La littérature française du est liée aux évolutions politiques, religieuses, intellectuelles et artistiques qui se font entre 1598, promulgation de l’édit de Nantes d’ qui met fin aux guerres de Religion du , et 1715, date de la mort de , le Roi-Soleil qui a imposé la monarchie absolue au royaume.140px|vignette|Jardins du château de Versailles.L’un des faits dominants dans le domaine culturel est la forte consolidation du pouvoir royal qui fait, à la fin du , de la Cour et du roi, à Versailles, les maîtres du bon goût, même si la « ville » et sa bourgeoisie commencent à jouer un rôle dans le domaine des arts et de la littérature avec une diffusion plus large des œuvres et un développement de la lecture.

Le est un siècle majeur pour la langue et la littérature française en particulier pour les œuvres du théâtre classique avec les comédies de Molière et les tragédies de Corneille et Racine, ou pour la poésie avec Malherbe. Mais si le classicisme s’impose dans la seconde moitié du siècle sous le règne de , les chefs-d’œuvre qu’il a produits ne doivent pas éclipser d’autres genres comme les textes des moralistes et des fabulistes (Jean de La Fontaine) et le genre du roman qui s’invente au cours de cette période avec les romans précieux, les histoires comiques et les premiers romans psychologiques comme La Princesse de Clèves, ou encore la poésie baroque de la période .

Contexte upright=0.5|vignette|gauche|. Pour la France, le en tant qu'unité historique peut être défini par deux dates : 1598 et l'édit de Nantes d' qui met fin aux guerres de religion du , et 1715, date de la mort de qui a imposé au cours de son très long règne la monarchie absolue au royaume qu'il a agrandi par de nombreuses conquêtes. Entre ces deux dates, le pouvoir royal s'affermit progressivement par l'œuvre de et de son principal ministre le cardinal de Richelieu (1624-1642), puis durant la régence d'Anne d'Autriche sous la direction du cardinal Mazarin (1643-1661)Louis XIII / Louis XIV - Pierre Goubert, Initiation à l'histoire de la France, éditions Fayard-Taillandier, 1984Antoine Adam, Histoire de la littérature française au , Albin Michel, 1997..

vignette|Richelieu.|179x179pxCe pouvoir royal intervient dans le monde des arts par le soutien qu'il apporte aux artistes, instituant ainsi ce qu'on a appelé le « classicisme français », et par la création le de l'Académie française qui établit une norme pour le vocabulaire, la syntaxe et la poétique, comme le montre en 1637 la querelle du CidMarc Fumaroli, L'âge de l'éloquence. Rhétorique et res literaria, Droz, 1980. Ce souci de la codification du langage anime aussi les salons et les cercles littéraires. En 1660 paraît la Grammaire générale et raisonnée, œuvre d'Antoine Arnauld et de Claude Lancelot, solitaires de Port-Royal des Champs, qui propose une approche rationnelle et philosophique de la grammaire française et fixe les règles grammaticales, fondation qui reste centrale dans la grammaire française actuelle.

Si le s'était occupé d'enrichir la langue française pour la rendre rivale des autres langues anciennes et si les auteurs accueillaient volontiers toute invention, le se charge de l'épurer et d'établir des règles, comme le fait Vaugelas dans ses Remarques sur la langue françoise (1647) Wendy Ayres-Bennett, Vaugelas and the Development of the French Language, MHRA, 1987.. C'est à la fin du qu'apparaissent les premiers dictionnaires monolingues de la langue française avec Richelet (en 1680), Furetière (posthume, en 1690) et l'Académie française (1694)Bernard Quemada, Les dictionnaires du français moderne, 1539-1863, Didier, 1967.

vignette|Mazarin.|gauche|141x141pxEn même temps, l'idéal social évolue avec le type de l'honnête homme, cultivé, sociable et ouvert, et le monde des idées poursuit son évolution avec le cartésianisme qui modifie les démarches intellectuelles en donnant une place primordiale à la Raison (Cogito ergo sum) et qui influera sur l'idéal classique par son souci d'ordre et de disciplineRené Descartes, Discours de la méthode, 1637.. La philosophie de René Descartes (1596-1650), en érigeant le doute comme principe de son système métaphysique, débouchera à la fin du siècle sur les prémices des Lumières avec les remises en cause d'esprits novateurs comme Bayle ou Fontenelle, en même temps que s'affirmeront, en Europe, les démarches scientifiques avec Kepler, Harvey, Blaise Pascal ou Newton. Le libertinage intellectuel, bien que sévèrement combattu par l'Église, pèse aussi peu à peu sur les esprits dans le sillage de Pierre Gassendi (1592-1655), philosophe matérialiste et sensualiste qui ouvre des brèches encore timides à l'athéisme.

upright=0.5|vignette|René Descartes.

Les considérations et les pratiques religieuses marquent profondément le siècle. La révocation de l'édit de Nantes par en 1685 met fin à la tolérance vis-à-vis des protestants. Le conflit entre Jésuites et Jansénistes structure une partie importante de la vie intellectuelle et religieuse. Les Jésuites, outre leur influence politique critiquée par les tenants du gallicanisme, contribuent à la formation de la pensée du siècle et à l'élaboration du style classique par leurs collèges. Ils apportent deux éléments essentiels dans la formation du classicisme : le goût humaniste pour les Anciens reconnus comme modèle de beauté et de sagesse, et la psychologie, qui vise à connaître l'homme, à discuter sur lui, mesurer la puissance de ses passions et de sa volontéJean Lacouture, Jésuites, Seuil, 1991-1992. Le jansénisme exerce quant à lui une influence indirecte mais profonde, notamment à travers Port-Royal des Champs, avec un idéal austère lié à une théologie de la prédestination inspirée de saint AugustinJean Orcibal, Les Origines du jansénisme, Vrin, 1947-1962.

vignette|.|gauche|170x170pxLes troubles politiques de la Fronde (1648-1653) marquent une rupture dans l'affermissement du pouvoir royal, mais aboutissent finalement à un renforcement de l'absolutisme monarchiqueSimone Bertière, Mazarin, le maître du jeu, Éditions de Fallois, 2007.

