La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan (en catalan : catedral de Sant Joan Baptista de Perpinyà) est une cathédrale catholique du de style gothique située dans la ville de Perpignan en France. Collégiale à l'époque de sa construction, elle remplace l'édifice roman, dit Saint-Jean-le-Vieux, qui subsiste néanmoins de nos jours, sur son flanc nord. Elle devient cathédrale en 1602, lors du transfert du siège épiscopal du diocèse de Perpignan-Elne depuis Elne.
La cathédrale fait partie d'un ensemble religieux urbain comprenant : cloître-cimetière Campo Santo, l'église Saint-Jean-le-Vieux, la cathédrale Saint-Jean-Baptiste (dite Saint-Jean-le-Neuf), la chapelle Saint-Jean-l'Évangéliste dite de la Funéraria, la chapelle du Dévot-Christ, l'ancien palais épiscopal et le bâtiment dit du Syndicat. Il comprenait également l'hôpital Saint-Jean et le presbytère, démolis.
Historique La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan est un édifice construit entre 1324 et 1509. À partir de 1602, elle supplanta Elne en tant que siège du diocèse, anciennement diocèse d'Elne, et désormais diocèse de Perpignan-Elne.
Elle succéda à un autre édifice dédié à saint Jean-Baptiste, l'église Saint-Jean-le-Vieux, construite aux (consacrée en 1246), qui subsiste à son flanc nord. Cette église, siège de la paroisse primitive de Perpignan créée en 1025, devint le siège d'une communauté de chanoines augustins en 1102.
Dès 1230, la chapellenie majeure de cette communauté fut unie au siège épiscopal d'Elne. En 1324, alors que Perpignan était la capitale du royaume de Majorque, le roi Sanche lança le chantier du nouvel édifice qui, s'il n'était pas la cathédrale en titre du diocèse, n'avait pas moins l'ambition de le devenir.
Pour remplacer le cimetière situé au sud de Saint-Jean-le-Vieux, dont l'espace devait être occupé par la nouvelle construction, on avait commencé dès 1298 par construire un vaste cloître-cimetière situé plus au sud, au détriment d'un espace déjà urbanisé.
La nouvelle église devait comporter trois nefs, sans transept et un chevet simple à trois absides, les bas-côtés étant flanqués de chapelles. Le chantier lancé en 1324 ne connut une activité soutenue que durant moins de vingt ans, l'absidiole sud du chevet étant la seule partie atteignant une certaine hauteur de construction, grâce aux libéralités de la sœur du roi, Sancia de Majorque, reine consort de Naples.
Dès 1344 en effet, ce fut la fin du petit royaume, et quatre ans plus tard, les ravages de la peste noire mirent un coup d'arrêt à l'entreprise. Pendant plus de soixante ans, le chantier n'avança que très peu ou pas du tout. C'est sous l'épiscopat de Jérôme d'Ocon, au début du , que la construction reprit, semble-t-il, sous l'impulsion de Galceran Albert, administrateur du diocèse. Le maître d'œuvre de l'édifice était alors le majorquin Guillem Sagrera, cité comme tel en 1416 et qui assuma ces fonctions malgré son retour à Majorque en 1422.
En 1436, Galceran Albert, parvenu à l'épiscopat, changea, sans doute selon le projet de Sagrera, le plan de l'édifice projeté : la construction fut réduite à une seule nef, de grandes largeur () et hauteur (), flanquée de chapelles entre contreforts qui remplacèrent les bas-côtés initialement prévus. Ce choix traduisait le désir d'une édification plus facile et moins coûteuse, en même temps qu'il était un choix esthétique en faveur de la nef unique qui s'est imposée depuis la fin du comme la formule-type des grandes églises dans le domaine méridional.
La construction suivit à partir de ce moment un rythme régulier, progressant d'ouest en est : c'est au cours la première occupation française du Roussillon, entre 1490 et 1493, que le sanctuaire fut voûté. La première messe fut célébrée en 1504, alors que l'édifice était solennellement consacré le , cent quatre-vingt-cinq ans après la pose de sa première pierre.
