Le peuple indogermanique nordique est un peuple mythique dont seraient issues les populations germaniques. Le postulat de l'existence de ce peuple originel est développé par les nationalistes dans les territoires allemands à partir du début du et, à ce titre, suscite d'intenses recherches tant au s. Les philologues, les ethnologues et les historiens allemands du visent dans un premier temps par leurs recherches à mettre en lumière une origine orientale des populations germaniques. Puis, dans un second temps, ces chercheurs (ou leurs continuateurs) modifient l'axe de leurs travaux afin de démontrer l'origine nordique des populations et de la civilisation germaniques. Les résultats obtenus donnent rapidement lieu à une exploitation délibérée dans le débat sur la question de l'identité allemande qui fait rage pendant tout le .

À partir des années 1920, les résultats des recherches et des spéculations sur ce peuple hypothétique sont utilisés par les pangermanistes extrémistes que sont les nazis afin de revendiquer des territoires immenses pour la nation allemande, noyau d'un futur Reich Grand-Germanique. Ces territoires, que le Troisième Reich réclame en invoquant une occupation ancienne par des populations indo-germaniques, sont destinés à constituer l' du peuple grand-germanique, rassemblé autour de son noyau allemand, et à soutenir la politique du maintien de la aryenne, par une traque systématique des dépositaires des , chers à Himmler.

Peuples indo-européens et peuple indogermanique Naissance et diffusion des études indo-européennes vignette|redresse|William Jones constate la proximité linguistique entre le sanskrit et les langues européennes, permettant le développement des études indo-européennes.|gauche|alt=William Jones Dans les années 1780 un fonctionnaire anglais en poste aux Indes, William Jones, s'intéresse à la proximité linguistique entre le sanskrit et des langues européennes, vivantes ou mortes, comme l'anglais, le français, le latin ou le grec, dans un contexte européen d'engouement pour l'Inde.

Toutes ces langues apparaissent proches les unes des autres, et le sanskrit constitue la plus ancienne d'entre elles ; il semble alors clair, d'abord à William Jones, puis aux linguistes et aux philologues du que cette dernière constitue la langue originelle de l'ensemble des langues parlées en Europe, et que cette langue se serait diffusée au cours des migrations conquérantes de ses locuteurs.

L'idée d'une origine indienne des peuples de l'Europe occidentale connaît un rapide succès sur tout le continent européen et plus spécifiquement dans les pays de langue allemande, fortement marqués par une longue présence militaire et politique française.

Innovations lexicales Rapidement, les hypothèses de William Jones se diffusent, obligeant les savants à formuler de façon plus précises ses découvertes.

Le terme « indo-germanique » au sens d'« indo-européen » a été inventé par Conrad Malte-Brun, un géographe d'origine danoise ayant travaillé à Paris et publié en français. Il l'utilise dans son Précis de la géographie universelle (1810) et est censé englober les langues indo-européennes dans leur répartition géographique sur le continent eurasien : avec l'indien comme la langue située le plus au sud-est et le germanique (islandais) comme le groupe linguistique indo-européen le plus au nord-ouest. E.F.K. Koerner, Practicing linguistic historiography, John Benjamins Publishing Company, 1989, et suiv.. Il désigne alors les locuteurs de la langue indo-européenne originelle, lui conférant une dimension ethnique qu'il conserve jusque dans les années 1850. C'est alors sous l'influence concomitante de Gustav Klemm, auteur de l'ouvrage Histoire culturelle générale de l'Humanité, de Joseph Arthur de Gobineau et d'Adolf Bastian que le concept acquiert sa dimension raciale.

Popularisé par l'orientaliste d'origine prussienne Julius Klaproth, le terme « indogermain » est utilisé pour mieux décrire le groupe linguistique précédemment appelé « scythe ». Il apparaît pour la première fois sous sa plume en 1823 dans son ouvrage Asia Polyglotta. L'hypothèse de l'origine orientale de la civilisation est rapidement appropriée par les Allemands : Hegel et Jacob Grimm par exemple, en proposent de nombreuses déclinaisons.

Friedrich Schlegel crée en 1819 le terme Aryens, pour désigner les envahisseurs originaires d'Inde, à partir du sanskrit arya, traduit par noble. Cependant, cet engouement est en grande partie due à l'ignorance dans laquelle se trouvent les lettrés de l'époque, privilégiant alors un récit du mythe des origines à une trame plus ou moins lâche de suppositions.

Translation vers le Nord vignette|redresse|Jean-Sylvain Bailly est le premier à défendre la thèse de l'origine nordique des populations germaniques.|gauche|alt=Jean-Sylvain Bailly Au cours de la seconde moitié du , l'hypothèse de l'origine indienne des populations germaniques est remise en cause et une translation s'opère : d'indienne, la race aryenne devient nordique, le Nord étant perçu comme la seconde matrice de la race indogermanique nordique.

Cette thèse, développée dès la fin du par Jean-Sylvain Bailly, rapidement marginalisée, est considérée comme peu sérieuse par les contemporains de l'astronomeJean-Sylvain Bailly est alors un astronome réputé. ; cependant, elle est popularisée en Allemagne dans les années 1920 et 1930 par Hans Günther, conférant, selon Johann Chapoutot, une visibilité académique à l'hypothèse nordique de l'origine de la civilisation européenne, en totale opposition avec l'hypothèse de l'origine asiatique qui prévalait jusqu'alors.

