L'édit du Maximum (en latin : , c'est-à-dire l'« édit concernant le prix des marchandises »), connu aussi sous le nom d'édit de Dioclétien, a été émis entre le et le par l'empereur romain Dioclétien. Visant à lutter contre l'inflation et la spéculation dans l'Empire romain, il fixait un plafond sur les prix des biens et services ainsi que sur les salaires et honoraires.
Histoire L'édit fut probablement émis d'Antioche ou d'Alexandrie et a été rédigé en grec et en latin. Le décret n'existe plus aujourd'hui que dans des fragments trouvés principalement dans la partie orientale de l'empire où Dioclétien a régné. Cependant le texte que ces fragments ont permis de reconstituer fournit suffisamment d'informations sur le prix des biens et services.
Pendant la Crise du troisième siècle, la monnaie romaine perd de sa valeur à cause des nombreux empereurs et usurpateurs romains qui ont inconsidérément frappé monnaie afin de payer soldats et fonctionnaires à cause des levées d'impôt insuffisantes.
Entre le et le , Dioclétien publie des décrets sur les prix tentant de réformer le régime fiscal et de stabiliser la monnaie.
La valeur relative des modules monétaires étant souvent inconnue ou ayant beaucoup varié, il reste cependant difficile d'estimer le prix réel des biens et services mentionnés.
L'Édit du Maximum est le plus long acte législatif de l'époque de la tétrarchie qui nous soit parvenu. L'édit fut critiqué par Lactance, un rhéteur de Nicomédie, qui blâme les empereurs pour l'inflation et cite les nombreux combats et effusions de sang qui ont éclaté à partir de la « manipulation » des prix.
À la fin du règne de Dioclétien en 305, les décrets d'application étaient pratiquement ignorés. L'économie romaine dans son ensemble n'a pas fondamentalement été stabilisée avant la réforme de Constantin de 310.
Les prémices de l’Édit du Maximum La réforme monétaire de 294-295 La stabilisation monétaire a été une préoccupation majeure pour Dioclétien qui, dès qu'il fut fermement installé au pouvoir, débarrassé des usurpateurs grâce à l'association avec Maximien Hercule, a cherché à réformer le système monétaire vers 294-295. Cette réforme a associé la création du nummus (souvent appelé follis) de bronze argenté, valant sans doute 12,5 deniers, et la transformation de l'antoninien en « fraction radiée », valant peut-être 2 ou 2,5 deniers. Ce système s'appuie sur le retour d'une monnaie d'argent fin reprenant l'étalon de Néron à 1/ de livre soit , l’argenteus, valant sans doute 50 deniers. Le denier n'était plus à cette époque qu'une unité de compte. Le but semble avoir été de rétablir des monnaies d'une valeur intermédiaire entre les antoniniens fortement dévalués et l’aureus qui circulait peu et était de peu d'intérêt pour les transactions quotidiennes. Malheureusement, les argentei et dans une moindre mesure les nummi ont très vite été thésaurisés et l'inflation s'est poursuivie, rendant nécessaire cet Édit du Maximum.
L’Édit d'Aphrodisias de Carie (septembre 301) Face à la poursuite de l'inflation, sans doute à cause de la thésaurisation des nouvelles monnaies, Dioclétien décrète un doublement de la valeur libératoire. L’aureus passe à 1000 deniers (il était à 833), l'argenteus à 100, le follis à 25 et la fraction radiée à 4 ou 5. La valeur relative des monnaies est cependant préservée mais cet édit n'eut que peu d'effet.
l’Édit du Maximum
Il n'existe que des fragments des différents supports de cet édit, provenant de Méditerranée orientale. Toutefois, les fragments, assez nombreux, permettent de se faire une idée concrète du système.
Dans ce préambule, l'empereur reconnaît avoir trop attendu avant de prendre des mesures aussi drastiques. Alors que la politique monétaire et économique a toujours été une de ses préoccupations.
Les Augustes précisent que ces prix ne sont que des maxima et invitent, évidemment, à pratiquer des prix moins élevés.
Le dernier tiers de l'édit, divisé en 32 sections, impose un prix plafond maximum pour plus d'un millier de produits. Ces produits comprenaient diverses denrées alimentaires (viande, céréales, vin, bière, saucisses, etc.), vêtements (chaussures, manteaux, etc.), les frais de transport, les voyages maritimes et les salaires hebdomadaires. La limite supérieure était le prix d'une livre de soie teinte en pourpre, qui a été évalué à (même prix qu'un lion).