La cathédrale célèbre ses 700 ans, depuis la pose de la première pierre, le . La cérémonie est célébrée par Mgrmonseigneurs Thierry Scherrer (évêque de Perpignan) et Jean-Louis Bruguès..
vignette|Plan de la cathédrale.Congrès archéologique de France, 1906.
Description thumb|left|Retable majeur de la cathédrale dédié à saint Jean Baptiste. La cathédrale actuelle est de style gothique méridional : large nef unique ( de longueur, 18 de large, 26 de hauteur) de sept travées quadripartites, s'ouvrant sur un transept et une vaste abside rayonnante à sept pans. Une certaine massivité transparaît du fait de l'usage d'une nef large, de piliers d'arcades larges ainsi que de petites ouvertures au niveau des chapelles. Celle massivité se trouve renforcée par les voussures d'ogives, qui à défaut de monter de fond le long des piliers, reposent sur des culots. Nous laissant ainsi face à une impression d'horizontalité. Le caractère sombre de cette Cathédrale, en grande partie causé par l'absence de luminosité et l'emploi d'une pierre de Baixas enduite en gris, est brillamment cassé par l'enduit beige qui recouvre les quartiers des voûtes et les murs de l'abside centrale.
La Cathédrale est dotée de 18 chapelles (y compris absides du transept) dont une grande partie accueillent des retables. Ainsi, l'abside du transept Nord accueille un retable tardo-médiéval en bois peint de Saint-Pierre.. Ce retable, auparavant issu de l'église Saint-Jean-le-Vieux de Perpignan, possède un riche décor de dais en dentelle sculptée. En soi, assez comparable au retable Notre-Dame-de-l'espérance de l'Église Saint-Jacques de Perpignan. La chapelle du fond du transept Nord, accueille la chapelle des chanoines avec le retable de Sainte Julie de Corse et de Sainte Eulalie de Mérida (saintes patronnes secondaires de la Cathédrale et du Diocèse) dont le commanditaire, Louis Habert de Montmor, évêque d'Elne-Perpignan de 1680 à 1695, est inhumé en face. Ce retable, sculpté par Jean-Jacques Melair entre 1675 et 1677, fut doré en 1682 par Jean Scriba et doté de deux tableaux venus d'Italie en 1680.. Quant à l'abside du transept Sud, elle accueille le Retable de Notre-Dame-de-la-Mangrana. Ce retable, du premier quart du , est composé de plusieurs panneaux peints ayant pour thème des moments significatifs de la vie de la Sainte Vierge.. Il s'agit d'un véritable chef-d'œuvre du début de la Renaissance au niveau local. Enfin, le fond du transept Sud reçoit la chapelle et le retable du Saint-Sacrement.
Les chapelles latérales Nord, accueillent respectivement, en partant de l'Est vers l'Ouest : la chapelle François de Paule, dont le retable en bois doré à la feuille d'or fut sculpté par Lazare Trémullas (dit le père) entre 1645 et 1657., le retable était issu du couvent des Minimes ; un passage vers l'enfeu du roi Sanche de Majorque ; une chapelle des âmes du purgatoire datée de la fin du ; la chapelle de l'Immaculée Conception, dont le retable sculpté par Trémullas le fils entre 1699 et 1703, est en bois doré. ; la chapelle Sainte Thérèse d'Avila, dont le retable provenait auparavant de l'église de l'Ordre des Carmes déchaux de Perpignan ; la chapelle Saint Gaudéric de Viéville, dont le retable fut sculpté par Louis Generès entre 1685 et 1687. ; les fonts baptismaux.
Les chapelles latérales Sud, accueillent respectivement, en partant de l'Est vers l'Ouest : la chapelle et le retable Saint Joseph du ; la chapelle Saint Laurent du ; la chapelle et le retable Notre-Dame-du-Mont-Carmel, ce dernier est daté de la fin du et est issu de l'Église des Carmes de Perpignan. ; une porte latérale menant à la chapelle du Dévot-Christ de Perpignan et au Campo Santo ; un espace réservé au bureau du Sacristain et auparavant une chapelle dédiée à saint Jacques (un incendie dans les années 1980 a eu raison du retable) ; une chapelle et un retable dédiés à Sainte Marguerite d'Antioche, ce dernier daté du et issu de l'ancien couvent des Capucins) ; une chapelle et un retable de Notre-Dame de Lourdes du .
