient été atteints et que la Reconstruction était par conséquent achevée. Il n'y eut aucune réquisition ou confiscation, aucune plantation n'est divisée ou morcelée. Au contraire, Andrew Johnson fait expulser les Noirs des parcelles de terrains que certains généraux nordistes leur avaient distribués. De manière générale, la structure économique du Sud, construite sur des caractéristiques racistes, est totalement conservée. Le système des métayers, forme d'exploitation proche de l'esclavage, est créé pour les Noirs.
Des Blancs du sud (les ) adhèrent au parti républicain afin d’obtenir des postes dans l’administration aux côtés des . Les Blancs ayant soutenu la Confédération n’ont pas le droit de vote. Pour voter il faut jurer. Certains Noirs migrent vers le nord afin de trouver un travail comme ouvrier. L'ampleur des destructions causées par l'invasion du Sud, sa défaite, suivie des changements sociaux des États vaincus après la guerre, font naître une amertume durable dans le Sud à l'égard du gouvernement des États-Unis. Les anciens maîtres et les Blancs restés fidèles au Sud répondent par la violence en formant des sociétés terroristes (Ku Klux Klan, fleur du Camélia) et essaient de tuer les , les et les Noirs de l’administration. La Louisiane tout entière est parcourue de bandes armées qui fouettaient, battaient ou tuaient des Noirs impunément. Selon le général Philip Sheridan, gouverneur militaire de la région, plus de 3 500 Noirs sont massacrés dans les 10 ans qui suivirent la guerre.
Les États du Sud avaient profité également de la période pour voter des Codes noirs restreignant fortement les droits des Afro-Américains nouvellement affranchis. Ils adoptent une série de lois interdisant la possession d'armes par les Noirs, le droit de réunion après le crépuscule, et « l'oisiveté ». Au Mississippi, la loi leur interdit également de posséder de la terre. En Caroline du Sud, elle leur interdit l'exercice de toutes professions « artistiques, commerciales ou industrielles », leur permettant seulement de devenir domestiques ou valets de ferme. Plusieurs États (ainsi qu'au Nord, comme New York) leur interdisent le droit de vote sous divers prétextes (suffrage censitaire, interdiction de vote pour les analphabètes, etc).
Dès que les troupes de l’union quittent le Sud en 1877, les et les fuient au nord, tandis que l’émigration des Noirs s’accélère. Le compromis de 1877, à cause de l’incapacité du gouvernement fédéral à réunir et réconcilier réellement le pays, échoue pendant plusieurs décennies à garantir les droits civiques des anciens esclaves noirs dans le Sud. Le gouvernement fédéral abandonne les droits civiques pour les Noirs et redonne le pouvoir aux Bourbons, ainsi qu'on appelle les anciens maîtres.
Les droits civiques
Les Républicains les plus radicaux tels que Thaddeus Stevens et Charles Sumner revendiquent le droit de vote pour les Noirs. Mais les violences prennent pour cible les anciens esclaves dans les années qui suivent la guerre, principalement sous l'impulsion du Ku Klux Klan, mouvement terroriste anti droits civiques.
Une des questions majeures de la reconstruction est celle des droits civiques pour les anciens esclaves des États du Sud. En réponse aux tentatives du Sud de refuser ces droits, le Congrès vote une loi des droits civiques () ou amendement qui accorde la citoyenneté et l'égalité des droits aux Noirs en 1866 (une autre suivra en 1875).
Le congrès est en conflit avec le président Andrew Johnson, partisan d'une politique aussi limitée que possible, et qui utilise, surmonté par la majorité requise des deux tiers au congrès. Le conflit aboutit à une procédure d' contre le président en 1868, voté par la Chambre, avant qu'il ne soit acquitté par le Sénat, à une voix près.
Après d'importants gains du Parti républicain aux élections de mi-mandat en 1866, la première loi de reconstruction () est adoptée le . Il déclare d'emblée qu'« Il n'existe en ce moment ni gouvernement légal, ni protection adéquate de la liberté ou de la propriété dans les États rebelles ». La loi, qui prévoit le gouvernement du Sud, divisé en cinq districts (à l'exception du Tennessee réintégré en 1866) par les autorités militaires, est plusieurs fois renforcée jusqu'au dernier des s) voté le .