Les Indogermains, mythe national-socialiste des origines

Histoire et organisation sociale supposées

vignette|redresse|Alfred Rosenberg a développé dans ses écrits une vision personnelle de l'histoire des Indogermains. La visibilité académique de la thèse nordiciste incite ses promoteurs à développer une vision de ce peuple hypothétique, propice à de multiples recherches qui se veulent scientifiques

Peuple cherchant un territoire à mettre en valeur, les Indogermains se seraient déplacés par vagues. Les archéologues allemands identifient quatorze de ces vagues. Parallèlement à cette hypothèse, les anthropologues et les hommes politiques nazis, Alfred Rosenberg, Richard Darré, Wilhelm Frick développent plusieurs théories de l'histoire des populations indogermaniques, reprises ou non dans les manuels scolaires de la période.

Ainsi, en 1937, dans un discours prononcé à l'université de Lübeck, Alfred Rosenberg dresse un tableau de l'histoire des peuples indogermaniques nordiques, tout en mettant en pièces l'hypothèse d'une origine asiatique : à ses yeux, les Aryens seraient un peuple originaire du nord de l'Europe, plus précisément de la région de Lübeck, et auraient étendu leur aire d'installation par vagues de peuplement dans l'ensemble de l'Ancien Monde. Rosenberg défend certes l'hypothèse de l'origine nordique, mais se montre incapable de ne pas mentionner des recherches sur une éventuelle origine atlante des Indogermains. Durant les années 1920 et 1930, les spéculations sur l'origine atlante des populations aryennes sont nombreuses, encouragées par Himmler en personne, l'archipel de Heligoland revenant à de nombreuses reprises dans ces réflexions. Cependant, cette théorie est rapidement écartée, malgré l'insistance du Reichsführer, et demeure largement spéculative, essentiellement en raison du manque de preuvesLe déclenchement de la guerre remet en cause l'organisation de campagnes de fouilles sous-marines..

Un peuple d'agriculteurs sédentaires vignette|gauche|redresse|Richard Darré affirme que les peuples indogermaniques nordiques sont des agriculteurs sédentaires, se déplaçant à la recherche de nouvelles terres.|alt=Richard Walter Darré Richard Darré, auteur völkisch de La Paysannerie comme source de vie de la race nordique, reprend la thèse d'une population sédentaire installée sur des terres conquises lors de migrations et de guerres successives. Conquérants, ils seraient partis du sud de la Suède ou du nord de l'Allemagne à la conquête du pourtour méditerranéen. Définissant les Indogermains comme une population à la fois sédentaire et agricole, mais à la recherche de terres à cultiver, Darré justifie cette contradiction, la sédentarité d'une part, et les migrations à la recherche de terres d'autre part, en proposant une interprétation personnelle du rite du ver sacrum. Le ver sacrum, au départ simple offrande de fruits printaniers, serait, à l'origine, un rite de migration romain directement hérité de rites nordiques, comme il le déduit de la comparaison entre les calendriers agraires scandinave et romain. À l'origine peuple de guerriers agriculteurs, les Indogermains seraient ainsi devenus des nomades par nécessité : en effet, constamment à la recherche de terres à mettre en valeur par l'agriculture, les Indogermains se seraient tenus à l'écart des villes, lors des migrations doriennes, puis lors des migrations germaniques de la fin de l'Antiquité. Les populations indogermaniques nordiques, les Doriens et les Germains, auraient privilégié une installation champêtre, durable, laissant les villes aux populations déjà installées. Corollaire du Ver sacrum victorieux, selon Darré, la prise de possession du sol se double de la réduction en esclavage des populations autochtones, selon le modèle spartiate.

Selon Hans Günther, surnommé (Günther La Race) par les SS, l'arrivée de populations indogermaniques nordiques sur un territoire se manifesterait par la coexistence de multiples influences artistiques. Ainsi, différentes formes d'art cohabiteraient : certaines, nobles, comme la sculpture, auraient été utilisées par les conquérants pour répandre les canons esthétiques indogermaniques-nordiques, d'autres moins nobles, comme l'artisanat ou la poterie, auraient connu une pratique continue des populations installées de longue date sur ces territoires et soumises par les conquérants nordiques.

Un peuple conquérant

Selon les idées développées par les idéologues raciaux, le peuple indogermanique nordique, en étendant son territoire, obéit aux lois de l'humanité. En effet, le devoir d'un peuple serait à leurs yeux de se multiplier, et, pour faire face à cet excédent démographique, d'étendre les territoires qu'il contrôle, le plus souvent dans un premier temps par la colonisation agraire, puis, dans un second temps, par la mise en place de sociétés sensibles aux arts, réalisant des chefs-d’œuvre appelés à perdurer à travers les siècles.

Les intellectuels du NSDAP ne sont pas les seuls à proposer une histoire de cette mythique et hypothétique population germanique originelle. Ainsi les manuels scolaires et universitaires de la période, destinés à la jeunesse promise à la participation au second conflit mondial, reprennent les reconstructions historiques des intellectuels nationaux-socialistes et brossent un tableau saisissant de l'Histoire supposée des Indogermains. Ils enseignent que durant l'âge du bronze, au millénaire av. J.-C., les premières vagues de migration indogermaniques nordiques auraient été attestées en Afrique et en Mésopotamie, les Mèdes, les Perses et les Hittites appartenant, selon Wilhelm Frick, au rameau indogermanique, ainsi que les Sumériens.