Tous ces éléments vont peser dans le domaine esthétique et dans l'importance relative des deux courants qui dominent le siècle : d'abord le mouvement baroque, plus long et paneuropéen, puis le classicisme, plus spécifiquement français et moins long, lié au « siècle de »« Louis-Dieudonné régna juridiquement soixante-douze ans et demi et effectivement près de cinquante-cinq. » Pierre Goubert et vingt millions de Français Introduction, éd. Fayard 1966. Si le baroque est une esthétique de l'incertain, du flou et de la surabondance, le classicisme est fait de retenue, d'ordre et d'ambition morale : ce courant s'impose en France dans la deuxième moitié du siècle avec l'intervention du monarque absolu et centralisateur qui encourage la fondation de nombreuses Académies pour veiller aux principes et aux usages admis de la pensée et des arts (l'Académie française en 1635, l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1665, l'Académie des sciences en 1666)Paul Bénichou, Morales du Grand Siècle, Gallimard, 1948.

La Cour et le roi, à Versailles à partir de 1682, sont bien, à la fin du , en France, les maîtres du bon goût, même si la « ville » et sa bourgeoisie commencent à jouer un rôle dans le domaine des arts et de la littérature avec une diffusion plus large des œuvres et un développement de la lecture.

Pour avoir un panorama littéraire du siècle précédent, on se reporte à Littérature française du .

La codification du langage

En relation avec les salons et les cercles littéraires, commence très tôt un mouvement de codification du langage qui structure profondément la vie intellectuelle du . Le s'était occupé d'enrichir la langue française pour la rendre rivale des autres langues anciennes et des anciens. Les auteurs accueillaient volontiers toute invention lexicale et stylistique, dans un élan humaniste de célébration des ressources du français. Le , au contraire, se charge de l'épurer, de l'affiner et d'établir des règles. Il est bien plus exigeant et fait une distinction nette entre l'exercice de la pensée spéculative et la pratique littéraire, ainsi qu'entre l'écriture à des fins esthétiques et celle destinée à d'autres usagesRené Bray, La Formation de la doctrine classique en France, Nizet, 1983.

La création de l'Académie française en 1635 officialise cette ambition de codification. Elle se propose de normaliser le vocabulaire, la syntaxe et la poétique, fixant ainsi une norme qui s'impose progressivement aux écrivains et aux gens de lettres. Cette codification s'exprime aussi dans les salons, notamment celui de la marquise de Rambouillet, où l'on débat avec passion de l'usage correct de la langue et où l'on forge l'idéal de l'honnête homme, dont la parole doit être châtiée et éléganteRoger Lathuillère, La Préciosité. Étude historique et linguistique, Droz, 1966.

Vaugelas incarne cette volonté de codification avec son ouvrage Remarques sur la langue françoise (1647), où il établit systématiquement les bons usages contre les barbarismes et les néologismes excessifs. De son côté, la Grammaire générale et raisonnée d'Antoine Arnauld et de Claude Lancelot (1660) procède d'une démarche plus philosophique et universaliste : elle ne se contente pas de prescrire, mais cherche à fonder les règles grammaticales sur la raison et la nature de l'esprit humain. À la fin du siècle, les premiers dictionnaires monolingues — ceux de Richelet (1680), Furetière (1690) et l'Académie française (1694) — parachèvent cette entreprise de normalisation en fixant le sens et l'orthographe des mots.

Cette codification du langage répond à une nécessité politique et culturelle : elle affirme l'unité de la nation autour d'une langue commune, distincte des patois régionaux et du latin international, et elle manifeste la domination du pouvoir royal sur l'ordre des espritsAlain Viala, Naissance de l'écrivain. Sociologie de la littérature à l'âge classique, Éditions de Minuit, 1985. Elle s'inscrit dans le mouvement plus large du centralisme absolu qui caractérise le règne de .

Bien que la culture subisse les conséquences du centralisme politique et de cette normalisation imposée, à la fin de la période commence à se sentir une contestation timide de l'imitation servile des Anciens. En même temps apparaissent une volonté de modernité et un désir qui tient davantage compte de l'évolution historique et des spécificités du génie français. Cette tension entre respect des règles et aspiration à l'innovation annonce la querelle des Anciens et des Modernes qui dominera le tournant du et du , où des écrivains comme Charles Perrault se feront les champions d'une littérature consciente de son époque et de ses progrès.

La variété de la littérature française du

Les deux courants qui dominent le siècle sont le baroque et le classicisme, mais ces notions ne sont systématisées que bien plus tard, et, s’il y a débat et opposition esthétiques, il y a aussi souvent cohabitation des deux approches dans une œuvre ou chez un auteur. D’autres orientations, plus mineures, sont également identifiables, ce qui interdit une approche trop simpliste ou simplifiée des créations littéraires du temps : première moitié plutôt baroque, seconde moitié plutôt classique.

Le Baroque upright=0.5|vignette|Rubens - L’éducation de Marie de Médicis.