La guerre anglo-américaine de 1812 oppose les États-Unis au Royaume-Uni, avec ses deux colonies du Bas-Canada et du Haut-Canada, entre et . Cette guerre est aussi connue sous les noms de guerre de 1812., de seconde guerre d’indépendanceCette dénomination est surtout utilisée aux États-Unis (Second War of American Independence) et présente une forte connotation nationaliste, dans la mesure où elle met en exergue son attitude d’opposition vis-à-vis du Royaume-Uni..., ou plus rarement de guerre américano-britannique ou encore de guerre canado-américaine car il s'agit d'une invasion du Canada par les États-Unis. L’appellation « guerre de 1812 » peut parfois conduire à une confusion, l'invasion de la Russie par Napoléon ayant eu lieu la même année.

Alors que l'Empire britannique devait fournir un important effort de guerre du fait de son conflit avec l'Empire français, les États-Unis lui déclarèrent la guerre le . pour envahir les territoires canadiens qui relevaient de l’Empire, qui s’étaient peuplés d’anglophones depuis une quarantaine d’années et entretenaient de nombreuses relations culturelles et commerciales avec les États-Unis.

Parmi les motifs moins explicites figuraient le ressentiment et la colère causés par l’enrôlement forcé dans la Royal Navy de matelots américains que les Britanniques soupçonnaient d’être des déserteurs, l’affaiblissement des échanges commerciaux américains causé par le blocus britannique des ports continentaux d’Europe et le soutien britannique aux Amérindiens défendant leurs terres contre les spéculateurs fonciers et les premiers colons américains vers l’Ouest. Dans le sud, la violente guerre des Creeks, habilement manœuvrée par les spéculateurs et le futur président Andrew Jackson, fut le prolongement de ce conflit et donna un prétexte pour justifier la colonisation ; l’un de ses héros, le coureur de bois Davy Crockett, fut cependant élu au Capitole et s’opposa aux visées expansionnistes de Jackson dans les années 1827 à 1834, au moment de l’.

La guerre se déroula sur trois théâtres d’opérations : l’océan Atlantique, la région des Grands Lacs et les États du Sud. Au début de la guerre, les États-Unis tentèrent d’envahir le Canada mais furent repoussés (prise de Détroit, bataille de Queenston Heights). La Royal Navy engagea par la suite un blocus le long de la côte Est, fragilisant l'économie américaine d'une part mais permettant d'autre part l'émergence d'une industrie sur le continent. Leur domination des mers permit aux Britanniques de mener des raids côtiers et d’incendier Washington en . En revanche, les batailles navales sur les Grands Lacs tournèrent à l’avantage des États-Unis.

Presque toutes les batailles font partie du roman national américain, en particulier la bataille de La Nouvelle-Orléans au cours de laquelle le général Jackson infligea aux Britanniques l’une des plus graves défaites de leur histoire, particulièrement mise en avant par les lobbys qui le soutenaient. Ironiquement, cette dernière bataille eut lieu deux semaines après la signature du traité de Gand le , qui mettait fin au conflit et restaurait les conditions d’avant-guerre par un statu quo ante bellum.

Causes Tensions commerciales vignette|upright=0.8|Portrait de Thomas Jefferson, président américain entre 1801 et 1809.

La guerre de 1812 trouve en partie ses origines dans les tensions commerciales qui existaient entre les jeunes États-Unis et le Royaume-Uni. Ce conflit se déroule dans le cadre particulier des guerres napoléoniennes, qui opposent la France au Royaume-Uni et à la plupart des autres pays européens entre 1803 et 1815, qui pénalisent le commerce américain dès 1803.

En réponse au blocus continental mis en place en 1806 par Napoléon , les Britanniques décident dès 1807 d’imposer un embargo sur tous les ports de la France et de ses alliés par l’ordre du conseil de 1807. Le commerce international en est profondément affecté, et près de américains sont capturés par les Britanniques., qui ne voulaient pas laisser le droit aux Américains de faire du commerce avec la France. Comme l’expliquait Horsman :

L’expansion de la marine marchande des États-Unis, qui doubla quasiment de taille entre 1802 et 1810., se heurtait au Royaume-Uni et à sa position jusqu’alors dominante, même si le principal partenaire commercial américain était alors le Royaume-Uni vers lequel près de 50 % des exportations nationales étaient vendues, cette proportion montant même jusqu’à 80 % pour l’exportation de coton.. La marine marchande des États-Unis était de loin la plus grande flotte neutre du monde. L’opinion publique et la presse britanniques acceptaient difficilement l’accroissement de la concurrence sur le commerce international et sur le transport maritime de marchandises.. Quant aux Américains, ils pensaient que le Royaume-Uni violait leur droit légitime à commercer librement avec les pays de leur choix.

Voulant conserver leur neutralité dans ce conflit européen, les États-Unis, sous l’impulsion du président Thomas Jefferson, adoptent les lois sur l'embargo en 1807 interdisant aux navires américains de naviguer vers les pays étrangers et aux bateaux étrangers d’entrer dans les ports américains. Cette loi est particulièrement mal accueillie, notamment chez les marchands de Nouvelle-Angleterre et est rapidement remplacée par le Non-Intercourse Act (littéralement, « acte de non intervention ») en 1809, qui n'interdit que le commerce avec les deux belligérants.. Avec l’arrivée de James Madison à la Maison-Blanche et devant l’impossibilité de mettre en application cette loi, celle-ci fut remplacée en 1810 par la loi « Macon 2 », qui lève tous les embargos et dispose que si le Royaume-Uni ou la France rétablit le commerce avec les navires de commerce américains, les États-Unis réinstaureront l’embargo sur l’autre pays... Voyant là une occasion à saisir, Napoléon annonce que tous les éléments qui freinaient les importations américaines seraient abolis. En vertu du Non-Intercourse Act, les États-Unis restaurent donc l’embargo contre le Royaume-Uni, ce qui les rapproche davantage de la guerre. En 1809, alors que les Britanniques s’y refusent toujours, la France a déjà accepté de finalement reconnaître le pavillon américain en mer, ce qui revenait à une reconnaissance officielle des États-Unis comme État souverain et libre de commercer avec qui il l’entendait.