En 1869, le XV interdit de limiter le droit de vote des Noirs. La ratification du XIV, puis du XV amendement, est imposée aux États du Sud comme une des conditions de leur réintégration dans l'Union. La réintégration est effective en 1870, mais la politique de la reconstruction se poursuit jusqu'en 1877, date à laquelle l'élection présidentielle, présentant un ex æquo, est délibérée par la Chambre des représentants en faveur de Rutherford Hayes, le candidat du Nord, au détriment de Samuel Tilden, soutenu par le Sud. Il est généralement admis que cette élection est obtenue en échange de la fin de la reconstruction, cet échange étant appelé « compromis de 1877 ». La théorie ne fait pas l'unanimité des historiens. Quoi qu'il en soit, la Reconstruction prend effectivement fin à ce moment.
En 1874, la ligue blanche (), organisation raciste située dans la mouvance du Ku Klux Klan, tente un coup d'État à La Nouvelle-Orléans. Les gouvernements républicains des États du sud tombent peu à peu au profit du camp démocrate.
Remise en question des droits civiques
La fin de la Reconstruction signifie aussi la fin des droits civiques pour les Noirs américains. Les années passant, le Nord perd son intérêt pour la question, et le Sud est de fait autorisé à établir la ségrégation raciale. Le nombre d’électeurs noirs continuera à augmenter jusqu’en 1880. Après la période de la Reconstruction, une grande partie de la législation des droits civiques est déclarée anticonstitutionnelle par la Cour suprême. Tout particulièrement, la Cour suprême déclare dans les de 1883 que le de 1875 est inconstitutionnel, le amendement ne concernant que les États et non les personnes, le Congrès ne peut interdire aux personnes et aux entreprises privées (transport, restauration, théâtres) de pratiquer la ségrégation. En 1896, la cour va plus loin et dans l'arrêt Plessy v. Ferguson, elle autorise les États eux-mêmes à pratiquer la ségrégation, à condition que les conditions offertes aux deux races soient « séparées mais égales » (doctrine ). De facto, le Ku-Klux-klan intimide les électeurs noirs, nombre d’entre eux sont analphabètes et ne peuvent donc voter sans aide (qui leur est refusée). Dans certains États, on exige des électeurs de citer et commenter des passages de la Constitution devant un jury, qui élimine alors systématiquement les électeurs noirs.
C'est à partir de l'arrêt historique Brown v. Board of Education de 1954 que la doctrine fut remise en cause. Un nouveau est voté par le Congrès en 1964, et cette fois, soutenu par la Cour suprême. Cette loi, avec le (loi sur le droit de vote) de 1965, met effectivement fin à la ségrégation.
Militantisme noir
Les principaux protagonistes de la cause des Noirs sont Booker T. Washington, Marcus Garvey et William Edward Burghardt Du Bois. Ce dernier fonde en 1909 la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured Peoples). Le Parti Communiste américain suggère la création de communautés noires autonomes dans le sud.
L'Âge d'Or et la République impérialiste (1877-1914) thumb|400px|right|Fort Reno, Oklahoma (1891). Industrialisation Les années qui suivent la fin de la guerre de Sécession sont celles où le chemin de fer est roi. Des milliers de kilomètres de voies ferrées sont construits jusqu'à la fin du . En 1900, de lignes de chemin de fer couvrent le territoire américain dont cinq transcontinentaux. La production sidérurgique et le commerce se trouvent ainsi stimulés.
Fonctionnant partout aux États-Unis, le système de location de prisonniers fournit aux propriétaires de mines et aux compagnies de chemin de fer une main d’œuvre à très bas coût. En Caroline du Sud par exemple, les détenus posent la quasi-totalité des voies ferrées mises en place entre 1876 et 1894. Les entreprises payent un loyer aux prisons, qui pour certaines prospérèrent grâce à ce système (ce qui eut aussi pour conséquence d'inciter les juges, sujets à des pressions, d'infliger des peines de prison plus longues). Les détenus travaillent 18 heures par jour et étaient généralement logés dans des baraquements pour animaux. Ces conditions de travail ont provoqué la mort de nombreux détenus. Outre les raisons économiques, la main-d’œuvre pénale était utilisée pour briser les grèves. En 1891, les ouvriers grévistes de la Tennessee Coal Company parviennent à libérer près de loués par la compagnie pour les remplacer.