Seqenenrê TâaTâa est une contraction du nom Djéhouty-âa, qui signifie « Thot le grand » est un roi égyptien de la dont le règne se situe aux alentours de 1558 à 1554 av. J.-C.Selon A. D. Dodson, K. S. B. Ryholt. Autres avis de spécialistes : -1591 à -1576 (Piccione), jusqu'en -1545 (D. Franke).. Comme ses prédécesseurs mal connus, il régna sur la Haute-Égypte depuis Thèbes tandis que les envahisseurs Hyksôs régnaient dans le delta du Nil depuis la cité d'Avaris. Formant la , ces derniers faisaient valoir leur souveraineté sur toute l'Égypte. Sous son règne semble s'organiser la résistance face à l'occupant Hyksôs, qui mènera bientôt, sous ses deux successeurs Ouadjkheperrê Kames et , à la guerre de libération. Seqenenrê Tâa meurt d'une mort violente et est inhumé à Dra Abou el-Naga.

Attestations

Attestations contemporaines

Le roi est attesté par plusieurs documents datant de son règne ou d'une époque proche : un linteau découvert à Deir el-Ballas (Musée égyptien du Caire), un couvercle de récipient en calcite sans provenance connue (Musée d'Art du comté de Los Angeles, M.80.203.224), une lame de hache cérémonielle en bronze sans provenance connue (Musée d'Art du comté de Los Angeles, M.80.203.43), un pendentif en forme de coquillage sans provenance connue (Musée Petrie, UC 11847) un fragment de récipient en calcaire découvert à Thèbes (Ashmolean Museum, AN1942.70), une palette de scribe découverte à Thèbes (Louvre, N 809), un sceau découvert à Dra Abou el-Naga (Musée égyptien du Caire, JE 2224), une paire de sphinx en argent, provenant d'un bijou, sans provenance connue (l'un des sphinx est conservé au Musée de Mariemont, B 136 ; l'autre dans l'ancienne collction privée Hilton Price ), un bâton de jet du « fils du roi » Tjouiou découvert dans la tombe d'Hornakht à Dra Abou el-Naga (Musée égyptien du Caire, JE 21461), une statue de son fils Ahmosé-Sipair (Musée du Louvre, E 15682), le Livre des Morts de la princesse Ahmès (fille de Seqenenrê Tâa) (Musée égyptologique de Turin, Supl. 5051), son propre cercueil, de style rishi, découvert dans la cachette royale TT320 à Deir el-Bahari (Musée égyptien du Caire, JE 26209).

Attestations postérieures

Le roi est cité sur plusieurs documents postérieurs à son règne : dans le conte littéraire nommé La Querelle d'Apophis et de Seqenenrê, conservé sur le papyrus Sallier (British Museum, EA 10185-1), le papyrus Abbott, daté de la , mentionnant l'inspection de sa tombe à Dra Abou el-Naga lors des pillages de la nécropole, la stèle d'un prêtre mortuaire découverte à Thèbes (Musée égyptien du Caire, JE 27743), les inscriptions autobiographiques de la tombe d'Ahmès, fils d'Abana située à El Kab, la liste de Karnak, datée de , où le roi est mentionné à la position 25 la liste de la table d'offrandes de Marseille, datée de la fin de la , les tombes thébaines TT2 de Khâbekhnet, TT65 de Nebamon, TT306 d'Irdjanenr et TT359 d'Inerkhaouy.

Généalogie

Le roi est le fils de la reine Tétishéri et très probablement du roi Senakhtenrê Iâhmes.

Il a au moins trois sœurs qu'il épouse succèssivement : de son épouse principale, La stèle d' à Karnak donne l'état civil complet d'Ahhotep et permet de situer les membres de la famille royale : « épouse du roi (Seqenenrê Tâa), la sœur du souverain, (Ouadjkheperrê Kames ?), la fille du roi (Senakhtenrê Iâhmes), l'auguste mère du roi () » ()., il a le prince, fils aîné du roi mort à un jeune âge, AhmèsCe jeune prince reçut un culte durable dans la région thébaine sous le nom d'Ahmès-Sapaïr, son successeur le roi , en bas âge lors de la mort de Seqenenrê Tâa, ainsi que la reine Ahmès-Néfertary, épouse principale de son frère , et les princesses Ahmès-Nebetta et Ahmès-Témourisy, de sa sœur Satdjéhouty, il a la princesse Ahmès, de sa sœur Ahmès-Inhapy, il a la princesse Ahmès-Hénouttamehou, la princesse Ahmès-Mérytamon, dont la mère n'est pas identifiée avec certitude, bien que soit retenue par Dodson et Hilton, deux « fils du roi », nommés respectivement Tjouiou et Binpou, sont attestés, pour le premier, sur un bâton de jet découvert dans la tombe contemporaine d'Hornakht à Dra Abou el-Naga, et, pour le second, dans la tombe thébaine plus tardive TT2 de Khâbekhnet datée du règne de ; ces deux fils du roi pourraient être des fils de Seqenenrê Tâa.