Quelques exemples D'après Georges Deyperot et Roger Rees.
quantitéprix (deniers)blémodius de l'armée100 d.orgemodius de l'armée60 d.seiglemodius de l'armée60 d.millet concassémodius de l'armée100 d.millet entiermodius de l'armée50 d.orge mondémodius de l'armée100 d.lentillemodius de l'armée100 d.gessemodius de l'armée80 d.pois cassémodius de l'armée100 d.avoinemodius de l'armée30 d.fenugrecmodius de l'armée100 d.lupin crumodius de l'armée60 d.lupin cuitpinte italienne4 d.graine de linmodius de l'armée150 d.riz décortiquémodius de l'armée200 d.gruau d'orgemodius100 d.sésamemodius de l'armée200 d.graine de luzernemodius de l'armée150 d.graine de chanvremodius de l'armée80 d.pavotmodius de l'armée150 d.cuminmodius de l'armée200 d.graine de radismodius de l'armée150 d.graine de moutardemodius de l'armée150 d.moutardepinte italienne8 d.porclivre italienne12 d.bœuflivre italienne8 d.chèvre ou moutonlivre italienne8 d.ventre de truielivre italienne24 d.mamelle de truielivre italienne20 d.foie de porc nourri aux figueslivre italienne16 d.porc salélivre italienne16 d.jambon Ménapien ou Cerritainlivre italienne20 d.jambon Marselivre italienne20 d.saucisse de porconce12 d.saucisse de bœufonce10 d.saucisse de porc fumé de Lucanielivre italienne16 d.saucisse de bœuf fumé de Lucanielivre italienne10 d.faisan gras1250 d.faisan sauvage1125 d.oie grasse1200 d.oie non-engraissée1100 d.poulet260 d.perdrix130 d.tourterelle116 d.tourterelle sauvage112 d.grive1060 d.ramier220 d.pigeon224 d.canard240 d.lièvre1150 d.lapin140 d.bec-figue1040 d.moineau1016 d.loir1040 d.paon1300 d.paonne1200 d.caille1020 d.étourneau1020 d.sanglierlivre italienne16 d.venaisonlivre italienne12 d.gazelle ou chèvre sauvage ou chevreuillivre italienne12 d.porceletlivre italienne16 d.agneaulivre italienne12 d.beurrelivre italienne16 d., salairesmanœuvre agricole1 jour25 d.maçon1 jour50 d.menuisier / charpentier1 jour50 d.chaufournier1 jour50 d.marbrier1 jour60 d.mosaïste1 jour60 d.fresquiste1 jour75 d.peintre de figures1 jour150 d.charron1 jour50 d.forgeron1 jour50 d.boulanger1 jour50 d.briquetier8 briques2 d.chamelier ou muletier1 jour25 d.berger1 jour20 d.barbierpar homme2 d.tondeurpar animal2 d.notairepour 100 lignes10 d.professeur élémentairepar élèves /mois50 d.professeur de grec, latin ou géométriepar élèves /mois200 d.professeur d'architecturepar élèves /mois200 d.professeur de rhétoriquepar élèves /mois250 d.avocatpour lancer une procédure250 d.avocatpar plaidoyer d.surveillant de vêtements aux thermespar baigneur2 d.Or raffiné, en lingots ou en monnaieslivre d.Or non raffinélivre d.Orfèvrepar livre travaillée d.Tailleur d'orpar livre travaillée d.
Résultats Les marchands ont cessé de fournir les marchandises, les ont vendues illégalement ou utilisé le troc. L'édit a eu tendance à perturber les échanges et le commerce, surtout chez les marchands.
Il est raisonnable de supposer qu'une économie de marché noir a existé hors de l'édit au moins entre commerçants et parfois des villes entières ne pouvaient produire de fournitures aux prix fixés.
Comme l'édit a également fixé des limites aux salaires, ceux qui percevaient ceux-ci, en particulier les soldats, constataient une forte perte de pouvoir d'achat et que les prix fixés ne reflétaient pas la réalité.
Les prix constatés lors de transactions consignées dans des papyrus égyptiens montrent que ces montants étaient largement dépassés au cours du .
En conséquence, l'état dut procéder à des réductions pondérales. En , le follis passa à , en à , au printemps 310 à . Les frappes d'argent cessèrent progressivement (Aquilée, Carthage, Serdica en 307, Trèves et Ostie en 309, Rome en 310).
Il fallut attendre les réformes de Constantin pour stabiliser les prix, en particulier l'introduction du solidus en 310.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Tétrarchie Monnaie romaine Dioclétien Follis Argenteus
Bibliographie
Ludwig von Mises Institute
Edmond Frezouls, « Prix, salaires et niveaux de vie : quelques enseignements de l’Édit du Maximum », Ktèma, , , 1977, (lire en ligne)
Sources Depeyrot Georges, Le Bas Empire romain, : économie et numismatique (284-491), Paris, 1987 Rees Roger, Diocletian and the Tetrarchy, Edinburgh, 2004
Liens externes
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