vignette|La dépendance à Internet peut notamment entraîner des troubles du sommeil et de l'humeur, une baisse de la concentration, l'isolement social, au détriment de l'activité scolaire, professionnelle et sociale, du bien-être et de la vie familiale et de couple.
La (également nommée , , netaholisme, ou ) est un trouble psychique caractérisé par un besoin excessif, compulsif voire obsessionnel, de naviguer sur Internet, au détriment des relations personnelles et interpersonnelles, des performances professionnelles et scolaires, de la qualité de vie, familiale et sociale, et de la santé physique et mentale. Ce concept a scientifiquement d'abord été décrit au milieu des années 1990 par des psychologues américains et anglais. Son classement en tant que pathologie a initialement été sujet à débat dans la communauté médicale, mais un nombre croissant d'études a depuis montré de profonds effets négatifs pour la santé mentale et les capacités cognitives des enfants, adolescents et jeunes adultes notamment. Cette addiction ne figure pas dans la dernière édition (2013) du DSM-5 (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), ni dans la CIM-11 de l'OMS mais est devenue une préoccupation mondiale. Sa fréquence s'est accrue avec la diffusion du smartphone, puis avec les algorithmes de recommandation pilotés par l'intelligence artificielle.
Selon une étude, les GAFAM et la Big Tech ont reçu 11 milliards de dollars de revenus publicitaires en 2022 grâce aux seules annonces vues en ligne par des mineurs aux États-Unis. Face au refus des plateformes et réseaux sociaux de protéger les enfants des algorithmes créant l'addiction et le doomscrolling, au milieu des années 2020, dans plusieurs juridictions (dont en Europe), l’usage du smartphone à l’école est désormais restreint ou interdit ; et certaines envisagent un blocage complet ou partiel des réseaux sociaux pour les enfants et adolescents afin de protéger leur santé mentale et leur capacité d'attention et de cognition, dont en diminuant leur exposition à la publicité, aux fausses nouvelles, et aux contenus dits d'abrutissement numérique (brain rot). Des stratégies thérapeutiques émergent (TCC, programmes éducatifs, interventions comportementales…), et localement des groupes d'internautes s'aident mutuellement à se désengager et à se protéger de l'addiction à l'Internet et du défilement infini des contenus.
Contexte historique L'idée d'une « addiction à Internet » se formalise en quand le psychiatre Ivan Goldberg, à l'université de Colombia publie, de manière humoristique, une liste Goldberg, Ivan (1996) Internet addiction disorder. CyberPsychol. Behavior, 3(4), 403-412 ; consulté le=2026-02-08 ; et sur WebArchive : . de critères diagnostiques imitant, pour certains de manière fantaisiste, ceux du DSM. Goldberg définit un syndrome (Internet Addiction Disorder ou IAD) comme usage problématique d'Internet entraînant une détresse ou une altération du fonctionnement. Le trouble est caractérisé par des signes proches des addictions classiques : addiction, symptômes de sevrage, usage plus long que prévu avec difficultés à réduire la consommation, temps excessif consacré aux activités en ligne, abandon d'activités importantes et poursuite de l'usage malgré ses conséquences négatives. Il mentionne aussi la création d'un groupe de soutien dédié (IASG)IASG est l'abréviation de Internet Addiction Support Group., destiné aux personnes concernées par ce type de dépendance. Sa publication suscite pourtant de nombreux témoignages de détresse..
En 1996, dans un court article intitulé « Dépendance à Internet : un nouveau trouble entre dans le lexique médical », Michael O'Reilly, journaliste indépendant, mentionne dans le Journal de l'Association médicale canadienne, les travaux encore inédites, de Young sur la dépendance à InternetO'Reilly M. (1996) Internet addiction: A new disorder enters the medical lexicon CMAJ. ;154:1882–3.. C'est le tout premier article publié à ce sujet selon PubMed.
La même année, à Rochester (dans l'État de New York) Kimberly Young (alors encore étudiante en psychologie clinique), et Mark Griffiths au Royaume-Uni, indépendamment, développent presque simultanément les premières conceptualisations cliniques et empiriques de l'usage excessif d'Internet comme forme d'addiction ou de « technological addiction ». Ce concept d'addiction à l'internet est décrit en 1996 par Kimberly Young qui ouvrent ainsi la voie à un nombre croissant d'études. Le premier cas décrit est celui d'une femme au foyer de 43 ans, initialement Young, K. S. (1996). Psychology of Computer Use: XL. Addictive Use of the Internet: A Case That Breaks the Stereotype. Psychological Reports, 79(3), 899-902. (consulté le 2026-02-09).. K. Young décrit chez elle la progression d'une addiction à l'Internet, et en analyse les conséquences. Et, en 1996, un premier centre de soins propose un traitement contre cette nouvelle addiction (ouvert par le Kimberly Young).. Le premier rapport de cas publié par K. Young (1996) est cité , et son premier article de recherche de référence, intitulé « Dépendance à Internet : l'émergence d'un nouveau trouble clinique », (1998) était cité au . En 1998, K. Young crée une revue scientifique qui sera, évaluée par des pairs, baptisée CyberPsychology & Behavior (éditée par Sage Journal) et aujourd'hui dédiée à ..