Seqenenrê Tâa est ainsi considéré par de nombreux spécialistes comme le frère de Ouadjkheperrê Kames et non comme son père, ou comme appartenant à une branche collatérale.

Une dernière princesse lui est souvent attribuée en tant que fille : il s'agit de la « fille du roi » Ahmès-Hénoutemipet, née d'une reine Iâhhotep. Le cercueil de la princesse Ahmès-Hénoutemipet aujourd'hui perdu mais mentionnant le nom de la mère de la princesse, la nomme simplement « fille du roi Ahmès-Hénoutemipet, justifiée, née de la Grande épouse royale Iâhhotep ». La statue d'Ahmès-Nebetta et le cercueil de la suivante Ânâat indiquent respectivement que les princesses Ahmès-Nebetta et Ahmès-Témourisy sont les filles de la « mère du roi Iâhhotep », ne laissant aucun doute sur l'identité de la reine concernée : il s'agit de , mère du roi et épouse du roi Seqenenrê Tâa. Or la mention uniquement du titre de « grande épouse royale » sur le cercueil de la princesse Ahmès-Hénoutemipet laissent plusieurs chercheurs penser que la reine Iâhhotep en question serait pluôt la reine .

La plupart des enfants de Seqenenrê ont pour prénom Noté également Iâhmès ou Ahmosé, qui est tiré du nom de la lune, Iâh, et du suffixe mès, « fils de ». Les filles royales se distinguent pour la majorité par un second prénom. Cette prédilection pour les anthroponymes tirés de l'astre nocturne, ainsi que du dieu Thot qui lui est associéLe nom de naissance du roi lui-même signifie « Thot le grand », était déjà présente avant le règne de Séqénenrê (son probable père se nommait notamment Ahmès) et atteste d'un culte lunaire durable au sein de la famille royale.

Règne

Les souverains de la semblent avoir connu une période de paix relative avec leurs voisins du nord, d'une durée possible de vingt-cinq ansUne période sans doute décrite par les dignitaires du conseil de Ouadjkheperrê Kames sur la première stèle de Karnak, en ces termes : « Mais nous, nous sommes en paix, ayant la charge de notre Égypte. Éléphantine est puissante, et le cœur du pays est à nous jusqu'à Cusae. C'est pour nous que les plus fertiles de leurs champs sont labourés ; notre bétail paît dans les marais de papyrus ; l'épeautre est jetée à nos porcs, et nos troupeaux ne sont pas enlevés… Il [Apophis] possède le pays des Asiatiques, nous possédons l'Égypte. »cf. .. Mais le conte relatant la querelle du roi thébain contre le souverain hyksôs d'Avaris, et la momie du roi Tâa, évoquant explicitement la mort violente de celui-ci, suggèrent que les hostilités contre les Hyksôs de la ont repris sous son règne. Cependant, la documentation n'en dit pas davantage sur les actions de ce roi.

Aucune trace d'activité architecturale des prédécesseurs de Seqenenrê Tâa n'a été découverte au nord d'Abydos. Or, Kamosé, qui succède à Tâa, décrit ainsi les frontières de son royaume lors de son avènement : depuis Éléphantine au sud, jusqu'à CusaeAppelée Qis en ancien égyptien, Cusae en grec, il s'agit de l'actuelle el-Qusiya, au nord d'Assiout en Moyenne-Égypte. La zone située entre les villes d'Abydos et Cusae représenterait donc le territoire reconquis par Séqénenrê Taâ sur les autorités locales inféodées aux Hyksôs, avant finalement de périr, sans doute sous les haches hyksôs.

