vignette|droite|Le Marais (quartier parisien).

Un quartier gay ou village gay (ou gai au Québec) est un espace habité comportant une population lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) significative ainsi que des établissements et services destinés principalement à cette population.

En Amérique du Nord, l'usage favorise l'appellation village gay, tant en français qu'en anglais (gay village), qui peut désigner un quartier dans une région métropolitaine aussi bien qu'un centre de villégiature que fréquente la communauté gay. L'expression quartier rose est également utilisée pour désigner ces espaces.

Fonctions vignette|gauche|220px|Boutiques sur Castro Street à San Francisco. vignette|gauche|220px|Church and Wellesley à Toronto. vignette|gauche|220px|Green Point au Le Cap, Afrique du Sud. 220px|vignette|gauche|Architecture typique de Darlinghurst, Sydney. Un quartier gay ou village gay remplit essentiellement une fonction d'espace de sociabilité pour les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres.. Dans les années 1960 et 1970, la formation de quartiers fréquentés spécifiquement par la communauté gay constitue un moyen de socialiser loin du mépris et du rejet, sans crainte de se faire battre ou insulter. Elle représente donc un rempart à l'homophobie. Dans plusieurs cas, les gays, attirés par les dernières tendances artistiques et faisant partie d'une culture marginale, y trouvent un espace leur permettant de créer et d'innover.. Les villages gays répondent à une multitude de besoins de la communauté gay, notamment en matière de sécurité, de socialisation, de services, de culture et d'économie.

Les personnes LGBT fréquentent cet espace à eux de même que divers lieux dans la ville. Ces autres lieux peuvent être qualifiés de mixtes, là où leur caractère homosexuel se veut estompé.. Les quartiers gays ne sont parfois que le centre d’une zone plus étendue, un point visible, dans un ensemble urbain d’itinéraires ou de regroupements plus complexesBaptiste Coulmont, Homosexualité et géographie, Billet publié le 10 décembre 2006.. En particulier des parcours sexuels multiformes existent, ils sont souvent historiquement construits dans une logique de discrétion et d’évitement du contrôle social, laquelle diffère de la logique commerciale et sociale ancrée dans le territoire précis qu’est le quartier gayEmmanuel Redoutey, La ville et les communautarismes : le cas du Marais, un « ghetto gay » à Paris ?, Cafés géographique Le Flore, 16 décembre 2003..

L'évolution d'un village gay est indissociable de l'ensemble des gens l'habitant et le fréquentant. Les quartiers gays sont en reconfiguration dans les pays occidentaux où l'homophobie est en baisse et où les personnes LGBT deviennent davantage acceptées. En raison du degré de tolérance de la société actuelle dans les pays occidentaux montre à l'égard de l'homosexualité et de la diffusion de la culture des LGBT dans l'ensemble de la population, les jeunes et les artistes LGBT des années 2010 préféreraient se mêler à leurs amis hétérosexuels et se diffuser dans l'ensemble de la ville, désertant les villages gays. Les LGBT plus jeunes ne ressentent pas le même besoin de s'appropier un espace déterminé pour afficher leur orientation sexuelle, celle-ci étant davantage acceptée à travers la ville. Pour certains, la fonction des villages gays se résumerait dorénavant à la consommation sexuelle et l'existence de quartiers gays ne serait ainsi plus justifiée. Pour les autres, les facteurs expliquant la formation des villages gays demeurent toujours pertinents et l'appel à la dilution de la communauté LGBT dans différents espaces de la ville participerait plutôt d'un phénomène homophobe privilégiant une tolérance en autant que les traits homosexuels demeurent masqués. La plupart s'entendent néanmoins pour dire que même dans les sociétés où les LGBT font l'objet d'une reconnaissance officielle, un village gay en milieu urbain demeure essentiel pour les gens en processus d'acceptation, qui ne sont pas acceptés dans leur milieu, y compris dans les régions, et important dans une métropole cosmopolite où la communauté LGBT, comme toute minorité, a droit d'avoir ses lieux de rassemblement particuliers. Si les quartiers gays changent, ils n'en demeurent pas moins : les centres de la vie gay d'une agglomération urbaine; les espaces où la culture queer peut se réaliser; des points d'agglomération de service spécialisé, d'association, de mobilisation, de visibilité, d'identité; des lieux où, au-delà de l'acceptation qui prévaudrait partout dans la région, il est plus aisé de manifester des gestes homosexuels intimes, comme se tenir la main ou s'embrasser; les seuls endroits où tout LGBT, quelle que soit sa situation personnelle, puisse se sentir à l'aise et en sécurité. Nonobstant les autres fonctions et les autres espaces, les villages gays constituent les seuls territoires de refuge.

Les villages gays peuvent répondre aux besoins de certains segments de la population LGBT alors que d'autres groupes de la communauté LGBT sont à la recherche d'activités qui se déroulent en dehors des quartiers gays. Par exemple, les jeunes des années 2010 pourraient être davantage attirés par les soirées et événements que par les sorties dans les bars...