Napoléon ne tint jamais ses promesses en faveur des importations américaines, et il semble même n’en avoir jamais eu l’intention... Alors que Madison pensait avoir trouvé un stratagème ingénieux pour rétablir les échanges avec la France ou le Royaume-Uni, Napoléon est encore plus rusé. En échange d’une promesse vide et à laquelle les Américains n’ont aucun moyen de la contraindre, la France obtint l’alignement des États-Unis et surtout un moyen de détourner des ressources britanniques (navires, hommes et argent) du continent européen. Les efforts pacifiques n’aboutissant à aucune amélioration et face à une situation économique difficile, certains commencent à suggérer qu’une déclaration de guerre pourrait sauver l’honneur national, même parmi la majorité républicaine-démocrate du Congrès avec les « faucons de guerre ».

Conscription forcée des « déserteurs » britanniques vignette|Gravure représentant l’affaire « Little Belt », opposant l’USS President au HMS Little Belt, le . Au cours des guerres napoléoniennes, la Royal Navy porte la taille de sa flotte à 175 vaisseaux de ligne et 600 navires au total, ce qui nécessite .. Alors qu’en temps de paix, la Royal Navy est en mesure d’assurer le service de ses navires avec des volontaires, la tâche est beaucoup plus ardue en temps de guerre. En effet, la Royal Navy entre alors en concurrence avec des navires marchands et corsaires pour embaucher dans ses équipages des marins expérimentés britanniques, et elle se sert de la conscription (la presse) pour faire face au manque de volontaires. De nombreux marins de la marine marchande des États-Unis (estimée à plus de en 1805) étant d’anciens combattants de la marine royale ou des déserteurs., les navires de la Royal Navy décident alors d’intercepter et de fouiller les navires marchands des États-Unis à la recherche de déserteurs. Cela rend furieux le gouvernement américain, surtout après l’affaire Chesapeake-Leopard (capture et inspection de l’USS Chesapeake américain par le HMS Leopard britannique) ..

Les Américains estiment que les déserteurs britanniques ont le droit d’échapper à la justice en devenant citoyens américains. Les Britanniques, qui ne reconnaissaient pas la citoyenneté des Américains naturalisés, considèrent que tout citoyen américain né britannique était susceptible d’être conscrit et qu’il est donc légitime de mener la chasse aux déserteurs. La situation est aggravée par la généralisation des faux papiers d’identité chez les marins, qui rendent difficile pour la Royal Navy de distinguer les non-Américains des Américains. Dès lors, il arrivait que certains Américains qui n'ont jamais été britanniques soient enrôlés de force, même si certains furent libérés en appel.. L’opposition à cette conscription forcée se durcit lorsque les frégates britanniques commencèrent à mouiller juste à l’extérieur des ports, dans les eaux territoriales américaines, pour inspecter les navires à la recherche de contrebande et d’hommes à enrôler parmi ceux qui tentaient d’atteindre les côtes américaines.. « Libre-échange et droits des marins » est alors devenu un cri de ralliement pour les États-Unis tout au long du conflit.

Expansionnisme américain vers le Canada vignette|Carte de l'Amérique du Nord au début de la guerre.

Avant 1940, certains historiens estimaient que l’expansionnisme américain et la volonté de prendre possession de terres canadiennes avaient été l’une des causes de la guerre de 1812, mais cette thèse a depuis perdu plusieurs de ses soutiens..Goodman () réfute cette théorie et même Pratt l’abandonne (). Au début du , certains historiens canadiens avaient avancé cette théorie, qui reste encore largement répandue dans l’opinion publique canadienne...

vignette|gauche|upright=0.65|Portrait de Tecumseh, chef de la tribu des Shawnees, figure emblématique des Amérindiens opprimés.

Le président américain James Madison et ses conseillers auraient estimé que la conquête du Canada serait facile et que l’interruption de l’approvisionnement en nourriture des colonies des Indes occidentales des Britanniques les contraindrait à négocier une paix. Par ailleurs, avoir conquis le Canada aurait alors été un atout précieux lors des négociations. Certains colons de l’Ouest américain demandaient que les États-Unis s’emparent du Canada non pour récupérer des terres mais parce qu’ils pensaient que les Britanniques armaient les tribus amérindiennes, ce qui freinait les spéculateurs fonciers et les grandes familles de planteurs dans la conquête de l'Ouest, à l’époque encore embryonnaire et controversée..

Selon Horsman, Hickey affirme d’ailleurs de manière catégorique que Enfin, d’après Brown, Cette idée est également soutenue par un éminent universitaire canadien, Burt, pour qui Foster, le ministre britannique à Washington, a également rejeté l’argument selon lequel l’annexion du Canada était un objectif de guerre..

vignette|Texte de la déclaration de guerre par le Congrès des États-Unis. vignette|gauche|Proclamation d'Isaac Brock en réponse à la déclaration américaine.