Durant son règne, un palais de grandes dimensions est édifié à Deir-el-Ballas, à quarante kilomètres au nord de Thèbes. On y a trouvé des traces d'activité militaire et le site servait notamment de casernement pour les troupes du roi thébain. Les poteries et les outils de style nubien (Kerma) découverts sur le site indiquent que de nombreux Medjaiou, des Nubiens du désert oriental qui joueraient un grand rôle dans la reconquête du pays, y vivaient à côté des Égyptiens.

La Querelle d'Apophis et de Seqenenrê Un conte égyptien, copié sous la et intitulé La Querelle d'Apophis et de SeqenenrêRetrouvé sur le papyrus Sallier., qui nous est parvenu de manière très fragmentaire, rapporte un curieux échange entre Apophis, le souverain hyksôs régnant à Avaris, et le roi de Thèbes Séqenenrê. Apophis demande à Séqenenrê de chasser les hippopotames de son étang, car le bruit qu'ils font incommodent le pharaon et l'empêchent de dormir.

Étant donné la longue distance qui sépare Thèbes d'Avaris, ce message ne peut avoir qu'un sens caché ou symbolique. Il s'agit vraisemblablement pour le souverain du nord d'affirmer sa souveraineté sur son vassal du sud.

Qu'un messager aille vers le chef de la ville du Midi et lui dise : Le roi Râ-Apôpi, (vie, santé, force), t'envoie dire : Qu'on chasse sur l'étang les hippopotames qui sont dans les canaux du pays, afin qu'ils laissent venir à moi le sommeil, la nuit et le jour...

Une autre analyse possible de cette histoire, faite par Gaston Maspero, est la suivante : le roi Seqenenrê, après avoir hésité longuement, réussit à se tirer du dilemme embarrassant où son puissant rival prétendait l'enfermer. Sa réponse, pour s'être faite attendre, ne devait pas être moins bizarre que le message d'Apophis. Mais rien ne permet de conjecturer ce qu'elle était.

Une autre interprétation a été avancée par Christopher Knight et Robert Lomas : Apophis est comme tous les rois hyksôs (littéralement, les « souverains étrangers »), qui veulent imiter le modèle de gouvernement égyptien et se considèrent eux-mêmes comme des pharaons, intégrant des éléments égyptiens dans leur culture. La demande d'Apophis peut se comprendre comme une exigence de se voir révéler certains secrets de résurrection par l'utilisation des symboles : la nuit pour la mort, le sommeil pour le voyage et le combat pour la résurrection, et le jour pour la résurrection elle-même, telle qu'Osiris l'a vécue dans la légende). Il s'agirait de faire taire les « hippopotames », au sens de ceux qui font beaucoup de bruit en parodiant les cérémonies de résurrection, mais qui ne détiennent pas les véritables secrets... Cette hypothèse pourrait expliquer la réaction brutale des protagonistes et la mort violente de Seqenenrê Tâa. Les auteurs vont même plus loin, en faisant le rapprochement avec la légende du meurtre d'Hiram, assassiné pour avoir refusé de divulguer des secrets ancestraux, tant certains faits évoqués sont proches.

Sépulture vignette|Tête momifiée de Seqenenrê Tâa et indications de ses blessures.

Seqenenrê Tâa a été enterré dans la nécropole royale de Dra Abou el-Naga, dans une tombe située dans une suite logique, à côté de celle de Ouadjkheperrê Kames. Elle est répertoriée dans l'inspection des tombes mentionnée sur le papyrus Abbott sous la . Son corps a été, comme beaucoup d'autres, retiré ultérieurement de sa tombe et déplacé pour le protéger des pilleurs de tombes. Il fut trouvé dans la cachette de Deir el-Bahari.

L'élément le plus important concernant ce roi est sa momie : le corps a été embaumé à la hâte après une mort manifestement très violente. Le crâne de Taâ porte la trace de nombreuses blessures qui semblent avoir été infligées par des armes hyksôs. Cette mort au combat a été interprétée de deux manières : soit Taâ est mort au combat en tentant de reconquérir le nord, soit il a été lui-même agressé et tué.

Cette momie singulière, retrouvée intacte, est conservée au Musée du Caire. Le 3 avril 2021, elle a été déplacée au Musée national de la civilisation égyptienne, comme vingt-et-une autres momies, lors de la parade dorée des Pharaons.

Titulature