D'une part, les changements de modes de rencontres et l'existence de « la multiplicité et la mixité des lieux fréquentés, moins rattachés à une identité homosexuelle », mais où les gays et lesbiennes peuvent vivre sans opprobre, constituent une condition nécessaire à l'atténuation du besoin d'espaces spécifiques aux LGBT. Cette normalisation, lorsqu'elle est très forte, peut mener à un phénomène, tel que désigné par certains, d'hétérosexualisation des jeunes gays. D'autre part, les caractéristiques physiques et sociodémographiques de ces quartiers peuvent être des facteurs, souvent contradictoires, amenant les personnes LGBT à habiter ou fréquenter d'autres secteurs, commerces ou activités de la ville. Ainsi, à l'instar des marches des fiertés, qui sont parfois accusées, au sein même de la communauté LGBT, de devenir des fêtes commerciales, certains quartiers gays sont critiqués pour leur embourgeoisement et la disparition de classes sociales défavorisées, l'accent étant mis sur le « tourisme rose » et sur la sécurisation de ces quartiersMarie-Hélène Bourcier, « Gay Pride : quand la fierté fait honte », slate.fr, 30 août 2014.. Or, en même temps, des LGBT plus à l'aise et qui se considèrent branchés arguent que les villages gays « manquent de classe », qu'ils sont trop mixtes en termes de strates sociales (« melting-pot au Village, c'est un peu n'importe quoi ») alors que des plus vieux voudraient des villages plus radicalement gays.

Si les villages gays se caractérisent par leur agglomération de fonctions LGBT, les gays et lesbiennes créent des espaces pour se rencontrer en l'absence de quartier spécifique aux homosexuels, par exemple en développant une sociabilité dans les lieux de drague, que ce soit dans l'histoire précédant la reconnaissance de l'égalité des LGBT ou dans les milieux ruraux..

Formes vignette|gauche|220px|Chueca à Madrid. vignette|220px|gauche|Boystown à Chicago, lors de la Gay Pride. vignette|gauche|220px|Fort Lauderdale Beach. Suivant les fonctions que remplissent les villages gays et les évolutions contrastées des sociétés, d'une part, il peut y avoir des phénomènes concourants voire contradictoires entre des quartiers qui se forment et d'autres où ils se forment et, d'autre part, les formes spatiales sont plus ou moins différentes.

Les discriminations influent l’architecture et le fonctionnement des établissements de certains quartiers gays : bars sans devantures ou comportant des vitres opaques, partage temporel de l’espace public (ouvertures tardives, nocturnes). De fait, visibilité sociale et invisibilité individuelle façonnent l’espace.Les territoires de l’homosexualité à Bruxelles, visibles et invisibles Chloé DELIGNE Cahiers de géographie du Québec Volume 50, numéro 140, septembre 2006. Des lieux de drague sont parfois identifiés clairement dans certains paysLaurent Chambon, Des plots "homozone" dans un parc rotterdamois, Minorités.org 14 août 2010..

Trois échelles géographiques sont proposées afin de définir la spatialité de la communauté LGBT : la ville ou agglomération urbaine, le quartier et la rue. Le degré de centralité spatiale de la vie LGBT peut différer selon l'indicateur. Par exemple, la concentration des bars gays, ou ce que certains dénotent comme l'homosexualité festive et commerciale, dans le quartier du Marais à Paris découle d'une logique d'agglomération. À l'opposé, la cartographie des aires de drague homosexuelle parisiennes, traduit plutôt un « réseau de lieux semi-clandestins en marge, et dans les marges, de la ville. ». L'espace homosexuel dans la ville se compose de trois modèles spatiaux complémentaires : le village gay, point de centralité et de permanence à vocation commerciale, de service, d'habitation, de visibilité et de rassemblement ; les espaces ggays et mixtes diffus dans les quartiers centraux de la ville ou en périphérie du village gay, soit comme lieu d'habitation soit dans une logique événementielle régulière; le réseau de points et d'axes de rencontre ou d'échange dans la ville, axée sur une sexualité fortuite. Le quartier gay urbain peut revêtir différents modèles complémentaires : la centralité, la spécialisation commerciale à visibilité différenciée, l'axe commerçant branché.

Dans certains pays, où la question gay est émergente, les activités et populations gays et lesbiennes tendent à se concentrer, formant des villages gays actuellement dans des villes comme Pékin, Shanghai, Singapour et Taipei. Dans des sociétés où l'homosexualité et les autres formes de sexualité se vivent de plus en plus ouvertement, même dans les milieux plus conservateurs, et où les référents sociaux rendent plus visibles des modèles LGBT positifs, les jeunes gays et lesbiennes se sentent chez eux partout dans la ville. Par ailleurs, les rencontres sont possibles non plus seulement en des lieux fréquentés par des gays ou des lesbiennes, mais également par le biais d'Internet. C'est une ville typiquement « post-gay », où s'exerce un éclatement des quartiers gays. New York, Amsterdam, Londres, Buenos Aires et Hong Kong seraient des villes post-gays.

Processus La formation des quartiers gays suppose généralement deux conditions. La première condition est la stigmatisation de la population homosexuelle par les pouvoirs publics ou par la société en général; la seconde est la présence d'un esprit de communautarisme. La seconde condition constitue bien souvent une réponse de la communauté LGBT en réaction à la première. Le processus de constitution initiale d'un village gay s'apparente à celui de la formation d'un quartier ethnique, c'est-à-dire dans un contexte de minorité. Cette similitude est relevée dans l'histoire du développement du quartier du Marais à Paris, comme quartier juif puis quartier homosexuel.. Le cas du Marais permet d'identifier trois autres raisons amenant ou influençant la formation et le développement d'un quartier gay : une capacité ou possibilité commerciale liée à la présence d'une clientèle particulière constituée de la minorité, la présence d'une population ou d'un voisinage ouverte, souvent un milieu artistique; un phénomène de gentrification et, son corollaire, un quartier ouvrier préexistant. À ce dernier facteur s'ajoute un facteur souvent observé dans les quartiers gays à travers le monde, soit la fondation d'établissements et de populations LGBT dans des quartiers à proximité du centre-ville et où les logements sont généralement abordables.