La façade occidentale qui était originellement enduite, laisse aujourd'hui apparaître une superbe alliance - typique du Roussillon - de brique (cayroux) de galets de rivière et de pierre de taille. Ainsi, cette façade de galets de rivière piégés dans du mortier, est rythmée par la présence de 4 arcs de décharge en brique et encadrés par deux puissants coins en pierre de taille, faisant de fait, office de contreforts à cette imposante façade. Le coin droit est caractérisé par la présence d'une horloge et d'un campanile construits en 1743. La façade, quant à elle, est surmontée d'un petit clocheton. Un porche a été construit en 1630-1631, en même temps que le parvis devant l'église était clos d'une balustrade (issu de l'ancienne clôture de chœur de l'église) et orné des statues de la Patrie et de la Fidélité (statues disparues au , parvis détruit vers 1900). Lors des restaurations des , une fenêtre de style gothique percée dans la façade remplaça la grande baie rectangulaire que l'on peut voir sur d'anciennes cartes postales.
Le mobilier de la cathédrale est riche. Parmi les nombreuses pièces : le retable du maître-autel (, qui eut une histoire mouvementée), le retable de Nostra Senyora de la Mangrana (), l'orgue (dont l'origine remonte à 1504 : les panneaux peints et la décoration remontent à cette date), les vitraux néo-gothiques (deuxième moitié du ), le Dévot Christ du (exposé dans la chapelle du même nom, attenante à la cathédrale et dont l'origine remonte au ).
Le Campo Santo vignette|Bas-relief funéraire de Bernat Miafre (représente le Jugement dernier).
Attenant au côté sud de l'édifice, le Campo Santo (ou cloître Saint-Jean) était le cimetière urbain de Perpignan. Il est d'ailleurs la plus ancienne construction de ce type subsistant en France. Sa construction débuta selon toute vraisemblance au tout début du (voire à la fin du ), et s'étala durant toute la première moitié du .
Après la Révolution, les cimetières étant déplacés hors les murs, l'espace fut utilisé pour la construction du Grand Séminaire diocésain (1825). La galerie ouest du cloître fut détruite. Il fallut attendre 1984 pour que la décision fût prise par le conseil général des Pyrénées-Orientales de dégager l'emprise du cloître. La restauration s'acheva en 1991.
Il ne reste plus aujourd'hui que les enfilades d'enfeus des murs de clôture nord, est et sud. De plus, cinq enfeus du côté ouest ont pu être rétablis lors des restaurations. On voit de nombreux éléments de sculptures (pierres funéraires, bas reliefs) intégrés dans les parois de ces enfeus. La chapelle funéraire s'ouvre dans le côté est. Les galeries à claire-voie, très simples (poteaux en bois portant la couverture, avec des piliers aux angles), qui entouraient le cloître ont disparu au début du , et lors du déblaiement du site quelques éléments en provenant ont été retrouvés et transportés au couvent des Minimes de Perpignan pour les entreposer.
Chapelle du Dévot-Christ La chapelle du Dévot-Christ a été construite en 1534 entre la cathédrale et le cloître Saint-Jean en profitant de l'espace délaissé entre le mur du cloître et la cathédrale réduite en largeur par le changement de plan en 1436, pour y placer ce crucifix en 1543. Cette sculpture a longtemps été supposée être une œuvre espagnole datée de 1529 à partir d'un document du chapitre de la cathédrale. La relecture de ce document a montré que cette date correspondait à une restauration de l'œuvre. Une thèse avait été soutenue par , à partir des ressemblances de ce Christ avec des crucifix de Westphalie et de la région rhénane, en particulier avec celui de l'église Sainte-Marie-du-Capitole de Cologne, daté de 1304.
Le , on a découvert des reliques dans une cavité aménagée dans le dos du Christ. On y a trouvé un papier détérioré portant des écritures caractéristiques du . Les services de la Direction des archives ont pu lire : Anno D(om)ni M°CCC° sept(imo) die s(anct)i Mauricii et so(ciorum) (ejus) (po)site fuerunt (hic) reliq(uie) (iste).