Outre-Atlantique, Mark Griffiths, chercheur à l'université de Plymouth, qui s'intéressait depuis plusieurs années aux jeux de hasard, aux effets de l'utilisation de l'ordinateur et, plus généralement des machines et des technologies, publie en 1995 un article prémonitoire intitulé « Dépendances technologiques »Griffiths Mark (1995, février). Technological addictions. In Clinical psychology forum (). Division of Clinical Psychology of the British Psychol Soc (cité par d'autres articles scientifiques, au 8 février 2026).. L'année suivante (1996), Griffiths publie un autre article, cette fois spécifiquement consacré à la dépendance à Internet. Selon l'auteur : Griffiths montre clairement dans cette étude que les six principaux marqueurs d'un processus addictif sont présentes chez les patients concernés : la saillance motivationnelle (l'activité devient centrale dans la vie du patient, engendrant une compulsion de répétition) ; l'euphorie (plaisir intense recherché) ; l'accoutumance (besoin croissant du stimulus pour obtenir le même plaisir ou soulagement) ; les symptômes de sevrage (sensation physique et mentale de mal-être et de forte frustration en cas de privation ou d'arrêt volontaire) ; la conflictualité (tensions avec soi ou les autres) ; la rechute (retour à l'addiction après une période d'abstinence volontaire ou non). S'ensuivent, dès la fin des années 1990, les publications de premiers cas cliniques et d'articles de recherche qui contribuent à installer la notion d'« addiction à l'Internet » dans le champ psychiatrique et dans le paysage médiatique. En 2000, aux addictions comportementales spécifiques au cyberespace (jeux en ligne, cybersexe, jeux d'argent), Griffiths ajoute le piratage et la programmation informatique parmi les activités numériques susceptibles d'être addictives..
Dans le quart de siècle qui suit, le sujet fera l'objet d'une expansion massive dans la recherche, avec toutefois durant 20 ans un débat nosographique sur sa définition et sa place dans les classifications internationales (faut‑il parler d'« addiction à Internet » en général ou d'addictions spécifiques médiatisées par Internet (jeux vidéo, réseaux sociaux, pornographie, jeux d'argent) ? S'agit‑il d'un trouble du contrôle des impulsions ou d'une addiction comportementale analogue au jeu pathologique, ou encore d'un simple symptôme de troubles sous‑jacents comme la dépression, l'anxiété, le TDAH ou des troubles de la personnalité ?. Dans un premier temps, certains doutent de la validité clinique de cette nouvelle entité médicale.
Dès le début des années 2000, la croissance exponentielle du Web 2.0 (interactif) questionne sur ses effets sociopsychologiques et mentaux.. Comment la future génération allait-elle réagir face à cette évolution de l'activité virtuelle ? Allait-elle être plus intéressée à l'actualité, mieux informée ou encore cyberdépendante ? L'internet est alors encore, pour la plupart des internautes, un moyen de divertissement, plus qu'un outil de travail. Le DSM‑5 intègre l'« Internet Gaming Disorder » en section III (condition nécessitant des recherches supplémentaires), tandis que l'ICD‑11 ne retient que le Gaming Disorder, dans reconnaître officiellement l'« addiction à Internet » mais, ce qui alimente les critiques sur le manque de clarté conceptuelle et la crainte pour certains de sur‑pathologiser des usages intensifs mais non jugés morbides à ce stade. Des psychologues et prospectivistes prédisent cependant que les humains passeront plus de temps devant les écrans et sur l'internet, avec probablement des effets sur la psyché.. En 2004, des modifications marginales des critères diagnostiques de la dépendance à Internet sont proposées par Keith W. Barbe, et Eve M. Loup..
Un quart de siècle plus tard, en 2025, après la généralisation des algorithmes de recommandation, un large corpus de recherches — désormais constitué de plusieurs centaines d'études et de méta‑analyses publiées depuis les années 2010 — établit sans doutes possibles que l'addiction aux réseaux sociaux et à diverses plateformes addictives d'Internet existe bien, et qu'elle a été renforcée par les systèmes de recommandation et l'utilisation de l'intelligence artificielle pour la psychométrie et le ciblage de recommandations personnalisées. Les algorithmes de recommandation sont programmés pour maximiser en continu, et de manière personnalisée, le temps d'écran, en proposant un flux ininterrompu de contenus adaptés aux préférences, plus ou moins émaillés de publicités. Ils sont aussi programmés pour utiliser les failles de vulnérabilité de la plupart des utilisateurs face aux usages compulsifs. Les effets délétères de cette addiction sur le sommeil, la cognition et la santé mentale chez les enfants, adolescents et jeunes adultes, notamment, et sur toute personne qui perd le contrôle de son utilisation, sont largement documentés. Certaines juridictions, dont l'Union européenne, tentent d'endiguer ce phénomène qui est devenu selon une large méta-analyse (basée sur 33 revues systématiques et méta-analyses) publiée en 2023 une ..
Approches Un premier point est de distinguer les cas intéressants, enrichissants et non problématiques de l'usage de l'Internet, des cas pathologiques. En 2005, la journaliste Sarah Kershaw mentionne dans le , que . Selon elle, l'addiction à la télévision est bien pire. Elle ajoute qu'elle fait une étude sur les grands consommateurs d'Internet, et montre que ceux-ci ont considérablement limité leur temps pour y accéder, indiquant que ce problème pouvait se résoudre de lui-même.. Ving ans plus tard, les contenus en ligne ont beaucoup évolué et les plateformes d'accès sont devenues pour beaucoup bien plus addictives.
Forme d'addiction sans drogue Otto Fenichel (1897-1946) a été le premier à soulever la question des , i.e. de l'addiction comportementale. Dans les années 1970, l'OMS proposait une première définition internationale de l'addiction basée sur une obligation comportementale (agir par besoin et non plus par plaisir), une perte de contrôle, un syndrome de sevrage et l'existence de rechutes.
Actuellement, l'addiction est définie comme une conduite régulière et durable en dépit de ses conséquences dommageables. Des critères de définition de l'addiction sont proposés par la classification internationale DSM-5. Les quatre principaux sont. : un besoin irrépressible de réaliser le comportement ; une fréquence excessive, croissante, non contrôlée du comportement au détriment d'autres activités ; la poursuite du comportement malgré ses conséquences dommageables ;